Bernardo Bertolucci (1941–2018)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Amarcord
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Amarcord »

Bertolucci... mouais... Hormis quelques coups d'éclats dans les années 70 (de mémoire, surtout Le Conformiste et, dans une moindre mesure, 1900), ce ne sont pas ses pensums boursoufflés des années 80 et 90 qui m'inciteront à le réévaluer à la hausse. Dans l'histoire du cinéma italien, il n'occupera clairement jamais la place d'un Fellini, d'un Antonioni, d'un Pasolini, d'un Visconti, ni même d'un Ferreri. J'ai un vague (et plutôt mauvais) souvenir de Partner (1968), dans lequel il tentait vainement (et de manière assez pathétique, il faut bien le dire) de courir derrière (loin derrière...) son influence majeure d'alors : Godard. En revanche, il faudrait que je revoie le pasolinien La Commare secca , vu il y a très longtemps (avec un bon souvenir) et aussi La Luna, qui avait paru assez troublant (ennuyeux aussi, mais d'un ennui pas forcément désagréable) à l'ado que j'étais alors... Quant au Dernier tango... non merci.
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Major Dundee
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Major Dundee »

Amarcord wrote:Bertolucci... mouais... Hormis quelques coups d'éclats dans les années 70 (de mémoire, surtout Le Conformiste et, dans une moindre mesure, 1900), ce ne sont pas ses pensums boursoufflés des années 80 et 90 qui m'inciteront à le réévaluer à la hausse. Dans l'histoire du cinéma italien, il n'occupera clairement jamais la place d'un Fellini, d'un Antonioni, d'un Pasolini, d'un Visconti, ni même d'un Ferreri. J'ai un vague (et plutôt mauvais) souvenir de Partner (1968), dans lequel il tentait vainement (et de manière assez pathétique, il faut bien le dire) de courir derrière (loin derrière...) son influence majeure d'alors : Godard. En revanche, il faudrait que je revoie le pasolinien La Commare secca , vu il y a très longtemps (avec un bon souvenir) et aussi La Luna, qui avait paru assez troublant (ennuyeux aussi, mais d'un ennui pas forcément désagréable) à l'ado que j'étais alors... Quant au Dernier tango... non merci.
Fi des jugements lapidaires !
Tout n'est qu'une question de sensibilité. Pour moi Bertolucci restera toujours bien loin devant Antonioni, même si je me sens un peu seul sur le coup !
Tu parles d'ennui chez Bertolucci, mais je n'ai pas le souvenir d'un seul Antonioni où je ne me sois pas ennuyé du début à la fin du film :oops:
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- Ah, si j'avais trente ans de moins !
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Henri Jeanson
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Amarcord »

Major Dundee wrote: Fi des jugements lapidaires !
Tout n'est qu'une question de sensibilité. Pour moi Bertolucci restera toujours bien loin devant Antonioni, même si je me sens un peu seul sur le coup !
Tu parles d'ennui chez Bertolucci, mais je n'ai pas le souvenir d'un seul Antonioni où je ne me sois pas ennuyé du début à la fin du film :oops:
Comme tu dis : tout n'est qu'une question de sensibilité :wink:
Dans Antonioni, j'aime ce que tous ceux qui aiment son cinéma aiment : ce sentiment étrange que c'est précisément quand rien ne se passe que tout se passe. C'est du grand art d'arriver à ça sans ennuyer mortellement. Mais pour La Luna, je parlais d'ennui pas désagréable... Maintenant que j'y pense, je crois que je lui ai trouvé un côté antonionien avant l'heure ! Et puis... Oui : soyons lapidaires ! ça donne des avis à l'emporte-pièce, et souvent injustes, c'est vrai. Mais le cinéma est avant tout affaire de passion. Et dans la passion, il n'y a pas de justice ! :wink:
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Jericho
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Jericho »

Tout à fait les propos tenu par Amarcord à l'égard de Bertolucci, on peux l'appliquer à n'importe quel grand cinéaste italien que ce soit Fellini, Antonioni, Pasolini, Visconti,...

Perso, je préfère de loin Bernardo Bertolucci. Ces longs métrages me parlent bien plus !
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Major Dundee
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Major Dundee »

Jericho wrote: Perso, je préfère de loin Bernardo Bertolucci. Ces longs métrages me parlent bien plus !
Ah ben du coup je me sens moins seul 8)
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Henri Jeanson
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nobody smith
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by nobody smith »

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Bernardo Bertolucci fait partie de ces réalisateurs phares pour la communauté cinéphiliques où j’ai encore de méchantes lacunes. Ma connaissances se limitent à ses deux fresques imposantes que sont les excellents 1900 et le dernier empereur. Bien qu’il soit considéré comme une de ses œuvres mineures (pour ne pas dire la plus catastrophique), little buddha m’a toujours énormément attiré. D’abord par son thème mais également plus tard par curiosité suite au court passage que lui a consacré Peter Biskind dans sexe, mensonges et hollywood. Il y était notamment évoqué l’investissement de Bertolucci dans le projet. Celui-ci consacrera plusieurs années pour approcher la culture bouddhiste et dû batailler tout aussi longuement pour obtenir les autorisations afin de tourner en extérieur. Bertolucci se montre de toute évidence honoré par l’honneur qui lui est fait, tant il déploie une mise en scène toujours aussi magnificence pour filmer ses décors indiens. Le souci c’est qu’il voit moins de raison d’être aussi rigoureux dans la partie américaine. Noyées dans des filtres bleus désincarnés à l’utilisation très maladroite (sans parler du côté assez insupportable de la chose), les séquences à Seattle plombent méchamment le film. Au-delà les difficultés non surmontés mais compréhensibles de dépeindre un enfant de la culture américaine avec un esprit bouddhiste, il y a le traitement à la serpe réservé aux parents. Les motivations de ces derniers sont traitées avec une facilité horripilante réduisant limite à néant le lien émotionnel qu’ils pouvaient créer. Le film se montre toutefois séduisant pour son approche limite infantile du sujet, digérant la culture bouddhiste sous la forme de conte. Un emballage qui tient peut-être de la vulgarisation mais qui a le mérite de chercher à revenir aux fondements de cette culture. Ça reste un film imparfait et parfois méchamment balourd mais je ne trouve rien à conspuer véritablement.
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Joe Wilson
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Joe Wilson »

Un thé au Sahara

Une magnifique photographie de Storaro...par ses contrastes d'ombre et de lumière, elle semble précipiter l'aveuglement des protagonistes face à un environnement qui ne peut que sceller une déchirure.
John Malkovich et Debra Winger offrent une interprétation mémorable : Malkovich exprime une lucidité qui transcende l'incompréhension et le renoncement, Winger de son côté incarnant une lutte fébrile avec beaucoup d'intensité. Leur relation marquant très longtemps le coeur du récit, je trouve que le film perd un équilibre lorsque Winger est confrontée à sa propre solitude. Les scènes restent très belles plastiquement, mais Bertolucci ne parvient pas à retrouver le souffle qui animait les deux premiers tiers du film, souffle d'une révolte intérieure qui peu à peu se brise et se consume.
De plus, si la mise en scène est particulièrement forte lors des scènes intimes (magnifique scène d'amour dans le désert), Bertolucci se montre moins à l'aise lorsqu'il introduit des personnages secondaires : Tunner, les Lyle représentent une superficialité de manière trop démonstrative...il manque une ambiguité, une distance froide que l'on pouvait retrouver dans le roman de Paul Bowles. L'adaptation était délicate, et en l'état le film est remarquable. Mais j'en attendais davantage d'où une certaine déception.
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Tancrède
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Tancrède »

Amarcord wrote:Bertolucci... mouais... Hormis quelques coups d'éclats dans les années 70 (de mémoire, surtout Le Conformiste et, dans une moindre mesure, 1900), ce ne sont pas ses pensums boursoufflés des années 80 et 90 qui m'inciteront à le réévaluer à la hausse. Dans l'histoire du cinéma italien, il n'occupera clairement jamais la place d'un Fellini, d'un Antonioni, d'un Pasolini, d'un Visconti, ni même d'un Ferreri. J'ai un vague (et plutôt mauvais) souvenir de Partner (1968), dans lequel il tentait vainement (et de manière assez pathétique, il faut bien le dire) de courir derrière (loin derrière...) son influence majeure d'alors : Godard. En revanche, il faudrait que je revoie le pasolinien La Commare secca , vu il y a très longtemps (avec un bon souvenir) et aussi La Luna, qui avait paru assez troublant (ennuyeux aussi, mais d'un ennui pas forcément désagréable) à l'ado que j'étais alors... Quant au Dernier tango... non merci.
tout à fait d'accord.
Bertolucci est un nain qui étouffe ses films par ses prétentions.
j'ai un très bon souvenir du Conformiste cependant.
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Jericho »

Prétentions ? C'est à dire ?
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Watkinssien
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Watkinssien »

Tancrède wrote: Bertolucci est un nain qui étouffe ses films par ses prétentions.
j'ai un très bon souvenir du Conformiste cependant.
Je suis d'accord pour Le conformiste, excellent film, dont le trouble s'imprègne dans la mémoire.

Pas pour le reste, évidemment. Bertolucci demeure, à mes yeux, un grand cinéaste, ambitieux, précis, engagé (un peu beaucoup pour ses détracteurs), mais qui est capable de changer de style (ton Nouvelle Vague, puis de plus en plus esthète).

Ses prétentions ne sont pas gênantes, elles ont apporté un gigantisme, une poésie et une audace à des sujets qui ont souvent bousculés les valeurs et les principes du spectateur lambda.
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Jericho
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Jericho »

Un thé au Sahara (The Sheltering Sky)

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J'avais envie de le revoir afin de confirmer mes excellents souvenirs, je crois d'ailleurs que c'est le premier film du cinéaste que j'ai découvert. Alors effectivement c'est toujours aussi bien, je le place toujours assez haut dans la filmographie de Bertolucci.
Ca relate en gros les vicissitudes de Port et Kit Moresby, un couple d'artistes qui pense partir à l'aventure au Nord de l'Afrique, dans le but de résorber la crise douloureuse touchant leur histoire commune.
Or, c'est tout le contraire qui se produit, le couple se perd dans ces voyages successifs, à peine posé, l'un des deux protagoniste éprouve le besoin de voir d'autres contrées, comme si ça allait chasser le mal du pays et les problèmes internes du couple. Port et Kit s'aiment mais pas de la meilleure des façons: ils sont tellement différents et peu complices, que la séparation semble inéluctable. Sauf que cette dernière se fera de manière physique et brutale.
Pour mettre en scène ce drame, Bertolucci opte pour une réalisation assez virtuose, ample et aérienne, faisant la part belle aux superbes paysages désertique du continent africain. En outre, la photographie de Vittorio Storaro (qui avait déjà commis les somptueux Le Conformiste, Apocalypse Now et Le Dernier Empereur) embellit les images du réalisateur. Sur le plan formel c'est en tout point remarquable.
J'ai aussi accroché à l’histoire, donc il est évident que pour moi, Un thé au Sahara est un grand film.
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Alligator
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Alligator »

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Il Conformista (Le conformiste) (Bernardo Bertolucci, 1970)

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Comme ça, au débotté, si on me demandait ce que je pense de Bernardo Bertolucci, je répondrais que j'aime beaucoup, mais quand je me penche précisément sur sa filmographie, je me rends compte que beaucoup des films que j'ai vus m'ont laissé bizarrement indifférent.

Visuellement très beau, surtout dans une copie numérisée et nouvellement restaurée, ce qui nous a valu que Stefania Sandrelli, qui présentait le film au 33e Cinémed, est restée tout le long de la projection et a donc pu profiter de cette magnifique photographie et des décors "Belle époque" qui placent le film indéniablement dans les objets à l'esthétique tout aussi travaillée que significative.

Il n'empêche... je n'ai jamais réussi à entrer en empathie, à comprendre tout à fait les personnages, notamment celui de Jean-Louis Trintignant. Et à suite, celui de Dominique Sanda reste tellement éloigné que je peine à lui trouver une quelconque incarnation. Beaucoup de personnages ne demeurent à mes yeux que des marionnettes.

Seul être vivant, celui de la naïve Giulia (Stefania Sandrelli) manque cruellement d'épaisseur. Il n'est pas central, montre seulement la bêtise de la bourgeoisie face à l'obscurantisme fasciste.

Seul, Gastone Moschin m'aura donné pleine satisfaction. C'est un acteur qui trouve toujours un angle à son personnage qui le rend surprenant. Toujours de l'inattendu. C'est assez fascinant comme prouesse quand elle ne se dément pas.

J'ai beau bien connaître l'époque et l'histoire politique qui se joue pendant l'entre-deux-guerres, je crains de ne pas avoir tout compris. J'étais pourtant dans les meilleurs dispositions à tout entendre. Ma foi, ce n'est pas bien grave mais ça arrive de passer à côté. Peut-être fais-je une erreur de jugement? Mais j'ai comme l'impression que ça arrive plus que de coutume en ce moment. Peut-être ai-je de moins en moins de scrupules à me l'avouer?
Jericho
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Re: Bernardo Bertolucci

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Le Dernier Empereur : tout sur le Blu-Ray français

http://cinema.jeuxactu.com/dossier-hd-l ... -19043.htm
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Kevin95
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Kevin95 »

Je repose la question ici, au cas où...

Es-ce qu'il existe une édition DVD zone 2 du Dernier tango à Paris qui propose des sous titres français UNIQUEMENT sur les dialogues anglais (et non tout le long du film) ?

Merci par avance.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
Federico
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Re: Bernardo Bertolucci

Post by Federico »

Belle et émouvante interview-photos de Bertolucci qui évoque certains de ses plus grands films mais aussi sa famille, Pasolini, Brando et Godard.
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz