Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Re:

Post by Jeremy Fox »

Thaddeus wrote:
Jeremy Fox wrote:Ca n'arrive que 3 ou 4 fois dans une vie mais je crois que mon film préféré vient de changer
Ah ouais quand même. Par curiosité, quel est donc le film déchu ?
.

Disons un petit trio She Wore a Yellow Ribbon / Un dimanche à la campagne / Le Chateau ambulant

Je trouve le film de Giordana remarquable à tous niveaux, y compris dans sa mise en scène quoique en disent certains. Et surtout bouleversant et splendidement interprété, que je préfère largement au Scola et au Bertolucci dont il pourrait effectivement être une sorte de mélange.
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Jeremy Fox
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Re: Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:Je n'ai vu que son Piazza Fontana que j'avais trouvé particulièrement réussi.

Dans la VOD d'OCS, il y est (je le verrais donc) ainsi que Les 100 pas, Pasolini, mort d'un poète, Une fois que tu es né et Une histoire italienne. Parmi ces 4 derniers, quelques brefs avis ? Peut-on faire l'impasse sur certains ?
David Locke
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Re: Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

Post by David Locke »

Jeremy Fox wrote:
Rick Blaine wrote:Je n'ai vu que son Piazza Fontana que j'avais trouvé particulièrement réussi.

Dans la VOD d'OCS, il y est (je le verrais donc) ainsi que Les 100 pas, Pasolini, mort d'un poète, Une fois que tu es né et Une histoire italienne. Parmi ces 4 derniers, quelques brefs avis ? Peut-on faire l'impasse sur certains ?
Pour ma part, j'ai découvert le cinéma de Marco Tullio Giordana avec "I cento passi", et j'avais trouvé ce film excellent !
Autant dire que je n'ai pas été déçu par "La meglio giuventu".
Luigi Lo Cascio est parfait dans les 2 films, et particulièrement émouvant dans le premier...
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Jeremy Fox
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Re: Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

Post by Jeremy Fox »

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Pasolini, mort d'un poète


Dans la nuit du 2 novembre 1975, le jeune Giuseppe Pelosi est arrêté dans la banlieue de Rome au volant d’une voiture volée appartenant au poète et cinéaste Pier Paolo Pasolini. Le lendemain, on découvre le cadavre mutilé de ce dernier dans un terrain vague à Ostie. Pelosi dit avoir tué Pasolini pour échapper à ses avances. Les médias s’emparent de l’affaire et dénoncent les turpitudes de l’artiste controversé qui n’a jamais caché son homosexualité et qui dérange beaucoup de monde par ses écrits. Si cette simple "affaire de pédés" arrange beaucoup de monde, certains veulent enquêter plus profondément, persuadés au vu des nombreuses invraisemblances qu’il s’agit d’un crime politique plus que d’une vulgaire affaire crapuleuse…


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De la même génération que celle de Nanni Moretti ou Daniele Luchetti, Marco Tullio Giordana est un des très grands cinéastes italiens contemporains mais n’est toujours pas très connu dans l’hexagone : il eut néanmoins un grand succès critique et public avec sa fresque historique couvrant 40 ans de l’histoire italienne depuis les années 60 jusqu’à aujourd’hui, le poignant et absolument sublime Nos meilleures années (La Meglio Gioventu) sur lequel j’aurais beaucoup à dire tellement il m’a profondément touché durant ses six heures que l'on ne voit pas passer ; ce sera peut-être fait un jour ou l’autre. Pour en revenir au réalisateur et pour en faire connaitre un peu plus à son sujet, fils de famille bourgeoise, il fit des études de lettres et de philosophie. Humaniste très tôt fasciné par la politique, il s’en mêle dès le début de sa carrière cinématographique avec dès 1980 un premier film sur le terrorisme, Maudits je vous aimerai ! (Maladetti, vi amerò), récompensé au festival de Locarno. Son deuxième film, La Chute des Anges Rebelles (La Caduta delli angeli ribelli), est boudé par la critique et le public ; cette histoire d'un terroriste poursuivi par ses compagnons de lutte semble beaucoup trop désespérante au goût de la plupart. Contraint à une sorte d’exil cinématographique, il ne signe alors plus que trois longs métrages en vingt ans dont Pasolini, mort d'un poète, un film enquête au style direct pour lequel il abandonne presque tout le formalisme qui d’après Jean A. Gili, le grand spécialiste français du cinéma italien, plombait un peu ses œuvres précédentes.


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Suivront l’excellent Les 100 pas (I Cento Passi) qui dénonce à nouveau les méfaits de la Mafia en suivant le quotidien de Peppino Impastato, journaliste italien assassiné en 1978, puis le succès inespéré et international de Nos Meilleures années qui lui apporte un nouveau souffle. Plus proche de nous, on se souviendra surtout du très bon Piazza Fontana en 2012, autre film/dossier qui aborde cette fois l'attentat à la bombe de 1969 dans le centre de Milan qui fit 17 morts et 88 blessés. Un cinéaste au parcours très intéressant voire passionnant, d'une sensibilité souvent bouleversante et pour qui Pasolini fut l’une des principales figures tutélaires ; il lui voue d'ailleurs toujours une admiration sans bornes, quasi idolâtre, par exemple le titre original de Nos meilleures années étant tout simplement celui du premier recueil de poème du réalisateur de Accatone. "Pasolini était une voix très âpre et sulfureuse [...] Il avait deviné ce qu'allait devenir la politique, la corruption […] Je trouvais très urgent de faire un film qui racontait les circonstances de sa mort et parler de ce qui nous manquait après sa disparition, une intelligence très perspicace […] Tout le monde à l'époque disait qu'il ne s'agissait que d'une histoire de pédés mais […] les choses n'étaient pas aussi simples que la police et les juges ont voulu dire...". Vingt ans après la mort du poète assassiné en novembre 1975, pour éclaircir les raisons de ce crime et devant le manque d’indignation de ses compatriotes, Marco Tullio Giordana revient donc sur le procès arbitraire de son improbable tueur.


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Après des semaines, des mois et des années de discussions avec les juges et les avocats autour de l’affaire, des dizaines d’interviews effectuées, d’innombrables témoignages et procès-verbaux récoltés, Tullio Giordana émet de nouvelles hypothèses quant au meurtre de Pasolini et s’inspire du livre ‘Life of Pasolini’ d’Enzo Siciliano pour écrire son scénario ; après avoir reconstruit à l’identique les décors de sa maison pour qu'elle soit la plus vraie possible, le cinéaste italien se lance dans la réalisation de son film/dossier construit à la manière d’un puzzle d'une fluidité néanmoins jamais prise en défaut. Durant ce très grand laps de temps d'élaboration, il aura surtout aussi effectué un très long travail de documentation afin d’être préparé à pouvoir contrer toutes les objections qui ne manqueraient pas de lui être opposées quant à sa théorie d'ailleurs partagée par beaucoup d’intellectuels et d'hommes de loi.


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Un point de vue donc assez tranché mais qui ne ferme cependant pas les portes au doute, le réalisateur ne faisant pas forcément de ses hypothèses des vérités, ne tranchant pas franchement mais laissant au contraire planer une certaine incertitude qui lui fait honneur. Il en profitait dans le même temps pour dénoncer au passage la société italienne de l’époque, dans l’ensemble alors plutôt réactionnaire et homophobe, voire à ce propos la scène assez glaçante du cours de littérature avec des étudiants aux idées fascisantes. Il souligne les contradictions d'une enquête qui a réduit un assassinat politique à une sordide affaire de mœurs : "c'est une histoire de pédés, basta" dit à un moment l’un des chefs de la police pour pouvoir mettre fin plus rapidement à l’enquête. Par l’incrustation d’images d’archives au sein de la fiction, brouillant parfois les cartes en faisant passer les séquences filmées par ses soins pour des images d’actualités, Giordana monte un peu son film façon mosaïque, rappelant ainsi un peu le J.F.K d’Oliver Stone, certes quand même beaucoup moins efficace et virtuose mais néanmoins constamment prenant, n'oubliant ni les enjeux sociétaux et politiques d’un tel acte pas plus que ses zones d’ombres, laissant supposer que les véritables assassins du réalisateur sulfureux de Théorème auraient été des fascistes et politiciens véreux d’extrême-droite, Pelosi ayant servi de bouc émissaire.


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Un excellent casting d'acteurs pour la plupart inconnus en France, une très belle partition de Ennio Morricone dont un poignant thème principal viennent renforcer cet impressionnant travail d’investigation qui a aboutit à un film noir à tendance documentaire sur le crime de Pasolini qui s'avère par la même occasion un bel hommage voire un cri d’amour en direction de ce cinéaste poète qui fut pour nombre d'italiens l’un des plus grands intellectuels du 20ème siècle. "Il n'appartenait à personne […] il était devenu un personnage public pour pouvoir parler, faire comprendre ce qui se passait dans le pays… ce qui devenait intolérable pour les autorités italiennes […] Après lui, personne n'a plus été capable de faire la même chose […] cette intelligence était pour le pouvoir aussi dangereuse qu'une puissance militaire"… d'où son assassinat ! "Sa perte nous faisait devenir pauvre, moins intelligent, moins perspicace". Rien de très original ni dans l’écriture ni dans la mise en scène - Marco Tullio Giordana fera bien mieux par la suite - mais cependant un "dossier cinématographique" constamment intéressant à défaut d’être captivant tout du long.
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Jeremy Fox
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Re: Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

Post by Jeremy Fox »

Son film Lea datant de 2015 passe sur OCS City à partir de la semaine prochaine : première diffusion le 06 mars. Impatient :D

Le pitch : Lea a grandi dans une famille criminelle en Calabre. Le père de sa fille Denise est aussi membre de la mafia. Lea aspire cependant à une vie différente pour sa fille, sans violence, ni peur, ni mensonge. Elle décide de coopérer avec la justice, pour bénéficier du régime de protection des témoins et ainsi tenter de s'enfuir.
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Re: Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

Post by Jack Carter »

Jeremy Fox wrote:Son film Lea datant de 2015 passe sur OCS City à partir de la semaine prochaine : première diffusion le 06 mars. Impatient :D

Le pitch : Lea a grandi dans une famille criminelle en Calabre. Le père de sa fille Denise est aussi membre de la mafia. Lea aspire cependant à une vie différente pour sa fille, sans violence, ni peur, ni mensonge. Elle décide de coopérer avec la justice, pour bénéficier du régime de protection des témoins et ainsi tenter de s'enfuir.
Vu en salles, pas mal du tout :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

Post by Jeremy Fox »

Jack Carter wrote:
Jeremy Fox wrote:Son film Lea datant de 2015 passe sur OCS City à partir de la semaine prochaine : première diffusion le 06 mars. Impatient :D

Le pitch : Lea a grandi dans une famille criminelle en Calabre. Le père de sa fille Denise est aussi membre de la mafia. Lea aspire cependant à une vie différente pour sa fille, sans violence, ni peur, ni mensonge. Elle décide de coopérer avec la justice, pour bénéficier du régime de protection des témoins et ainsi tenter de s'enfuir.
Vu en salles, pas mal du tout :wink:

C'est l'un des rares qu'il me restait à voir :)
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Re: Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

Post by Beule »

Découvert en salle également il y a quelques semaines dans le cadre d'une soirée débat sur la condition de la femme. La pertinence de ce choix éditorial m'était apparue pour le moins discutable, tant le contexte mafieux (ici il est question de sa composante calabraise, la "Ndrangheta) aimante le cœur de l'observation et déporte la problématique féministe à la marge. Du strict point de vue du témoignage sociétal, Seule contre la mafia faisait preuve quelque 45 ans plus tôt d'une tout autre acuité. Mais peu importe.

C''est l'illustration d'un fait divers qui a ébranlé l'Italie dans les années 2000. Pour s'être dressée contre son ex-mari mafieux, une mère de famille disparut corps et âme. On retrouva plus tard son corps coupé en morceaux. Illustration très didactique, qui souffre de toute évidence de son format de production. À la base, il s'agit d'un téléfilm, et malheureusement le montage linéaire et grossièrement cut dans ses transitions s'en ressent. Il trahit rapidement sa corruption au diktat des coupures publicitaires. Pour autant, Giordana ne démérite pas. Sa direction d'acteurs reste toujours aussi sûre. Dans son portrait au long cours, Vanessa Scalera convainc tout autant en jeune calabraise privée de repères que, 20 ans plus tard, en mère courage basculant de la résilience à l'activisme suicidaire. Et le procès, qui joue habilement de la troublante ressemblance entre son interprète et la véritable Lea Garofalo pour jouxter puis fusionner jusqu'au vertige images d'archives et de fiction, finit par tordre le cou - mais un peu tard - à ce didactisme par trop scolaire.
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Re: Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

Post by Barry Egan »

J'étais curieux après avoir lu l'avis foutrement positif de Jérémy Fox sur le film dans le topic ciné italien contemporain. Après avoir vu les 3 premières heures hier après-midi, je n'ai pas pu m'arrêter et j'ai regardé les 3 dernières hier soir.

L'aspect cinématographique n'est pas extraordinaire mais il est juste. Formellement, c'est toujours adéquat. L'histoire est bien cousue, les personnages sont très attachants (formidable boulot des acteurs), et à travers l'Italie, que voir d'autre que la France, américanisée, en révolte puis restaurée et enrichie (mais à quel prix ?) ? En soi, c'est une belle initiative de nous montrer le passage de ce temps, une initiative nécessaire même, parce qu'elle convoque un souvenir collectif et ressoude des cœurs que la "nouvelle" technologie de mass médias rend de plus en plus étrangers. Un tel film serait-t-il possible en 2050 avec la génération smartphone ? Des gens nés en 1990 qui auraient 50 ans en 2050 ? Je ne le crois pas... J'aimerais y croire...

Une dimension thématique appuyée dans le film est le traitement de la folie, la maladie mentale, dont l'étendard à travers le temps est le personnage inexplicablement sauvage de Giorgia. J'y ai vu une façon d'aborder de biais le conflit très italien/catholique entre la mère et la putain. Les deux stéréotypes apparaissent dans le film, mais en insistant sur la figure de la femme malade, c'est au final le produit de ce conflit qui est montré. Pour cette raison, je pense, la présence qui m'a le plus touché c'est :

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De plus en plus belle et courageuse et toujours franche. Elle va vers et au-delà de ses obligations, ni mère étouffante, ni séductrice, artiste et femme de métier à la fois. (Plus prosaïquement, je crois bien être tombé raide de l'actrice...)

Bref, merci à Jérémy Fox pour avoir porté mon attention sur ce film.
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Jeremy Fox
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Re: Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

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Supfiction
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Re: Nos Meilleures Années (Marco Tullio Giordana - 2003)

Post by Supfiction »

Toujours pas vu car j’attend impatiemment depuis deux trois ans que le blu ray revienne à un prix abordable. Le dvd est pas cher en revanche, je vais peut-être m’y résoudre.