Robert Altman (1925-2006)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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A.D.
Doublure lumière
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Re: Les films de Robert Altman

Post by A.D. »

Et on a pensé à mon post qui ne veut plus rien dire maintenant ? Je ne crois pas ! :o
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angel with dirty face
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Re: Mort de Robert Altman

Post by angel with dirty face »

ed wrote:
angel with dirty face wrote:Pourquoi ne pas créer un nouveau topic - en l'occurrence Quintet (Robert Altman, 1977) - ou les films de Robert Altman... que de continuer sur un topic qui n'a rien à voir avec la mort du réalisateur ?
On peut également modifier le titre, et poursuivre l'hommage au réalisateur en parlant de son art :wink:
Bonne idée! :D
Lord Henry
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Re: Les films de Robert Altman

Post by Lord Henry »

Fichtre! J'avais complètement oublié qu'l nous avait quittés et j'en étais encore à attendre son prochain film.
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Ballin Mundson
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Re: Les films de Robert Altman

Post by Ballin Mundson »

Lord Henry wrote:Fichtre! J'avais complètement oublié qu'l nous avait quittés et j'en étais encore à attendre son prochain film.
bah, il y aura toujours le prochain film de Lindsay Lohan pour se consoler :arrow:
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7swans
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Re: Notez les films de Janvier 2009

Post by 7swans »

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OC and Stiggs - Robert Altman

Très bonne surprise.
La verve d’Altman n’est pas atténuée pour ce film de commande qui se voulait (par le studio) dans la veine des films d’ados des années 80, et qui se révèle plus de la comédie satirique d’une époque comme Mash en son temps. Sur la forme, la pâte d’Altman est bien présente : ces longs plans ponctués de nombreux zoom et dezoom, ces tunnels de dialogues qui se chevauchent, multi discussions qui s’emmêlent dans une cacophonie enjouée, et cette façon très posée de décrire une situation en s’attachant aux détails.
Le pitch en lui-même permet a Altman de s’amuser comme un petit fou avec ces personnages marionnettes extatiques qui n’ont rien de forcément sympathiques :
O.C. et Stiggs, deux adolescents issus d'un milieu défavorisé, veulent se venger de la classe moyenne en s'en prenant à une famille bourgeoise : les Schwab...
Un film hystérique pop sur fond de lutte des classes, qui permet a Altman de détourner certains codes de la comédie pour ados des eighties :
- le voyage initiatique (ici un trip effectué en « chambre a air » jusqu’au Mexique),
- le casting plein de petites amies-jolies-pouff (qu’on appelle ici a plusieurs reprises « des salopes » ou « des putes » avec le plus grand naturel)
- La voiture, comme moteur social. Ici, on n’épanouit en achetant la voiture la plus délabrée, et de la customiser pour la rendre encore plus crade, en retirant tout ce qui pourrait briller.
- etc...

Mais la cerise sur le gâteau, c’est encore une fois Dennis Hopper, qui reprend son rôle de photographe de guerre allumé d’Apocalypse Now (la même dégaine bandana rouge, appareil photo en bandouillère, habits militaires délabrés) planqué en pleine banlieue d’Arizona et qui prendra bien trop à cœur les démêlés des personnages (ça balance du UZI au milieu d’une bataille de feux d’artifices).

On pourrait en dire beaucoup sur le film (cette façon de placer deux anarchistes ados dans un environnement républicain stricte, une bombe marxiste dans un milieu petit bourgeois, ou ces nombreux clins d’œil a Apocalypse Now dont une très ridicule attaque a l’hélicopter sur fond de Valkyries, cette séquence avec parodie musicale de La Panthère Rose, etc..) qui multiplie les références…

Une bonne découverte d’un Altman attachant, bien trop sous estimé (described by the British Film Institute as "probably Altman's least successful film"), qui relance ma curiosité pour l’œuvre du Monsieur.

8/10

Et puis le film est très drôle...
Stiggs: Randall, how would you like to have more fun than you've ever had in your life?
Randall: I don't know. I've had a lot of fun. I have Legos, you know.
There's no such thing as adventure. There's no such thing as romance. There's only trouble and desire.
Nestor Almendros
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Re: Robert Altman (1925-2006)

Post by Nestor Almendros »

Ratatouille (janvier 2004) wrote:Sinon vu hier soir : Popeye de Robert Altman
J'étais très très curieux de voir ce que donnerait une telle adaptation ciné, en ayant déjà peur du ratage en perspective, tellement le projet en lui-même est casse-gueule...
Eh bien je ne m'étais pas trompé : c'est un ratage ! :lol:
L'aspect "dessin animé live" est complètement foiré, malgré tout l'abattage de Robin Williams et Shelley Duvall (notamment cette dernière) pour ressembler le plus possible aux personnages qu'ils incarnent.
Mais tout tombe à plat : l'histoire est inintéressante, les quelques numéros musicaux n'apportent rien, l'humour n'est pas drôle.

A sauver : l'arrière plan du film.
Altman, malgré les pressions du studio Disney, parvient à dépeindre une communauté en apparence douce et paisible (Sweethaven), mais dont le vernis se craquelle de plus en plus pour mieux laisser apparaître l'hypocrisie et la peur de l'autre qui habitent ce lieu.

Mais c'est vraiment la seule chose à sauver, parce que sinon c'est quand même plus grotesque qu'autre chose...:?

3/10
Roy Neary (janvier 2004) wrote:J'ai plutôt un bon souvenir du Popeye de Altman, même si une telle entreprise était vouée à l'échec dès l'origine. Je retiens surtout la superbe photographie de Guiseppe Rotunno.
Bob Harris (février 2004) wrote:Popeye de Robert Altman

Une adaptation fidèle de l'univers de la BD, ce qui n'empêche pas le fait que le style altmanien reste toujours aussi reconnaissable. :) C'est sans doute mineur dans la carrière du cinéaste, mais le ton décalé et son humour pince-sans-rire m'ont fait passer un bon moment. Robin Williams est parfait en Popeye et la scène où Shelley Duvall chante "He needs me" est vraiment merveilleuse. Pas étonnant qu'elle ait été reprise par PTA dans "Punch-Drunk Love". :wink:
Jake Scully (7 avril 2004) wrote:THE GINGERBREAD MAN (1997) de Robert Altman.

J'ai trouvé ce film assez bon (je suis rarement déçu par Altman que j'adore), et les acteurs sont parfaits. L'histoire tient bien la route, même si la fin est plus ou moins "bâclée" à mon avis. Il se laisse regarder.

7/10
Jake Scully (mai 2004) wrote:Revu THE GINGERBREAD MAN de Robert Altman aujourd'hui.

L'ennui avec un film de suspens comme celui-ci, une fois qu'on connaît la fin, on ne lui trouve plus beaucoup d'intérêt à la seconde vision. Reste à regarder les beaux mouvements de caméra concocté par Altman (qui semble vraiment adorer les zooms). Je ne sais plus combien je lui avais mis la première fois (où j'avais plutôt bien aimé) mais bon en tous cas, aujourd'hui je lui mettrais...

4,5/6
Cadichon
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Re: Robert Altman (1925-2006)

Post by Cadichon »

Je suis étonné de ne voir quasiment personne parler de "Brewster mc Cloud" pur chef-d'oeuvre de mélancolie et de poésie faisant passer l'intrigue policière au second plan. Seul le générique final m'a un peu déçu, non en soi mais parce qu'il coupe le rythme du film et sonne au final comme un simple pied de nez.
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AtCloseRange
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Re: Robert Altman (1925-2006)

Post by AtCloseRange »

Après avoir essayé de regarder Countdown hier soir sur TCM (pas très intéressant), je me suis retranché vers mon DVD de Streamers. Déjà bonne nouvelle, la copie est regardable ce qui est déjà bien si on considère la copie immonde et sans couleur de The Player sur le même coffret Altman.

Je n'avais pas revu le film depuis sa diffusion au Ciné Club il y a maintenant plus de 20 ans et petite déception. Le film et la pièce surtout m'ont paru beaucoup moins forts, surtout parce que plus schématiques et caricaturaux. Ni assez abstraite, ni assez réaliste, je trouve que le film ne trouve pas vraiment le bon équilibre. Il y a une belle intensité grâce à certains acteurs (notamment Matthew Modine dans un de ses premiers rôles), Altman arrive à filmer ça de façon plutôt inventive (la pièce reste un huis clos jusqu'au bout) mais au final mais je ne comprends pas trop bien ce que la pièce veut nous dire et pourrait même prêter à sourire si on fait le bilan des névroses de chacun des militaires impliqués. C'est un peu Tennesse Williams chez les Marines: ils n'étaient pas prêts de gagner le Vietnam avec de tels échantillons, tiens...
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7swans
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Re: Robert Altman (1925-2006)

Post by 7swans »

AtCloseRange wrote:Après avoir essayé de regarder Countdown hier soir sur TCM (pas très intéressant)
Un film de Science Fiction réalisé par Robert Altman, c'est intrigant! (j'avais jamais entendu parlé de ce film...)
Avec James Caan et Robert Duvall, ça donnerait presque envie quand même!
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Re: Les films de Robert Altman

Post by Beck »

Ballin Mundson wrote:
Lord Henry wrote:Fichtre! J'avais complètement oublié qu'l nous avait quittés et j'en étais encore à attendre son prochain film.
bah, il y aura toujours le prochain film de Lindsay Lohan pour se consoler :arrow:
Bien joué. :|
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Demi-Lune
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Re: Notez les films - juin 2010

Post by Demi-Lune »

The Gingerbread man (Robert Altman, 1998)
Pas aimé. Bon, il faut dire que je l'ai vu dans sa médiocre VF, mais je ne crois pas que la VO sauverait de toute façon les autres défauts du film. Je me rends compte qu'il n'y a finalement guère que The Player que j'adore chez Altman, dont je reconnais ne pas connaître énormément sa filmographie. Là où ses contemporains du Nouvel Hollywood Sydney Pollack (La Firme) et Alan J. Pakula (L'Affaire Pélican) avaient su tirer des écrits de John Grisham des thrillers agréables voire, pour le Pollack, réussi et classieux, Robert Altman échoue avec son Gingerbread man à livrer un produit du même acabit que les adaptations précédentes du romancier. Malgré un casting prestigieux, Altman semble mettre en boîte un pur film de commande désincarné et conventionnel, surfant sur la vague alors à la mode se plaisant à transposer au cinéma des oeuvres de Grisham (un autre enfant terrible du Nouvel Hollywood, Coppola, sera lui aussi contraint de manger de ce pain-là). The gingerbread man est un thriller mou, peu intéressant, relativement prévisible tant l'intrigue, au demeurant simple, montre vite ses limites.
Spoiler (cliquez pour afficher)
De l'entrée en scène d'Embetz Davids (et sa mise à nu très téléphonée...) en passant par l'enlèvement des enfants, forcément au moment où le camion rentre dans le champ, on se demande si Altman pense réellement nous impressionner avec ce scénario empilant les clichés et débouchant sur un twist final que l'on voit arriver à des kilomètres.
On a l'impression, tout du long, d'avoir déjà vu tout cela ailleurs, et en bien meilleur. Un film pas mauvais objectivement, mais au final assez vain et pauvre, le spectateur ayant depuis longtemps été accoutumé aux thrillers retors dans lesquels The gingerbread man tente de s'inscrire, mais avec une naïveté assez confondante. Le scénario étant clairement insatisfaisant, il faut en outre supporter l'atroce jeu en VF de Kenneth Branagh, et le festival de zooms - procédé récurrent dans la mise en scène d'Altman - qui m'ont apparu, le plus souvent, mal gérés. Un film clairement oubliable.
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Thaddeus
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Re: Robert Altman (1925-2006)

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


M.A.S.H.
Le style d’Altman s’épanouit déjà dans cette chronique irrévérencieuse du quotidien d’un hôpital de campagne en Corée, qui joue sur le double registre des plaisanteries de corps de garde et du franc-parler des "carabins". Les zooms, la saturation de l’image, le téléobjectif élargissant et aplatissant à la fois l’espace, le recours à de nombreuses pistes sonores créant une confusion volontaire, la multiplication des points de vue, tous ces principes de mise en scène qui feront sa signature, y servent une dénonciation par l’absurde, la farce, l’outrance et l’humour noir de l’horreur de la guerre, considéré comme un manège absurde où, du chirurgien au curé, tout le monde travaille à la chaîne (chloroforme ou hostie, même combat). Reste que l’on peut trouver limitée cette charge cynique et bouffonne. 3/6

Brewster McCloud
On se croit d’abord dans une nonchalante enquête policière, puis on vire à la peinture poético-sarcastique d’une bande de cinglés tour à tour étranges, odieux ou attendrissants, avant que le tout ne s’achève en carnaval fellinien au beau milieu du stade où, d’emblée, une cantatrice irascible massacrait The Star-Spangled Banner. On y croise un détective à la rigueur professionnelle trop suspecte pour ne pas amuser, des politicards obsédés par leur image et leurs relations, un conférencier qui se prend pour un piaf, un archange blond administrant la mort à coups de fientes d’oiseau, et un doux dingue ne rêvant, comme Icare, que de caresser les nuages : l’Amérique selon Altman. Libéré de toute technicité envahissante, celui-ci se veut ainsi l’un des premiers cinéthnologues de son temps. 4/6

Images
Cathryn est une épouse heureuse et épanouie qui écrit des contes pour enfants. Bientôt Cathryn est harcelée au téléphone par une femme dont elle ne connaît que trop bien la voix, puis lors d’un séjour de vacances se voit elle-même dédoublée, ubiquiste, ici et là-bas, comme extérieure à sa conscience. Visitée par un fantôme, Cathryn finit par confondre son mari et son amant, hier et demain, ce qu’elle voit et ce qu’elle imagine. Cathryn est schizophrène. Dans la droite lignée du Polanski de Répulsion, le film organise un cauchemar psychique qui épouse la logique morcelée de son esprit, reconstitue sa perception déréglée, instable, déroutante, le long d’une expérience étouffante entre raison et folie, normalité et psychose. Prix d’interprétation cannois mérité pour Susannah York. 5/6
Top 10 Année 1972

John McCabe
Couleurs brunes et décors croupissants, climat de boue et de neige où s’affrontent, plus ou moins pathétiques, des personnages englués dans l’alcool, la cupidité, la saleté, et traités sans aucun manichéisme, sans attendrissement ni condamnation moralisante : Altman reprend le western là où Peckinpah l’avait laissé à la même époque. Libéral mais résolument antiromantique, il poursuit une réflexion sur les images produites par les mythologies culturelles, qu’il débusque d’un œil critique, et dresse le portrait d’un Ouest aux mains des capitalistes véreux, montrant comment les entreprises des pionniers se font décaper, au tournant du siècle, par la puissance des intérêts financiers. Les chansons lancinantes de Leonard Cohen et l’humour au vitriol adoucissent la noirceur de ce film iconoclaste et ironique. 4/6

Le privé
Avec leur esthétique naturaliste, volontairement distanciée par des effets de réalité et d’instabilité, les aventures du Marlowe de Chandler vues par Altman ne ressemblent pas beaucoup à celui de Hawks incarné par Bogart. Pourtant le privé n’a rien perdu de sa lucidité coupante, de son ironie détachée et de son intraitable moralité, qu’il exerce au sein d’un Los Angeles aux mille turpitudes derrière son hippisme bourgeois. Elliot Gould est l’acteur idéal pour incarner cette contre-mythologie, synchrone avec le traitement sarcastique d’une intrigue dont le dévoilement progressif et éliminatoire est celui du monde annonçant ses couleurs, et qui manie la dérision (flopée de seconds rôles savoureux, du gardien pasticheur de stars au Schwarzenegger en slip) et l’hommage décontracté avec un égal bonheur. 5/6

Nous sommes tous des voleurs
En remakant librement Les Amants de la Nuit de Nicholas Ray, le cinéaste s’inscrit dans la lignée de l’opus précédent et continue de revisiter le polar par un subtil décalage de ses motifs et de leur traitement. Son travail fonctionne à nouveau comme un commentaire sur le genre traditionnel, et dépeint des personnages défendant leur intégrité face au milieu hostile de la Dépression et au rôle abêtissant des médias. Indolent, plein de temps morts et de respirations déroutantes qui lui donnent presque un air de dilettantisme, le film remplace les scènes d’action habituelles par une tonalité nonchalante assez singulière. Son mélange de chronique picaresque et d’étude de caractères confirme aussi que la subtilité est une valeur fonctionnelle au cinéma : ce qui y est lourd dès lors, c’est le poids de la réalité. 4/6

Les flambeurs
De ce qui ne pourrait n’être qu’un film supplémentaire sur la passion aliénante et l’instinct de puissance, Altman fait une errance ouverte à l’accidentel et au fortuit, privée des garde-fous de la dramaturgie traditionnelle. Ici le jeu n’est plus enfer, possession ou domination mais seulement cartes qui tombent, dés qui roulent ou chevaux ou galop, un ensemble de gestes aussi symboliques que l’enjeu qui les détermine. Et les deux héros, noyés dans la foule anonyme de l’Amérique, des drop-out à la bouffonne solitude, desperados impénitents qui de casinos en tripots flottent dans un état d’apesanteur perpétuelle. Inutile de préciser qu’au sein d’une société aussi désintégrée, et à plus forte raison lorsque les rêveurs ne savent même plus après quelle chimère ils courent, tout jugement moral apparaît superflu. 4/6

Nashville
Première réussite majeure du cinéaste qui, dressant l’instantané fulgurant de son pays, élabore une savante fresque musico-sociale dont la conception faussement chaotique s’accorde à merveille à l’entreprise de décervelage inaugurée depuis ses débuts. Artiste référentiel, s’étant toujours plu à utiliser les stéréotypes des genres pour mieux subvertir les mythes qui sous-tendent la culture de son pays, Altman brocarde vertement l’american way of life, démonte la société de la communication et du spectacle comme instrument politique, et dessine un monde en proie à la folie médiatique, obsédée par les rapports de sexe, d’argent et de pouvoir. Par-delà la satire se dévoile malgré tout une véritable tendresse pour les paumés pathétique, esseulés, démagogues ou cyniques de cette fascinante kermesse funèbre. 5/6
Top 10 Année 1975

Buffalo Bill et les indiens
Le célèbre héros de l’Ouest se mire avec autosatisfaction, se gargarise de maximes que lui seul comprend et bombe le torse en gérant son affaire sous chapiteau, la première entreprise de spectacle de la jeune Amérique. Altman lui fait mordre la poussière. Son image de combattant fier et épique est anéantie à la faveur d’un réjouissant exercice de dérision, en forme de farce démythifiante. Entouré de toute une équipe de professionnels (publicistes, secrétaires, historiens, producteurs), Buffalo Bill entretient le grand show de simulacres et de mensonges, s’enferme dans un espace clos (le cirque carnavalesque, que l’on ne quitte jamais) pour mieux s’enivrer, et le public avec lui, d’une représentation idéologique totalement fallacieuse. Tissée serrée, la satire est aussi drôle qu’intelligente. 5/6

Trois femmes
Millie, touchante aliénée de la solitude contemporaine, se pare des atours prisés par les magazines féminins et des jaunes artifices qu’elle se crée pour se protéger de ses illusions. Pinkie est une femme-enfant dont la candide naïveté couve une inquiétante fracture psychique. Willie, muette, enceinte jusqu’au cou, peint de monstrueuses figures hermaphrodites au fond des piscines. Trois chrysalides en plein processus de transfert et d’identification, qui rejouent la partition de Persona dans la banlieue post-hippie de Los Angeles et l’aridité poussiéreuse de Desert Hot Springs, jusqu’à fusionner en une cellule père-mère-fille. Baignant dans le liquide amniotique d’une photo sous-exposée, habité par les incroyables Shelley Duvall et Sissy Spacek, le film distille un mystère déroutant et vénéneux. Absolument fascinant. 5/6
Top 10 Année 1977

Un mariage
Le grouillement d’une cinquantaine de personnages, un récit omniscient concentré en une journée, la bourgeoisie éreintée par le biais de micro-portraits décapants : Altman est chez lui. Entre l’office d’un évêque mangé aux mites, en stade terminal de gâtisme, et la sœur nymphomane de la mariée, entre l’aïeule cassant sa pipe et le chef de la sécurité un peu trop zélé, le festival de secrets de polichinelles et de cadavres dans le placard vire au déraillement généralisé. Caricature grossière ? Il y a peut-être un peu de ça, mais surtout la verve mordante d’un auteur qui démaillote la loufoquerie des névroses, des tromperies et des hypocrisies et fait souffler comme un vent de fin du monde. Ou comment la satire, d’une drôlerie irrésistible, sait aussi devenir étrangement inquiétante. 5/6
Top 10 Année 1978

Quintet
Le monde est en proie à une nouvelle ère glaciaire, les cadavres sont bouffés par les chiens, l’humanité survit entassée dans une cité-ghetto, et les élites se livrent à un jeu mortel censés leur procurer le grand frisson. Toujours concerné par le rituel et la peinture de rapports hypocrites que gèrent des règles strictes, Altman se plaît à démonter les mécanismes du pouvoir clérical et à exalter les vertus du combat solitaire. Dans cette œuvre à la distribution cosmopolite, où les personnages portent des noms qui renvoient aux pièces philosophiques de Shakespeare (Essex, Ambrosia, Vivia, Deuca…), les structures de cristal, les miroirs, les rideaux de stalactites, les vitres frangées du givre participent d’un discours crypté, énigmatique, qui tente d’interpréter la vie pour rejoindre la métaphysique. 4/6

Popeye
Commandée par Disney, l’entreprise octroie à Altman le plus gros budget de sa carrière. Tout passe bien sûr dans les décors, costumes et accessoires d’une esthétique cherchant à retrouver le charme artisanal du cinéma d’aventures et de flibuste. Et le soin apporté aux départements techniques n’est pas loin de constituer le seul intérêt de ce gros loukoum indigeste qui se traîne de gag pas drôle en chanson calamiteuse, au fil d’une narration rachitique. Il y a de quoi rester embarrassé devant les efforts que déploie le réalisateur pour insuffler la vie à cette mécanique grippée de marionnettes, de clowns, d’acrobates, d’hommes-caoutchouc, et devant l’obésité du résultat, plombé par l’agitation la plus stérile. Malgré l’abattage des acteurs (Shelley Duvall fait une Olive idéale), le ratage est à peu près complet. 2/6

Streamers
Budget léger, tournage rapide dans un décor unique : une chambrée de jeunes recrues en partance pour le Vietnam, en 1965, à l’époque où Westmorland voulait mettre le paquet. Le cinéma d’Altmans’y déploie à l’instinct, profite au maximum du dispositif en panoptique dans lequel il enferme ses personnages, colle tel un vrai fauve à ses acteurs, en déjouant la lourdeur du théâtre malgré la dimension très psychologique du matériau. Mais s’il se livre après M.A.S.H. à une violente caricature de l’armée (le dortoir cloisonné de vitres fait apparaître promiscuité et transparence comme valeurs obligées du système), l’auteur cherche surtout à analyser le rapport de l’individu au groupe, la violence latente des pulsions, le court-circuitage des désirs et des interdits, au sein d’un espace clos ayant fonction de révélateur. 4/6

The player
La plus célèbre usine à rêves s’est toujours masochistement délectée à exhiber ses propres vices et à tendre au spectateur le miroir de ses bassesses. Altman s’en donne à cœur joie, accumulant vacheries en tout genre et dialogues au vitriol en un jeu de massacre parfait qui pousse la perversité jusqu’à mobiliser des dizaines de guest stars du sérail. Authentique cérémonie d’autoflagellation qui atomise au lance-flammes le voyeurisme pathétique, le crétinisme ambiant et la dinguerie des studios, cette satire incendiaire inocule une hargne dévastatrice qui n’a d’égale que l’intelligence jubilatoire avec laquelle elle pousse la mise en abyme de son processus de régurgitation fictionnelle, l’image s’accompagnant, à tout niveau de l’imbroglio narratif, de son commentaire ironique et distancié. Éblouissant. 6/6
Top 10 Année 1992

Short cuts
La Californie quotidienne est une carte postale azurée peuplée de personnalités tragiques, un petit monde de figurines poignantes ou risibles, accablées ou pochardes, qu’Altman transforme en feu d’artifices unanimiste. Le cinéaste embrasse la société dans son ensemble, rapproche les destins dissemblables à la faveur d’une saisissante osmose, avec l’œil d’un dieu sans reproche mais comptable de tout, jusqu’au jugement dernier. Tel un document ethnologique rapportant un certain climat d’irresponsabilité et de paranoïa, de clinquant moite, de pauvreté poisseuse, de plaisirs souillés par le fog, de pensées et de paroles collant aux plages polluées, aux voies express usées qui tiennent lieu de ville et de vie, le film agit comme un révélateur. Au spectateur de trouver sa place et sa morale dans ce miroir de son existence. 6/6
Top 10 Année 1993

The gingerbread man
S’il est un grand cinéaste, Altman est également un franc-tireur et un touche-à-tout. La preuve avec cette adaptation relativement banale d’un bouquin de John Grisham, dont il s’acquitte avec une dextérité sans réelle audace, s’amusant à jouer sur la violence des éléments (un ouragan gronde sur Savannah) et la petitesse des désirs humains. L’intrigue criminelle, à base de manipulations vénéneuses et d’avocat dans la mouise, de jeune femme trouble et d’évasion spectaculaire, est illustrée avec un sens consommé du suspense, qui fouette l’écran le temps de quelques scènes éparses où le grand créateur d’atmosphère qu’est le cinéaste se réveille et fait entrer le conte gothique dans le polar, mais ce film noir sudiste aux relents décadents et aux seconds rôles colorés déçoit quelque peu. 3/6

Cookie’s fortune
Retrouvant ses habitudes, le réalisateur se délecte à tuer d’entrée de jeu tout suspense policier pour y préférer les chemins de traverse, s’accordant quarante-cinq minutes de douce somnolence au pays de Faulkner avant de lancer véritablement l’intrigue. D’une rocambolesque histoire de meurtre, il tire ainsi un vaudeville indolent aux airs de blues, célèbre la nonchalance et l’épicurisme de ses héros, habitants d’un microcosme du vieux Sud décrit dans ses coutumes, sa mollesse, sa moiteur. Le film n’a rien de décisif, mais le charme alangui et l’air de royale indifférence avec laquelle il déroule ses parfums de satire aigre-douce, de loufoquerie bucolique et de nostalgie ont quelque chose d’entêtant. Sans cruauté ni amertume, il fait naître une quiétude communicative, trempée dans la sérénité. 4/6

Gosford park
Années 30. Un manoir anglais, un crime, des suspects à la pelle. En salon un florilège d’aristocrates vaniteux, derniers vestiges d’une noblesse croupissante – baderne dure de la feuille, langues de vipères, vieux phallocrates raidis. À l’office leurs valets, rejouant par effet de miroir autant de petits théâtres d’un jeu social marqué par l’hypocrisie, le mensonge, le faux-semblant ou la frustration. Témoignant d’une étourdissante maestria, la partie de Cluedo choisit un jeu sur le temps partagé du haut et du bas, sur les escaliers et les couloirs obscurs, qui exsude secrets de famille et cruauté feutrée. Avec une perspicacité narquoise, un sens mordant du détail caustique et la précision d’un horloger suisse, Altman place son tableau de mœurs au-delà du jugement moral. Le casting, quant à lui, se livre à un festival grandiose. 5/6

The last show
Le vieux lion aurait pu s’éteindre en donnant un dernier coup de patte féroce et caustique ; son œuvre testamentaire sera un ultime tour de piste mélancolique, presque apaisé, valse douce et tranquille s’enivrant des effluves chaleureux d’un concert country. Une ultime fois, il réunit une distribution assez faramineuse pour une méditation sereine sur le temps qui fuit, les rêves qui passent sans se concrétiser, la vie qui continue malgré l’arrêt du spectacle. The show must go on, non pas en en vertu d’un vitalisme yankee survitaminé, mais par confiance en la mort qui veille et caresse toute existence de son aile angélique. Tout cela carbure à l’espoir de chanter pour toujours et réveille avec nostalgie les fantômes musicaux de Nashville. L’ensemble patine beaucoup mais, dans l’idée, c’est un dernier film archétypal. 3/6


Mon top :

1. Short cuts (1993)
2. The player (1992)
3. Nashville (1975)
4. Trois femmes (1977)
5. Un mariage (1978)

Robert Altman m’apparaît comme un des grands cinéastes américains des cinquante dernières années, un metteur en scène frondeur et marginal, féroce et grinçant, un peintre de mœurs iconoclaste dont le style virtuose, la précision du regard et l’intelligence du propos connaissent assez peu d’équivalents. Il y a toujours eu un malentendu, me semble-t-il, sur son supposé cynisme, sa soi-disant misanthropie, alors que je décèle chez lui une forme de tendresse distanciée, implacable mais sans jugement, sur les personnages et les comportements qu’il dévoile.
Last edited by Thaddeus on 17 Feb 19, 13:55, edited 12 times in total.
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Demi-Lune
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Re: Robert Altman (1925-2006)

Post by Demi-Lune »

Je connais mal Altman. C'est à l'évidence un auteur très intéressant du Nouvel Hollywood, un grand directeur d'acteurs, et un cinéaste ayant développé un style caractéristique doublé d'un regard percutant, mais je dois avouer que sur le peu de films que j'ai vus, il n'y a que The Player qui me satisfasse intégralement. Son goût du mouvement permanent, du zoom à foison, du dialogue un peu bavard, ont souvent tendance à refroidir mon enthousiasme pour son ironie, son iconoclasme grinçant, son amour du personnage entier, son soin formel ou la virtuosité éclatante de certaines de ses constructions chorales. A noter que bien avant Steven Spielberg, Altman avait développé avec John Williams une collaboration plutôt fructueuse, comme en attestent par exemple la B.O. jazzy et ironique du Privé ou celle, expérimentale et difficile, d'Images. J'ai de grands espoirs en Short Cuts, que j'ai en dvd depuis des années et que je n'ai toujours pas pris le temps de regarder au-delà de quelques extraits épars.

Chef-d'œuvre :
1 - Trois femmes (1977)
2 - The player (1992)
J'aime beaucoup :
3 - Shorts cuts (1993)
Très bon :
4 - John McCabe (1971)
Bon :
5 - Le privé (1973)
Moyen :
6 - Buffalo Bill et les Indiens (1976)
Je n'aime pas :
7 - Gosford Park (2001)
8 - That cold day in the park (1969)
9 - The gingerbread man (1998)
Grosse purge :
10 - Prêt-à-porter (1994)

J'ai des souvenirs trop flous, mais positifs, de M.A.S.H. (1970).
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Re: Notez les films de Janvier 2009

Post by odelay »

7swans wrote:Image
OC and Stiggs - Robert Altman

Très bonne surprise.
La verve d’Altman n’est pas atténuée pour ce film de commande qui se voulait (par le studio) dans la veine des films d’ados des années 80, et qui se révèle plus de la comédie satirique d’une époque comme Mash en son temps. Sur la forme, la pâte d’Altman est bien présente : ces longs plans ponctués de nombreux zoom et dezoom, ces tunnels de dialogues qui se chevauchent, multi discussions qui s’emmêlent dans une cacophonie enjouée, et cette façon très posée de décrire une situation en s’attachant aux détails.
Le pitch en lui-même permet a Altman de s’amuser comme un petit fou avec ces personnages marionnettes extatiques qui n’ont rien de forcément sympathiques :
O.C. et Stiggs, deux adolescents issus d'un milieu défavorisé, veulent se venger de la classe moyenne en s'en prenant à une famille bourgeoise : les Schwab...
Un film hystérique pop sur fond de lutte des classes, qui permet a Altman de détourner certains codes de la comédie pour ados des eighties :
- le voyage initiatique (ici un trip effectué en « chambre a air » jusqu’au Mexique),
- le casting plein de petites amies-jolies-pouff (qu’on appelle ici a plusieurs reprises « des salopes » ou « des putes » avec le plus grand naturel)
- La voiture, comme moteur social. Ici, on n’épanouit en achetant la voiture la plus délabrée, et de la customiser pour la rendre encore plus crade, en retirant tout ce qui pourrait briller.
- etc...

Mais la cerise sur le gâteau, c’est encore une fois Dennis Hopper, qui reprend son rôle de photographe de guerre allumé d’Apocalypse Now (la même dégaine bandana rouge, appareil photo en bandouillère, habits militaires délabrés) planqué en pleine banlieue d’Arizona et qui prendra bien trop à cœur les démêlés des personnages (ça balance du UZI au milieu d’une bataille de feux d’artifices).

On pourrait en dire beaucoup sur le film (cette façon de placer deux anarchistes ados dans un environnement républicain stricte, une bombe marxiste dans un milieu petit bourgeois, ou ces nombreux clins d’œil a Apocalypse Now dont une très ridicule attaque a l’hélicopter sur fond de Valkyries, cette séquence avec parodie musicale de La Panthère Rose, etc..) qui multiplie les références…

Une bonne découverte d’un Altman attachant, bien trop sous estimé (described by the British Film Institute as "probably Altman's least successful film"), qui relance ma curiosité pour l’œuvre du Monsieur.

8/10

Et puis le film est très drôle...
Stiggs: Randall, how would you like to have more fun than you've ever had in your life?
Randall: I don't know. I've had a lot of fun. I have Legos, you know.
C'est incroyable, je n'avais jamais, mais alors jamais entendu parler de ce film. Une chose est sûre, c'est qu'il n'est jamais sorti en France. Pour moi, Altman en 87 c'était Beyond Therapy (que j'ai en DVD et que je n'ai encore pas vu).
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Re: Robert Altman (1925-2006)

Post by Amarcord »

Stark wrote: Je vais découvrir bientôt :Trois femmes.
La chance ! Tu vas découvrir une oeuvre qui te hantera longtemps... (mon conseil : bien se concentrer sur la dernière scène, qui est l'une des "choses" les plus troublantes que j'aie vues au cinéma). Mon Altman préféré, après Short Cuts.
Stark wrote:Pas vu les autres.
Ses années 80 sont assez inégales... Un mariage est amusant (mais pas revu depuis longtemps... peut-être a-t-il mal vieilli ?). En revanche, j'ai toujours beaucoup de mal avec Beyond Therapy (de très loin son pire film, pour moi). Vague souvenir pas désagréable de Streamers, avec un Matthew Modine en quasi répétition générale pré-Full Metal Jacket...
[Dick Laurent is dead.]