Alan Parker (1944-2020)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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nobody smith
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Re: Alan Parker

Post by nobody smith »

Akrocine wrote:Birdy et Midnight express en dernier :shock:

J'ai pas du voir les mêmes films...
Midnight express, j’ai été complètement absolument éreinté à sa vision. La lourdeur des procédés m’avait fait considérer l’objet comme une grosse machine déviante et non comme le grand drame poignant qu’il voudrait être. Avec le temps plus je suis revenu dessus, plus je me suis mis à détester cette manipulation et ce chantage aux émotions. Je ne suis jamais contre la surcharge émotionnelle mais ça nécessite un art et une manière qui échappe complètement à Parker dans ce cas-ci (en comparaison les cendres d’Angela fonctionne à merveille). Au bout du compte, je résume tout au même mot que rata : insupportable.
Pour birdy, j’avais trouvé tout aussi lourd sans l’aspect détestable par contre quoique la fin m’a mis assez colère dans mon souvenir. Ça date un peu par contre et me faudrait peut-être le revoir.

Sur Alan Parker en général, je dois dire que je suis le premier à reconnaître qu’il ne mérite pas une réputation si catastrophique. Il a commis plusieurs choses infectes mais il s’est largement rattrapé sur d’autres (j’aime sincèrement les 5 premiers films cités de mon top). Ça n’en fait pas un tâcheron à mes yeux, même si je reste septique cinephage évoque un aspect intemporel sur ses oeuvres.
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Demi-Lune
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Re: Alan Parker

Post by Demi-Lune »

Revu Midnight Express et pour moi ça reste un grand film.
Je conçois tout ce qui peut déplaire ou irriter dedans, son côté rentre dans le lard, etc. Certains défauts sont plus qu'évidents... Mais le récit possède une telle force, Parker y insuffle une telle intensité, que j'adhère quand même en dépit des maladresses formelles (difficile, notamment, de ne pas ricaner face à la scène homo-érotique d'un kitsch achevé) et des aspects pour le moins discutables du scénario de Stone. J'avoue être bouleversé par la force d'évocation de ce film, littéralement porté par le jeu habité de Brad Davis. Sa performance fiévreuse et terriblement humaine, la nervosité de la réalisation, formalisent de manière puissante l'abstraction d'un rempart psychologique : l'irréductibilité de l'âme face à un système de soumission, sa capacité de résistance envers et contre tout, l'espoir auquel l'esprit s'accroche viscéralement pour ne pas sombrer. Ce mec qu'on ne pourra pas briser, moi je trouve ça franchement poignant, et ce quelles que soient les "facilités" du film pour parvenir à ce résultat. L'arrêt sur image final sur le visage déterminé de Davis, tout le film est là. Il y a tout particulièrement deux séquences qui me bouleversent. La première, c'est lorsque, au bord de la prostration, la visite de son épouse réveille en un Hayes à moitié aliéné un souvenir irréductible d'humanité qu'il assouvira dans des circonstances aussi pathétiques que profondément attendrissantes. La seconde, c'est cette fin, inoubliable... l'empathie pour son personnage est tellement forte que j'ai moi-même l'impression de m'enfuir, le cœur bondissant d'angoisse, et de redécouvrir puissamment toute la valeur de la Liberté. Ce plan de Hayes qui n'arrive pas à y croire, marche doucement, accélère le pas, la jeep qui apparaît, l'incertitude et l'anxiété suprême que tout ceci ait été vain, et finalement le dépasse, et l'évadé qui se met à courir, sans que plus rien ne puisse l'arrêter... cette scène provoque chez moi l'une de mes plus fortes émotions ressenties devant un film.
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Re: Alan Parker

Post by mannhunter »

Demi-Lune wrote:Revu Midnight Express et pour moi ça reste un grand film.
Je conçois tout ce qui peut déplaire ou irriter dedans, son côté rentre dans le lard, etc. Certains défauts sont plus qu'évidents... Mais le récit possède une telle force, Parker y insuffle une telle intensité, que j'adhère quand même en dépit des maladresses formelles (difficile, notamment, de ne pas ricaner face à la scène homo-érotique d'un kitsch achevé) et des aspects pour le moins discutables du scénario de Stone. J'avoue être bouleversé par la force d'évocation de ce film, littéralement porté par le jeu habité de Brad Davis. Sa performance fiévreuse et terriblement humaine, la nervosité de la réalisation, formalisent de manière puissante l'abstraction d'un rempart psychologique : l'irréductibilité de l'âme face à un système de soumission, sa capacité de résistance envers et contre tout, l'espoir auquel l'esprit s'accroche viscéralement pour ne pas sombrer. Ce mec qu'on ne pourra pas briser, moi je trouve ça franchement poignant, et ce quelles que soient les "facilités" du film pour parvenir à ce résultat. L'arrêt sur image final sur le visage déterminé de Davis, tout le film est là. Il y a tout particulièrement deux séquences qui me bouleversent. La première, c'est lorsque, au bord de la prostration, la visite de son épouse réveille en un Hayes à moitié aliéné un souvenir irréductible d'humanité qu'il assouvira dans des circonstances aussi pathétiques que profondément attendrissantes. La seconde, c'est cette fin, inoubliable... l'empathie pour son personnage est tellement forte que j'ai moi-même l'impression de m'enfuir, le cœur bondissant d'angoisse, et de redécouvrir puissamment toute la valeur de la Liberté. Ce plan de Hayes qui n'arrive pas à y croire, marche doucement, accélère le pas, la jeep qui apparaît, l'incertitude et l'anxiété suprême que tout ceci ait été vain, et finalement le dépasse, et l'évadé qui se met à courir, sans que plus rien ne puisse l'arrêter... cette scène provoque chez moi l'une de mes plus fortes émotions ressenties devant un film.
tout pareil...je l'ai revu il y a 2 ou 3 ans et le film garde une force certaine.
jacques 2
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Re: Alan Parker

Post by jacques 2 »

Un film que j'ai toujours adoré : fait partie de ceux que j'ai racheté en blu ray ...

Demi Lune a bien décrit ci-dessus toutes les bonnes raisons d'aimer cette oeuvre : une grande leçon d'humanité, en effet et même une magnifique musique de Moroder ...

J'ajouterai que cette polémique idiote à propos d'un soi disant racisme m'avait bien affligé : comme si la Turquie était un pays respectueux des droits de l'homme ...
Alors que les conditions épouvantables de détention des prisonniers étaient déjà alors chose connue et reconnue ...

Cette critique m'était apparu aussi stupide que de taxer "Vivre et laisser mourir" de racisme parce que les méchants y sont tous noirs : cela s'est produit également ... :roll:
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AtCloseRange
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Re: Alan Parker

Post by AtCloseRange »

Le fim est considéré comme raciste pas uniquement pour sa description du système carcéral turc. Absolument tous les Trucs du film sont montrés sous un mauvais jour. Je crois qu'on m'a déjà rétorqué que ça n'aurait pas été moins artificiel avec un personnage "sympathique" pour contrebalancer mais le traîtement est tellement lourd et caricatural que je ne vois rien de choquant à ce que les turcs trouvent le film raciste.
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jacques 2
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Re: Alan Parker

Post by jacques 2 »

AtCloseRange wrote:Le fim est considéré comme raciste pas uniquement pour sa description du système carcéral turc. Absolument tous les Trucs du film sont montrés sous un mauvais jour. Je crois qu'on m'a déjà rétorqué que ça n'aurait pas été moins artificiel avec un personnage "sympathique" pour contrebalancer mais le traîtement est tellement lourd et caricatural que je ne vois rien de choquant à ce que les turcs trouvent le film raciste.
Non, le juge qui prononce la sentence finale est dépeint de manière nettement plus nuancée : il prend même la peine d'expliquer au condamné qu'il a "les mains liées par Ankara" - ou quelque chose d'approchant - et qu'il ne prononce le jugement qu'à contrecoeur (ce qui fait une belle jambe à l'intéressé, on est d'accord :? ) ...

Pour le reste, compte tenu du contexte de l'action (milieu carcéral), normal qu'il y ait peu de personnages sympathiques : pour avoir déjà approché de près (mais du bon côté, disons ...) le milieu carcéral "dur", je te confirme que les bons sentiments et la gentillesse n'y ont que très, très peu de place ... :|

Et les gardiens sadiques, cela existe ... et pas seulement en Turquie mais aussi à l'occasion ...

Le sujet ici, c'est le calvaire et le retour vers la Lumière d'un homme : pas le procès de la Turquie mais de certains d'entre eux ...

Que cela n'ait pas plu aux Turcs, est ce vraiment étonnant ?
Quand on voit les réactions d'époque de la France face aux "Sentiers de la gloire " de Kubrick : ce qui n'enlève rien à la pertinence du film ...
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Re: Alan Parker

Post by monfilm »

Intuitivement je ne veux pas revoir Birdy ou Midnight Express pour ne pas gâcher les souvenirs. Je suis presque sur d'être déçu comme j'ai pu l'être parfois en voulant renouer avec une idéalisation.
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Tout le reste est dérisoire.
jacques 2
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Re: Alan Parker

Post by jacques 2 »

Tiens, ai revu hier son "Mississipi burning", probablement par association d'idées (esclavagisme, racisme, toussa ... :mrgreen: ) avec le dernier Tarantino ...

Le film m'a plu autant voire plus qu'à la première vision ... :)

Certes, le traitement est manichéen dans la forme (l'aspect répugnant et dégénéré de tous ces beaufs racistes et incultes) mais, sur le plan du cinéma pur, Parker réussit son coup et Gene Hackman est fidèle à lui même càd excellent (ainsi que Willem Dafoe, pratiquement à contre emploi).

Envie aussi de souligner l'excellence du score de Trevor Jones (déjà responsable de celui d'"Angel heart", autre réussite de Parker)

5/6
:)
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Re: Alan Parker

Post by Grimmy »

Tiens, d'ailleurs que devient-il Alan Parker ? Son dernier film remonte à très longtemps je crois ? Il a pris sa retraite ? Même si je n'ose pas revoir ses films de peur d'être déçu, je garde une précieuse affection pour ce monsieur parce qu'il fut le premier réalisateur dont j'étais "fan". Découvrir Birdy à l'adlescence puis dans la foulée Midnight Express lors d'une reprise estivale, ça fait quelque chose !!
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Alan Parker

Post by Happy Charly »

Si je devais classer en un TOP la filmographie d'Alan Parker, ça pourrait donner :arrow:

- "ANGEL HEART, AUX PORTES DE L'ENFER" ou l'une des meilleures représentations du Malin (comme je l'avais proposé dans un vieux topic y consacré) dont la qualité du bonus dividi (consacré au vaudou) ne gâche rien à la magie (noire ?) du film.
L'un des meilleurs films de Mickey Rourke également.
- "MIDNIGHT EXPRESS" ou le film qui ne m'a vraiment pas donné envie de partir en vacances en Turquie...
- "MISSISSIPI BURNING"
- "THE WALL
" qui ouvre le bal de ces films musicaux
- "THE COMMITMENTS"
- "FAME"
que, oui, je placerai avant le suivant par souvenir de l'émotion et des envies d'aller danser dans la rue en grosses chaussettes qu'il me procura ado' (à moins que ça ne soit la série)...
- "BIRDY"
- "LES CENDRES D'ANGELA"
- "BIENVENUE AU PARADIS"
- "EVITA"
entamant la fin de classement de sa filmographie selon moi
- "AUX BONS SOINS DU DR KELLOGG" étant le dernier de ses films que je peux classer...

... ne connaissant pas ou ne me souvenant pas des autres :?
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Grimmy
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Re: Alan Parker

Post by Grimmy »

Il a fait aussi Shoot the moon avec Albert Finney. Vu il y a très très longtemps à la télé. C'était pas mal du tout.
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Jeremy Fox
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Re: Alan Parker

Post by Jeremy Fox »

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L’Usure du temps (Shoot the Moon) - 1982


George Dunlap (Albert Finney) est un écrivain à succès. Il est sur le point de se rendre à une cérémonie de remises de prix où il a de grandes chances d’être récompensé. Depuis quinze ans, il est marié à Faith (Diane Keaton) avec qui il a eu pas moins de quatre filles. Alors qu’à l’étage de leur vaste demeure Faith se prépare pour cette importante soirée, entourée du braillement intempestif de ses quatre enfants, Georges, nerveusement en pleurs, passe un coup de téléphone à sa maîtresse. Malheureusement, sa fille aînée (Dana Hill) surprend la conversation, ce qui va durablement la perturber ; et pourtant, ça fait longtemps qu’elle sent que ses parents ne s’entendent plus. Après une violente dispute, George est sommé par Faith de partir, sa valise ayant même été bouclée par ses soins. Furieux que son épouse ait découvert sa double vie, il se rend chez son amante (Karen Allen) et entame une procédure de divorce. Quant à Faith, elle tombe sous le charme de Frank (Peter Weller), l’ouvrier qu’elle a embauché pour construire un cours de tennis sur sa propriété. N’ayant pas oublié avoir été follement amoureux l’un de l’autre, George et Faith ont du mal à faire le deuil, ce qui provoque parfois de violentes retrouvailles ; ce n’est pas facile non plus pour les enfants pris entre deux feux…


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Shoot the Moon, œuvre discrète et intimiste sur une rupture et ses conséquences sur les membres de la famille impactée, serait le film préféré de son réalisateur ; il est pourtant aujourd’hui totalement oublié dans nos contrées après néanmoins avoir été sélectionné au Festival de Cannes 1982 et avoir été nominé pour les Golden Globes de l’année suivante. Il s’agit du quatrième long métrage d’Alan Parker après Bugsy Malone puis les célèbres Midnight Express et Fame. Dans les années 80, le cinéaste anglais, qui a commencé sa carrière professionnelle dans la publicité, est adulé par une certaine frange de la critique ‘populaire’ alors que celle dite ‘plus sérieuse’ ne perd pas une occasion de le vilipender, son passé de publicitaire lui collant bien trop à la peau ; le même cas de figure s’est d’ailleurs répété pour Ridley Scott qui a mis un certain temps à se faire accepter contrairement à son compatriote qui restera toujours plus ou moins méprisé par certains journalistes. Dans le même temps, la jeune génération ovationne non seulement les deux films cités précédemment mais continuera également à porter aux nues son adaptation de Pink Floyd the Wall puis, avec néanmoins un enthousiasme amoindri, Birdy, Angel Heart et Mississippi Burning, les deux derniers étant encore aujourd’hui d’une redoutable efficacité, constituant peut-être le sommet de sa carrière. Après le jubilatoire The Commitments en 1991, alors qu’il faisait encore illusion la décennie précédente, le réalisateur ne trouvera non seulement presque plus aucun soutien auprès de la presse mais le public ne le suivra plus vraiment non plus, désertant également les salles où seront diffusés les films de sa dernière partie de carrière. Et pour cause, ils s’avèreront tous plus ou moins médiocres ! Probablement conscient de ne plus arriver à retrouver le souffle de ses débuts, Alan Parker ne tournera plus rien après 2003.


Shoot the Moon, s’il avait à l’époque de sa sortie touché au cœur une majorité de ses spectateurs, et s’il continuera surement à opérer de même pour certains autres qui le découvriront aujourd’hui, ne devrait cependant pas susciter autant d’émotion qu’autrefois par le simple fait que le sujet a depuis été abordé à maintes reprises et avec plus de réussite, plus de justesse. La faute à qui ? Probablement en premier lieu au scénariste Bo Goldman qui, adaptant son propre roman, ne nous propose qu’une suite de saynètes plutôt banales et ayant du mal à décoller au lieu d’un scénario bien charpenté et efficacement écrit. Bo Goldman aura d’ailleurs été un scénariste à l’image du film, très inégal, capable du meilleur (Vol au dessus d’un nid de coucou de Milos Forman ; The Rose de Mark Rydell) comme du pire (Le Temps d’un Week-end, l’horripilant remake de Parfum de femme de Dino Risi par Martin Brest). Ce n’aurait pas été gênant si la réalisation avait été plus rigoureuse dans la mise en place de la montée dramatique et si Alan Parker avait réussi à nous rendre ses personnages plus attachants ; ce qui n’est pas forcément le cas malgré les très belles prestations du couple interprété par Diane Keaton et Albert Finney ainsi que de tous les enfants, tous quatre étonnants de naturels. Il aurait aussi fallu que les nouveaux compagnons soient moins sacrifiés et aient été dessinés avec plus de subtilité, que ce soit la femme émancipée (Karen Allen, la fiancée d’Indiana Jones) ou le gentil ouvrier (Peter Weller, futur Robocop). La rupture du couple étant perçue de différents point de vue, cet état de fait casse également l’harmonie qu’aurait pu avoir ce film si par exemple Alan Parker s’était contenté d’un seul, celui des enfants par exemple, d’autant que ces derniers sont tous décrits avec une belle sensibilité. Mais, tout comme lles ‘séquences’ du roman choisies pour être intégrées au film, certaines idées de mise en scène ne s’avèrent pas toujours très heureuses.


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Prenons par exemple cette séquence qui débute le film. Pourquoi s’appesantir autant sur le braillement des enfants durant quelques interminables minutes ? Etait-il besoin de rendre ce brouhaha aussi pénible pour le spectateur que pour le personnage joué par Albert Finney dans le seul but faire comprendre le phénomène de saturation que ce dernier ressent et vit très mal au quotidien ? Pourquoi ce trop long plan fixe sur ‘Don’t Play with me’ des Rolling Stones pour faire appréhender la gêne de Diane Keaton, les hésitations et la maladresse qui en découlent lorsqu’elle se retrouve face à Peter Weller lors de leur premier verre pris ensemble dans le salon de la femme ? Probablement par une volonté d’immersion du spectateur au plus profond de ce drame de la vie quotidienne ; sauf qu'en l'occurrence ça ne fonctionne pas tout le temps. A mon humble avis, le film aurait au contraire gagné à être raccourci d’un bon quart de sa durée. Pourquoi avoir choisi comme accompagnement musical un morceau de piano maladroitement joué par un débutant ? Si ça peut évoquer au début une certaine mélancolie liée au monde de l’enfance et au bonheur passé, ça finit à force par faire un peu mal aux oreilles plutôt que de nous émouvoir. Et puis comment expliquer ces ruptures de ton totalement incongrues que constituent la séquence du restaurant (finalement plus gênante qu’amusante) et, plus encore, cette longue scène finale qui nous met finalement bien plus mal à l’aise pour les auteurs que pour leurs personnages. Comme si Alan Parker, un peu trop timoré jusque là, bridé par sa propre décision de sobriété (afin de prendre à rebours les critiques ?), avait eu envie de craquer lui aussi et de nous rappeler qu’il savait également filmer des séquences mouvementées et violentes ?! Il s’agit évidemment d’un procès d’intention mais ceci étant, ça ne colle pas vraiment à tout ce qui a précédé. Car oui, un divorce peut avoir des conséquences dramatiques voire destructrices, mais nous l’asséner de la sorte ne plaide guère en faveur d’un film jusque là plutôt bien tenu.


Difficile après ce climax fortement exagéré de nous remémorer tous les bons moments qui ont précédés. Car contrairement à ce que vous auriez pu penser à la lecture de ces quelques lignes, le film d’Alan Parker n’en est pas dépourvu ; souvent tous un peu trop longuement étirés mais pourtant bels et bien présents ! Malgré leurs diverses maladresses, les auteurs nous livrent un film assez juste et lucide sans nécessairement chercher à en passer par le pathos. Ils nous font parfaitement appréhender les conséquences psychologiques induites par un divorce non seulement pour le couple mais pour ceux qui les entourent, enfants, parents ou amis, et nous font bien ressentir la confusion des sentiments qui s’instaure (solitude, nostalgie, jalousie, rancune, souffrance, colère, déprime…) pouvant aller jusqu’à occasionner des réactions totalement disproportionnées ou de la violence la plus débridée. On arrive à être assez ému par cette usure du temps qui met autant à mal la cellule familiale alors que ses membres se rendent compte un peu tard qu’ils s’aimaient encore (très jolies séquences de complicité qui renait le temps de brèves rencontres, alors que Georges vient récupérer ses livres par exemple), par les difficultés qu’ont Georges et Faith à accepter les nouvelles relations amoureuses de leurs ex-conjoints, par un Albert Finney désarmé et pathétique qui aurait bien voulu tout effacer pour revenir en arrière, par une Dana Hill (morte prématurément à cause du diabète) constamment juste, au sein de la plus belle séquence du film, celle où elle se retrouve dans les bras de son père au bord de la mer en pleine nuit…


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Nous aurions certes aimé pouvoir éprouver plus d'empathie pour tout ce petit monde qui se déchire alors qu’il continue à s’aimer ; cependant, comme nous l'évoquions précédemment, malgré le fait que l'impression d'ensemble soit un peu décevante, le mélo d’Alan Parker n’est pas dénué de qualité et continuera probablement à retourner les sangs de certains ayant vécus de telles situations. Et puis, au sein d’une photographie très raffinée, voir jouer ensemble d’aussi grands comédiens que Diane Keaton et Albert Finney est un plaisir qui ne se refuse pas même s’ils furent encore plus convaincants chez d’autres réalisateurs.
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Re: Alan Parker

Post by tootpadu »

Grimmy wrote:Tiens, d'ailleurs que devient-il Alan Parker ? Son dernier film remonte à très longtemps je crois ? Il a pris sa retraite ?
Il ne fait visiblement plus de films, mais il reçoit des prix honorifiques pour l'ensemble de son oeuvre comme celui de l'Académie britannique cette année.

http://www.digitalspy.co.uk/movies/news ... wship.html
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Re: Alan Parker

Post by ballantrae »

Oulala! Une petite madeleine 80' légèrement rance, du style "j'ai bien aimé à 12-13 ans mais a posteriori ce n'est pas glorieux..."
Carrière peu marquante malgré sûrement une certaine attention vis à vis des acteurs au vu des prestations du duo de Birdy ou de Rourke dans Angel Heart.
Retenons la belle BO de Birdy, celle de The wall qu'on aime ou pas Pink floyd et puis je ne vois rien d'autre si ce n'est un style visuel assez appuyé,clinquant juste un peu moins pénible que celui d'Adrian Lyne mais à peine moins (ceci dit Lyne a au moins réussi Jacob's ladder et ce que Parker a fait de mieux reste le mélo convenu Shoot the moon notamment grace à D Keaton et A Finney donc l'un ds l'autre ils se valent ds le pas terrible).
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AtCloseRange
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Re: Alan Parker

Post by AtCloseRange »

Je serais vraiment curieux de savoir ce que tu penses d'Oliver Stone.
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