Abbas Kiarostami (1940-2016)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Mosin-Nagant
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Re: Abbas Kiarostami

Post by Mosin-Nagant »

Alexandre Angel wrote:
Mosin-Nagant wrote:(...)la Mort(...)Va plutôt du côté de la télé-réalité, pour changer.
Ils sont déjà morts, quelque part :mrgreen:
Ce qui me tue, c'est qu'en France on a beaucoup plus parler de ces "morts-vivants" que d'Abbas Kiarostami durant toute sa vie.
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Roy Neary
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Re: Abbas Kiarostami

Post by Roy Neary »

Une grosse perte là aussi pour le cinéma... Il y a des hasards douloureux.

Je n'ai que rarement réussi à accrocher au cinéma de Kiarostami (Où est la maison de mon ami ? est peut-être le seul qui m'ait profondément touché), mais l'importance de son oeuvre a tellement marqué le cinéma contemprain que je ne désespère pas un jour de m'y plonger avec plus de conviction. J'aime bien ce qu'a écrit Alexandre un peu plus haut pour schématiser son style : "un mélange à peu près unique d'intellect et d'ébénisterie, de sophistication et d'artisanat." Je trouve ça très juste, même si j'ai encore du chemin avant de "voir la lumière".
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Flol
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Re: Abbas Kiarostami

Post by Flol »

Arte diffusera Le Goût de la cerise ce jeudi 7 juillet à 23h45.
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Watkinssien
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Re: Abbas Kiarostami

Post by Watkinssien »

Ratatouille wrote:Arte diffusera Le Goût de la cerise ce jeudi 7 juillet à 23h45.
C'est le film que j'ai le plus apprécié de Kiarostami. Car j'ai exactement le même ressenti que Roy vis-à-vis de son cinéma, qui ne m'a pratiquement jamais touché jusqu'à présent. Son Dah ou Ten avait été une expérience particulièrement pénible, tant j'avais trouvé cela abscons et vain. Mais je serais sûrement prêt à me replonger dans son cinéma qui m'ennuie assez dans quelques années.
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Amarcord
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Re: Abbas Kiarostami

Post by Amarcord »

Watkinssien wrote:Son Dah ou Ten avait été une expérience particulièrement pénible, tant j'avais trouvé cela abscons et vain.
Ce n'est pas le film le plus évident de Kiarostami, c'est à peu près certain. Le dispositif général pousse à l'extrême la fascination de Kiarostami pour la voiture - motif particulièrement récurrent de son œuvre, jusqu'à l'obsessionnel - ou pour l'habitacle, plus exactement.
A ce propos, Isabelle Huppert lui posait une question (dans un échange très intéressant de 2012, paru dans Les Inrocks) :

Isabelle Huppert : Qu’est-ce qui vous attire, en Iran comme au Japon, dans le fait de filmer des trajets en voiture ?
Abbas Kiarostami : La voiture constitue pour moi un espace intime dénué d’objets superflus faisant obstacle à la réflexion et à la parole libres. C’est un espace d’intimité avec soi et avec l’autre.
Assis côte à côte, nous sommes dans une position plus propice au dialogue que lorsque nous nous retrouvons face à face. Notre regard ne pèse plus sur l’autre dans l’attente de sa réponse, nous regardons ensemble un ailleurs. L’utilisation du plan fixe réduit le rôle de la caméra. Le paysage en mouvement à l’arrière-plan perd de sa lourdeur, de sa monotonie. À chaque seconde, 24 images défilent simultanément sur six écrans – les vitres de la voiture – devant les yeux du spectateur dont le regard est libre de se détacher des visages des personnages pour observer ces paysages mouvants. Il s’agit d’une alcôve idéale pour des échanges tour à tour très doux ou très âpres, tels que nous les avons tous expérimentés. Or, la question ne se pose pas de savoir pourquoi l’on fait des films qui se déroulent dans des cafés, des salles à manger, des chambres ou des bureaux. Il n’y a que la voiture qui me vaut vingt ans de justification !
(rires)
(source : ici)
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Alexandre Angel
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Re: Abbas Kiarostami

Post by Alexandre Angel »

Amarcord wrote:
Watkinssien wrote:Son Dah ou Ten avait été une expérience particulièrement pénible, tant j'avais trouvé cela abscons et vain.
Ce n'est pas le film le plus évident de Kiarostami, c'est à peu près certain. Le dispositif général pousse à l'extrême la fascination de Kiarostami pour la voiture - motif particulièrement récurrent de son œuvre, jusqu'à l'obsessionnel - ou pour l'habitacle, plus exactement.
A ce propos, Isabelle Huppert lui posait une question (dans un échange très intéressant de 2012, paru dans Les Inrocks) :

Isabelle Huppert : Qu’est-ce qui vous attire, en Iran comme au Japon, dans le fait de filmer des trajets en voiture ?
Abbas Kiarostami : La voiture constitue pour moi un espace intime dénué d’objets superflus faisant obstacle à la réflexion et à la parole libres. C’est un espace d’intimité avec soi et avec l’autre.
Assis côte à côte, nous sommes dans une position plus propice au dialogue que lorsque nous nous retrouvons face à face. Notre regard ne pèse plus sur l’autre dans l’attente de sa réponse, nous regardons ensemble un ailleurs. L’utilisation du plan fixe réduit le rôle de la caméra. Le paysage en mouvement à l’arrière-plan perd de sa lourdeur, de sa monotonie. À chaque seconde, 24 images défilent simultanément sur six écrans – les vitres de la voiture – devant les yeux du spectateur dont le regard est libre de se détacher des visages des personnages pour observer ces paysages mouvants. Il s’agit d’une alcôve idéale pour des échanges tour à tour très doux ou très âpres, tels que nous les avons tous expérimentés. Or, la question ne se pose pas de savoir pourquoi l’on fait des films qui se déroulent dans des cafés, des salles à manger, des chambres ou des bureaux. Il n’y a que la voiture qui me vaut vingt ans de justification !
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Ne serais-ce que cette réponse de Kiarostami est comme une miniature persane, une mini-nouvelle (je lis en ce moment des nouvelles de Satyajit Ray, il y a quelque chose comme ça). J'adore
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Re: Abbas Kiarostami

Post by Ouf Je Respire »

Kiarostami a toujours eu un effet particulier sur moi. Comme si ses films me "décalaient" de mes attentes d'un film. Avec lui, je voyais "un autre" type de film. Le Goût de la Cerise m'avait énervé dans un premier temps, puis me mettait dans une atmosphère étrange mélangeant la stricte réalité des images et l'impression de voir l'âme brute, sans romanesque. Pour me donner in fine une sensation mystique. Idem pour "Ten", film formidable de par la dureté de son procédé qui ne pardonne aucune arabesque fantaisiste. Avec Kiarostami, on était dans le "dur" de la réalité, et malgré la sécheresse de ses images, l'humanité en exsudait. Comme si de la sève coulait d'une planche de bois brut.

Il y a dix ans, j'avais vu une projection-débat sur "Nostalghia". En intro, le critique de cinéma invité pour l'occasion avait sorti une phrase du type "Plus personne ne film des films mystiques comme Tarkovski, à part Kiarostami." Cette phrase m'avait dans un premier temps laissé perplexe. Désormais, et dans un certain sens, je la comprends un peu mieux.
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Marcus
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Re: Abbas Kiarostami

Post by Marcus »

Ratatouille wrote:Arte diffusera Le Goût de la cerise ce jeudi 7 juillet à 23h45.
Trop tôt, y'a encore des gens debout à cette heure, ils devraient plutôt le diffuser à 3h du matin pour être sûr de faire de l'audience :roll:
Quelle honte sérieux ...
Elle était belle comme le jour, mais j'aimais les femmes belles comme la nuit.
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Re: Abbas Kiarostami

Post by Ouf Je Respire »

Marcus wrote:
Ratatouille wrote:Arte diffusera Le Goût de la cerise ce jeudi 7 juillet à 23h45.
Trop tôt, y'a encore des gens debout à cette heure, ils devraient plutôt le diffuser à 3h du matin pour être sûr de faire de l'audience :roll:
Quelle honte sérieux ...
Oui mais plus tôt, il y a France-Allemagne :idea:
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Jack Griffin
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Re: Abbas Kiarostami (1940-2016)

Post by Jack Griffin »

Funérailles de Kiarostami

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Alexandre Angel
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Re: Abbas Kiarostami (1940-2016)

Post by Alexandre Angel »

Jack Griffin wrote:Funérailles de Kiarostami

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Il y a quelque chose de bouleversant et de grandiose dans cette photo.
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Demi-Lune
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Re: Abbas Kiarostami

Post by Demi-Lune »

Thaddeus wrote:Après s'y être fait conduire la nuit par un taxi, il allume une cigarette, puis s'allonge dans la terre. Une orageuse éclipse de lune plonge alors son visage dans le noir absolu, tandis que tombent les premières gouttes de pluie qui lui procurent sans doute sa dernière sensation à fleur de peau. Mais ce n’est pas la fin du film. Après un fondu qui happe le personnage, quelques plans supplémentaires dévoilent les coulisses du tournage. On pourrait presque reprocher au réalisateur de vouloir nuancer la violence de son propos, de se dédouaner en rétorquant que tout ceci n'est que du cinéma, et que la vie continue. Cette conclusion en forme de post-scriptum, difficile à appréhender, rajoute en tout cas beaucoup d'indécidable à un film perpétuellement en état d'inquiétude. Selon ce qu’on croit, elle peut être considérée comme une rupture ou une apothéose. Elle est sans doute les deux à la fois
Pour moi, elle n'est malheureusement qu'une rupture, qui m'a violemment sorti du film. Cela reste stimulant, car imprévisible (je risque d'y réfléchir encore longtemps), mais elle laisse un goût bizarre en bouche en s'apparentant à une pirouette. Je connais sans doute encore trop mal Kiarostami pour appréhender le sens secret de cette prise de distance méta, mais très pragmatiquement, il y a un effet de dédramatisation en jouant sur le contraste du format vidéo et de la frontière fiction/tournage. Cela revient effectivement à sous-entendre que tout ça n'est que du cinéma, et qu'il ne faut pas s'en faire pour Monsieur Badii ; qu'il ne mérite pas, finalement, qu'on s'en fasse pour lui. Or, il y a quelque chose de l'ordre de la rupture du pacte de confiance entre le spectateur et le cinéaste, à ce moment-là : raconter pendant 1h30 le désespoir existentiel d'un homme, réenclencher dans la dernière partie une timide réouverture sur le monde, pour finalement ne pas aller jusqu'au bout de son histoire en extirpant le spectateur du cadre du film, c'est d'une certaine façon manquer de respect à la fois pour le personnage, et pour le spectateur. Je ne suis pas sûr d'adhérer à ça (pléonasme), si tant est que c'était l'idée qu'ait eu derrière la tête Kiarostami. Reste que le film est assez passionnant à suivre (il y a une tension naturelle dans les échanges qui fait qu'on écoute religieusement chaque phrase, tout en restant aux aguets pour la suite, un peu comme chez Farhadi aujourd'hui) et qu'il dégage quelque chose d’extrêmement fort dans son épure, sa fausse quiétude. Le dépouillement permet d'atteindre une forme de vertige métaphysique.
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Re: Abbas Kiarostami (1940-2016)

Post by Kevin95 »

LE GOÛT DE LA CERISE / TA'M E GUILASS (Abbas Kiarostami, 1997) découverte

Pour goûter à la cerise, il faut tout de même prendre son mal en patience, apprécier les virées en bagnole et les discussions à rallonge. Mais une fois le partis pris de Kiarostami dans la poche, on peut goûter, apprécier voir jubiler à ce Gout de la cerise, long chemin de croix d'un suicidaire dont on ne sait rien et qui au contact des autres, va essayer (du moins on aimerait le croire) de reconsidérer la question. Sorte de faux film à sketchs où l'envie de mourir du personnage principal serait le fil conducteur, le film permet aussi de faire connaissance avec un soldat iranien juvénile, un apprenti religieux ou un vieux sage (et sa fabuleuse histoire donnant le titre du film). Le Goût de la cerise aurait eu une image de fin superbe sur le visage du personnage principal (et les bruits d'orage au loin) mais Kiarostami a eu l'étrange idée de finir son métrage par des images du making off. J'avoue que le sens de ce choix me passe au-dessus. Quelle qu'en soit la raison, c'est tout de même dommage de ne pas avoir le temps de souffler ou de laisser passer l'émotion avant de se farcir l'envers du décor (finalement inutile). Malgré cette fin, un très beau film.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Abbas Kiarostami (1940-2016)

Post by Jeremy Fox »

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Re: Abbas Kiarostami (1940-2016)

Post by Jeremy Fox »

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