Cotton Club (Francis Ford Coppola - 1984)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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MJ
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Cotton Club (Francis Ford Coppola - 1984)

Post by MJ »

J'ai eu l'occasion de revoir ce film qui m'avait laissé pour le moins circonspect et à bien y réfléchir c'est quand même franchement bien emballé.
La période 80's des fastes Zoetrope aux budgets modestes a été très riche pour Coppola et est curieusement ignorée aujourd'hui. Elle est marqué de bout en bout par une volonté farouche d'expérimentation et à ce niveau, Cotton Club n'est pas en reste... c'est le moins qu'on puisse dire: surimpressions, fondus enchaînés, montages parallèles, mouvements de grue, caméra à l'épaule, hommage au film noir et à la comédie musicale, le film part dans tous les sens mais garde une totale cohérence stylistique du début à la fin. Il y a un vrai sens du rythme (il est porté par sa musique), un respect et une compréhension profonde du classicisme américain, alliés à un goût jamais démenti de la recherche (sonore, visuelle), la direction d'acteur est menée d'une main de maître. Le casting est pour le moins hétéroclite: Diane Lane, Nicolas Cage, Bob Hopkins, Lonette Mc Kay, Richard Gere, qui quoi qu'on en dise, il fait certes n'importe quoi depuis qu'il a rencontré Julia Roberts, a tout de même eu le nez creux et rencontré plusieurs grands cinéastes.
Dis comme ça c'est la panacée, mais Coppola c'est aussi un grand enfant très (trop) préoccupé par son jouet, le prouve sa totale candeur (quand des gangsters disent ironiquement qu'ils vont "voir des pigeons sur le toit", ils le font vraiment). Ce que le film gagne sur tous ses tableaux, il semble le perdre au détriment de l'histoire, clairement sacrifiée par l'auteur. Il brasse bien des éléments, certains très sérieux (le climat des années folles, la Ségrégation), mais ne sait pas réellement les lier. Le lieu fédérateur (Cotton Club) ne fait pas tout, il n'est pas suffisant. On a dès lors l'impression de sauter du coq à l'âne, on sent que beaucoup de choses ont été sacrifiées durant un montage bordélique. Les personnages perdent de ce fait de l'épaisseur, deviennent des pantins au service de l'exercice. Et on voit bien que Cotton Club ne veut pas être qu'un exercice de style.
Ca n'est pas contradictoire avec le fait de louer la direction. Je prends comme exemple la relation entre les deux frères, tant côté white que black: l'énergie des comédiens, ce qui passe entre eux on le sent... mais ces scènes sont trop mal insérées dans l'économie narrative pour que le tout soit convaincant. C'est donc une écriture, pas paresseuse, mais trop leste qui tue dans l'oeuf le grand film dont on a tous les germes sous les yeux. On est passé à coté du chef-d'oeuvre, mais ce n'est pas enrageant. Coppola se rattrapera bien avec Tucker et Rusty James. On peut aussi dire, que, même (surtout?) dans ses écarts de conduite, l'oeuvre était en avance sur son temps. Le manièrisme, l'audace narrative, le sens du grotesque, le regard sur les mythes de l'Amérique, la reconstitution d'époque, la manière de (dé)jouer les codes du genre n'est pas sans rappeller les frères Coen. A la vue du tryptique Miller's Crossing/Barton Fink/Hudsucker Proxy je reste intimement persuadé qu'ils avaient vu ce film.
Et puis en l'état, un métrage "raté" mais traversé de tant de fulgurances, rempli d'une telle audace... c'est toujours mieux qu'un produit lisse et formaté où rien ne dépasse et rien ne ressort. Ne serait-ce que parce qu'il stimule mes sens et mon intellect plus que 95% des films, je respecte profondément Cotton Club.

Il doit bien y avoir d'autres défenseurs?
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Tancrède
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Re: Cotton Club de Francis Ford Coppola

Post by Tancrède »

je suis globalement d'accord avec ton analyse du film mais dans la mesure ou les jeux de petit malin sur "les codes du genre" me semblent être plus une régression du cinéma américain qu'un réel apport, je ne partage pas ton amour pour le film.

Peggy Sue s'est mariée ou Jardins de pierre, par contre, ha que oui !
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Watkinssien
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Re: Cotton Club de Francis Ford Coppola

Post by Watkinssien »

Cotton Club est un bel exercice nostalgique, ponctué de séquences fulgurantes et très élégamment mis en scène.

On peut trouver ici et là certaines redites par rapport aux films précédents de Coppola, mais le cinéaste s'y affranchit la plupart du temps pour nous proposer un spectacle où rime tragédie et romanesque, illusion et réalité.

Et pour le plaisir de voir le virtuose Gregory Hines avec ses claquettes.
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Art Core
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Re: Cotton Club de Francis Ford Coppola

Post by Art Core »

Très peu de souvenir si ce n'est un film raté et un peu brouillon. Je le classe sans mal parmis les moins bons Coppola.
MJ
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Re: Cotton Club de Francis Ford Coppola

Post by MJ »

Tancrède wrote:je suis globalement d'accord avec ton analyse du film mais dans la mesure ou les jeux de petit malin sur "les codes du genre" me semblent être plus une régression du cinéma américain qu'un réel apport, je ne partage pas ton amour pour le film.
On ne peut pas lui enlever d'avoir pressenti quelque chose. De toute façon, tout ce qui touche de près ou de loin à Zoetrope avait quinze ans d'avance sur son temps.
Watkinssien wrote:Et pour le plaisir de voir le virtuose Gregory Hines avec ses claquettes.
C'est effectivement un des plaisirs, et pas le plus superficiel, qu'offre le film.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Le montage parallèle avec la vague de meurtres, le changement de point de vue (la boîte vide puis la salle comble)... c'est stupéfiant.
Je lui vois pas d'autres rôles très marquants, excepté dans Wolfen.
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Watkinssien
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Re: Cotton Club de Francis Ford Coppola

Post by Watkinssien »

Art Core wrote:Très peu de souvenir si ce n'est un film raté et un peu brouillon. Je le classe sans mal parmis les moins bons Coppola.
Un revisionnage serait bénéfique ! :wink:
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angel with dirty face
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Re: Cotton Club de Francis Ford Coppola

Post by angel with dirty face »

MJ wrote:Ca n'est pas contradictoire avec le fait de louer la direction. Je prends comme exemple la relation entre les deux frères, tant côté white que black: l'énergie des comédiens, ce qui passe entre eux on le sent... mais ces scènes sont trop mal insérées dans l'économie narrative pour que le tout soit convaincant. C'est donc une écriture, pas paresseuse, mais trop leste qui tue dans l'oeuf le grand film dont on a tous les germes sous les yeux. On est passé à coté du chef-d'oeuvre, mais ce n'est pas enrageant. Coppola se rattrapera bien avec Tucker et Rusty James.
Rusty James (Rumble Fish), c'est film qui date d'avant The Cotton Club...

http://www.imdb.com/name/nm0000338/

Sinon, même si The Cotton Club ne fait pas partie des Coppola que je préfère, je l'ai revu en 2005 et j'avoue qu'en lisant le texte de MJ, je ne peux être que d'accord avec lui. Il faut voir ou revoir ce film!
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Tancrède
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Re: Cotton Club de Francis Ford Coppola

Post by Tancrède »

On ne peut pas lui enlever d'avoir pressenti quelque chose. De toute façon, tout ce qui touche de près ou de loin à Zoetrope avait quinze ans d'avance sur son temps.
on ne peut pas lui enlever mais on peut s'en foutre.
les films à clins d'oeil pour critiques complices, qu'ils soient signés Coen ou Coppola, ça ne m'intéresse pas.
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odelay
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola)

Post by odelay »

Même avis en gros que ce qui a été dit plus haut : Je suis vraiment fan de l'oeuvre du bonhomme, mais ce film est sans doute celui qui m'a le plus laissé un gout d'inachevé et d'occasions manquées ("JACK" ne comptant pas bien entendu). Je me souviens cependant d'une séquence formidable en montage parallèle avec d'un côté Gregory Hynes faisant des claquette et de l'autre je crois des scènes violentes. Je l'ai en VHS VOST, il faudrait vraiment que je le revoie également.
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Demi-Lune
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola, 1984)

Post by Demi-Lune »

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Cela faisait longtemps que je voulais le découvrir, et le moins que je puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçu ! Bien sûr, Cotton Club n'est pas parfait : Richard Gere, malgré l'authenticité qu'il apporte à son personnage en jouant lui-même du cornet, se montre sans surprise relativement terne, tandis que le montage, que l'on sait chaotique, peine souvent à entremêler de façon fluide les deux intrigues parallèles/miroir focalisées sur Dixie et sur Sandman (difficultés amoureuses, importance du frère, volonté de réussir socialement). Je ne sais pas si cela était consciencieusement désiré par Francis Ford Coppola, mais la rugosité des transitions, cette carence de liant, personnifie un peu ce fossé qui existe alors entre le monde des Blancs et celui des Noirs et que Coppola illustre tout le long de son film. Toujours est-il que le spectacle qu'il nous propose se révèle fabuleux et jubilatoire, du Cinéma à l'état pur qui communique un plaisir fou. Nanti d'un budget pharaonique et d'un scénario de Mario Puzo ludique convoquant Mafia et swing, Coppola entreprend une reconstitution fastueuse et éblouissante des roaring twenties à coups de décors magnifiques, de paillettes, de numéros musicaux, de stars et de mitraillettes, qui fonctionnent presque comme une partition musicale parfaitement réglée et endiablée. A la fois classique, totalement maîtrisée et pourtant pleine d'expérimentations visuelles dans le montage (comme le générique de fin), la mise en scène du cinéaste prend complètement possession de son sujet sans verser non plus dans le gigantisme, et fait une nouvelle fois la part belle aux comédiens qui, mis à part Gere, se montrent tous très bons. Supervisée par John Barry, la partition rétro est tout bonnement superbe. On sort du Cotton Club euphorique devant tant de virtuosité... si bien que je me prends à rêver de voir un jour une version longue du film qui fluidifierait la narration. A mon sens, un Coppola majeur, ne méritant pas le désastreux fiasco dont il a été victime, et peut-être bien son film des années 1980 que je préfère.
Mon choix pour le titre du film du mois devient... coton :| Image :arrow:

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angel with dirty face
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola, 1984)

Post by angel with dirty face »

Demi-Lune wrote:et peut-être bien son film des années 1980 que je préfère.
Et Rumble Fish ?!!! :lol:
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Demi-Lune
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola, 1984)

Post by Demi-Lune »

angel with dirty face wrote:
Demi-Lune wrote:et peut-être bien son film des années 1980 que je préfère.
Et Rumble Fish ?!!! :lol:
Il faut que je le revisionne, car il me semble que je m'étais un peu ennuyé par moments. Mais c'est à l'évidence un très grand film aussi, oui.
Cela dit, je ne vois pas trop en quoi ce serait drôle : je peux tout à fait préférer dans le lot un film imparfait du moment qu'il m'a transporté, non ?
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola, 1984)

Post by Flol »

Demi-Lune wrote:Image Image Image

Cela faisait longtemps que je voulais le découvrir, et le moins que je puisse dire, c'est que je n'ai pas été déçu ! Bien sûr, Cotton Club n'est pas parfait : Richard Gere, malgré l'authenticité qu'il apporte à son personnage en jouant lui-même du cornet, se montre sans surprise relativement terne, tandis que le montage, que l'on sait chaotique, peine souvent à entremêler de façon fluide les deux intrigues parallèles/miroir focalisées sur Dixie et sur Sandman (difficultés amoureuses, importance du frère, volonté de réussir socialement). Je ne sais pas si cela était consciencieusement désiré par Francis Ford Coppola, mais la rugosité des transitions, cette carence de liant, personnifie un peu ce fossé qui existe alors entre le monde des Blancs et celui des Noirs et que Coppola illustre tout le long de son film. Toujours est-il que le spectacle qu'il nous propose se révèle fabuleux et jubilatoire, du Cinéma à l'état pur qui communique un plaisir fou. Nanti d'un budget pharaonique et d'un scénario de Mario Puzo ludique convoquant Mafia et swing, Coppola entreprend une reconstitution fastueuse et éblouissante des roaring twenties à coups de décors magnifiques, de paillettes, de numéros musicaux, de stars et de mitraillettes, qui fonctionnent presque comme une partition musicale parfaitement réglée et endiablée. A la fois classique, totalement maîtrisée et pourtant pleine d'expérimentations visuelles dans le montage (comme le générique de fin), la mise en scène du cinéaste prend complètement possession de son sujet sans verser non plus dans le gigantisme, et fait une nouvelle fois la part belle aux comédiens qui, mis à part Gere, se montrent tous très bons. Supervisée par John Barry, la partition rétro est tout bonnement superbe. On sort du Cotton Club euphorique devant tant de virtuosité... si bien que je me prends à rêver de voir un jour une version longue du film qui fluidifierait la narration. A mon sens, un Coppola majeur, ne méritant pas le désastreux fiasco dont il a été victime, et peut-être bien son film des années 1980 que je préfère.
Je viens de le découvrir. Et moi qui m'attendais à un Coppola mineur (il me semble être très souvent oublié dès que l'on parle de sa filmo), j'ai été quasi ébloui du début à la fin par ce que je voyais.
C'est une plongée flamboyante et d'une classe folle dans le New York jazzy des années 20/30, certes un poil brouillonne (on sent que Puzo, Coppola & Co ont envie de traiter d'énormément de sujets à la fois), mais v'là la virtuosité de la mise en scène. :o
Il suffit de voir la toute dernière séquence du film, où les danses sur scène se mêlent habilement à la "réalité", le rythme s'accélère, la musique va crescendo (en parlant de ça, excellent score de John Barry...pour changer), enfin on se croirait face à une pure comédie musicale d'une incroyable maestria. Bref, je partage totalement l'avis de Demi-Lune.
Même sur un film de commande, Coppola sort le grand jeu.
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Jeremy Fox
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola, 1984)

Post by Jeremy Fox »

Ratatouille wrote: Je viens de le découvrir. Et moi qui m'attendais à un Coppola mineur (il me semble être très souvent oublié dès que l'on parle de sa filmo), j'ai été quasi ébloui du début à la fin par ce que je voyais.
Vu une seule fois au ciné l'année de sa sortie et j'avais été moi aussi scotché par la virtuosité du film. Aussi oublié que le génial Tucker.
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Demi-Lune
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Re: Cotton Club (Francis Ford Coppola, 1984)

Post by Demi-Lune »

Ratatouille wrote:Il suffit de voir la toute dernière séquence du film, où les danses sur scène se mêlent habilement à la "réalité", le rythme s'accélère, la musique va crescendo (en parlant de ça, excellent score de John Barry...pour changer), enfin on se croirait face à une pure comédie musicale d'une incroyable maestria.
Pareil. Ah ces figurants qui dansent dans la gare, le montage alterné avec le spectacle dans le Club, l'échange de sourires entre Gere et Lane... et le générique qui embraye avec toutes ces idées de montage. Putain c'est trop bon.
Mon Coppola favori des années 80 derrière le visionnaire Coup de cœur.