La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Akrocine
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Re: La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese, 1988)

Post by Akrocine »

Demi-Lune wrote:Honnêtement, même si Scorsese était peut-être trop près de son sujet par excès de zèle et n'a pas pu obtenir certaines choses (c'est du moins ce qu'il prétend, à tort ou à raison), je place La Dernière Tentation du Christ très haut dans son œuvre, le préférant par exemple sans aucun complexe à un film unanimement célébré comme Les Affranchis.
Il faut également ajouter que ce film a été une "rédemption" pour son auteur qui était complètement rongé par la drogue (en cela le recueil d'interview édité par les cahiers du cinéma est passionnant).

Ta comparaison avec The Goodfellas est la même réflexion que je me suis faite, il faut dire que je ne l'ai vu qu'une seule fois c'était l'année dernière, peut-être que j'en attendais trop :? Toutefois le film contient son lot de scènes et dialogues cultes!

Ayant vu seulement 9 films (les œuvres les plus récentes essentiellement), je compte sur les éditeurs pour combler mes lacunes en me permettant de découvrir ses films en B-D dont Afterhours est en tête de liste :D
"Mad Max II c'est presque du Bela Tarr à l'aune des blockbusters actuels" Atclosetherange
StateOfGrace
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Re: La dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Post by StateOfGrace »



La tentation de l'Humain



Loin des bondieuseries saint-sulpiciennes de Franco Zeffirelli, et ridiculisant au passage les boursoufflures gores de Mel Gibson, Martin Scorsese livre avec La dernière Tentation du Christ la bouleversante destinée d’un Christ tenté de d’infléchir sa trajectoire de Fils de Dieu…

…La tentation de l’Humain, de renoncer au sacrifice pour le Salut du monde. Mener une vie d’homme ordinaire, prendre femme et enfant, et mourir de vieillesse comme ses semblables et non sur la Croix. Un homme déchiré entre ses deux natures, humaine et divine.

Une version iconoclaste de la vie du Messie, qui a choqué les catholiques intégristes de tous bords, allant jusqu’à l’incendie criminel du cinéma Espace Saint-Michel à Paris qui projetait le film, faisant de nombreux blessés graves… De même que l’attentat contre le cinéma Le Building à Besançon, par un militant catholique intégriste… lié à l’Extrême-Droite.

Décidément l’obscurantisme religieux a la vie dure… Curieuses manières d’exprimer sa conviction en une foi. Une des polémiques les plus violentes de l’histoire du cinéma, sans doute la plus stérile. Il est plus facile de croire à une Icône qu’à un être de chair et de sang

De quel droit reproche-t-on à Martin Scorsese, lui-même croyant, d’exprimer ses doutes, sa conception différente d’une foi qu’il porte au coeur, en adaptant librement le livre de Nikos Kazantzakis, qui plus est par le biais d’un film, d’un geste artistique et d’en faire ce qui est pour moi une grande oeuvre ?

Car il s’agit bien d’un film marquant, un long voyage hypnotique dans les paysages décharnés du désert de Judée, qui scrute les errements d’un homme promis à une Destinée extraordinaire, se cherche, doute de sa mission sacrée…

Un film porté par l’interprétation littéralement exceptionnelle de Willem Dafoe, au visage émacié, à la frêle stature, au regard incandescent.

Un film qui offre un regard complètement inversé sur Judas (puissant Harvey Keitel), l’ami de toujours, qui n’est plus le traître, mais presque la conscience de Jésus.

Un film qui offre un superbe écrin au talent et à beauté de Barbara Hershey dans le rôle de Marie-Madeleine, à la sensualité féline et à l’amour inconditionnel – et incarné – pour le Christ.

Martin Scorsese use de la violence et d’images sanglantes pour traduire le martyre du Christ, l’image de Willem Dafoe ceint d’une couronne d’épines, portant sa croix sous les injures et les quolibets pour rejoindre le Golgotha possédant la force graphique d’un tableau de Maître.

Pour moi, La dernière Tentation du Christ est un chef d’œuvre. Une profession de Foi, en l’Homme et au cinéma.

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Alexandre Angel
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Re: La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Post by Alexandre Angel »

J'ai revu il y a trois ans ce film que je n'avais pas beaucoup aimé à sa sortie et, tout en continuant de ne pas grimper au septième ciel, je l'apprécie bien plus que par le passé et je le trouve passionnant avec ses scories.
Il faut dire que je suis devenu, avec les années, un scorsésien fanatique.
Belle déclaration d'amour en tout cas.
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Flol
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Re: La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Post by Flol »

Flol wrote: 14 Nov 04, 15:53 The Last Temptation of Christ de Scorsese : je me suis laissé emporter dans ce long voyage initiatique, aux vertus quasi-hypnotisantes.
Au final, un film fascinant, porté par un énorme Willem Dafoe et par la musique atmosphérique de Peter Gabriel.
Et à mon grand étonnement : je ne me suis pas du tout ennuyé !! Moi qui ne connais pas du tout les Saintes Ecritures, Scorsese parvient à éviter tout didactisme gonflant et nous offre là un film profondément humain et touchant (à ce titre, j'ai adoré toute la dernière demi-heure du métrage).

Allez je tente la note : 4,5/6
C'est marrant la vie, quand même. 18 ans plus tard, je n'ai strictement aucun souvenir de l'avoir vu. :lol:
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AtCloseRange
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Re: La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Post by AtCloseRange »

A l'époque c'était le plus mauvais Scorsese que j'avais vu. Compte-tenu de ce qu'il a commis depuis plus de vingt ans, ça n'est forcément plus le cas :mrgreen:
A réévaluer sans doute mais sans trop d'attentes.
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Jeremy Fox
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Re: La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Post by Jeremy Fox »

AtCloseRange wrote: 10 Mar 22, 17:10 A l'époque c'était le plus mauvais Scorsese que j'avais vu. Compte-tenu de ce qu'il a commis depuis plus de vingt ans, ça n'est forcément plus le cas :mrgreen:
A réévaluer sans doute mais sans trop d'attentes.
J'ai retenté il y a peu et n'ai pas pu aller au bout :oops:
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Spongebob
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Re: La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Post by Spongebob »

Jeremy Fox wrote: 10 Mar 22, 18:07
AtCloseRange wrote: 10 Mar 22, 17:10 A l'époque c'était le plus mauvais Scorsese que j'avais vu. Compte-tenu de ce qu'il a commis depuis plus de vingt ans, ça n'est forcément plus le cas :mrgreen:
A réévaluer sans doute mais sans trop d'attentes.
J'ai retenté il y a peu et n'ai pas pu aller au bout :oops:
Je ne l'ai vu qu'une seule fois en Blu-ray et ça a été laborieux. Je ne sais pas si c'est le moins bon Scorsese, en tout cas c'est un de ceux que j'ai le moins aimé.
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Torrente
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Re: La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Post by Torrente »

Tiens d'ailleurs, pour vous (et toi, AtCloseRange), ce serait lequel "le plus mauvais Scorsese récent" (= des 20 dernières années) ?
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Spongebob
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Re: La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Post by Spongebob »

Torrente wrote: 11 Mar 22, 00:43 Tiens d'ailleurs, pour vous (et toi, AtCloseRange), ce serait lequel "le plus mauvais Scorsese récent" (= des 20 dernières années) ?
Pour moi ce serait Silence. Il est loin d'être mauvais mais j'ai trouvé le temps long.
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Jack Carter
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Re: La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Post by Jack Carter »

Merci de poursuivre dans le topic general, avant un HS que je vois arriver à grands pas :mrgreen: : viewtopic.php?f=3&t=13052
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El Dadal
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Re: La Dernière tentation du Christ (Martin Scorsese - 1988)

Post by El Dadal »

J'aborderai La dernière tentation du Christ par l'angle de ce qu'il a permis, plutôt que ce qu'il est. Effectivement, je sais gré à Scorsese d'avoir persévéré pour réaliser ce film, qui l'obsédait à un point maladif, car il enchainera ensuite avec une énergie renouvelée son magistral Life Lessons, fiévreux, sensuel, à mes yeux un de ses très grands accomplissements. Et puis vint alors Les affranchis, qui est la borne qu'on connait et qui entérina définitivement la stature de Scorsese et lui offrit certainement la chance de continuer à travailler avec des budgets confortables par la suite, là où ses confrères du Nouvel Hollywood commençaient pour certains déjà à déchanter. Puis Les nerfs à vif, réalisé entre autres pour remercier Universal de la confiance qu'ils lui ont apporté sur La dernière tentation, permettra à Scorsese d'aborder frontalement le cinéma de genre. Je suis donc persuadé que toute cette force vitale lui vient d'avoir pu mener à bien ce passion project.

Pour ce qui est du film en lui-même, remercions Willem Dafoe de le porter intégralement, car si le cast est intéressant dans son ensemble (Bowie en Ponce Pilate, fallait y penser), il y a souvent des décalages assez anachroniques dans la façon de jouer (un peu comme Pacino dans Revolution je trouve, une bonne idée pas très bien exploitée).
Enfin, le choix de Peter Gabriel pour la BO semblait génial sur le papier, mais le résultat est problématique (euphémisme), et sans doute le plus gros caillou dans la chaussure du film. Si certaines plages sont fort réussies (le morceau Passion en particulier), l'ensemble est particulièrement daté, voire parfois très irritant. J'adorerai une version retravaillée du film avec une autre partition (j'imagine bien les styles d'Eleni Karaindrou, Ennio Morricone ou Elliot Goldenthal par exemple se marier avec les images qu'on connait, pour des résultats différents). À défaut, le film restera toujours intéressant, polémique et imparfait.