Quantum of Solace (Marc Forster - 2008)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Robert McCall
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Quantum of Solace (Marc Forster - 2008)

Post by Robert McCall »

Surprise.

La fin de Casino Royale faisait trépider pour la suite, mais avec des craintes quand au retour (banal) à la formule éprouvée gadgets, voiture invisible et domination mondiale. Et puis non, un détail en entame de Quantum of Solace, puis un tas d'autres, ne trompent pas : le Bond vu triomphant sur les marches chez Campbell n'est pas encore le pro tout à fait formé qu’on connaît. Ouf. Les vieux de la vieille vont encore crier au sacrilège sur un paquet d'éléments bondiens; certains sont là (les filles à oilpé dans le générique, très différent de d'habitude et travaillant plutôt bien sur les textures, mais de façon moins plastoque que chez le prédécesseur Daniel Kleinman), d'autres non. Il y a surtout des choses que 007 n'a jamais faites en 40 ans de films, ce qui va encore énerver ceux que Casino Royale avait laissés tièdes. Mais après tout, c'est le début d'accord, d'accord.

Frappant d'emblée, la réalisation : si oui le staff technique de Jason B. donne un air de déjà vu encore plus prononcé (bagarre, poursuites), la présence de Craig est quand même très différente de celle de Damon. L’action tient alors plus du match de boxe que du ballet abstrait de La… dans la peau. Le film est incroyablement découpé pour un Bond et rompt avec le classicisme parfois longuet de Casino. Si bien que si on se souvient en général d’un film de la série pour telle séquence précise, le film ici va tellement vite – de pays en pays, de scène en scène - qu’on a du mal à isoler un moment. QOS est un tout, au risque de l’illisibilité, ajusté à la personnalité de Craig : vite et furieux. Il y a tout de même des moments (on ne pensait jamais écrire cela) chichiteux pour un Bond – un flottement dans une course de voitures, un passage à l’opéra… - plutôt rafraîchissants. Forster s’en tire très bien dans les scènes intimistes et sa relecture de certains passages obligés de la série (une réunion de méchants entre autres) est assez mémorable. Il fuit le côté carte postale (un événement touristique italien est utilisé pour faire monter la tension), faisant même de ce Bond un sauveur tiers-mondiste (ici la Bolivie).

Craig est tout simplement incroyable, même dans les plans les plus subliminaux (un regard, sauter par dessus un balcon, jeter des clés). Il prolonge son 007 hargneux mais sensible, tout en affinant le portrait du fauve blessé (le sous-titre du film pourrait être Tout est pardonné). Sa performance dans la dernière scène du film – le truc qu’on regarde toujours d’un œil distrait dans un Bond – est fiouuuu… Olga Kurylenko se débrouille pas mal en JB girl active. Le plus grand acteur française, Matthieu A., s’amuse comme un fou (et nous aussi) dans un rôle de méchant tout en tics, plus réel que Le Chiffre mais sans être trivial. Un hommage cradingue – et d’autres - à un Bond sixties très bien considéré rachète tous les clins d’œil foireux de Meurs un autre Jour. Soundtrack d’Arnold dans la lignée de Casino Royale. La chanson de White/Keys vaut ce qu’elle vaut. Encore plus radical que Casino Royale, le film va faire grincer des dents, mais tant mieux. Vivement le prochain.
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Jeremy Fox
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Re: Quantum of Solace (Marc Forster, 2008/ avis)

Post by Jeremy Fox »

J'étais déjà impatient de le découvrir ; ton avis me fait désormais sacrément saliver. :)
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Boubakar
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Re: Quantum of Solace (Marc Forster, 2008 / les avis)

Post by Boubakar »

Début d'avis un peu plus nuancé ;

http://www.filmsactu.com/news-cine-quan ... s-4191.htm
bronski
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Re: Quantum of Solace (Marc Forster, 2008 / les avis)

Post by bronski »

Sur l'autre topic ça gueule contre la chanson officielle. Bah, je la trouve pas si mal, mais par contre, Jack White, il se pose là en emo tête à claques...
someone1600
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Re: Quantum of Solace (Marc Forster, 2008 / les avis)

Post by someone1600 »

Bien hate de le voir en tout cas. J'avais beaucoup aimé Casino Royale. :D
aurélie
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Re: Quantum of Solace (Marc Forster, 2008 / les avis)

Post by aurélie »

De qui Amalric s'est inspiré pour son rôle dans le film (en anglais) ?
I took Blair's smile and Sarkozy's craziness, because I wanted to come across as a nice guy, while really being a sinister and ruthless character.”

(c'est à la fin de l'article, je n'invente rien)
http://www.khaleejtimes.com/CityHome.as ... times&col=
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hansolo
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Re: Quantum of Solace (Marc Forster, 2008 / les avis)

Post by hansolo »

L'affiche du film qui commence a "fleurir" un peu partout est un pur délice pour les yeux!
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Et c'est un refractaire aux derniers JB qui le dit!
- What do you do if the envelope is too big for the slot?
- Well, if you fold 'em, they fire you. I usually throw 'em out.

Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)
takezo
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Re: Quantum of Solace (Marc Forster, 2008 / les avis)

Post by takezo »

Chronicart wrote:Après le surprenant reload orchestré par Martin Campbell, ce nouveau 007 a été confié aux bons soins de Marc Forster, petit cinéaste chichiteux qui cadre mal avec les impératifs bondiens. Bien malin qui pouvait deviner comment le réalisateur de Stay, A l'ombre de la haine et autres Cerfs-volants de Kaboul allait se dépatouiller d'un cahier des charges à base de castagnes, de croupes rebondies et de géopolitique pour les nuls. Le bénéfice du doute ne tiendra pas plus d'une demi-heure. Le temps pour Forster de massacrer dans les grandes largeurs deux courses-poursuites et de saper, dans le même mouvement, la logique de trajectoire mise en place par Campbell.

En cause, cette mode détestable de la shaky-cam et du sur-découpage. Dans le sillage de Paul Greengrass, c'est tout Hollywood qui semble avoir cédé aux sirènes du chaos. Hélas, si les aventures de Jason Bourne s'accommodaient plus ou moins de cet effet de brouillage, il s'avère la plupart du temps dévastateur. Quantum of solace le démontre par l'absurde. Alors que Campbell sonnait le retour fracassant de Bond en tant que corps, Forster le réduit en lambeau à coup d'hyper-montage. Tout le sel théorique de Casino royale procédait d'un rapport inédit de 007 à l'espace : transparence et lisibilité spatiale contre stratégie du bulldozer. Minéral, Daniel Craig trouait le film de part en part et enfonçait la mythologie bien peignée de l'agent secret. Ici, il ne traverse rien, ne défonce plus grand chose, noyé dans le magma de plans attisé par Forster. Le nez dans le guidon, le cinéaste enquille ses cascades sans le moindre souci pulsionnel et découpe son héros avec une scie sauteuse en guise de banc de montage. Marre de ces cinéastes qui court-circuitent l'espace plutôt que de le mettre en tension, persuadés qu'un fatras parkinsonien palliera leur incurie.

Au bout de la séance, il faut pourtant se rendre à l'évidence : si le corps bestial de Daniel Craig n'impulse plus rien, son visage enfiévré suffit à maintenir Quantum of solace à flot. Jamais 007 aura semblé si peu engageant. Ses traits sont creusés, hantés, et seule une lointaine lueur allume encore son regard bleu acier. Au détour de quelques plans, c'est un mort-vivant que l'on entraperçoit, un être muré dans un détachement morbide qui largue une à une les amarres pour mieux s'abîmer dans son rôle d'espion. En prolongeant ainsi cette chute fascinante, Marc Forster sauve l'essentiel in extremis, mais sa mise en scène épileptique fait craindre le pire pour la suite : c'est toujours sur la pente hyperbolique que l'agent secret s'est planté.

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Post by Alphonse Tram »

Curieux de ne pas avoir donner un titre français à ce dernier opus (je ne parle même pas de traduction). N'y a t'il aucune obligation ?
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-Kaonashi Yupa-
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Re:

Post by -Kaonashi Yupa- »

Alphonse Tram wrote:Curieux de ne pas avoir donner un titre français à ce dernier opus (je ne parle même pas de traduction). N'y a t'il aucune obligation ?
Je crois qu'il n'y a surtout aucune traduction possible, ça n'a pas l'air de vouloir dire grand chose (l'explication est dans le film, je suppose).
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Re: Quantum of Solace (Marc Forster, 2008 / les avis)

Post by julien »

hansolo wrote:L'affiche du film qui commence a "fleurir" un peu partout est un pur délice pour les yeux!
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D'ailleurs, au début j'ai cru que c'était une affiche publicitaire pour une marque de fringue.
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Brody
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Re: Re:

Post by Brody »

-Kaonashi Yupa- wrote:
Alphonse Tram wrote:Curieux de ne pas avoir donner un titre français à ce dernier opus (je ne parle même pas de traduction). N'y a t'il aucune obligation ?
Je crois qu'il n'y a surtout aucune traduction possible, ça n'a pas l'air de vouloir dire grand chose (l'explication est dans le film, je suppose).
Je me suis fait la même réflexion qu'Alphonse, je trouve étrange qu'ils n'aient pas traduit le titre, ce qui a toujours été le cas (hors noms propres) même pour les formulations les plus improbables. Sans jouer les puristes je trouve ça un peu dommage de manquer d'imagination car il y avait des tas de titres dans cet esprit : le chagrin ne meurt pas demain, jamais plus n'oublier de se consoler, vivre et se consoler jusqu'à demain, Rien que dans ta gueule, le quota de pardon ne suffit pas à plus jamais laisser mourir les bons baisers éternels, etc...
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Post by Tuesday »

Alphonse Tram wrote:Curieux de ne pas avoir donner un titre français à ce dernier opus (je ne parle même pas de traduction). N'y a t'il aucune obligation ?
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Alphonse Tram
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Re: Re:

Post by Alphonse Tram »

TUESDAY wrote:Goldfinger...
Moonraker...
Goldeneye...
Certes. Pour des mots simples (ou des noms propres), je peux comprendre, mais une phrase complète... on va rire une fois de plus aux caisses :uhuh:
Je me rappelle de Phone booth (litt. "la cabine téléphonique") rebaptisé Phone game, sans doute plus parlant en France.

@ Brody : pas mal :mrgreen:
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Eusebio Cafarelli
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Re: Quantum of Solace (Marc Forster, 2008 / les avis)

Post by Eusebio Cafarelli »

Sur le site de Ouest France vendredi 31 octobre 2008
La nouvelle « James Bond girl » accusée de trahir l'Union soviétique

Olga Kurilenko, née soviétique, pactise avec 007, l'ex-ennemi de l'Est. Photo : Reuters
Manifestement, la guerre froide n'est pas terminée pour tout le monde... Olga Kurilenko, mannequin ukrainien, a été accusée de trahison par un groupe de communistes russes de Saint-Pétersbourg. Son crime ? Incarner la « James Bond girl » dans Quantum of Solace, les nouvelles aventures du célèbre agent secret britannique.

« L'Union soviétique vous a élevée et a pris soin de vous. Personne ne suspectait alors que vous alliez commettre une telle trahison morale et intellectuelle », vilipendent ces nostalgiques de la faucille et du marteau. Pour eux, l'agent 007 reste « l'assassin de centaines de membres du peuple soviétique et de ses alliés ».

L'agent Bond, dont il est peut-être bon de rappeler ici le caractère fictif, a joué un rôle essentiel dans la propagande anti-soviétique, pendant la guerre froide. Les agents russes du KGB, espions cubains et est-allemands, ou les jolies tueuses slaves ont longtemps monopolisé les rôles de « méchants » en lutte contre le bel Anglais. Depuis, ils ont été remplacés par les mafias chinoises, albanaises... ou françaises. Dans Quantum de Solace, c'est Mathieu Amalric qui incarne l'ennemi, n'en déplaise au groupuscule pétersbourgeois.

Olga Kurilenko, née en 1979 au sein de ce qui était alors la République socialiste d'Ukraine, vit depuis une dizaine d'années en France, où elle a démarré une carrière d'actrice. Quand elle ne flirte pas avec « l'ennemi » anglais, elle se « prélasse sur la côte d'Azur », outrage ultime, selon ses détracteurs. La belle « ennemie du peuple » n'a pas jugé bon de commenter...

Mathilde GOANEC.
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