Alan Parker (1944-2020)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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nobody smith
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Re: Alan Parker

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J’avais vu la nouvelle version sortie au cinéma il y a un an et demie environ et je l’avais étonnamment apprécié. La découverte du fame version Alan Parker constitue donc une séance de rattrapage bienvenue. En soit, ça me fait un peu de peine à voir que les principales qualités que j’avais attribué au film de Kevin Tancharoen proviennent de l’œuvre originelle. J’ai ainsi découvert avec un peu de peine qu’une séquence épatante comme celle de la cantine (passage au combien plus intéressant que la danse dans la rue sur la chanson titre soit dit en passant) était issu du Parker et que Tanchaeron n’a que mollement dépoussiéré l’idée. Il en va de même pour tout le discours sur la célébrité et l’exigeant travail artistique que celle-ci appelle. Cela dit, dans une version comme dans l’autre, la pertinence du propos tient plus dans sa capacité à saisir l’énergie de la jeunesse que dans un travail d’écriture très poussé. Les personnages restent prisonniers de conventions et si ils suscitent de l’émotion, c’est surtout grâce au travail accompli sur la direction d’acteur (voir les poignantes confessions liées à la partie enseignement dramatique). Odelay félicitait le travail de narration du film. Je crois que c’est plutôt le montage du film qui est marquant avec sa capacité de jongler entre plusieurs personnages et son utilisation dans sa manière de faire ressentir le chaos de la création artistique (l’ouverture avec les auditions reste ma partie préférée du film). Il y a quelques imperfections dedans (Coco se fait humilier de la pire des manière par un pervers et on la retrouvera sans transition toute pimpante pour le grand final) mais cette capacité à nous placer au plus près de ses personnages est fort attachante. Maintenant faudrait que je rejette un œil au remake bêtement clinquant pour savoir si il tient le coup de la comparaison.

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Evita est le genre de film qui fait peur avant même qu’on mette un pied dedans. Tout semble orchestré pour obtenir l’objet le plus balourd qui soit : une adaptation du spectacle d’Andrew Lloyd Webber ("le pire truc qui soit arrivé à la comédie musicale" comme le dit Stewie dans family guy), une Madonna au faite de sa gloire dans un rôle qui lui va comme un gant (celui d’une diva arriviste qui "ne dit pas grand chose mais le crie très fort"), un scénario signé par Oliver Stone, un Antonio Banderas qui semble là pour satisfaire un caprice de la star (ceux qui ont vu in bed with Madonna comprendront), un projet gigantesque de reconstitution avec milliers de figurants et cinémascope. Vu ses capacités à sombrer dans la balourdise la plus crasse sans avoir à gérer une telle ménagerie, Alan Parker allait devoir se surpasser pour réussir à empêcher le navire de couler. En soit, je peux rapidement comprendre ce qui l’a attiré dans l’entreprise. L’expérience est fort similaire à the wall avec son approche conceptuel de raconter son film uniquement par la musique. Outre la prestance dont il fait preuve en matière visuel (l’étalage des moyens à disposition est impressionnant et le directeur de la photographie Darius Khondki n’en loupe pas une miette pour nous en mettre plein la gueule), il fait fonctionner Evita principalement grâce à cette approche où tout passe par le prisme surréaliste de la musique. Cela demande bien sûr d’accepter le style Webber. Pour goûter à quelques magnifiques envolées, il faut ainsi être indulgent face à des variations sorties d'on ne sait où (difficile de ne pas lever les yeux au ciel lors de certaines irruptions rock) et un sens du rythme déplorable (pour ne pas dire inexistant). Je trouve pourtant un caractère hypnotisant au faste boursoufflé de cette production, à l’image de la description typiquement stonienne de l’ambiguë personnage titre (on se demande tout le long si il faut la détester ou l’aimer). Evita est un film qui pousse à bout l’endurance de son spectateur (trop de notes, mon cher Andrew) mais il y a de l’ambition dedans et ça ne peut pas me laisser indifférent.
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Demi-Lune
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Re: Alan Parker

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J’avais vu la nouvelle version sortie au cinéma il y a un an et demie environ et je l’avais étonnamment apprécié. La découverte du fame version Alan Parker constitue donc une séance de rattrapage bienvenue. En soit, ça me fait un peu de peine à voir que les principales qualités que j’avais attribué au film de Kevin Tancharoen proviennent de l’œuvre originelle. J’ai ainsi découvert avec un peu de peine qu’une séquence épatante comme celle de la cantine (passage au combien plus intéressant que la danse dans la rue sur la chanson titre soit dit en passant) était issu du Parker et que Tanchaeron n’a que mollement dépoussiéré l’idée. Il en va de même pour tout le discours sur la célébrité et l’exigeant travail artistique que celle-ci appelle. Cela dit, dans une version comme dans l’autre, la pertinence du propos tient plus dans sa capacité à saisir l’énergie de la jeunesse que dans un travail d’écriture très poussé. Les personnages restent prisonniers de conventions et si ils suscitent de l’émotion, c’est surtout grâce au travail accompli sur la direction d’acteur (voir les poignantes confessions liées à la partie enseignement dramatique). Odelay félicitait le travail de narration du film. Je crois que c’est plutôt le montage du film qui est marquant avec sa capacité de jongler entre plusieurs personnages et son utilisation dans sa manière de faire ressentir le chaos de la création artistique (l’ouverture avec les auditions reste ma partie préférée du film). Il y a quelques imperfections dedans (Coco se fait humilier de la pire des manière par un pervers et on la retrouvera sans transition toute pimpante pour le grand final) mais cette capacité à nous placer au plus près de ses personnages est fort attachante. Maintenant faudrait que je rejette un œil au remake bêtement clinquant pour savoir si il tient le coup de la comparaison.
J'ai bien aimé moi aussi. L'énergie déployée par la mise en scène (très bon travail de montage comme tu l'as souligné), les jeunes comédiens (amusant de voir Paul "RoboCop" McCrane dans ce rôle de gentil) et la B.O. est communicative. Un peu comme Footloose, c'est le cas typique de film qui provoque des chatouillements dans la plante des pieds et te donne envie de te libérer sur scène comme les protagonistes. L'exemple le plus frappant de ce punch contagieux est en effet non pas tant l'illustration de la fameuse chanson "Fame" d'Irene Cara que celle, électrisante, de la cantine ("Hot Lunch Jam") où tout le monde se déchaîne et fait parler son art. Un peu convenu dans la caractérisation des personnages, mais bien fait, l'effet d'apprentissage et de promo qui s'étale sur 4 années fonctionnant efficacement d'un point de vue narratif et dans l'attachement progressif qu'inspirent ces quelques jeunes que l'on suit. Et puis, je suis toujours surpris par le côté sinistré et repoussant du New York des années 70-80.
Jericho
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Re: Alan Parker

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Je crois que c’était cinephage qui avait fait un commentaire fort positif sur ce Angela's ashes. Ça avait piqué ma curiosité bien que n’étant pas un irréductible du cinéaste et de son style "ça passe ou ça casse". Au final, une très bonne surprise que cette biographie mélodramatique qui mériterait bien d'être un peu plus cité lorsqu’on évoque la filmographie du bonhomme. Le début annonce clairement du Parker pur jus. Sur des images de ruelles boueuses sous une pluie battante, la voix-off nous annonce le récit d’une enfance misérable. Et malgré l’authenticité des faits relatés, le résultat est un déballage d’horreur qui ne s’arrête pas : mort de nourrisson, habitat cradingue, père alcoolique incapable, éducation religieuse stricte, pauvreté et mendicité… Pourtant, le résultat n’est pas si lourd que ce que laisse penser un tel programme. Bien loin d’un insupportable midnight express, Parker arrive à traiter la véracité de l’histoire pour un résultat éprouvant mais qui ne semble pas forcé. Parker fait des choix assez judicieux dans sa manière d'évoquer le sujet. La première partie introduit ainsi le cocon familiale comme une entité imperméable où tout ce qui existe en dehors est éphémère (les personnages secondaires se succèdent sans qu’on est le temps de s'y attacher, à l’exception des membres éloignés de la famille). Visuellement, il y a des idées pour illustrer ce récit d’une famille qui avance sans se préoccuper véritablement au monde qui l’entoure que ce soit par l’exploitation intéressante de l’architecture (des lignes droites qui ne montre qu’un chemin à suivre) ou la répétition de certaines compositions de plan au gré de l’histoire. Ce côté imperméable empêche toutefois de s’immiscer dans les émotions des personnages qui ne resteront "que" de fascinants mystères. Il faudra attendre que le personnage principal grandisse et gagne en maturité afin de s'exprimer son opinion sur les évènements pour que l’émotion intervienne. Cela toutefois laisse toujours dans l’ombre certains caractères dont notamment la mère qui semble bizarrement en retrait alors que l’œuvre est apparemment censé lui rendre hommage. Reste quand même un film fort poignant à la reconstitution sublime (Parker a réussi à trouver des qualités esthétiques à ces environnements sordides) et au casting impeccable, sans oublier une forte appréciable BO de John Williams. Un travail remarquable en somme.
Tu m'as donné envie de le voir.
Jusqu'ici je n'avais pas vraiment lu de critique positive sur ce film (en même temps je n'avais pas beaucoup cherché).
J'étais surtout fasciné par la qualité de l'affiche, le gamin a un magnétisme assez prononcé sur cette photo, mais de là à franchir le pas, uniquement grâce à cette image...
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Re: Alan Parker

Post by nobody smith »

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Suite et fin de ma petite rétro Alan Parker avec l’exploration de son penchant loufoque. Apparemment, the road to wellville n’est pas très fidèle envers le personnage historique du Dr Kellogg mais après tout on peut bien violer l’histoire pour lui faire de beaux enfants. En l’état, Parker prend pour sujet ce qui fut la croisade de Kellogg : la quête du bien-être. Tous les personnages sont à la recherche d’une paix intérieure, ce qui n’est pas aisé vu tout ce qui leur arrivent. En faite ils aboutissent à une impasse puisque comme le notera l’hilarante fin, on a tous tendance à se tromper. Les procédés de Kellogg pour préserver sa santé sont justes et pertinents mais reflètent un puritanisme assez poussée (notamment sur la question sexuelle), l’accomplissement par le capitalisme forcené est un échec du fait des rejets moraux qu’il nécessite et les plaisirs hédoniques conduisent à un comportement aveugle. C’est fort intéressant mais Parker ne semble pas y toucher plus que ça. Il semble se contenter d’aligner les scènes comiques surréalistes et les dialogues dingos qui sont du pain béni pour le casting. Le film se fait agréable pour sa dynamique comique mais j’en ressors en me demandant où tout ceci m’a mené. Pas entièrement convaincu en somme.

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La même limite se pose avec Bugsy Malone (bien que le film soit un plus plaisant à mes yeux). Reconstruire l’univers du film noir avec des enfants est une idée assez attachante. Et le film ne se prive pas pour soigner son emballage. La reconstitution à hauteur d’enfant est d’une invention rafraîchissante, la musique est un bonheur (mais comme le note Odelay, qu’est ce qui a pris Paul Williams de prendre des adultes pour les voix ?) et le casting de gamin se coulent à merveille dans leurs archétypes. Mais outre le plaisir évident du pastiche, il n’y a pas grand chose qui ressort. La présentation du ciné club avançait une manière de critiquer une société où les enfants grandissent trop vite. On peut également y voir une manière de tourner en dérision le monde et les règles des adultes. Mais hors de ses quelques idées visuelles (la plus évidente étant la tarte à la crème remplaçant les armes à feu), le propos ne va pas bien loin tant l’intrigue n’est pas là pour le soutenir. Faut en même temps dire qu’il est difficile de faire confiance à un film qui s’ouvre par un générique résumant toute l’affaire. Mais bon, les gags à base de tarte à la crème, ça marche toujours et ça fait bien marrer.


Et pour clore l’affaire, mon top du bonhomme :

1/ Angel heart
2/ Les cendres d’Angela
3/ Mississipi burning
4/ Fame
5/ The wall
6/ Bugsy Malone
7/ Evita
8/ Aux bons soins du Dr Kellogg
9/ Birdy
10/ Midnight express
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Akrocine
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Re: Alan Parker

Post by Akrocine »

Birdy et Midnight express en dernier :shock:

J'ai pas du voir les mêmes films...
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Re: Alan Parker

Post by Flol »

Je n'ai pas vu Birdy, mais je suis d'accord concernant Midnight Express (film INSUPPORTABLE).
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Re: Alan Parker

Post by Akrocine »

Je sais que le film (et le réalisateur) a mauvaise renommé sur le forum, il faut que je remédie à celà :twisted:
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Re: Alan Parker

Post by Watkinssien »

Ratatouille wrote:Je n'ai pas vu Birdy, mais je suis d'accord concernant Midnight Express (film INSUPPORTABLE).
Mon deuxième film préféré de Parker après Angel Heart...
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Re: Alan Parker

Post by Akrocine »

Lequel des deux? :D
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Re: Alan Parker

Post by Watkinssien »

Akrocine wrote:Lequel des deux? :D
Midnight Express, réussite vraiment impressionnante...
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Re: Alan Parker

Post by Demi-Lune »

Watkinssien wrote:
Akrocine wrote:Lequel des deux? :D
Midnight Express, réussite vraiment impressionnante...
+ 1.
Ce film a de la burne et Brad Davis est monumental.
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Re: Alan Parker

Post by cinephage »

Akrocine wrote:Je sais que le film (et le réalisateur) a mauvaise renommé sur le forum, il faut que je remédie à celà :twisted:
Au travail !!! Ces aveugles regardent, et ne voient pas... Parker, c'est quand même du lourd : Midnight Express, The Wall, Fame, Angel Heart, Angela's ashes, birdy... Autant de films qui, je pense ne vieilliront pas trop mal une fois passé le purgatoire des années "de référence"...
Derniers visionnages...
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Re: Alan Parker

Post by gnome »

Je me joins au concert.
J'adore Midnight express (que je devrais revoir), Birdy, The road to Wellville, The Wall (évidamment... :mrgreen: ).
Mississipi burning est honnête.
Faut absolument que je voie dans de bonnes conditions Angel Heart....
J'ai encore Evita sur mes étagères. The commitments... je ne sais pas... Il ne me tente pas.
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julien
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Re: Alan Parker

Post by julien »

Bien aimé celui-là pour ma part :



The Commitments est un bon film aussi je trouve, un peu dans le style socio-réaliste de Ken Loach. Le seul petit bémol c'est que les chansons sont assez nullardes.
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"Toutes les raisons évoquées qui t'ont paru peu convaincantes sont, pour ma part, les parties d'une remarquable richesse." Watki.
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Re: Alan Parker

Post by Flol »

Là où chez Loach j'ai cette impression de voir de vrais gens, dans leurs vraies vies, avec leurs vrais problèmes...tout ce qui était dépeint dans The Commitments (et je ne parle même pas des chansons...) m'avait paru atrocement faux : cliché sur cliché, avec que des facilités scénaristiques et une prévisibilité...tout simplement INSUPPORTABLE.
Sinon, même si un peu trop long et trop lourd, j'avais quand même bien aimé Angela's Ashes (mais qui a au moins l'avantage de contenir un des scores les plus sublimes de la carrière de Williams), et je garde un bon souvenir de Angel Heart.
Le reste, désolé...mais j'y arrive pas (The Life of David Gale, franchement ? :shock:).