Maurice Pialat (1925-2003)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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batfunk
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by batfunk »

Jeremy Fox wrote: 7 Jul 16, 08:12 Police - 1985

Le modèle des futurs films policiers réalistes français tels les superbes L627 de Tavernier, Polisse de Maiwenn ou Le Petit lieutenant de Xavier Beauvois, des films qui s'attachent bien plus au quotidien des policiers qu'aux enquêtes. De ce point de vue le film de Pialat est passionnant, les deux premiers tiers superbes, et l'on aurait bien suivi pendant encore 4 heures les déambulations de ces hommes et ces femmes au poste de police, dans les bistrots ou boites de nuit. Depardieu est magistral, le ton est juste et les seconds rôles tous parfaits, la présence de Sandrine Bonnaire étant même lumineuse.

J'étais prêt à le faire entrer dans mon top 100 français sans cette dernière demi heure moins réussie à cause de cette histoire d'amour entre Sophie Marceau et Gerard Depardieu pas crédible une seule seconde (la première scène de baisers langoureux dans la voiture est même parfois gênante). Je n'ai rien contre Sophie Marceau mais je pense qu'en l'occurrence il s'agit d'une grossière erreur de casting (pas encore assez mature pour un tel rôle) qui empêche le film d'être aussi puissant que la plupart des autres de Pialat.

Ceci étant dit, ce film expressément pas très aimable (très bon scénario de Catherine Breillat) est néanmoins superbe et porté par un Depardieu dans un de ses meilleurs rôles (tout comme à chaque fois qu'il a tourné pour Pialat).
Après l'autobiographique et impitoyable Nous ne vieillirons pas ensemble, encore un grand film pour Pialat. Je partage à 99% l'avis de Jeremy Fox, je serai juste plus clément envers le jeu de Sophie Marceau. Elle n'est pas parfaite mais elle défend bien son personnage de jeune femme forte et farouchement individualiste(Clairement la touche Breillat), là où les autres personnages féminins sont des potiches(mention à la Commissaire stagiaire). Ses scène d'interrogatoire la montre à fleur de peau, au bord des larmes et la direction d'acteurs musclée de Pialat n'y est pas étrangère.
Je n'ai pas de mot pour la performance de Depardieu, au delà des mots, boule de sensibilité et de solitude sous un dehors exubérant et machiste. Le dernier plan de Deoardieu dévasté, sublimé par la musique de Gorecki, vous arrache le coeur.
Et tout celà est sublimé par une partie technique exemplaire:sublime photo froide et bleutée, typique des années 80(mais sans les néons) de Luciano Tovoli, mise en scène puissante de Pialat avec ses cadres fixes anxiogènes lors des moments de tension, qui se transforme en délicats moments d'appareil lors des moments de passion. Et surtout magnifique restauration de Gaumont, avec une copie immaculée :D
Un grand film, peut être le plus accessible de Pialat, avec son cadre policier réaliste et un Depardieu solaire, immensément attachant(très loin de l'odieux mais formidable Jean Yanne)

8,5/10
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Colqhoun
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by Colqhoun »

J'ai enfin pu me lancer dans Pialat grâce à l'intégrale mise en ligne sur Amazon Prime.

Forcément attiré par la Palme d'Or et la controverse de l'époque (qui semble bien futile aujourd'hui), j'ai début avec Sous le soleil de Satan, qui m'a pas mal impressionné par sa radicalité, l'envie de restituer le texte de Bernanos sans le rendre plus cinématographique. Et surtout, cette alternance parfois brutale entre les plans fixe très durs et des mouvements de caméra très amples, vivants et hyper maîtrisés. Et ces ellipses, qui donnent une vitalité dingue au film, alors que tout semble figé par moments. Un film assez antipathique sur la durée, mais fascinant à bien des égards, qui semblait aller à l'encontre de ce qui faisait à ce moment-là. Et Depardieu, d'une sensibilité rare.

J'ai ensuite continuer avec Nous ne vieillirons pas ensemble, qui est peut-être pour l'instant le film de Pialat qui m'ait le plus parlé. Marlène Jobert et Jean Yanne sont impériaux, le film est plein de vie, de colère, d'amour, de rage et de frustrations. La relation de ce couple est à la fois belle et rageante. Yanne réussit cet exploit rare d'être à la fois un monstre et un être sensible, déchiré, face à une Marlène Jobert qui domine l'écran sur toute la durée du film. Et cette réalisation toujours hyper sensible, à propos, qui met en valeur ses comédiens. Et contrairement à Sous le soleil de Satan, il y a là ce mélange de spontanéité dans un cadre qui semble absolument maîtrisé à tout instant. Dans Sous le soleil de Satan, même si l'on sent que Pialat fonctionne plus ou moins de la même manière, il est tenu par le texte, ce qui enlève peut-être ce surplus de spontanéité que l'on retrouve dans ses autres films (du moins dans ceux que j'ai vu).

Motivé par la prestation de Depardieu dans Sous le soleil de Satan, j'ai ensuite bifurqué sur Police. Si l'histoire que raconte le film ne m'a pas intéressé un seul instant, j'ai en revanche beaucoup aimé la manière dont il dépeint des personnages de différentes origines, différentes classes, voués à ne pas pouvoir s'émanciper de leur situation, quand bien même leurs mondes se croisent tout le temps. Il y a une histoire de murs invisibles qui empêchent tous ces êtres de vraiment se rencontrer. C'est un film qui parle de frustration, d'impossibilité à communiquer malgré un langage commun et où chacun repart seul. Une idée saisie le temps de cette séquence finale absolument déchirante accompagnée par la musique de Górecki. Peut-être l'un des plus beaux moments des quelques films de Pialat que j'ai vu jusqu'à présent. Et donc Depardieu, peut-être encore plus beau et plus émouvant que dans Sous le soleil de Satan.

Je suis revenu ensuite un peu en arrière avec A nos amours. Je ne vais pas faire long sur celui-ci. Si j'y reconnais des qualités évidentes de mise en scène, de jeu d'acteurs, de montage.. au final le film m'a agacé. Je n'ai été intéressé ni par l'histoire, ni par les personnages que je trouve tous énervants. Je comprends bien les qualités du film et cette manière de parler de l'adolescence sans prendre le sujet de haut.. mais j'avais envie de tarter ces gamins et toute la famille.

Intéressé par son traitement de la jeunesse, j'ai finalement regardé L'enfance nue, son premier long-métrage. Et peut-être l'un des plus beaux films sur l'enfance que j'ai pu voir. Il y a là de nouveau cet équilibre précieux entre le lumineux et le drame absolu. Cet enfant dont personne ne veut et qui ne sait pas vraiment s'adapter, ni communiquer. Mais Pialat, pas encore complètement misanthrope ou pessimiste, se permet une lueur d'espoir dans sa conclusion, ce qui vient contrebalancer avec beaucoup de bonheur la tristesse du parcours de vie de ce gamin. Michel Tarrazon, qui joue l'enfant, est d'ailleurs assez bluffant, dans sa manière d'être finalement presque toujours en retrait, parlant peu, et de pourtant occuper l'espace avec beaucoup de présence, face à des adultes qui ne savent pas se taire. Dès ce premier long Pialat démontre déjà un sacré talent pour tirer le meilleur de ses acteurs tout en préservant un naturel désarmant dans chaque scène.
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by Flol »

Maintenant, je ne sais plus comment on peut se le procurer, mais il faut absolument que tu découvres La Maison des Bois.
J'ai vu tous les Pialat, et je pense que c'est tout simplement ce qu'il a fait de plus beau de toute sa carrière.
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Jeremy Fox
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by Jeremy Fox »

Flol wrote: 29 Apr 21, 16:04 Maintenant, je ne sais plus comment on peut se le procurer, mais il faut absolument que tu découvres La Maison des Bois.
J'ai vu tous les Pialat, et je pense que c'est tout simplement ce qu'il a fait de plus beau de toute sa carrière.
Je suis d'accord ; et pourtant j'adore absolument tous ses films.
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Colqhoun
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by Colqhoun »

Flol wrote: 29 Apr 21, 16:04 Maintenant, je ne sais plus comment on peut se le procurer, mais il faut absolument que tu découvres La Maison des Bois.
J'ai vu tous les Pialat, et je pense que c'est tout simplement ce qu'il a fait de plus beau de toute sa carrière.
Forcément, ce n'est pas sur Prime.
Mais je ne savais pas qu'il avait réalisé une série.
Je vais voir si je trouve cela.
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Alexandre Angel
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by Alexandre Angel »

C'est merveilleux La Maison des bois.

Et Van Gogh, évidemment.
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by Grimmy »

Van Gogh, le plus beau film français du monde.
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Zelda Zonk
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by Zelda Zonk »

Revu Police hier soir, sur France 5, et cette nouvelle vision confirme mon impression initiale. Si Depardieu est parfait, comme souvent, il n'en va pas de même du reste de l'interprétation, et je ne vise pas particulièrement Sophie Marceau, parfois critiquée excessivement (revoyez le film, vous verrez qu'elle n'est pas si mal ; en fait, on l'a sent surtout mal à l'aise dans les scènes intimes avec Depardieu), ni Bonnaire ou Anconina, plutôt convaincants, mais surtout les seconds rôles, certes tenus pour la plupart par des amateurs, mais on touche là, à mon sens, une des limites de ce dispositif : la justesse de l'interprétation. Le scénario aurait également gagné à être peaufiné, Pialat l'a reconnu lui-même après-coup, allant jusqu'à renier son film. Je n'irais pas jusque là, mais je trouve que ça manque clairement d'enjeu dramatique, bien que là encore, on sent bien que c'est le cadet des soucis du réalisateur, en roue libre sur son tournage, qui privilégie la spontanéité, le "cinéma-vérité", l'écriture au jour le jour et l'improvisation au cahier des charges classique d'un script en bonne et due forme. Enfin, et c'est là mon reproche principal, cette quête obstinée d'authenticité (on imagine bien les multiples prises d'un même plan pour bousculer les acteurs), se fait parfois au détriment de la technique, en particulier de la prise de son, et il n'est pas rare que certaines répliques des dialogues soient inaudibles ou incompréhensibles, ce qui a tendance à agacer l'esthète que je suis. Malgré tous ces griefs, je maintiens ma note initiale de 6/10, car en l'état, avec tous ses défauts, ce film brut de décoffrage contient sans doute plus de vérité et de réalisme sur les flics et les voyous que la multitude de films français réalisés avant et après lui, sur le même sujet. Pialat a recherché la GRACE toute sa vie, cette chimère si convoitée par tant de cinéastes. S'il ne l'atteint que partiellement dans ce film (le plan final de Depardieu sur la musique de Gorecki, par exemple), reconnaissons-lui au moins le mérite d'avoir su capter et palper l'atmosphère si particulière d'un commissariat parisien, sans doute plus fidèlement et justement que n'importe quel documentaire ou reportage qui s'aventurerait entre ces quatre murs. On peut reprocher ce qu'on veut à Pialat, mais son cinéma ne ment pas.

En bonus, extrait de Cinéma Cinémas : Pialat, 17ème jour de tournage du film "Police". Mis en ligne par l'INA. Voir et écouter Pialat au travail, c'est toujours un plaisir.

:arrow: https://m.ina.fr/video/CPB8405528507/pi ... video.html
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batfunk
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by batfunk »

Alors je te rejoins totalement sur la qualité de la prise de son(en intérieur généralement) et pas que sur ce film. :?
Grimmy
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by Grimmy »

Moi j'aime bien ce film, l'impression d'un gros bordel, comme dans la vie quoi. Mais c'est un bordel bien pensé. Pialat enlève le gras. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais on ne voit jamais Depardieu entrer dans le commissariat ou en sortir (si j'ai bonne mémoire) , on coupe, on coupe, on va à l'essentiel. Ce qui m'embête le plus, moi, c'est que Pialat soit mort si tôt et qu'il aurait pu encore tourner au moins deux ou trois autres films dont surement un autre méga chef d’œuvre comme "Van Gogh".
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Jeremy Fox
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by Jeremy Fox »

La superbe quasi intégrale de cet immense cinéaste sur Arte TV
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Re: Maurice Pialat (1925-2003)

Post by Supfiction »

Alexandre Angel wrote: 29 Apr 21, 19:09 C'est merveilleux La Maison des bois.
Vu quatre épisodes sur Arte.tv, ça me rappelle les Jacquou le croquant et autres feuilletons de mon enfance.
Je crois bien que cette France de 1917 nous est probablement plus éloignée que ne l’était celle de 1017 pour les personnages du feuilleton.
C’est fascinant à regarder d’un point de vue historique.