Cotton Club (Francis Ford Coppola - 1984)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Supfiction
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola - 1984)

Post by Supfiction »

Boubakar wrote:
la_vie_en_blueray wrote:A quand une galette HD, c'est incroyable ?
Il vaut mieux garder le blu-ray, qui propose le montage cinéma. Des nouvelles de la nouvelle version ?
Garder le dvd tu voulais dire ?
J’ai failli acheter le BR lors de la dernière promo fnac et finalement quand je relis mon avis plus haut (que j’avais complètement oublié déjà), j’ai surement bien fait surtout que les échos sur le BR n’étaient pas enthousiasmants.
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odelay
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola - 1984)

Post by odelay »

Franchement on est plusieurs à dire ici qu'il est vraiment pas mal du tout.
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Boubakar
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola - 1984)

Post by Boubakar »

odelay wrote:Franchement on est plusieurs à dire ici qu'il est vraiment pas mal du tout.
Oui pareil, je viens de le voir ce matin, l'image est très bonne ; ça n'est pas du 4K, mais comparé au dvd TF1 Vidéo (où j'avais vu le film la première fois), c'est le jour et la nuit.
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shubby
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola - 1984)

Post by shubby »

Je réclame aussi des nouvelles du nouveau montage évoqué un temps ! Fichtre.

Le score tourne encore souvent par chez moi, il reste monstrueux et synthétique de l'ambiance de l'époque - fantasmée, sans doute.
Nestor Almendros
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola - 1984)

Post by Nestor Almendros »

shubby wrote:Je réclame aussi des nouvelles du nouveau montage évoqué un temps ! Fichtre.
https://caps-a-holic.com/c.php?go=1&a=0 ... 58&i=0&l=0

2h19 pour ce nouveau montage (vs. 2h09 sur celui qu'on connaissait)
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Michel2
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola - 1984)

Post by Michel2 »

J'ai acheté le BR américain édité par Lionsgate, qui n'est pas pas zoné et donc region-free, au cas où ça intéresserait les gens (pas de stf ni de vf par contre : uniquement sous-titrage anglais et espagnol).

J'aurais un peu de mal a comparer les deux montages dans le détail dans la mesure où je n'ai pas revu la version cinéma depuis une éternité, ce qui fait que j'en ai un souvenir extrêmement flou. Disons en substance que la version Encore apporte un certain nombre d'améliorations sans vraiment résoudre les problèmes scénaristiques du film. Sandman Williams, joué par Gregory Hines, est le principal bénéficiaire du droit de repentir que s'est octroyé Coppola : sa relation complexe avec son frère est plus développée, il gagne en profondeur et en lisibilité même si l'on aimerait qu'il soit plus étoffé encore, notamment dans son rapport amoureux au personnage interpreté par Lonette McKee (la chanteuse noire qui veut - et peut - passer pour blanche). La scène où cette dernière chante Stormy Weather avec final en gros plan est un grand moment et méritait d'être réinsérée dans le film, même si là encore on aimerait que cette femme absolument fascinante et très complexe psychologiquement ait droit à davantage de scènes : on reste sur sa faim la concernant, d'autant que l'actrice est absolument parfaite et qu'on adorerait la voir plus.

Les ajouts réintègrent plusieurs numéros musicaux d'un intérêt dramatique variable, certains essentiels et d'autres plus décoratifs et périphériques, même si tous sont assez brillants dans l'exécution. Outre Stormy Weather déjà mentionné, mon préféré est probablement celui du club de danseurs de claquettes qui apporte quelque chose d'important d'un point de vue dramatique, à savoir le sentiment de communauté culturelle et de solidarité entre danseurs noirs. La danse n'est pas (juste) là pour montrer le brio des danseurs, elle exprime quelque chose d'important sur les personnages, les liens qui les unissent et leur rapport au monde des blancs. J'aurais également bien aimé voir plus de place accordée au gangster noir joué par Laurence Fishburne, qui est vraiment intéressant (et accessoirement inspiré de la jeunesse de "Bumpy" Johnson, futur parrain de Harlem dans la vraie vie).

Le point faible des deux versions reste à mes yeux le duo Richard Gere/Diane Lane, non parce que les acteurs sont mauvais mais parce que les personnages sont totalement sous-écrits. Je trouve même Lane et Gere méritants parce qu'il parviennent malgré tout à faire quelque chose avec presque rien et à donner un peu de chair à des personnages qui en sont cruellement dépourvus sur la page, notamment celui de Vera Cicero dont on ne sait finalement rien si ce n'est qu'elle a probablement eu une enfance difficile et pauvre sans que ce soit vraiment dit de manière claire. Preuve de cette difficulté à structurer l'intrigue autour d'eux, ils disparaissent même un temps vers le milieu du film quand Dixie part à Hollywood (ellipse commune aux deux versions si point ne me gourre-je). Eux ne gagnent pas grand-chose à la version Encore, si ce n'est me semble-t-il un peu plus de fluidité dans l'évolution de leur relation.

Structurellement, on voit bien ce que Coppola veut faire : les destins parallèles de deux artistes, l'un noir l'autre blanc, ayant chacun une relation difficile avec leur frère et tombant tous les deux amoureux d'une femme qu'ils ne peuvent pas vraiment avoir. C'est clair sur le papier mais ce parallélisme ne fonctionne pas vraiment à l'écran parce que le récit court plusieurs lièvres à la fois au détriment de ses principaux protagonistes, braconnant tantôt sur les terres du film de gangster tantôt sur celles de la comédie musicale. Le nouveau montage apporte incontestablement une plus grande profondeur à certains éléments du récit et améliore sa lisibilité (ma mémoire peut me jouer des tours mais à tort ou à raison j'ai gardé du montage cinéma le souvenir d'un bordel narratif sans nom et d'une histoire limite incompréhensible par moments), mais il ne parvient pas à résoudre un problème de cohérence narrative inhérent à un scénario chaotique écrit et réécrit à plusieurs mains, y compris semble-t-il durant le tournage.

Ce que la version Encore apporte de positif souligne en fait le talon d'Achille de l'écriture du film : en faisant la part belle aux personnages noirs, qui sont les grands bénéficiaires du remontage effectué par Coppola, elle souligne que tout aurait dû être construit autour d'eux et de leur monde. Il y a dans le montage Encore de Cotton Club un grand film potentiel sur les Afro-Américains et et la culture afro-américaine des années 30 : si l'intrigue tournait uniquement autour des personnages de Gregory Hines et Lonette McKee en les développant davantage, Cotton Club serait probablement remarquable. Mais ça, la production n'en voulait visiblement pas, Coppola racontant même que le studio se serait plaint du fait qu'il y avait déjà trop de noirs dans le film dans son montage cinéma d'origine (je ne sais pas si l'anecdote est vraie mais Coppola la ressert en tout cas dans les suppléments du disque).

Bon, j'ai probablement l'air sévère et ce qui précède peut donner l'impression que je n'ai guère aimé le film dans ses deux incarnations, mais j'y ai trouvé quand même beaucoup de choses qui me plaisent, ce qui fait que je serai moins dur que vous, notamment Jeremy. Certes, l'ensemble est bancal, les pièces du puzzle ne s'emboîtent pas très bien malgré le remontage, mais il y a malgré tout beaucoup de moments de beau cinéma à l'écran et deux ou trois scène virtuoses qui valent le détour, ce qui fait que j'ai pris plaisir à voir ce remontage de Cotton Club et que je le reverrai à coup sûr à l'avenir.