New Rose Hotel (Abel Ferrara - 1998)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Art Core
Paulie Pennino
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Re: New Rose Hotel (Ferrara)

Post by Art Core »

Je me désespérais de voir un bon film de Ferrara lui qui peut nous donner des chefs-d'oeuvres (Bad Lieutenant) ou des films plus proche du navet (R x'mas). Et bien c'est chose faite avec la claque que constitue ce New Rose Hotel. J'étais un peu inquiet de voir Ferrara investir l'univers cyber-punk de William Gibson, ne lui pensant pas l'âme d'un geek fan de S-F mais au final il utilise uniquement ce qui l'intéresse dans cet environnement sans chercher à donner corps à un futur factice. Et ce qui l'intéresse c'est la diversité. Diversité géographique (le film se passe sur plusieurs continents) qui va éparpiller une intrigue assez complexe sur des enjeux scientifiques et économiques qui finit par tendre par une abstraction, une toile évanescente dans laquelle les personnages n'ont plus d'attache (ils n'ont pas de domicile, de nationalité, de passé) et finissent par se dissoudre dans la matière même du film. A ce titre la dernière partie en forme de reconstruction mentale empruntée à William Burroughs est brillantissime (ce que j'ai vu de mieux au cinéma depuis très longtemps). Ferrara interroge la mémoire spectatorielle au travers de flash-backs biaisés et de la multiplication de point de vue sur la même action. Et la finalité est là. Des personnages qui s'abstraient à l'image pour se perdre dans le flux de données que constituent le film. La proposition cyber-punk est là et Ferrara et elle est incroyablement visionnaire (la multiplication des sources d'informations dans le film préfigure un peu ce que nous vivons recemment au cinéma entre Cloverfield et Redacted). Et là où le film finit d'être génial c'est dans sa volonté naïve de raconter une histoire d'amour. Et cette histoire d'amour est superbe. De loin c'est le meilleur rôle d'Asia Argento, qui si elle joue une fois de plus la pute, à une douceur et une ambivalence passionnante. Elle donne au film ce romantisme qui le rend si singulier.
Un vrai grand film inclassable et unique.
Blue
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Re: New Rose Hotel (Abel Ferrara)

Post by Blue »

Tout à fait d'accord avec ce que tu écris sur le mésestimé "New Rose Hotel", par contre lire que "Christmas" est proche du navet, j'ai un peu de mal :wink: C'est un film thématiquement intéressant ; Ferrara nous présente à travers sa famille de dealers immigrés ayant réussi à s'embourgeoiser grâce à leur traffic, l'envers du décor du New York à la veille de l'ère Giuliani. La multiplication des séquences de préparation de dope peut saouler, mais il faut considérer cette activité comme un véritable travail et une façon pour le couple de justifier moralement son droit à la normalité (à la banalité ?) ainsi qu'au bonheur et l'équilibre de leur enfant, ceci à travers les efforts qui leur sont nécessaires pour pouvoir vivre confortablement de leur traffic, en plus des risques qu'ils prennent. Leur vie c'est ça et c'est donc normal que le coeur du récit s'axe là dessus. Mais surtout, Ferrara y travaille encore et toujours la forme : les lents mouvements d'appareil et l'usage récurrent des fondus enchaînés participent à créer une fluidité narrative retranscrivant par ailleurs le mood dans lequel se trouve les personnages, là où des films comme "The Blackout" ou "New Rose Hotel" étaient plus fragmentés et chaotiques. Le travail du chef op Ken Kelsch (qui a bossé sur de nombreux films de Ferrara dont "Bad Lieutenant", "Nos Funérailles" et "New Rose Hotel" justement) est fascinant jusque dans la lumière du film ; "Christmas" ressemble un peu aux "Fleurs de Shanghaï" d'Hou Hsiao-Hsien dans un tout autre registre. Quant au casting, si je ne trouve pas Lillo Brancato formidable et Ice-T correct, en revanche Drea De Matteo est une révélation.
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pol gornek
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Re: New Rose Hotel (Abel Ferrara)

Post by pol gornek »

Entièrement d'accord avec toi, Blue !

De plus, je trouve que mettre en relation The King of NY et Christmas est assez intéressant, tant les deux films peuvent se répondre de bien des manières. Christmas, c'est la fin de l'ère des Parrains puissants, super bien sapés et connus de la communauté. Au contraire, c'est le début des petits patrons, la PME contre la grosse entreprise. La fabrique artisanal, l'entreprise familiale, la réussite des immigrés. Dans Christmas, on ne deale plus en costume trois pièces, mais en sportwear dans un petit appartement.
Le public qui grandit devant la télé affine son regard, acquiert une compétence critique, une capacité à lire des formes compliquées. Il anticipe mieux les stéréotypes et finit par les refuser car il ne jouit plus d'aucune surprise ni curiosité, les deux moteurs de l'écoute.Il faut donc lui proposer des programmes d'un niveau esthétique plus ambitieux. La série télé s'est ainsi hissée, avec ses formes propres, au niveau de la littérature et du cinéma. (Vincent Colonna)
Joe Wilson
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Re: New Rose Hotel (Abel Ferrara)

Post by Joe Wilson »

On est à priori bien loin de la fébrilité, de la mise à nu du Ferrara du début des années 90, mais New Rose Hotel, derrière ses allures de rêve éveillé, propose une dimension affective qui contourne bien des écueils. Pas d'expérimentation froide ni de complaisance, le cinéaste contemple un vertige, des êtres voués à contempler leur propre perte, au-delà d'un désir d'absolu.
Christopher Walken, d'une étrangeté maladive, obsessionnelle, et Willem Dafoe, tour à tour rigide et passionné, composent un duo extrêmement intense dans sa fascination et sa démesure. Même si la force du film vient avant tout du personnage d' Asia Argento...Ferrara la filme magnifiquement. Mystérieuse, insaisissable, elle semble par instants ne représenter qu'une image avant de devenir une incarnation sensuelle d'une beauté minérale.
New Rose Hotel dans son final, convoque une forme d'éternité solitaire, une prison incertaine. Les répétitions, retours en arrière, dessinent un temps suspendu, d'une amertume viscérale.
Difficile de trouver les mots pour cerner l'impression fugace, hypnotique, lumineuse que m'a laissé ce remarquable film.
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Thelonius
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Re: New Rose Hotel (Abel Ferrara)

Post by Thelonius »

pol gornek wrote:De plus, je trouve que mettre en relation The King of NY et Christmas est assez intéressant, tant les deux films peuvent se répondre de bien des manières.
L'intuition est bonne, c'était le but de Ferrara de faire "un petit frère documentaire de KONY".

'R Xmas n'est vraiment pas un navet, même si je pense que personne ne le considère comme le pic d'intensité de sa carrière, sa réflexion sur le mal érigé en système dans laquelle tous les autres systèmes viennent s'imbriquer est sûrement la plus réaliste de Ferrara et une des plus dures (presque autant que le we are not evil because we do evil, we do evil because we ARE evil de The Addiction.)

New Rose Hotel je le considère un cran au dessus de 'R Xmas, largement même. Je ne comprends pas la haine pour la dernière partie, je trouve qu'elle s'inscrit parfaitement dans le film et dans ses interrogations, finir par Willem Dafoe qui se branle en en se réinterprétant toute sa relation avec Sandi après tout de même que l'espèce humaine ait été exterminée, je trouve ça fort et ça pose de vraies questions sur l'image.
Je sais pas si quelqu'un a fait une étude sur l'image dans Ferrara mais ce serait intéressant tout de même. Même pas l'image numérique forcément (The Addiction c'était de la pelloche et y'avait déjà une interrogation sur l'image) mais visiblement ça le titille depuis Snake Eyes. Que je n'ai pas vu d'ailleurs, à quand la galette ? :(
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Thaddeus
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Re: New Rose Hotel (Abel Ferrara)

Post by Thaddeus »

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Effets de manque



Abel Ferrara est un artiste qui pratique la politique du saut dans le vide, un résistant ne ménageant pas ses arrières, un révolutionnaire kamikaze constamment prêt à risquer le tout pour le tout. Au bord du précipice, il lui faut se souvenir encore et innover toujours pour espérer se rétablir sur de la terre brûlée. En s’appuyant sur une nouvelle de William Gibson, dont il respecte l’esprit sinon la lettre, il réinvente son cinéma et le pousse à ses dernières extrémités. Guère plus qu’une poignée d’acteurs, quelques décors restreints à trois chambres d’hôtel chic et deux bars borgnes japonais, une économie fauchée de série B : voilà ce avec quoi il compose pour s’attaquer au règne tentaculaire des multinationales, aux arcanes obscures de l’espionnage industriel, aux virus de toutes sortes, aux méandres d’un univers poreux, fragmenté, menacé par l’homogénéisation virtuelle. Le sujet et la manière de l’aborder, tout ce qui est grand et tout ce qui est petit, ou supposés tels, cessent ici de s’opposer pour laisser voir une grande intimité. On comprend alors en quoi un film peut être mondial, s’il est vrai que ce terme recouvre, pas simplement l’élargissement des perspectives et l’accélération des déplacements mais, à un stade plus avancé, le déblocage et l’éclatement de tout horizon au profit d’une zone de voisinage et d’indiscernabilité entre local et général, ici et là-bas. New Rose Hotel raconte avec quelle difficulté un homme tente d’échapper à l’emprise monopolistique d’une communication parasitaire et virale, dont il n’est qu’un échantillon servile, vers la reconquête d’un souvenir exclusif qui lui appartiendrait hors de toute négociation, à jamais intransmissible : celui d’un amour soudain évaporé en zapping aveugle. Passablement opaques, les enjeux et finalités de l’intrigue ne sont que prétexte à une réflexion désabusée sur la négation de l’individu lorsqu’il se retrouve piégé dans un espace de pure signalisation.


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D’un côté il y a le monde, le grand monde anonyme des firmes toutes-puissantes qui le gouvernent et des riches qui le peuplent et le consomment. De l’autre il y a les parias qui le craignent et le fantasment, le désirent tellement qu’ils finissent par le voir apparaître, sous la forme d’images si cachées qu’elles ne peuvent être que tremblantes et parcellaires, numérisées à la va-vite, dérobées puis recelées, ralenties et agrandies à l’infini. Parmi eux, certains rêvent encore d’accéder à cette quasi-invisibilité bienfaisante qui sied au véritable pouvoir. L’un, X, est la figure romanesque classique de l’homme de partout et de nulle part, compétent et séducteur, privé de biographie et même de nom. L’autre, Fox, qui porte la canne de Welles dans La Soif du Mal et le costume blanc dont rêvait déjà James Mason dans L’Affaire Cicéron, est à la poursuite d’une sensation idéale, définitive et intraduisible ("The Edge") et cherche à transcender une vie de ratages et de déboires en réalisant un dernier gros coup : le transfert d’un virologiste très convoité, Hiroshi, d’une compagnie à une autre, contre espèces sonnantes et trébuchantes. Tous deux sont des bricolos, des losers, des joueurs avec le feu. Pauvre figure shakespearienne désarticulée qui règne en petit démiurge sur son entreprise de renseignement privée, Fox combine son plan à l’échelle internationale, dans des lieux intermédiaires mi privés-mi publics, insitués les uns par rapport aux autres et disponibles à tout et n’importe quoi, discuter, manger, faire des affaires ou faire l’amour. Il résulte de cette production sauvage et pernicieuse une configuration des plus complexes, agitée d’une alternance scalaire des plans, combat esthétique interne entre la profondeur (de champ) et la surface (vidéo). Face à la prédation des technologies, à la logique matérialo-capitaliste, à l’escamotage de la réalité, le plus infernal est d’essayer de se réapproprier une toute petite part d’expérience sensible. Que faire pour stopper le mouvement de conversion chimique de l’intime en information de marché, diffusée sur une profusion de réseaux aux quatre coins du globe ?

X est le révélateur du statut ambigu et nocif des images projectiles et de leur capacité d’oblitération. Sa trajectoire s’effectue en deux mouvements distincts mais complémentaires dans le processus d’autoréclusion réflexive auquel il est soumis. Au début, il participe à la conspiration en tant qu’acteur entre les mains de son associé-metteur en scène. Mais la dramaturgie exige un tiers, un élément inenvisageable qui viendrait d’ailleurs, du réel précisément, et que l’on introduirait dans ce milieu gangrené par l’instrumentalisation et l’éclatement des distances. Un soir, dans une boîte de nuit, Fox repère une prostituée du nom de Sandii (la fort désirable Asia Argento, magnétique dans l’abandon). Un long échange de regards tamisés garantit l’efficacité capiteuse de la jeune femme. Aussitôt, il l’engage et lui donne le rôle de l’appât chargé d’approcher puis de séduire le génie du mal jusqu’à ce qu’il tombe. Pour cela, elle doit apprendre à jouer auprès de X, son partenaire circonstanciel à qui incombe la responsabilité d’incarner Hiroshi. Avec comme unique mise en garde : ne pas se prendre pour le modèle. Or c’est aux vertiges du jeu alimentés par les images de simulation que X devra sa descente aux enfers. À force d’aller jusqu’au bout de son rôle, il tombe amoureux de la call-girl. Erreur grave car ce sentiment n’est pas une donnée prévue au programme. À l’annonce simultanée de la disparition de Sandii et des ravages de la peste provoqués par le généticien, s’amorce le deuxième mouvement de sa chute. C’est à cet instant que le film atteint son degré maximal dans l’analyse des mutations contemporaines affectant le corps et l’image, la machine et le cerveau. Avec, menée à son terme, la démonstration que le corps est une image et que le cerveau est une machine. D’où la folie, le dérèglement qui s’emparent du dernier segment.


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Sandii n’est plus, elle s’est volatilisée. Tapi dans l’ombre, retranché tel un reclus éternel, soumis au passif trop lourd d’un cogito en roue libre, X s’abandonne alors à la dérive mnésique. Sa tête se met à fonctionner comme une table de montage défectueuse tandis que son corps, recroquevillé en position quasi fœtale contre un mur, prend la forme d’un déchet. Il devient spectateur rétroactif de sa prestation en se repassant mentalement les moments marquants de sa traversée elliptique. Avec la trame des Enchaînés d’Hitchcock comme canevas (un homme met la femme qu’il aime dans le lit d’un autre et commence ainsi à se piéger lui-même), Ferrara initie une fiction en retransmission différée dont il ne recueille que les échos mutilés, les répercussions toujours plus lointaines. Il refuse d’enregistrer le déroulement de l’opération au profit de ses franges préparatoires, médianes puis conclusives pour inverser les notions fondatrices de champ et de hors-champ et construire son film sur un trou noir prolongé, jamais complètement élucidé (que s’est-il vraiment passé ? peut-être rien…). Dans son rembobinage panique (d’avant en arrière, pauses, ralentis), X cherche désespérément à faire revenir la représentation de la femme désirée, à la fixer en quelque sorte, gri-gri obsessionnel du cinéma moderne dont Vertigo, toujours lui, a scellé le motif inaugural, mais qui est ici adapté aux paramètres occlusifs du visuel galopant. À partir du moment où celui-ci empêche de voir, reste la collure à l’arraché d’une image avec une autre qui permet peut-être de rétablir du sens sous les traits d’un portrait fébrilement recomposé. De manière chaotique, le héros procède au décapage de l’histoire déjà filtrée par les écrans de contrôle et inscrite au régime falsifié des apparences. De même qu’on gratte une pierre pour y découvrir un diamant, il déchire la surface corrompue de cette vaste foirade pour y extraire ce que lui seul a su voir, une fragilité, un vacillement, quelque chose de rare. Et c’est dans l’infime intervalle de son cerveau défaillant que se cache sans doute le vrai visage de Sandii.

Ordonnée selon le principe du manque essentiel, l’œuvre doit beaucoup à ses acteurs, plus que jamais chargés d’apporter une épaisseur humaine à une matière très volatile, de compenser tout ce que Ferrara dérobe au regard. Mais ce dernier sait que c’est à lui qu’incombe la lourde tâche de changer la valeur d’une image afin que le monde s’accorde à ses désirs d’expérimentateur sans entrave. Pour cela, il peut compter sur son art du temps mort et du silence, son éclairage au pinceau, ses éclats et ses fulgurances, son style langoureux et sensuel, superbe et sinueux, désinvolte et brûlant, haché par les spots lumineux, rythmé par les pulsations sourdes de Schoolly D, et auquel il applique toute sa science de hibou décavé. Il y a de la sorcellerie là-dedans. Or la sorcellerie est souvent associée à la nuit, dont on dit qu’elle porte conseil. Dans le cinéma de Ferrara au contraire, la nuit porte malheur. En sortir signifie y retourner avec en plus la conscience que c’est pour la dernière fois. Voilà pourquoi ce grand film ouvert et interactif est aussi un grand film insomniaque. Ou plus exactement un film en sommeil sur les démons du sommeil. De manière générale, tous les personnages ferrariens sont de magnifiques noctambules. Parmi eux, Fox lance cette assertion : "J’ai le cimetière pour dormir." Sous-entendu, "tout pour l’action". Le sommeil est désigné comme un symbole de mort, et le réveil comme une mauvaise prémonition. Quand Fox s’endort enfin, X le réveille pour lui annoncer la catastrophe. Quelques minutes plus tard, titubant comme un mort-vivant derrière ses lunettes noires, il se suicide en sautant par-dessus la rambarde du hall d’hôtel, cerné par un split-screen sans pitié. Lorsque frontières et séparations ont disparu, les rares qui demeurent ont à voir avec la seule limite sur laquelle on ne revient pas, celle qui dissocie la vie du trépas. Il y a donc peu de chances pour que l’homme sans nom émerge un jour des ténèbres du New Rose Hotel. Et peu de chances pour que le rejeton punk et teigneux du cinéma indépendant américain signe jamais un film aussi beau, mystérieux et fascinant que celui-ci.


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