Mike Nichols

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Watkinssien
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Re:

Post by Watkinssien »

Watkinssien wrote:Mon trio de tête Nichols :

- Closer (2004)
- The Graduate (1967)
- Who's afraid of Virginia Woolf (1966)
Je rajoute en deuxième position le surprenant Charlie Wilson's War !
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Demi-Lune
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Re: Notez les films naphtas - Avril 2010

Post by Demi-Lune »

Catch-22 (Mike Nichols, 1970)
Une mise en scène brillante, un casting impressionnant, et des moyens énormes (tous ces bombardiers !), pour un résultat assez inégal. On alterne entre humour absurde et drame kafkaïen, sans que cela soit très bien dosé. Ce film est un véritable OVNI, qui part dans des directions inattendues, avec une liberté de ton typique du Nouvel Hollywood. J'avoue qu'il m'a déstabilisé, et que je ne sais pas très bien quoi en penser. A redécouvrir...
Je m'abstiens par conséquent de le noter, pour le moment.
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gnome
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Re: Mike Nichols

Post by gnome »

- Closer (Mike Nichols) 8/10
Malgré une interprétation irréprochable de la part des 4 acteurs principaux, malgré des dialogues d'une rare puissance, malgré une mise en scène sans faute de goût, j'avoue avoir eu un peu de mal à adhérer à 100% à ce film pourtant souvent encensé. Le film est très bon, aucun doute là dessus. Certaines scènes superbes (la scène du club de strip tease, le retour de Jude Law au square où il découvre une vérité douloureuse sur Alice à la fin). Un humour rare, mais bien présent; Quelques scènes sont d'anthologie (à commencer par le fameux chat internet et la rencontre à l'aquarium). Mais j'attendais plus d'émotion. Je n'ai pas vraiment réussi à m'identifier ou à m'attacher vraiment à un des personnages (sauf peut-être à celui d'Alice habitée par Natalie Portman) d'où ma légère déception.
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Demi-Lune
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Re: Mike Nichols

Post by Demi-Lune »

Le mystère Silkwood (1983)

Une nouvelle pierre à l'édifice de mon dilemme sur le cas Mike Nichols. Voici un film tout à fait respectable et intéressant... mais comme souvent avec Nichols, je reste en retrait du drame et sens progressivement mon ennui s'installer quand bien même le propos et les acteurs soient à l'avenant.
J'ai trouvé Le mystère Silkwood d'une lenteur parfois difficile ; la thématique est a priori passionnante mais contrairement à ce que j'ai pu lire ici ou là, perso je ne trouve pas que le film trouve tellement un équilibre entre la prétention investigatrice et le portrait de femme. Le souci de neutralité du scénario se traduit par une prudence qui en définitive échoue un peu à saisir le vertige des enjeux, à creuser, à fouiller comme est censé le faire Karen Silkwood. Quand il s'agit de mettre franchement les pieds dans le plat, le film tourne un peu autour du pot et brandit le charisme de sa protagoniste - il est vrai fascinante - comme pour s’exonérer d'une volonté d'approfondissement. Meryl Streep, dès lors, devient l'argument principal d'un film qui ambitionnait sans doute plus, en raison de l'historicité de son histoire et du potentiel polémique de son enquête. J'avoue que ça me laisse un peu frustré car pour une fois qu'un film évoque les dangers du nucléaire, on pouvait attendre quelque chose de plus impactant. Ah et la fin (plus exactement, ses gros sabots, avec le ralenti et Amazing Grace chanté par Streep) m'a bien gavé. Restent donc les comédiens, tous bien dirigés même si la profusion de seconds rôles est plus alourdissante qu'autre chose (Kurt Russell et Cher, et a fortiori sa nana, n'ont finalement pas une importance déterminante dans le récit). En Karen Silkwood, Meryl Streep trouve à nouveau une occasion de montrer l'étendue étourdissante de son talent : butée, excentrique, pétillante, idéaliste jusqu'à l'égoïsme, insolente, elle est en tous points parfaite dans un rôle qu'elle enrichit d'une belle complexité. L'Oscar n'aurait pas été volé.

Enfin c'est toujours mieux que Bons baisers d'Hollywood (1990) que j'ai vu il y a quelques jours et qui m'a complètement désintéressé. Le scénar' avait du potentiel mais finalement la blonde Meryl ne peut pas constamment faire des miracles : aucune surprise, c'est mou, c'est pas très amusant, c'est pas très émouvant... c'est chiant quoi. :mrgreen: Et pourtant, y a même Gene Hackman. Je n'ai découvert qu'à la lecture du générique de fin que c'était en fait adapté du bouquin autobiographique de Carrie Fisher ; ça permet de mieux comprendre certaines choses (le rapport à la mère, les problèmes de drogue) mais ce nouveau éclairage ne m'aura pas fait changer d'avis sur le film en lui-même.
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odelay
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Re: Mike Nichols

Post by odelay »

Oui, Postcards from the edge c'est l'histoire de la relation entre Carrie Fisher et Debbie Reynolds. Il y avait pas mal de choses pour rendre le film vraiment intéressants (le casting, le sujet, la description du milieu hollywoodien...) et effectivement, c'est ...pfff.....très quelconque et je suis poli. J'ai regardé à peine une heure et j'ai laissé tomber. Ca m'a énervé que tant de talents soient sous-utilisés. J'ai juste apprécié la belle interprétation de la chanson de Ray Charles par Meryl Streep au piano. Le reste c'est à peine plus intéressant qu'un soap. Silkwood était d'une autre tenue.
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Profondo Rosso
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Re: Mike Nichols

Post by Profondo Rosso »

Catch 22 (1970)

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Le Capitaine Yossarian, un bombardier B-25 de l'armée aérienne des États-Unis, se trouve sur l'île de Pianosa pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec d'autres membres de son escadron, Yossarian s'engage dans de dangereuses missions de vol, et après avoir vu ses compagnons mourir, il cherche un moyen d'en réchapper.

Adapté du cultissime roman éponyme de Joseph Heller, Catch 22 s'inscrivait avec le MASH de Robert Altman sorti la même année dans la vague des films de guerre antimilitariste usant de leur contexte historique (Guerre de Corée chez Altman et Deuxième Guerre Mondiale pour Nichols) pour dénoncer indirectement la Guerre du Vietnam. Les deux films n'auront pas exactement le même succès, l'outsider MASH (budget dérisoire, casting encore inconnu et tourné hors des regards des exécutifs de la Fox focalisé sur Patton produit au même simultanément) l'emportant aisément sur la superproduction qu'est Catch 22 portée par le prestige d'un Mike Nichols qui sortait des succès de Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966) et Le Lauréat (1967). Les raisons sont assez évidentes. MASH faisait fonctionner sa satire par un humour potache dans une célébration du collectif où ce groupe de médecin se réfugiant de l'horreur par la blague et offrait un reflet des communautés hippies pacifiste alors en vogue. Catch 22 est bien moins facile d'accès et à l'inverse prône le libre arbitre et la force de l'individu à travers l'odyssée cauchemardesque de son héros Yossarian (Alan Arkin).

Yossarian est un bombardier que la multiplicité et dangerosité des missions a placé dans une grande situation d'angoisse et d'anxiété. Pour échapper à son prochain vol périlleux, Yossarian a décidé de se faire passer pour fou et inapte mais va se trouver face à un obstacle de taille : le catch 22. C'est un article militaire contrant ce type de demande puisque signifiant que si l'un pilote se déclare fou pour ne pas voler, c'est qu'il est conscient de sa folie et donc ne peut être fou. Le film inscrira l'expression dans le langage courant anglo-saxon pour expliquer une situation où l'on est perdant quel que soit la voie empruntée. On comprendra mieux le rejet de la demande à travers la description de la base militaire. Dans MASH, la folie douce et l'excentricité sont des une protection face à l'apocalypse ambiante, dans Catch 22 au contraire c'est un virus contagieux gagnant l'ensemble de soldats au bout du rouleau nerveusement. Nichols montre graduellement cette folie ambiante qui passe d'une ambiance splapstick cartoonesque et décalée au véritable cauchemar surréaliste. On aura ainsi les visions de la corruption des officiers entre veulerie (Jon Voight génial en magouilleur s'enrichissant avec les surplus de l'armée), ambition mal placée (le duo Martin Balsam/ Buck Henry prêt à toute les bassesses pour assurer la visibilité de leur unité) et incompétence pure et simple (le Major nommé à ce grade car son nom de famille est... Major !). Les répercussions sur les pilotes sont bien sûr spectaculaires, les pathologies et névroses les plus variées s'illustrant dans des séquences délirantes : dialogues nonsensiques, gags Tex Avery (le malheureux finissant découpé par une pale d'avion, les soldats langues pendues face à l'assistante sexy du général) où lorgnant sur Tati (toujours bien surveiller ce qui se déroule en arrière-plan) et personnages grotesques porté par un casting d'exception. Orson Welles fait un caméo mémorable en général vulgaire, Art Garfunkel trouve son premier rôle cinéma (et retrouvera Nichols l'année suivante dans Ce plaisir qu'on dit charnel) en doux rêveur amoureux d'une prostituée italienne, Anthony Perkins déphasé et naïf comme souvent et même un touchant Marcel Dalio en vieillard clairvoyant.

Alan Arkin constamment au bord de la crise nerveuse semble bien normal pareillement entouré et malgré tous ses efforts dont une remise de médaille nu comme un ver. Nichols illustre par l'absurde le plus total la rigidité militaire qui est finalement la porte ouverte à toutes les dérives tant que le protocole est respecté. Après nous en avoir fait rire, le réalisateur pousse la chose dans une noirceur et un pur cauchemar halluciné durant la dernière demi-heure. La narration et construction même du film va dans ce sens avec l'intrigue se déroulant comme un long trip dans les souvenirs de Yossarian truffé de virages inattendus et de répétitions étranges. L'excentricité devient réellement menaçante, la bizarrerie vire à la violence et la satire bascule dans l'horreur kafkaïenne (le business de Voight transformé en capitalisme tentaculaire omniscient). On ne peut exister dans ce système sans en jouer le jeu ou sombrer soi-même dans la folie et la seule solution est la fuite comme nous le montre l'échappée finale de Yossarian. En homme libre. 6/6
Last edited by Profondo Rosso on 5 May 13, 13:57, edited 2 times in total.
Federico
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Re: Mike Nichols

Post by Federico »

Catch 22 est une sacrée claque. Je ne pourrai lui donner la note maximale de Profondo Rosso car il est aussi bourré de défauts et de scènes en trop ou trop étirées mais c'est quand même un film pas commun. Sa séquence d'ouverture laisse pantois. Il contient aussi une des séquences gore/réalistes les plus terrifiantes que j'ai pu voir dans un film de guerre (il est conseillé de ne pas être à table à cet instant). :shock:

Pour rester dans la comparaison texaverienne fort justement faite par Profondo Rosso, je vais vous remontrer la pin-up du général... :P

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... qui ne vaut ceci dit pas la délicieuse Paula Prentiss sublimement moulée dans son maillot blanc. :oops:
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Demi-Lune
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Re: Mike Nichols

Post by Demi-Lune »

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Working girl (1988)

Comme on dit, un "bon moment" mais dont le charme se dissipe malheureusement assez vite de la mémoire. Ce qui est le plus décevant au fond, c'est que le scénario sacrifie finalement vite son analyse caustique de la place de la femme des années 80 (bonne première demi-heure, bonne scène finale) au profit d'une romcom anodine et fade (comme dans Sabrina, je ne trouve pas Ford spécialement à l'aise dans ce registre même s'il joue ici avec son image de séducteur). Nichols aurait pu faire une sorte de pendant au féminin de Wall Street, mais préfère s'orienter vers le conte de fées moderne, ce qui est un peu décevant compte tenu du fait que c'est lorsqu'il est le plus vachard que le film est le meilleur (la phallocratie de Wall Street, le personnage de Sigourney Weaver). Melanie Griffith, en plus de respecter son quota habituel de plans porte-jarretelles, porte bien le film en donnant à son personnage une dignité bien éloignée de ses rôles d'aguicheuse à la même époque. A noter une apparition courte et amusante d'un Kevin Spacey cocaïné et une équipe technique quand même pas dégueu (Michael Ballhaus à la photo, Patrizia "Amadeus" von Brandenstein aux décors, etc). Et last but not least, Working girl c'est le Choucroute Tour Paradise ! Une collection de coiffures géniales et de fringues qui ne le sont pas moins : la p'tite cerise sur le gâteau d'un film sympatoche et ponctuellement intéressant d'un point de vue sociologique, plaqué or avec sa distribution, mais loin d'être inoubliable.
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AtCloseRange
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Re: Mike Nichols

Post by AtCloseRange »

Et Joan Cusack comme toujours tordante en secrétaire ("coffee, tea, me?").



Peut-être que le découvrir aujourd'hui lui enlève de son charme (la distribution parfaite y est pour beaucoup) mais ça reste un de mes préférés de Nichols, cinéaste très inégal.
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Harkento
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Re: Mike Nichols

Post by Harkento »

Je suis blasé de chez blasé !

Je viens tout juste de découvrir que Mike Nichols nous a quitté il y a deux jours !! :cry:

RIP Mike !
jay
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Re: Mike Nichols

Post by jay »

Me reviennent en tête les dernières images de ce film magnifique:



RIP
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nobody smith
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Re: Mike Nichols

Post by nobody smith »

Histoire de lui rendre un petit hommage, je piocher dans mes étagères plusieurs films de Mike Nichols ces derniers jours. Un peu comme Demi-Lune, j’ai quelques difficultés avec le cinéaste. Bizarrement, je me rends compte que j’apprécie la plupart des films que j’ai vus mais pourtant j’ai du mal à le considérer comme foncièrement talentueux (à l’exception notable du génial Le Lauréat). Je le sens toujours partagé dans le traitement de ses thématiques. Il y a une vraie volonté de sérieux et d’intelligence dans la façon de les aborder, même quand ça peut paraître ridicule (l’exemple le plus parlant est la communication avec les mammifères marins dans Le Jour Du Dauphin). Mais il y a aussi une sorte de peur à perdre le spectateur justement à cause de cela. Du coup, ça ne cherche pas d’approfondissement maximum et se permet quelques facilités ou tombe même dans la caricature. Ça se sent d’autant plus lorsqu’il s’attaque à des genres codifiés comme Wolf (que j’aime bien néanmoins malgré un dernier acte totalement catastrophique – curieux d’ailleurs de savoir à quoi il pouvait ressembler avant d’être retourné).

Découvert à la suite, je ne trouve ainsi pas vraiment que Qui A Peur De Virginia Woolf ? et Closer se posent comme des études de couple particulièrement perspicaces. Elles sont loin d’être à côté de la place vis-à-vis de leurs sujets mais ne m’apparaissent pas aussi subtiles et intelligentes que ce qu’elles veulent prétendre. Le drame conjugal de Qui A Peur De Virginia Woolf ? me paraît ainsi moins digne d’intérêt que l’emballage qui en fait, la réalisation embrassant l’état d’ébriété des personnages de la première à la dernière image. Je serais prêt à lui décerner le prix du film le plus alcoolisé au monde. Dans le même genre, j’ai fort aimé comment Closer est capable ponctuellement d’introduire quelques idées sympathiques (le montage parallèle avec le flashback en conservant l’opéra en fond sonore, Clive Owen confessant son infidélité avec une portrait tout sourire de lui en arrière-plan) et gère habilement son rythme à base d’ellipse temporel. Et bien sûr, la direction d’acteurs est brillante dans les deux cas et rend les films captivant à elle seule.

C’est d’ailleurs ce qui fait tenir Regarding Henry également découvert dans la foulée, Harrison Ford faisant tenir le film pratiquement à lui tout seul. Parce que pour le reste, ça ne vole pas vraiment très haut. Roger Ebert a vu juste en disant dans sa critique de l’époque qu’il y a sûrement un bon film mà-dedans. Le sujet (un avocat tombe amnésique et réappréhende la personne qu’il est) allié avec l’envie de Nichols de faire une pure étude de caractère aurait pu offrir quelque chose d’assez vertigineux. Or en dépit de cette orientation donnant un peu de saveur au film, celui-ci tombe grossièrement dans la guimauve avec un héros découvrant que c’est pas bien de sacrifier sa famille sur l’autel du matérialisme et de l’ascension professionnelle. Cela dit, le côté cliché du script signé par un certain Jeffrey Abrams (paraît qu’il se fait appeler J.J. maintenant *) a quelque chose d’amusant (on est à la limite de la blague avec la fin).

* A noter qu’il fait une petite apparition dans un look so 90’s

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Si on avait dit à l’époque que c’est lui qui amènerait Ford à reprendre le rôle d’Han Solo vingt ans plus tard…
"Les contes et les rêves sont les vérités fantômes qui dureront, quand les simples faits, poussière et cendre, seront oubliés" Neil Gaiman
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Kevin95
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Re: Mike Nichols

Post by Kevin95 »

CLOSER (Mike Nichols, 2004) découverte

Trente ans plus tard, Mike Nichols ressort son Carnal Knowledge du frigo, le maquille d'artifices très 2000's (internet, comédiens du moment, esthétique "à l'anglaise") et envoie le tout en salle pour des quarantenaires en pleine crise existentielle. Malgré quelques poses auteur-ristes, Carnal Knowledge avait pour lui un point de vue morose sur la sexualité américaine et un spleen typiquement de l'époque autour des rapports hommes/femmes. Closer vise lui le courrier du cœur. Les quatre personnages sont immatures, se disputent comme des adolescents, accumulent les invraisemblances (qui tchat comme ça sur le net ? Un médecin qui plus est ? Si la réponse est positive, merci de m'indiquer lequel pour que je l'évite), chouinent au premier clash venu et finalement, agacent plus qu'autre chose. Les quatre comédiens s’émoustillent à balancer des obscénités tout en s'assurant que la caméra les filme sous leur meilleur profil tandis que Nichols magazine-ise son film pour que chaque capture d'écran puisse être publiée dans un canard. Heureusement, le réalisateur se rattrapera par la suite avec son dernier film, l'excellent Charlie Wilson's War.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Mike Nichols

Post by Max Schreck »

Kevin95 wrote:CLOSER (Mike Nichols, 2004) découverte

Trente ans plus tard, Mike Nichols ressort son Carnal Knowledge du frigo, le maquille d'artifices très 2000's (internet, comédiens du moment, esthétique "à l'anglaise") et envoie le tout en salle pour des quarantenaires en pleine crise existentielle. Malgré quelques poses auteur-ristes, Carnal Knowledge avait pour lui un point de vue morose sur la sexualité américaine et un spleen typiquement de l'époque autour des rapports hommes/femmes. Closer vise lui le courrier du cœur. Les quatre personnages sont immatures, se disputent comme des adolescents, accumulent les invraisemblances (qui tchat comme ça sur le net ? Un médecin qui plus est ? Si la réponse est positive, merci de m'indiquer lequel pour que je l'évite), chouinent au premier clash venu et finalement, agacent plus qu'autre chose. Les quatre comédiens s’émoustillent à balancer des obscénités tout en s'assurant que la caméra les filme sous leur meilleur profil tandis que Nichols magazine-ise son film pour que chaque capture d'écran puisse être publiée dans un canard. Heureusement, le réalisateur se rattrapera par la suite avec son dernier film, l'excellent Charlie Wilson's War.
Oui, le parrallèle avec Carnal knowledge est bien vu (sujet, et surtout construction). Après, Nichols s'amuse surtout à diriger ses acteurs, tous très bons, et c'est déjà pas mal, mais ça reste trop théâtral justement dans le fond. Le meilleur du film, finalement, c'est sa splendide ouverture, d'une force incroyable.
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Thaddeus
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Re: Mike Nichols

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Qui a peur de Virginia Woolf ?
Par son humour noir tordu, ses personnages si déchaînés et aberrants qu’ils ne sont pas loin d’apparaître comme des malades mentaux, ses altercations furieuses et ordurières qui semblent sculptées dans la pierre, le film est presque une comédie grotesque. Les jeux qu’il met en scène portent le nom de mariage moderne ; ils ont mené à la création d’un enfant imaginaire, une sorte d’"imitation of life" académique. Nichols ne cherche pas atténuer l’impression théâtrale mais l’amplifie au contraire pour accoucher de la plus grande scène de ménage de l’histoire du cinéma, un affrontement tonitruant aux allures de psychothérapie conjugale de choc. Le confinement de l’action, son mauvais goût délibéré et les prestations paroxystiques de ses deux stars en font une expérience assez saisissante. 5/6
Top 10 Année 1966

Le lauréat
Un an plus tard, Nichols impose encore son talent de portraitiste avec cette œuvre importante sur le conflit de générations d’une décennie marquée par la contestation politique, qui trouve en Benjamin (Dustin Hoffman dans un de ses meilleurs rôles) un vecteur attachant, à la fois drôle et touchant. Fixant avec humour, finesse et sensibilité les changements peu apparents dans son parcours initiatique, son apprentissage d’étudiant maladroit qui devient un jeune homme sûr de lui, il suggère la conquête d’une maturation vécue comme une découverte progressive de ses sentiments et de ses désirs. Ce faisant, il dresse avec un œil incisif et iconoclaste la peinture haute en couleurs d’un milieu décadent. Aujourd’hui encore, le film séduit pat sa légèreté, son ironie subtilement offensive. 4/6

Ce plaisir qu’on dit charnel
Radiographie du mâle américain, disséqué dans ses raisonnements, ses complaisances et son désir tôt affirmé de rationalité et de rendement, sur vingt ans d’après-guerre. Si l’accusation de vulgarité à son égard n’est pas illégitime, il faut convenir qu’elle est de toute évidence fort calculée, et que la pachydermie en sudation de ce grand déballage grivois correspond parfaitement à l’objet choisi. D’où une réussite à peu près totale sur le sujet number one : le sexe, ses problèmes, dérobades et triomphes. Optant pour un ton satirique d’une grande cruauté, servi par d’excellents comédiens (mention à Ann-Margret, très en forme-s), le cinéaste suscite une amertume de plus en plus prononcée à mesure qu’il dévoile, par-delà l’acide décapant de l’humour, le désarroi d’un pays qui n’en finit pas de s’autocritiquer. 5/6

La bonne fortune
L’humour bête et méchant recherché par cette farce rétro tient aux gaffes à répétition de deux escrocs voués aux projets les plus calamiteux, liés par le seul appât du gain, s’avérant moins épris de l’héroïne que de son héritage et finissant par se liguer pour hâter le cours du destin. On connaît le goût de Nichols pour les vociférations et les empoignades conjugales : ici des séquences entières sont dilatées pour le seul profit d’une plaisanterie graveleuse. Et il faut attendre la deuxième partie du récit pour que la comédie labellisée aux images, aux musiques et aux mœurs paradoxales des roaring twenties devienne amusante, pour que les mésaventures ubuesques de Warren Beatty et Jack Nicholson (qui s’en donnent à cœur joie dans un tandem à la Laurel et Hardy) suscitent enfin un franc sourire. 3/6

Wolf
Le vieux mythe du loup-garou revisité par le biais d’une lecture critique du monde implacable de l’entreprise contemporaine : pour illustrer le précepte maintes fois vérifié que l’homme est un loup pour l’homme, le cinéaste pimente de fantastique lycanthropique les conflits professionnels et sentimentaux d’un éditeur d’âge mûr et de son jeune rival dont les canines, au propre et au figuré, ne vont pas tarder à rayer le plancher. En filant ainsi la métaphore de l’animalité féroce et de la concurrence, Nichols apporte une petite plus-value à un thriller surnaturel mené sans génie, pas déplaisant mais franchement anecdotique. Reste le magnétisme naturel de la Bête Jack Nicholson, né pour ce genre de rôle, et le charme de la Belle Michelle Pfeiffer : les deux meilleurs atouts du film. 4/6

Closer
Quarante ans après Qui a peur de Virgina Woolf ?, autre huis clos à quatre, Nichols adapte une pièce de théâtre où le plaisir du sexe masque mal la panique devant le sentiment. Ses personnages enfantins, qui s’amusent à changer de rôle ou d’identité, sont aussi des êtres cruels cessant d’aimer aussi brutalement qu’ils avaient voulu séduire. Sur le sujet éternel de l’incommunicabilité et de la manipulation sentimentale, c’est un film assez noir et faussement corrosif qui se repose essentiellement sur un quatuor d’acteurs irréprochables. La relative crudité du ton et des dialogues (notamment dans une scène de rupture sadomaso à l’étonnante perversité verbale), la crudité des relations dépeintes et la mélancolie feutrée du discours confèrent une certaine tenue à l’ensemble. 4/6

La guerre selon Charlie Wilson
Comédie sarcastique sur les dessous de la guerre en Afghanistan, qui se livre à une satire gentiment corrosive sur les coulisses du pouvoir. Au programme : un peu de scandale sexuel, des intérêts divergents, du lobbying et des politiciens puérils qui s’amusent à jongler avec les millions de dollars pour satisfaire leurs lubies. Nichols trouve un ton plutôt original où des personnages un peu louches, parfois antipathiques, s’agitent pour sauver un pays, et où des discussions de couloir péripapéticiennes et des réunions au sommet de la CIA virent au Feydeau avec portes qui claquent et espion planqué. Le dilettantisme détaché de l’entreprise en font une œuvre parfaitement sans conséquence, mais dont l’humilité incite à la clémence. Mention à Philip Seymour Hoffman, savoureux. 3/6


Mon top :

1. Qui a peur de Virginia Woolf ? (1966)
2. Ce plaisir qu’on dit charnel (1971)
3. Le lauréat (1967)
4. Closer (2004)
5. Wolf (1994)

Trois films remarquables puis quatre franchement mineurs : difficile pour moi de juger de façon crédible ce cinéaste de toute manière assez insaisissable, que je n’aime que ponctuellement.
Last edited by Thaddeus on 6 Jun 20, 00:10, edited 2 times in total.