Top Ridley Scott

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Thaddeus
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Re: Top Ridley Scott

Post by Thaddeus »

Demi-Lune wrote:...
Mais c'est que tu donnes sacrément envie ! Je mets ton texte bien au chaud, et je le lirai quand je me déciderai à regarder ce film qui est de toute manière sur mes tablettes depuis longtemps. Le renvoi à Willow est à double tranchant, ce dernier film étant l'un de ceux dont je voue un amour immodéré parce qu'il fait partie de mes films d'enfance, de ceux qui ont forgé mon amour pour le cinéma (nous en avons tous), mais dont je suis conscient qu'ils ne valent sans doute pas grand chose pour n'importe quel autre spectateur. D'un point de vue strictement cinématographique, Scott a sans doute bien plus à offrir. Merci du conseil en tout cas. :wink:
Jeremy Fox wrote:ça vole cent lieues au dessus de Willow qui je trouve a pris un sacré coup de vieux
CQFD. Jeremy n'a donc pas dû voir Willow à dix ans, émerveillé, et ne le regarde pas pour la cinquantième fois la larme à l'oeil, en récitant les répliques par coeur. Coup de vieux ? Bah. :mrgreen:
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Demi-Lune
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Re: Top Ridley Scott

Post by Demi-Lune »

Voici, juste pour le fun et en ce jour de réveillon, quelques parallèles visuels possibles dans les films de Scott. Histoire, comme dirait DannyBiker, de se secouer la nouille sur des trucs inutiles.

L'Urbs

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Gladiator (2000) / Blade Runner (1982)
Les empereurs (Commode, Tyrell) surplombent depuis leur palais une puissance urbaine s'exprimant dans la monumentalité de ses architectures. La Rome antique ou le Los Angeles de 2019 participent par-delà le temps de la même idée d'accomplissement de la civilisation mais aussi de décadence qui peut la guetter. La Ville est ici plus qu'un simple phénomène spatial de rassemblement (mixité des cultures dans Gladiator comme dans Blade Runner) et d'organisation des individus, c'est un véritable concept à elle seule, une entité symbolique et autarcique qui se nourrit de sa propre puissance. On relèvera la grande ressemblance architecturale entre les appartements de Tyrell et ceux de Commode.

Le divertissement du Roi

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Kingdom of Heaven (2005) / Blade Runner (1982)
Bien sûr, le jeu d'échecs charrie tout un cortège de métaphores, qui sur le plan cinématographique nous renvoient spontanément vers Le Septième Sceau. "Le monde entier est dans les échecs", philosophe Baudoin IV. Dans leurs palais de solitude, le roi de Jérusalem et le monarque démiurge de 2019 se mesurent à un humble dans une partie plus mentale que ludique. De la situation en Terre Sainte au combat interposé entre un géniteur et sa création, la partie met symboliquement en jeu la Cour du Roi, donc son royaume. La mise en échec de Tyrell annonce sa fin future et celle de son utopie babylonienne, tandis que le Roi au masque d'argent enseigne à son chevalier la patience, la réflexion du geste ainsi que la vanité des grandeurs lors du combat.

Le meurtre du père

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Blade Runner (1982) / Gladiator director's cut (2000)
Dans Legend, le Seigneur des Ténèbres se place continuellement sous le patronage d'une figure paternelle abstraite qu'il maudit de ne pas le sauver lorsqu'il est vaincu. Le thème du désamour père-fils serpente dans de nombreux films de Ridley Scott et trouve probablement son illustration la plus marquante dans les deux films ci-dessus. Il a sans doute quelque chose de freudien dans ce passage à l'acte parricide par le fils prodigue mais mal-aimé. En tout cas, le cérémonial, si je puis dire, est dupliqué scrupuleusement par Scott dans les deux scènes, où Roy Batty, tourmenté, embrasse son créateur avant de s'en prendre à son visage, tandis que Commode, dans cette scène de la version longue, burine rageusement le buste de son père Marc Aurèle, avant d'éclater en sanglots et d'embrasser l'effigie de marbre. A noter que la figure maternelle peut être aussi, potentiellement, problématique. Dans Alien, l'ordinateur de bord MO-TH-ER joue contre ses "enfants".

Le clin-d’œil visuel

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Alien (1979) / Blade Runner (1982)
Reprise de cette image d'un écran de contrôle en forme de private joke pour initiés.

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Blade Runner (1982) / Legend (1985)
Et si Legend était sur 1h50 le rêve de Deckard méditant sur son piano ?

Les clins-d’œil décoratifs

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Black Rain (1989) / Blade Runner (1982)


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Blade Runner (1982) / Legend (1985)
Apparemment, Scott aurait demandé à son décorateur de réutiliser les piliers de Blade Runner (dont également ceux de la Tyrell Corporation) et de les maquiller pour Legend.

A la table du Diable

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Legend (1985) / Hannibal (2001)
J'en avais parlé une ou deux pages avant. Dans les deux films, l'héroïne se retrouve invitée dans un dîner cauchemardesque mis en scène avec suavité par une figure du Mal, le Seigneur des Ténèbres dans l'un, le docteur Lecter dans l'autre. Le cérémonial a une coloration de romantisme perverti et l'enjeu, pour le personnage féminin, est de pouvoir surmonter cette épreuve. Le découpage particulier de la robe noire dans les deux cas achève la similitude.

Tiens, j'y pense, un autre parallèle pourrait être fait entre la fin originale de Blade Runner et celle de Kingdom of Heaven. Dans les deux cas, le héros et sa bien-aimée en manteau de fourrure sont contraints de fuir la "Ville" et partent vers un inconnu plus... rural. :mrgreen:
semmelweis
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Re: Top Ridley Scott

Post by semmelweis »

Ca donne envie de revoir les films de Scott meme Gladiator :mrgreen: !
Très intéressant en attendant
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Flavia
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Re: Top Ridley Scott

Post by Flavia »

Je suis bluffée par le travail que tu as fait pour trouver toutes ces similitudes :wink: Ca me donne envie de revoir tous ses films :)
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Kevin95
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Re: Top Ridley Scott

Post by Kevin95 »

Sacré boulot quand même, faut se les faire les films (deux minutes de Black Rain et je convulse). :mrgreen:
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Demi-Lune
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Re: Top Ridley Scott

Post by Demi-Lune »

Bof, je savais où chercher. Je les connais bien, ces films. Ce qui a pris le plus de temps, c'est de faire les cap' et de les mettre en forme. Mais c'était rigolo.
Et j'aime Black Rain ! :o
Stygma2
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Re: Top Ridley Scott

Post by Stygma2 »

Oui de bien belles captures. Je sais pas si demi lune se souvient que la métaphore "du jeu d'échecs" apparaît subtilement dans Matchstick Men aussi!? :wink:
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Demi-Lune
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Re: Top Ridley Scott

Post by Demi-Lune »

Stygma2 wrote:Je sais pas si demi lune se souvient que la métaphore "du jeu d'échecs" apparaît subtilement dans Matchstick Men aussi!? :wink:
Je n'ai pas vu Les Associés.
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Kevin95
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Re: Top Ridley Scott

Post by Kevin95 »

Demi-Lune wrote:Et j'aime Black Rain ! :o
On a tous des petits plaisirs coupables...
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Plus sérieusement le film a méchamment vieillit, notamment dans sa représentation ultra caricaturale du Japon
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Stygma2
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Re: Top Ridley Scott

Post by Stygma2 »

Demi-Lune wrote:
Stygma2 wrote:Je sais pas si demi lune se souvient que la métaphore "du jeu d'échecs" apparaît subtilement dans Matchstick Men aussi!? :wink:
Je n'ai pas vu Les Associés.
Ah! skuse, je croyais que c'était toi qui lui avait mis un 4/6 (note relativement faible à mon goût) sur le topic, désolé. :wink:
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Demi-Lune
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Re: Top Ridley Scott

Post by Demi-Lune »

Kevin95 wrote:
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Plus sérieusement le film a méchamment vieillit, notamment dans sa représentation ultra caricaturale du Japon
Bien sûr ce n'est pas un film qui se veut aussi subtil que, mettons, Yakuza, mais comme Black Rain suit le point de vue de deux Américains bien... Ricains, qui tombent dans un pays où ils ne comprennent rien, cette représentation déformée et assez comique par moments passe chez moi. :wink:
Colqhoun
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Re: Top Ridley Scott

Post by Colqhoun »

Demi-Lune wrote:Voici, juste pour le fun et en ce jour de réveillon, quelques parallèles visuels possibles dans les films de Scott. Histoire, comme dirait DannyBiker, de se secouer la nouille sur des trucs inutiles.
Et qui résume bien le cinéma de Scott: passé Alien et Blade Runner, il n'avait déjà plus rien à dire.
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julien
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Re: Top Ridley Scott

Post by julien »

J'aime bien Thelma et Louise. Superbe portrait de femmes. Mais après c'est vrai que c'est un peu le trou noir la filmographie de Scott. Il y a toujours un travail toujours aussi méticuleux en tout cas sur les éclairages dans ses films. On reconnait bien la patte artistique de l'ancien directeur de pubs.
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"Toutes les raisons évoquées qui t'ont paru peu convaincantes sont, pour ma part, les parties d'une remarquable richesse." Watki.
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Kevin95
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Re: Top Ridley Scott

Post by Kevin95 »

Demi-Lune wrote:
Kevin95 wrote:
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Plus sérieusement le film a méchamment vieillit, notamment dans sa représentation ultra caricaturale du Japon
Bien sûr ce n'est pas un film qui se veut aussi subtil que, mettons, Yakuza, mais comme Black Rain suit le point de vue de deux Américains bien... Ricains, qui tombent dans un pays où ils ne comprennent rien, cette représentation déformée et assez comique par moments passe chez moi. :wink:
Seulement la différence entre une représentation caricaturale mais rigolote d'un film comme The Yakuza ou The Killer Elite par rapport au film de Scott, c'est que les films des 70's (très second degrés au demeurant) présentent des personnages (Mitchum et Caan) qui jamais ne s'ouvrent à la population asiatique, bien au contraire. Ce sont des personnages haineux et violents donc forcement leurs approches de la culture orientale symbolisée par une poignée d'ennemis est faussée (les asiatiques sont fourbes et sans émotions). Dans Black Rain, le personnage de Michael Douglas est caractérisé lui par son désir de percer le cœur froid d'un Japon inhumanité. Faut voir comme est traité le collègue japonais qui ne va s'ouvrir qu'en contact de son homologue américain.
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Demi-Lune
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Re: Top Ridley Scott

Post by Demi-Lune »

Kevin95 wrote:
Demi-Lune wrote: Bien sûr ce n'est pas un film qui se veut aussi subtil que, mettons, Yakuza, mais comme Black Rain suit le point de vue de deux Américains bien... Ricains, qui tombent dans un pays où ils ne comprennent rien, cette représentation déformée et assez comique par moments passe chez moi. :wink:
Seulement la différence entre une représentation caricaturale mais rigolote d'un film comme The Yakuza ou The Killer Elite par rapport au film de Scott, c'est que les films des 70's (très second degrés au demeurant) présentent des personnages (Mitchum et Caan) qui jamais ne s'ouvrent à la population asiatique, bien au contraire. Ce sont des personnages haineux et violents donc forcement leurs approches de la culture orientale symbolisée par une poignée d'ennemis est faussée (les asiatiques sont fourbes et sans émotions). Dans Black Rain, le personnage de Michael Douglas est caractérisé lui par son désir de percer le cœur froid d'un Japon inhumanité. Faut voir comme est traité le collègue japonais qui ne va s'ouvrir qu'en contact de son homologue américain.
Hum, dans Yakuza, Mitchum est tout de même amoureux d'une Japonaise qui l'éconduit depuis 30 ans. Son hostilité envers Ken Takakura provient non de sa nationalité mais du fait qu'il lui a repris la femme qu'il aimait. Et dans mes souvenirs il connaît plutôt bien le Japon et ses traditions.
Le prisme reste sans doute relativement déformé par le regard occidental, mais son personnage m'apparaît moins caricatural que celui de Michael Douglas qui part quasiment en croisade et se montre odieux avec les Japonais, qu'il traite comme des larbins arriérés. Le film met le paquet là-dessus. C'est un personnage vraiment bas du front, mais il reste intéressant parce qu'ambigu, peu reluisant, caractériel, charismatique et courageux. Certes le personnage de Ken Takakura (dont la présence n'est probablement pas innocente) se décoince en côtoyant les deux flics américains, mais la relation se vérifie dans l'autre sens, dans la mesure où Douglas fait profil bas et apprend à respecter la mentalité de son partenaire. Alors évidemment, le film reste dans des canons hollywoodiens de choc des cultures, avec la victoire de l'Américain et l'amitié naissante, ça reste gentil et efficace. Mais je trouve quand même plutôt intéressante cette façon qu'a le film de nous faire suivre dans un premier temps deux Yankees se foutant de la gueule des Japonais et ne respectant rien, avant que la situation s'inverse et que ces représentants américains venus là comme des touristes s'en prennent plein les dents et rabattent leur caquet (la culpabilité commodément oubliée pour les bombes atomiques, la perdition de la culture japonaise après-guerre du fait d'une société ayant été sculptée par les États-Unis qui ont imposé toutes leurs valeurs, la supériorité technologique du Japon sur la "race" - le mot est dans le film - américaine arrogante). En cela, je trouve Black Rain moins con qu'un film comme Soleil Levant.