David Cronenberg

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Une préférence?

Shivers (1975)
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Rabid (1978)
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The Brood (1979)
3
3%
Scanners (1980)
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Videodrome (1982)
16
17%
The Dead Zone (1983)
10
10%
The Fly (1986)
17
18%
Dead Ringers (1988)
14
15%
Naked Lunch (1991)
8
8%
M Butterfly (1993)
1
1%
Crash (1996)
7
7%
eXistenZ (1999)
8
8%
Spider (2002)
1
1%
A History of Violence (2005)
7
7%
Eastern Promises (2007)
4
4%
 
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Major Tom
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Re: David Cronenberg

Post by Major Tom »

Demi-Lune wrote:Reste qu'il a quand même été le Professeur Daniel Jackson...
... qui m'a déçu de lui.

Sinon j'ai revu Faux-semblants il y a deux ou trois soirs. Rien à ajouter par rapport à ce que j'en disais sous le pseudo de Metal Rider, sinon que le film m'a paru un tantinet trop long cette fois. C'est une œuvre toujours aussi impressionnante, dérangeante, avec un Jeremy Irons qui y trouve le rôle de sa carrière, mais je suis légèrement déçu de cette revision. Dans les scènes où Irons apparaît deux fois à l'image, j'ai repéré une erreur où l'un des deux est transparent au début, ça m'a fait un drôle de choc, car le reste du film est le résultat d'un perfectionnisme redoutable, dû à la fois au jeu fantastique d'Irons, qui nous y fait croire à son frère jumeau, comme à la caméra commandée par ordinateur dans les scènes en mouvement qui m'ont scotché.
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Colqhoun
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Re: David Cronenberg

Post by Colqhoun »

Demi-Lune wrote:Que vaut cet ouvrage susnommé ?
Indispensable.
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semmelweis
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Re: David Cronenberg

Post by semmelweis »

Colqhoun wrote:
Demi-Lune wrote:Que vaut cet ouvrage susnommé ?
Indispensable.
Super intéressant!Lire les entretiens du cineaste prouve à quel point ce type est brillant!
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Flol
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Re: David Cronenberg

Post by Flol »

Colqhoun wrote:
Demi-Lune wrote:Que vaut cet ouvrage susnommé ?
Indispensable.
J'allais le dire. Et je rajouterais "passionnant" et "éclairant".
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Père Jules
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Re: David Cronenberg

Post by Père Jules »

DEAD ZONE (1983)

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Hormis quelques petits défauts mineurs (mais qui nuisent un peu à la narration*), je dois dire que j'ai vraiment été emballé par ce film de Cronenberg. La mise en scène est impeccablement maîtrisée (une habitude me direz-vous), Christopher Walken est absolument remarquable et certaines scènes ne manquent pas d'ironie et/ou d'humour ce qui, au regard, du sujet du film, est tout à fait bien senti. En plus d'un très gros travail filmique, je trouve que le boulot abattu au niveau du son (notamment les bruits des pas/de la canne sur la neige, les montagnes russes au début du film etc...) excellent.

De nombreuses scènes marquantes (l'accident du début, la première "vision", le tunnel en compagnie des deux officiers de police etc...) pour donc une très grande satisfaction. S'il n'y avait pas Melancholia, celui-ci aurait des allures probables de film du mois.

*
Spoiler (cliquez pour afficher)
Typiquement la scène du président (Martin Sheen, dont la prestation ne m'a bizarrement pas emballé) activant l'arme nucléaire (du moins c'est ce qu'on comprend) est bien trop longue et, à bien des égards, ratée (qu'il s'agisse de l'intensité dramatique du moment ou du jeu des acteurs).
jacques 2
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Re: David Cronenberg

Post by jacques 2 »

J'ai vu tous ses films et mon préféré demeure le plus connu (il me semble) du grand public càd "La mouche" ...
Il y réussit AMHA la parfaite alliance du fond et de la forme : ses obsessions de la chair par le biais d'un remake qui dépasse de loin et sur tous les plans son modèle ...

"La mouche" , comparable à "l'exorciste" sur ce plan, est une évidente métaphore de la maladie et c'est aussi cela qui en fait un film - relativement - grand public susceptible de toucher chacun : alors que la plupart de ses films ("Crash", en tête de liste) le coupent ipso facto de nombre de spectateurs ...

Ce n'est pas grave, bien au contraire : c'est là un véritable auteur dont j'ai beaucoup apprécié presque tous ses films (sauf "Spider" auquel je devrais peut être donner une deuxième chance et "Existenz" vraiment trop bordélique mais, là aussi, peut être que ... )

Peut il encore nous surprendre ? :|
Last edited by jacques 2 on 23 Aug 11, 15:13, edited 5 times in total.
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Demi-Lune
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Re: David Cronenberg

Post by Demi-Lune »

Ratatouille wrote:
Colqhoun wrote: Indispensable.
J'allais le dire. Et je rajouterais "passionnant" et "éclairant".
Ah ben, tiens, j'ai eu, depuis, l'occasion de lire ces entretiens et franchement, j'ai été très déçu. Peut-être l'ouvrage le plus décevant que j'ai pour l'instant parcouru dans le genre, et qui vaut avant tout, pour ma part, pour son iconographie. Cronenberg fait des digressions pas possibles (ou comment s'attarder plus longuement sur son premier ordinateur que sur la genèse d'un de ses films), ne se souvient de rien de précis et passe son temps à le répéter, semble s'écouter parler, parle finalement peu de ses films dans leur dimension concrète et préfère philosopher avec la bénédiction de Grüberg qui semble souvent tout aussi ailleurs que son interviewé. Si ses films sont géniaux et démontrent évidemment l'intelligence de son créateur, ce bouquin me montre surtout un Cronenberg très sûr et imbus, dont la parole est moins passionnante que son œuvre filmique. Ça va sans doute vous choquer, mais j'ai vraiment trouvé cette discussion pompeuse, quoi. Voire pédante. Mention spéciale au "Blade Runner est un film assez raté" de CroCro.
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Père Jules
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Re: David Cronenberg

Post by Père Jules »

Demi-Lune wrote:Mention spéciale au "Blade Runner est un film assez raté" de CroCro.
Il explique pourquoi ou c'est juste péremptoire ?
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Demi-Lune
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Re: David Cronenberg

Post by Demi-Lune »

Père Jules wrote:
Demi-Lune wrote:Mention spéciale au "Blade Runner est un film assez raté" de CroCro.
Il explique pourquoi ou c'est juste péremptoire ?
Il le dit au détour d'une discussion sur la voix-off, sans argumenter plus que cela. Voici l'extrait en question (p. 157) :
"Blade Runner est le meilleur exemple d'une horrible voix-off qui gâche en partie le film. Il était gâché par d'autres choses, c'est un film assez raté mais la voix-off a considérablement ajouté à ce ratage. Bien sûr, ça rend le film distrayant, on sent qu'Harrison Ford déteste faire cette voix-off, on l'entend dans sa voix. Et pourtant j'adore l'idée de voix intérieure et c'est peut-être parce que j'aime ce qu'on peut en faire dans un film que je n'essaierai jamais d'en faire une pâle imitation".
Peut-être évoque-t-il encore le film de Scott ailleurs, mais le bouquin n'a pas d'index, alors c'est coton pour chercher.
Ce qui va te faire plaisir, c'est que CroCro chie aussi sur le Total Recall de Verhoeven (dont il pilota un temps l'adaptation). Allez, encore une perle pour la route : "Je pense que le film était très vulgaire, vulgaire visuellement et, plus généralement, décousu. Robocop était un bon film, très bien construit, mais dans Total Recall, Verhoeven n'a pas fait un très bon travail avec les effets spéciaux, les mutants et tout le reste". La drogue, c'est mal, David. :mrgreen:
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hellrick
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Re: David Cronenberg

Post by hellrick »

Demi-Lune wrote: La drogue, c'est mal, David. :mrgreen:
Clair qu'il doit arrêter la drogue là le petit David, il dit n'importe quoi :wink:
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jacques 2
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Re: David Cronenberg

Post by jacques 2 »

hellrick wrote:
Demi-Lune wrote: La drogue, c'est mal, David. :mrgreen:
Clair qu'il doit arrêter la drogue là le petit David, il dit n'importe quoi :wink:
En même temps, plutôt que de vanner Cronenberg parce qu'il n'aboie pas avec la meute, on peut estimer que certaines de ses critiques - notamment envers "Total recall" - sont assez fondées : vulgarité, certains trucages, etc ...

Et c'est un fan de Verhoeven qui écrit cela : je n'ignore donc pas que Verhoeven a toujours aimé provoquer de différentes manières et privilégier le "percutant" ...
Mais Cronenberg est cohérent avec lui même au travers de ses critiques : ce qui est sûr, c'est que "Blade runner" et "Total recall" auraient été très différents, réalisés par lui ...

Pour le meilleur, c'est une autre histoire ... :wink:
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Demi-Lune
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Re: David Cronenberg

Post by Demi-Lune »

jacques 2 wrote:
hellrick wrote: Clair qu'il doit arrêter la drogue là le petit David, il dit n'importe quoi :wink:
En même temps, plutôt que de vanner Cronenberg parce qu'il n'aboie pas avec la meute, on peut estimer que certaines de ses critiques - notamment envers "Total recall" - sont assez fondées : vulgarité, certains trucages, etc ...
Pas d'accord.
Parce que lorsqu'il parle de vulgarité visuelle, cela signifie littéralement que la forme est d'une grande pauvreté, qu'elle est quelconque. Ce qui est, au passage, plutôt savoureux de la part d'un Cronenberg qui, malgré tout son génie scénaristique et la précision chirurgicale de sa réalisation, n'est pas particulièrement un grand esthète. Or, l'univers futuriste qui est proposé dans Total Recall est artistiquement abouti voire marquant, tandis que les dominantes chromatiques du chef op' Jost Vacano en font quand même autre chose que du tout venant de SF.
Quant aux trucages, je voudrais bien qu'on m'en indique un seul qui aurait vieilli. Peut-être certaines transparences avec maquettes sur Mars, mais après ? Rob Bottin a fait un boulot fabuleux sur ce film, ses animatronics restent époustouflants alors que le film affiche plus de 20 ans au compteur.
Je crois que l'animosité de Cronenberg face au résultat provient de la grosse déception, qu'il n'a vraisemblablement jamais totalement digérée, d'avoir été contraint d'abandonner Total Recall pour causes de différends artistiques avec de Laurentiis. Comme il se plaît à le rappeler, son film aurait été beaucoup plus cérébral et audacieux, forcément meilleur et plus subtil que cette grosse machine stupide de Verhoeven, comme il le dit en substance. Si tu trouves que ses critiques sont fondées, moi je trouve au contraire qu'elles respirent une grande mauvaise foi. Je peux comprendre que cet épisode lui soit resté en travers de la gorge, mais la lecture de ces entretiens m'a personnellement montré quelqu'un d'incontestablement intelligent mais aussi imbus et assez peu convaincant lorsqu'il évoque autre chose - généralement raté à ses yeux - que son œuvre.
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Re: David Cronenberg

Post by jacques 2 »

Demi-Lune wrote: Si tu trouves que ses critiques sont fondées, moi je trouve au contraire qu'elles respirent une grande mauvaise foi. Je peux comprendre que cet épisode lui soit resté en travers de la gorge, mais la lecture de ces entretiens m'a personnellement montré quelqu'un d'incontestablement intelligent mais aussi imbus et assez peu convaincant lorsqu'il évoque autre chose - généralement raté à ses yeux - que son œuvre.
C'est pourquoi je parle de cohérence avec lui même : il est intimement persuadé qu'il aurait fait mieux et différent ...

Comme déjà dit, différent : c'est sûr ...

Mieux : on ne le saura jamais ...

Sinon, je crois qu'il parle de vulgarité à cause du côté assez "clinquant" du film de Verhoeven : couleurs, spectacle, effets "gore", Schwarzenegger, etc ...
Mais, plus généralement, la vulgarité ne me paraît pas synonyme de "pauvreté visuelle" : le "bling - bling" ça en met plein la vue et, en même temps, c'est vulgaire et ce dans tous les domaines d'ailleurs ...
Je ne lui donne pas raison (de plus, je le répète, j'aime beaucoup Verhoeven et attend - comme beaucoup - une "suite" à "Black Book") mais je le trouve cohérent avec sa vision du cinéma ...
Sinon : de la mauvaise foi ? Probablement un peu mais surtout du regret de ne pas avoir fait le film et imposé SA vision ...

:wink:
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Thaddeus
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Re: David Cronenberg

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Frissons
Première ébauche de l’horror made in Canada, qui trouve d’emblée une tonalité propre, élabore un climat plutôt anxiogène, construit des images malaisantes qui peuvent s'appréhender comme autant de tâtonnements de l’œuvre en devenir. Associant la manifestation de tendances érotiques avec la présence en soi d’une forme excrémentielle, elle se fonde sur un thème récurrent de la filmographie cronenbergienne : une entité vient habiter les corps humains et les métamorphoser. La neutralité quasi chirurgicale du style, les motifs scénaristiques (apprentis-sorciers, psychosomatisme, épidémie, contamination, maladie aux symptômes organiques et sexuels...) annoncent la couleur, mais le réalisateur est encore assez loin de la maîtrise et de la cohérence qu’il ne cessera par la suite de conquérir. 3/6

Rage
Cronenberg raconte ici les effets indésirables d’une opération sur une jolie fille accidentée et la propagation pandémique d’une maladie terrifiante. Le décor froid de Montréal se fait anxiogène, l’application de la loi martiale et la panique qui s’étend dispensent un parfum de chaos, l’angoisse naît moins des scènes-choc que des corps transgressifs et possédés, des visages écumants et tordus par les hurlements, de la proximité trouble entre appétit sexuel et soif de sang. Transposant les conventions de l’horreur dans un environnement réaliste qu’il transforme en zone de sauvagerie meurtrière, le réalisateur livre sans doute avec cette variation contemporaine du vampirisme et de la contamination l’une des réussites les plus accomplies, sèches et prenantes de son début de carrière. Très efficace. 5/6

Fast company
Au milieu de sa période craspec et underground, le cinéaste accepte sans investissement particulier ce qu’il présente comme une série B dans le milieu des courses de dragsters. Il raconte les rivalités et les dilemmes d’une poignée de casse-cous risquant leur vie au volant d’engins fumant et pétaradant à la Mad Max, exhalant la tôle, l’huile et l’essence, mais il reste encore loin des audacieuses visions transgressives de Crash, qui formaliseront la fusion hors-norme du corps et de l’automobile. Si on ne saurait reprocher à Cronenberg de s’éloigner de sa thématique habituelle, son film, lesté par un scénario indigent et des personnages stéréotypés remplissant l’un après l’autre toutes les cases d’un bingo-clichés, ne fait que broder de manière impersonnelle autour d’une louchée de motifs convenus. 3/6

Chromosome 3
L’univers de Cronenberg se précise, son style s’affermit, sa méthode et ses effets toujours parfaitement justifiés confirment qu’il préfère la technique de l’électrochoc à la pratique de la poésie. L’intrigue explicite de façon très nette des obsessions reliant le corps et l’esprit, la matière organique et les dérèglements psychiques. Les terreurs et les colères d’une femme accouchent d’une progéniture mutante et monstrueuse qui concrétise dans l’horreur tout ce qu’elle refoule : créatures sans âge et sans larynx, au teint blême et aux cheveux décolorés, se livrant à un sanglant carnage. Jamais loin de ses origines scientifiques (il a fait des études de médecine), le cinéaste invente des images fortes associant de manière dérangeante l’enfance à la folie et à la dégradation physique. 4/6

Scanners
Voici revenu le temps héroïque du bon vieux serial, lisible comme une bande dessinée, débarrassé de toute considération inutile. Mais chez le cinéaste la loi du genre passe par l’image, et cette image n’est pas tout à fait bénigne. Ici les yeux se convulsent, les muscles prennent feu, les veines éclatent, car les personnages-télépathes déclenchent la foudre et font bouillir les cerveaux. Cronenberg aborde les capacités hors du commun de ses protagonistes comme des affrontements mentaux dont résultent des exclusions, des rejets. Les phénomènes paranormaux et parapsychiques sont apparentés à des angoisses et mêlés, fait nouveau, à des enjeux plus politiques. C’est un peu son X-Men à lui, et c’est évidemment beaucoup plus original et stimulant. 4/6

Vidéodrome
Très impressionnant, par la force transgressive de ses visions, par la manière dont il pousse le rapprochement entre le héros et le spectateur, par son discours presque avant-gardiste sur le pouvoir audiovisuel et l’attirance morbide pour les films de violence et d’horreur, sur les fantasmes aliénants, entre pulsion et répulsion, jubilation et dégoût, créés par le nouveau régime des images – dont la télévision est ici la vectrice explicite. La dilution entre la réalité et le rêve, la vie et son pendant fictionnel, y programme l’apparition d’un être hybride, d’une nouvelle chair dont Cronenberg s’est fait quasiment le prophète. C’est un mix à la fois répugnant et fascinant de délires visuels, d'obsessions angoissées sur la puissance de l'imagination, la lobotomisation médiatique, le rapport violence/sexualité, qui porte à son apogée le grand cinéma malade et torturé de son auteur. 6/6
Top 10 Année 1983

Dead zone
Une très belle réussite, peut-être l'une des plus poignantes de l’auteur. Avec un minimum d’effets et une étonnante facilité, Cronenberg exprime la solitude d’un homme cassé dont la douleur provient des limbes de l’inconscient et dont il dévoile les forces inconnues mais inhibantes de l’intelligence. Ses préoccupations parapsychologique habituelles se mêlent à une intrigue de politique-fiction et sa sensibilité secrète adapte sans peine le roman fort de King, en préférant l’allusif et le subtil au grand-guignol. Il déplace ainsi son cinéma sur un champ plus intériorisé, sans rien perdre de sa personnalité. D’où la tonalité à la fois douloureuse et rentrée du film, qui sait générer à l’occasion de déroutants moments de tendresse, et qui doit aussi beaucoup à la prestation très subtile de Christopher Walken. 5/6

La mouche
Un classique, l'un des films les plus limpides et synthétiques du cinéaste. D’une certaine façon Cronenberg donne un tour de vis au virage empathique opéré par l’opus précédent. Il prend le point de vue d’un être conscient de sa dégradation physique et mentale pour explorer certaines des peurs les plus profondes de notre âme. Œuvre pénétrante parce qu’éminemment réaliste, concrète, physique, le film cristallise toutes les obsessions de l’auteur en un conte terrible et cauchemardesque sur l'horreur de la maladie, la solitude du mutant, son exclusion au monde et à son propre corps : quoi de plus universel qu’un homme qui se révolte contre l’inexorable victoire de son animalité, ou le désarroi de la femme qui ne résigne pas à ne plus l’aimer ? Car si le film est si puissant, c’est aussi parce que son histoire d'amour est bouleversante, à l’image d’un final inoubliable. 6/6
Top 10 Année 1986

Faux-semblants
Chef-d'œuvre, un des films majeurs de la décennie 80's, un sommet du fantastique. Cronenberg atteint l’épure, le point de perfection de ses thématiques en déployant un jeu de miroirs aux vertus maléfiques et à la rigueur chirurgicale : gémellité schizophrène, horreur chromosomique, transformation de la chair… Tout est doucereusement troublant, terrifiant, il se déploie des abîmes de vertige et de malaise face à ce qui est suggéré sur la monstruosité des corps, l'altération des esprits, la dissolution de l’identité de pair et la perte de l’individualité physique... Le film distille un trouble extrêmement fort parce qu’au travers sa tonalité glaciale, au-delà d’une froideur qui n’est qu’apparente, palpite quelque chose d'intimement poignant : le parcours malade des deux frangins, auquel Jeremy Irons apporte son considérable talent, révèle une douleur, une folie qui effraient et émeuvent à la fois. 6/6
Top 10 Année 1988

Le festin nu
Un film-monstre, peuplé de personnages effrayants, de créatures visqueuses, d’hallucinations fiévreuses agencées au sein d’une atmosphère ocre, cauchemardesque et sexuelle. Adapter le roman-culte du pape de la littérature beatnik était une gageure impossible à réaliser ; pourtant, le réalisateur gagne sur tous les tableaux. Évidemment ça ne se raconte pas, ça se vit. Féru d’entomologie, de métamorphose et de surréel, Cronenberg amène le matériau à lui et organise une sorte de tourbillon organique, philosophique, kafkaïen, qui malaxe avec une incroyable expressivité les fantasmes les plus baroques et les sentiments les plus viscéraux de perte, d'addiction, de folie... Certaines séquences sont vraiment incroyables (la machine à écrire-insecte, le trou du cul qui parle, c’est quelque chose). 5/6

M. Butterfly
On peut trouver que l’auteur s'assagit et s'inféode pour la première fois à une inspiration, sinon académique, du moins plus feutrée, mois surprenante. C'est à mon sens passer à côté de la vénéneuse ambigüité du film, autant que de ce qu'il sécrète de douleur muette. L’impossible rêve de Callimard (auquel Irons apporte une présence calcinée), qui achève dans le sang l’irréalisable fusion des corps, offre à Cronenberg l’occasion de poursuivre sur un mode plus contenu et romantique les interrogations qui l'ont toujours habité. Ce beau drame amoureux sur l’aveuglement et la passion d’un homme prisonnier de ses carcans identitaires et culturels est une œuvre est raffinée, sensible, intelligente, témoignant de la maîtrise esthétique supérieure à laquelle Cronenberg est alors parvenu. 5/6

Crash
C'est sans doute un film terminal, une expérience supra-casse gueule qui ne pourra plus être tentée : le cinéaste visualise le fantasme sadomasochiste de la dissolution et de la pénétration de l’organisme par l’appareillage technique, sa fusion avec lui. Sa beauté presque mythologique est à trouver dans ses choix paradoxaux, hyper-audacieux, envisageant l’amour et son simulacre (l’acte sexuel) comme autant de médiations sophistiquées pour atteindre un plaisir fait d’effroi et de souffrance mécanique, dans un environnement technicisé. On pourrait ne s'arrêter que sur la froideur glaciale de spéculum avec laquelle il pénètre les carcasses et les corps, les blessures et les prothèses désirables, mêle la chair et l’acier, retranscrit les fantasmes et les pulsions des protagonistes, alors qu'il y palpite une très douloureuse sentimentalité. 5/6
Top 10 Année 1996

eXistenZ
Prenant le contre-pied de la majesté glacée de Crash, ce retour décomplexée à la série B baroque et déjantée fait bouillonner toutes les obsessions organiques de l’auteur sur un mode ouvertement délirant, foisonnant, presque parodique – complots secrets, paranoïa, rebondissements feuilletonnesques… Le cinéaste retrouve quelque chose de très ludique en bardant son film de pistes et d’enjeux stimulants (métaphores sexuelles, enchâssements des niveaux et des pivots narratifs, délires schizoïdes), qui témoignent de l'acuité avec laquelle il aborde la problématique du virtuel. Le jeu devient ici une projection du désir et du risque de vivre, une représentation aussi, plutôt malicieuse, de l’érotisation de la vie. Je préfère largement cette proposition à la mythologie empesée de Matrix, sorti à la même époque. 5/6

Spider
Sans effets spéciaux, sans effusion sanglante, Cronenberg pénètre cette fois dans le plus secret bastion de l’homme, à la fois le mieux gardé et le plus menacé : son esprit. Il épouse le point de vue désorienté d’un personnage hésitant, usé, frileux, et filme sa folie de l’intérieur. La fable œdipienne est méticuleusement pensée et conçue, dépouillée de tout effet pour atteindre à l’épure mentale et abstraite. Il s’agit peut-être de l'un de ses films les plus expérimentaux et singuliers : tel l’araignée du titre, le réalisateur tisse une toile architecturale, obsessionnelle, patiente, située quelque part entre Freud et Beckett selon ses propres dires, et matérialise la désolation intime d'un être en quête obstinée de ses origines. C'est hyper réfléchi, peut-être un peu trop, je suis moins touché qu'ailleurs. 4/6

A history of violence
Virage bienvenu pour Cronenberg, qui investit la dynamique et les archétypes du polar pour y nicher ce qui l'a toujours intéressé, mais sur un mode plus identitaire que physique cette fois : le dérèglement, la contamination, l'altération, l’actualisation de l’élément virtuel, qu’il expérimente sur les entités syncrétiques d’une famille nucléaire, d’une communauté, plus généralement d’un pays confronté à son refoulé. C'est un bijou d'ambigüité et de subversion, qui creuse l’écorce épaisse de l’americana, montre la difficulté première pour l’homme d’aujourd’hui de percevoir la juste réalité, bombarde ses niveaux de lecture tous azimuts (le sous-texte sur la violence et ses racines mythologiques, la déclinaison perverse du mythe d’Abel et de Caïn), et confirme l'envergure d'un grand acteur : Viggo Mortensen. 5/6
Top 10 Année 2005

Les promesses de l’ombre
Martine (très très pure et gentille) chez les gangsters (très très pervers et méchants). Qu’arrive-t-il à Cronenberg ? Ce film est une relecture au carbone du précédent, dont il troque la troublante équivocité par des schémas bien définis, des frontières étanches qui jamais ne se brouillent ni n’évoluent. Évidemment ça n’a que peu d’intérêt. Le cinéaste souscrit aux conventions d’un polar maniériste, avec ses personnages manichéens et caricaturaux, son scénario réchauffé (twist fatigué et happy end wtf included), son sentimentalisme larmoyant (le recours à la voix off, pitié). L’exécution toujours aussi classe et maîtrisée ne fait pas oublier la très décevante superficialité de l’ensemble. Et puis je ne pardonne pas à Cronenberg d'avoir rendu Naomi Watts fadasse au possible. 3/6

A dangerous method
Cette fois je retrouve une partie de l'acuité, de l'intelligence et de l'ambigüité du réalisateur. Le sujet ne m'intéressait que peu a priori (je suis très méfiant vis-à-vis de cette "religion" qu'est la psychanalyse et de ses défenseurs poussant des cris d’orfraie dès lors que l'on s'attaque à ses fondateurs - Freud, Jung, donc), mais j'aime la façon dont Cronenberg renvoie les théories balbutiantes de ces augustes figures à leurs propres abîmes. Rencontre d’une forme blanche, précise, avec la parole : entre investigation psycho-sociale et mise en lumière de l'antagonisme judéo-aryen, le film serpente le long d’une analyse supérieurement agencée, dont la rigueur d'ordonnancement est constamment craquelée par les tensions et les frémissements que l'on sent vibrer sous la surface. Et les acteurs sont parfaits. 4/6

Cosmopolis
Cronenberg est de ces grands cinéastes en mue perpétuelle, soucieux de toujours s’affranchir des marqueurs qui les identifient trop facilement. La sculpture du verbe à l’œuvre dans le précédent film trouve ici une forme encore plus radicale, se condensant et se modulant au cœur d’un univers vide, vampirisé par un capitalisme dont l’autodestruction est l’ultime étape. Cœur mort et humanité desséchée, le roi vogue vers son extinction dans un vaisseau immobile au milieu du chaos. La littéralité de la parabole, son abstraction déroutante qui l’apparente à une installation d’art contemporain (telle la limousine repeinte en Pollock) dispense une fascination à rebours, pas facile à apprivoiser. Cronenberg est en pleine maîtrise de ses moyens, mais la cérébralité de son expression me touche moins que par le passé. 4/6

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Depuis quelque temps, chaque film du réalisateur semble partir du précédent. Après le cynisme entropique et la très contemporaine inhumanité de la finance, il braque sa caméra sur le microcosme froid d’Hollywood, qui semble s’être vidangée de tout son contenu romanesque, de tout son attrait, de toute sa beauté, fût-elle illusoire. C’est un monde fantomatique, licencieux, où ne s’expriment plus que les folies transmises des parents à leurs enfants, ces monstres victimes de malédictions incestueuses. Comme contaminé par le creux de ce qu’il filme, Cronenberg s’en tient à des intentions, à une ironie de surface et sans trouble, privilégiant le name-dropping frénétique et la farce molle. L’affect et l’émotion pointent aux abonnés absents de ce film résolument distancié, dévitalisé, pour ne pas dire insipide. 3/6


Mon top :

1. Faux-semblants (1988)
2. La mouche (1986)
3. Vidéodrome (1983)
4. Crash (1996)
5. A history of violence (2005)

Pour conclure, Cronenberg est l’un des cinéastes en activité que j'aime le plus, l'un des réalisateurs majeurs du cinéma contemporain. J'admire la façon dont il est toujours parvenu à se remettre en question, à s'imposer de nouvelles formes de fiction et d'expression, tout en préservant intacte la cohérence de sa filmographie. Cependant la tournure qu’a pris son œuvre récente, bien que passionnante, me stimule moins d’un point de vue purement émotionnel. Je pense tout simplement que, depuis une dizaine d’années, Cronenberg s’est embourgeoisé.
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Jeremy Fox
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Re: David Cronenberg

Post by Jeremy Fox »

Je n'ai au contraire jamais été très fan (quoique M. Butterfly ou Crash m'avaient agréablement surpris) sauf depuis son History of Violence qui m'a scotché sur place et Les Promesses de l'ombre qui m'a confirmé que le virage qu'il a pris fait que c'est désormais l'un des cinéastes dont j'attends le plus les futurs films.