Le Cinéma asiatique

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Helena
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Re: Le cinéma asiatique

Post by Helena »

:D :D :D :D
Eight and a Half : l’anthologie hongkongaise qui fait baver !

Une belle troupe de réalisateurs conviés !

Ce sera sans doute l’un des projts les plus suivis dans les mois à venir : Eight and a Half fera la part belle au cinéma d’action hongkongais en conviant quelques uns des plus grands artistes du pays.
L’anthologie comptera en effet sur les présences conjuguées de John Woo, Tsui Hark, Johnnie To, Ann Hui, Ringo Lam, Patrick Tam, Sammo Hung et Yuen Woo-Ping.
L’objectif de cette anthologie sera bien entendu de rendre hommage au savoir-faire ancestral de l’industrie hongkongaise en matière d’action mais aussi de convier ses aficionados de chaque réalisateur autour d’un ensemble rythmé.

Source : news.mtime.com
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Big anthologie à venir. J'ai hâte.
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Jericho
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Re: Le cinéma asiatique

Post by Jericho »

Du lourd.
Mais bon, ça risque d'être inégal...
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Helena
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Re: Le cinéma asiatique

Post by Helena »

Probablement, mais bon vu l'équipe je suis totalement confiante, même des films moyens de la part d'un Ringo Lam ou Yuen Woo-Ping, je suis toujours preneuse.
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El Dadal
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Re: Le cinéma asiatique

Post by El Dadal »

Vous avez sans doute aussi lu que le Ip Man 3 de Wilson Yip, toujours avec Donnie Yen, se fera avec Mike Tyson et un Bruce Lee en CGI :shock:
Helena
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Re: Le cinéma asiatique

Post by Helena »

O_O

Sérieusement? Et bien ce sera sans moi, je n'ai rien contre Mike Tyson qui fut bluffant dans un rôle de prisonnier qui fut violé dans Law & Order: SVU, mas rien que l'idée d'un Bruce Lee en CGI (c'est un peu comme pour Louis de Funès dans le prochain film de Jamel,) ce n'est pas possible en ce qui me concerne, c'est irrespectueux, enfin bref merci El Dadal pour l'information, ce sera sans moi par contre.
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bruce randylan
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Re: Le cinéma asiatique

Post by bruce randylan »

El Dadal wrote:Vous avez sans doute aussi lu que le Ip Man 3 de Wilson Yip, toujours avec Donnie Yen, se fera avec Mike Tyson et un Bruce Lee en CGI :shock:
Je pense que ça sera surtout un petit clin d'oeil caméo et pas un gros rôle... Enfin, j'espère...
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hellrick
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Re: Le cinéma asiatique

Post by hellrick »

Quelle drôle d'idée!

Utiliser un acteur pour jouer Bruce Lee (comme à la fin du 2) aurait été plus "simple" et respectueuse.

Il y a quelques années on avait déjà eu la rumeur d'une version du Jeu de la mort tel que voulue par Lee qui aurait utilisé des cgi. On n'est pas à l'abri de voir revenir l'idée.

Allez, Bruce Lee et Louis de Funès N°1 du box office 2015 à HK et en France on parie? :mrgreen:
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Helena
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Re: Le cinéma asiatique

Post by Helena »

Qu'on joue son rôle comme dans un biopic, c'est ok, mais qu'on tente de recréer le vrai pour qu'il joue un rôle, non, même pour un caméo.
hellrick wrote: Il y a quelques années on avait déjà eu la rumeur d'une version du Jeu de la mort tel que voulue par Lee qui aurait utilisé des cgi. On n'est pas à l'abri de voir revenir l'idée.
Quelle horreur.
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Jeremy Fox
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Re: Le cinéma asiatique

Post by Jeremy Fox »

L'Histoire du chameau qui pleure (Die Geschichte vom weinenden Kamel) : Byambasuren Davaa & Luigi Falorni 2003

La vie quotidienne d'une famille de bergers dans le désert de Gobi, leur quotidien et leur gêne à propos d'une chamelle qui rejette son petit qui l'a surement fait trop souffrir lors des deux longues journées qu'ont duré la mise-bas. Ils finiront par faire appel à un musicien joueur de vielle qui, grâce à ce rite ancestral, essaiera de faire renaitre l'amour de la mère pour le petit...

Premier film d'une documentariste qui filme avant tout la vie quotidienne d'une famille, l'intrigue autour des chameaux n'étant qu'un prétexte à apporter un enjeu dramatique à cette observation pas spécialement captivante mais jamais ennuyeuse grâce à la simplicité, la poésie et la chaleur de l'ensemble, la beauté de la photo et des cadrages. Dépaysant et rafraichissant de voir des personnes ne possédant pas grand chose mais n'ayant non plus pas besoin de grand chose, heureux en l'état. Le Chien Jaune de Mongolie sera encore meilleur quelques années après.
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Re: Le cinéma asiatique

Post by Helena »

A-1 de Gordon Chan et Rico Chung

Vue hier soir et je dois dire que c'est une grosse claque dans les dents, ce film est bon, même plus que bon et je ne dis pas cela parce que Anthony a la classe, le cinéma de Hong Kong s'essouffle selon certains depuis quelques années ce qui n'est que pure connerie quand on voit toutes les bombes qu'on se prend depuis quelques années et ce A-1 ne déroge pas à la règle. Le postulat de base est assez simple, une journaliste endettée jusqu'à la culotte démissionne du journal ou elle travaille car elle ne peut plus travailler avec son ancien compagnon, son compagnon se meurt dans un accident quelques temps plus tard. En rentrant chez elle, deux hommes de la Triade l'attendent pour qu'elle règle ses dettes, suite à une altercation dont je laisse la surprise à ceux qui verront le film, un des mafieux interprété par Anthony veut aider la femme car, étant un ancien flic, et voulant exorciser ce qu'il a fait, il découvre que l'accident est en faite un meurtre, postulat simple pour un film excellent de bout en bout! Bon je veux bien croire que le nom de Gordon Chan ne rassure pas vu qu'il a fait quelques films mauvais, outre ce A-1, j'adore Tao Xue Xei Long 1 et 2 et je recommande ce A-1 même à ceux étant réticent.

Je m’attendais au début à une enquête assez bateau et en faite le duo de réalisateur m’a étonné de bout en bout, ici on a un film de personnage avant d’avoir un film policier ou un film d’action, chaque personnage à une importance dans le récit, le meilleur de tous étant à mes yeux Fei, c’est-à-dire l’ancien flic interprété par Anthony Wong. Son personnage est vraiment ambigu et l’acteur peut étaler sa palette d’acteur de façon génial, nous étonnant dans les mimiques du personnage comme dans sa façon de parler, d’entretenir des liens avec les personnages de l’histoire, notamment le personnage de Ling interprété par l’excellente Angelica Lee. Le duo est vraiment bon à l’écran, la symbiose entre les personnages marche et nous permet d’adhérer encore plus à l’histoire qui prend vie sous nos yeux peu à peu. Les autres personnages de l’histoire sont tout aussi important et ceux-ci sont assez nombreux pour ne pas qu’on s’ennuie durant le récit. Il y a le collègue de Ling interprété par l’excellent Edison Chen, le comparse de Fei interprété par Eric Kot et ainsi de suite. Tous les acteurs excellent dans leur rôle, montrant que certains ne sont pas cantonner au même registre et que si on leur laisser une chance, ils pourraient nous épater dans de nombreux rôles possible!

Le film est ambigu dans le sens ou tout n’est pas noir ou blanc, constamment les réalisateurs nous emmènent sur des pistes et nous laisse le soin de juger peu à peu de ce qui est vrai comme de ce qui ne l’est pas. On pourrait faire des similitudes avec le film Breaking News de monsieur To vu que dans les deux cas il y a une critique du journalisme, des médias, de ce qui est dit, montrer et ainsi de suite, certes les deux films vont sur des pistes différentes et au final ils ne désirent pas montrer la même chose et pourtant je trouve qu’ils vont de pair, Breaking News est quand même plus accentué action que ne l’est le film de Gordon Chan. Ici on peut dire que c’est lent, mais ce n’est pas négatif pour autant vu qu’on a le temps de s’imprégner des personnages, de l’histoire et de toutes les informations qu’on trouve en même temps que le casting. Il y a autant une introspection du monde des médias que de l’histoire de chaque personnage et notamment de Fei qui se révèle être assez triste, douloureuse et en faisant ce constat on comprend mieux le pourquoi des actions du personnage et en quelque sorte le film prend tout son sens. Le film n’est certes pas exempt de défaut et on sent que le duo voulait nous montrer une histoire encore plus riche, plus sombre et encore plus complexe, mais en voyant le film on se dit qu’ils ont déjà donner beaucoup et on se dit même que ce n’est pas plus mal que le film ne soit que ce qu’il est car il est déjà assez riche, complexe et très beau pour qu’on s’y perd à chaque vision.

C’est un chef d’œuvre qui propose de nombreuses thématiques, un casting en tout point excellent une musique mélancolique à souhait, je lui donne donc la note de 10/10 car il ne mérite pas moins et je conseille à tous les fans de cinéma HK de le voir!
Last edited by Helena on 17 Jul 15, 16:18, edited 3 times in total.
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Re: Le cinéma asiatique

Post by bruce randylan »

Ouverture du cycle dédié à Singapour à la cinémathèque qui vient palier à ma méconnaissance total du pays (je ne connais aucun film programmé dans ce cycle, seulement le nom du cinéaste Eric Khoo)

Sultan Mahmud Mangkat Di Julang (K.M. Basker - 1961)

Lors d'un raid contre des pirates, un homme sauve une sauve une jeune femme kidnappée qui devient bientôt son épouse. Pour le remercier de ses victoires contre les brigands, le Sultan le nomme Amiral et lui confie la mission de traquer les pirates. Il doit laisser seule son épouse désormais enceinte tandis qu'un traître se trouve au Palais.

Il s'agit d'une production Cathay qui possédait des studios ailleurs qu'à Hong-Kong. Détaille amusant, Singapour était alors encore sous protectorat anglais mais les personnages se revendiquent perpétuellement de la Malaisie.
Je ne connais pas (non plus) les classique produit à HK par le studio donc je peux difficilement faire de comparaison qualitative mais visuellement le film est plutôt soigné avec une photo en noir et blanc tout à fait honorable et quelques jolis cadrages. Pour le reste, la mise en scène est malheureusement tristement mollassonne et totalement dénué de rythme avec une narration totalement relâchée qui part dans tous les sens, multipliant les genres sans que ceux-ci se complètent ou se nourrissent les uns les autres. Il y a donc des combats contre les pirates, une histoire d'amour, du mélodrame, des chansons, une histoire de vengeance, une critique du pouvoir corrompu etc...
Je me suis régulièrement demandé si le cinéaste allait finir par bel et bien raconter une histoire ou se contenter d'enchaîner des péripéties anodines sur un rythme plat et dénué d'enjeux dramatiques. Il faudra attendre 90 minutes (le film durant 2heures :? ) pour finalement trouver une intrigue digne de son nom avec un virage dramatique vraiment surprenant, très violent et dérangeant :
Spoiler (cliquez pour afficher)
Enceinte, la femme du héros a envie de croquer dans un fruit très spécifique dont la première récolte doit aller au sultan. Quand ce dernier découvre qu'une habitante a goûté au met avant lui, il rentre dans une colère noire, et influencé par le traître, fait éventrer la pauvre femme pour vérifier si celle-ci était vraiment enceinte (on verra le méchant sortir le foetus du ventre de la mère ! :shock: )
De quoi réveiller le public qui commençait sérieusement à trouver le temps long. On vire alors dans le film de vengeance plus traditionnel mais bien trop bavard avec quelques combats un peu ridicules désormais mais qui devait être dans la bonne moyenne de l'époque (avant que King Hu viennent moderniser le style).
La radicalité de ce dernier quart (on est dans l’ancêtre du Cat III) permet de finir sur une meilleure impression. Car jusque là, il n'y avait guère que les chansons à vraiment sortir du lot. Les mélodies sont vraiment agréables et dans l'ensemble bien mieux mises en valeurs que le reste du film (il y une séquence assez amusant avec un serviteur et des enfants et un titre étonnement sensuel avec des femmes se lavant au pied d'une cascade). En effet, dans l'ensemble, le film souffre d'un découpage maladroit où la notion de raccord n'existe pas vraiment, d'où par moment une gestion de l'espace problématique.

Comme d'hab avec ce genre de découverte, on va dire que c'est une curiosité historique avant tout. Le film doit tout de même avoir son statut culte sur place et on trouve pas mal d'extrait sur youtube dans une qualité qui laisse à désirer mais le film vient d'être récemment restauré et la copie projetée hier était vraiment magnifique




En reprise de la semaine de la critique, j'ai aussi vu le thriller (mélodramatique) coréen : Coin Locker girl (Jun-hee Han - 2014)

Un bébé abandonnée dans une consigne de gare est recueilli par un clan des SDF avant d'être repris par un clan de gangsters tenues par une femme sans pitié. Ayant survécu à la rue, le bébé a grandi pour devenir une adolescente, spécialiste pour percevoir les dettes non payées.

Malgré un féminisation du genre, pas grand chose d'original au final : la "tueuse" froide et mutique qui tombe amoureuse de sa future proie, l'arrière texte œdipien, et tragédie grecque. Corée oblige, il y a des armes blanches, une ambiance torturée et glauque, des morts violentes.
La première heure est plutôt pas mal du tout. C'est fluide, c'est plutôt joli, les personnages sont intriguants, le contexte un peu original. La suite, en revanche, fatigue avec sa légion de clichés, de passages prévisibles et de personnage au final creux qui ne servent qu'à mourir au bout du compte. Il y a tout de même quelques bonnes séquences dont l'assassinat glaçant d'un second rôle qui n'est pas sans faire penser à la fin de Jules César.

A noter tout de même la prestation de Kim Go-eun, méconnaissable après son rôle de Eungyo (où elle est d'un érotisme juvénile incandescent). Kim Hye-soo, sa "mère" dans le film, prend aussi beaucoup de risque, cassant son image glamour habituel. Elle prend pas mal de risque mais son jeu reposent trop sur les gimmicks pour convaincre.

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bruce randylan
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Re: Le cinéma asiatique

Post by bruce randylan »

Toujours dans le cycle Singapoure de la Cinémathèque :

Mee pok Man (Eric Khoo - 1995)

Un vendeur de nouilles aux poisson subit régulièrement les humiliations et brimades de ses clients et voisins qui abusent de ses faiblesses d'esprit. Parmi eux, une jeune prostituée dont il est amoureux et qui rêve de quitter le pays avec un photographe anglais.

Du gros drame social à tendance glauque. Il s'agit du premier film d'Eric Khoo (et le premier titre du cinéaste que je découvre). Lors de sa sortie, le film avait crée une forte sensation à cause d'une situation cinématographique quasi-morte et peu porté vers le cinéma d'auteur.
En 2015, il est beaucoup plus difficile de ne pas se focaliser avant tout sur les nombreux défauts, qu'ils viennent du scénario, des personnages, l’interprétation ou de la mise en scène.
A part une saisissante ouverture qui fait un parallèle osé (mais pertinent) entre gros plans de corps féminins dénudés et stand de boucherie, le reste de film ne m'a pas vraiment convaincu.
On sent bien une originalité, une sensibilité, un regard, une volonté de traiter le social loin de formule commerciale sauf que Khoo n'est à la hauteur de ses ambitions. Ses acteurs sont médiocres, peu crédible (surtout le héros autiste), l'approximation de la mise en scène est à plusieurs reprises dommageable (l'accident de voiture) sans parler des 20 dernières minutes qui se complaît dans des séquences chocs et provoc' inutiles alors que tout avait été déjà dit juste juste avant dans une très belle scène d'amour physique à la "chute" aussi belle que cruelle. Quel dommage ne pas en être resté là.

J'ai aussi vu une très sympathique comédie parodique jouant avec bonheur des anachronismes et de la naïveté de ses acteurs : Ali Baba Bujang Lapok (P. Ramlee - 1961). J'essaierais d'en parler plus tard.
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Re: Le cinéma asiatique

Post by bruce randylan »

Pas fameux les derniers films de Singapour :

Trishaw puller/ Penarik Becha (P. Ramlee - 1955)
Ce premier film du réalisateur/acteur/compositeur/chanteur... P. Ramlee est un mélodrame à tendance sociale qui souffre du poids des années. Le début, sous influence néo-réaliste, donne envie d'être optimiste mais rapidement, on tombe dans les travers d'un cinéma commercial plus convenu et moralisateur avec son histoire d'amour impossible entre un cyclo et la fille d'un homme riche. Peu de clichés nous sont épargnés mais cela donne au moins un rythme assez soutenu avec sa ribambelle de péripéties (qui sont souvent autant de hasards miraculeux). Les chansons sont cependant corrects.
Ca rappelle un peu le cinéma engagé de l'indien Raj Kapoor mais à un niveau bien moins abouti. Cela dit pour un premier film, c'est plutôt honnête, notamment la photographie.
Du cinéaste, j'ai largement préféré un autre film tout aussi commercial mais bien plus entraînant : la comédie Ali Baba Bujang Lapok

Lion city (Yi Sui - 1960) est une date importante dans l'industrie cinématographique locale puisqu'il s'agit du premier film tourné en chinois à une époque où le pays n'avait pas encore son indépendance et était encore donc rattaché à la Malaisie. Le film produit par la Cathay ne se cache pas d'ailleurs de rappeler (très maladroitement) que 80% des habitants de la ville sont chinois.
Le film s'adresse donc exclusivement à cette population en prenant place dans les nouveaux quartiers. C'est là aussi un sorte de mélo autour des questions sociales sur fond d'histoire d'amour (une modeste ouvrière et le patron d'une usine). Le problème c'est que le film est insipide et creux au possible. Il ne se passe pour ainsi dire absolument rien et les personnages ne sont même pas attachants. C'est en plus interminable : 2 heures, sachant qu'au bout de 30 minutes, on a compris la vacuité du projet. Les 2-3 chansons, réussies, n'aident pas à passer le temps.
Au delà de son aspect historique (et quelques jolis plans tout de même de la ville et ses baies), c'est sans intérêt. La restauration (qui n'est pas fini, on a eu droit à une work-in-progress) est en revanche sublime.

Enfin Sandcastle (Boo Junfeng - 2010) est lui aussi presque tout aussi vide. Produit par Eric Khoo, se petit film s'attarde sur un adolescent qui découvre que son père a été incarcéré pendant de longues années suite à son appartenance à des groupes communistes lors de mouvements étudiants au moment de l'indépendance. Il faut rajouter un ordi en panne, une grand-mère qui perd la boule, une mère qui refait sa vie avec un officier de police. Sans oublier une jolie voisine.
Dit comme ça, on pourrait croire à une chronique sociale touchante. Même pas. C'est juste affreusement plat et dénué d'enjeux (et c'est un fan d'Ozu qui dit ça). On ne voit pas trop ce que le cinéaste cherche à raconter, pourquoi, dans quelle finalité. La réalisation est de plus tout aussi plate.
Par chance le dernier tiers sauve un peu la mise quand le héros décide d’emmener sa grand-mère en pèlerinage sur la tombe de son père (ou son fils à elle). Il y a alors un petit souffle intimiste pas désagréable. Mais ça arrive un peu tard tout de même.
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Profondo Rosso
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Re: Le cinéma asiatique

Post by Profondo Rosso »

Terracota Warrior de Ching Siu Tung (1989)

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La Chine, il y a 3000 ans, sous la dynastie des Qin. L'Empereur demande à un bataillon de chimistes de lui trouver la formule de l'immortalité. Parallèlement, deux amants sont condamnés à mort. En 1930, leur histoire va ressurgir à nouveau...

Terracota Warrior marque une étape de plus dans la grande entreprise de refonte de la mythologie et culture chinoise par Tsui Hark ici producteur. Avec son acolyte du fameux Histoire de fantômes chinois (1989), Ching Siu-Tung, il s’attaque ici à un vestige du patrimoine artistique chinois avec les guerriers de terre cuite. Ensevelis avec le tombeau de l'empereur Qin Shi Huangdi et redécouverts en 1974, les guerriers de terre cuite sont baignés d’une aura légendaire sur laquelle surfe Tsui Hark par un récit romanesque jouant sur le temps. Si le film est cependant passé à la postérité, c’est par son casting qui officialise le couple emblématique du cinéma chinois, Gong Li et Zhang Yimou dans une de ses rares prestations d’acteur (du moins en premier rôle puisqu’il a pu avoir des interprétations plus furtives dans ses propres films). Tous deux avait déjà tournés ensemble le multi récompensé Le Sorgho rouge (1987), première réalisation de Zhang Yimou et premier rôle cinéma de Gong Li. Les deux formeraient bientôt un couple à la ville qui les emmènerait vers d’autres grands succès publics et critiques comme Épouses et Concubines (1990), Qiu Ju, une femme chinoise (1992) ou encore Vivre ! (1994).

Il y a deux films assez schizophrènes contenus dans Terracota Warrior. Le premier est le plus réussi avec dans un premier temps une magnifique romance en costume. Fong Tian (Zhang Yimou) est un officier dévoué à l’Empereur Qin (Luk Suk-bung) pour lequel il supervise la construction du fastueux tombeau et dont il assure la protection. La quête d’immortalité de l’Empereur l’amène à une folie où il convoque magie et alchimiste pour se maintenir au pouvoir, et la soumission de Fong Tian est mise à mal par la tyrannie de son souverain bien qu’il ne dévie jamais de ses ordres discutables. La remise en question viendra par l’amour lorsqu’il rencontrera Tong Yi (Gong Li) jeune femme destinée à être sacrifiée à cette quête d’immortalité. Cette première partie est une merveille poétique et romanesque où l’on ressent formellement la maîtrise et les moyens que peut désormais déployer le cinéma de Hong Kong à cet âge d’or de la fin des 80’s. Décors impressionnants, costume fastueux et le tout dans un écrin façonné par la crème des techniciens de Hong Kong notamment la superbe photo de Peter Pau. Les idées formelles romantiques sont légions, que ce soit cette ritournelle musicale sur des rebords de bol accompagnant l’entraînement de Fong Tian, une étreinte dont le plaisir se confond en fondu enchaîné avec le bouillonnement d’un chaudron d’alchimiste et la magnifique séparation du couple sur fond de flammes. La musique de James Wong (auteur de tant de merveilles pour Tsui Hark) élève l’ensemble tandis que sobriété intense de Zhang Yimou et la beauté immaculée de Gong Li (elle a rarement été plus belle que dans ce film) apporte la force émotionnelle attendue au mélodrame.

Une cruelle malédiction condamne ainsi Fong Tian à n’être qu’un guerrier de terre cuite figé jusqu’à son réveil inattendu 3000 ans plus tard durant les années 30. Il y fait la rencontre de Lili Chu, sosie et réincarnation de son aimée mais dont la mentalité en est bien éloignée. Lili Chu est une actrice de second plan ambitieuse et superficielle qui n’aspire qu’à être star. En mettant à jour le complot du séduisant Fei Bai-yun (Yu Rongguang), Lili Chu va s’exposer à un danger dont seul son amant du fond des siècles pourra la sortir. Le second film contenu dans Terracota Warrior est donc une comédie jouant sur le décalage temporel d’une rare lourdeur dans les gags et le jeu outrancier de Gong Li (plus convaincante dans la présence éthérée que le jeu outrancier, contrairement à une Maggie Cheung parfaite dans les deux registres) mais sauvé par des séquences très spectaculaires tel ce crash d’avion dans le tombeau de l’Empereur. Heureusement l’émotion peut refaire surface dès que l’hystérie s’atténue, notamment lorsque le décalage temporel ne repose plus que sur la solitude et le dépit de Fong Tian face à cette inconnue qui a les traits de la femme qu’il aima jadis. Le parallèle entre la quête le pouvoir impérial brutal passé et celui capitaliste et tout aussi violent du présent représenté par Fei Bai-yun est bien vu malgré l’interprétation sans finesse de Yu Rongguang. Les situations forment également une vraie ligne temporelle pour faire renaître les sentiments. Lili Chu confrontée au monde impitoyable du cinéma voit finalement Fong Tian comme son seul vrai et désintéressé protecteur et va enfin pouvoir l’aimer.

De même 3000 ans plus tôt ce dernier avait défié l’Empereur par amour pour sa précédente incarnation et tout ce rejoue, la passion inconditionnelle comme sa suspension à travers le temps. Le final décline une autre grande influence de Tsui Hark à savoir Steven Spielberg et on pense fortement aux Indiana Jones avec l’éblouissant climax dans un tombeau truffé de pièges. L’éveil des guerriers de terre cuite face aux mercenaires est un grand moment épique où Ching Siu-Tung déploie toute l’efficacité qu’on lui connaît. La belle fin ouverte achève le voyage en beauté, bien aidé par l’alchimie naturelle entre Yimou et sa muse. 4,5/6
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Re: Le cinéma asiatique

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Sex and Zen de Michael Mak (1991)

Dans la Chine médiévale, la virilité est signe de puissance : si un noble constate que son domestique possède un membre plus imposant que le sien, celui-ci peut se fâcher tout rouge. C'est ce qui arrive au valet de Ming (Lawrence Ng), blessé dans l'entrejambe par son maître d'un coup de couteau. Pris de regret, le maître conduit le blessé chez un guérisseur-sexologue un peu obèse mais surtout très fou (Kent Cheng) ! Le remède de ce zinzin : greffer un zizi de cheval qui en pleine forme atteint la respectable longueur de 50 centimètres, quelle forme ! Adepte de la mini-guillotine pour l'amputation de l'ancien membre, il faut un orage obligatoirement pour que le praticien rentre en transe et que l'opération soit possible. Maintenant bien monté, Ming peut enfin culbuter sa femme ainsi que d'autres demoiselles qui ne résisteront pas à l'animal.

Une des raisons du succès du fameux Histoires de fantômes chinois de Ching Siu Tung et Tsui Hark (1987) était son mariage réussi en fantastique, romance, renouveau du récit en costume et un érotisme ouaté et délicat apportant un piquant inattendu à l'ensemble. On y conservait un raffinement esthétique auquel s'ajoutait cette dimension érotique qu'on trouvait déjà dans certaines des meilleures réalisations de Chu Yuan à la Shaw Brothers comme Intimate Confession of a Chinese Courtesan ou Le Complot des clans. Sex and Zen reprend ces éléments de recherche formelle, érotisme et même quête initiatique mais en déplaçant complètement le curseur. Il faut dire que le film s'inscrit dans la fameuse Catégorie 3, cette classification à la marge autorisant tous les excès au sein du cinéma hongkongais. Sex and Zen adapte donc le classique de la littérature érotique chinoise La Chair comme tapis de prière écrit par Li Yu au 17e siècle. Le film reprend les préceptes charnels du roman qui constituait une véritable charge contre le puritanisme du confucianisme.

L'aspect intéressant sera la manière dont la grivoiserie (marquée par le toujours très gras humour cantonais) se mariera à ce visuel stylisé et au respect du propos du roman. Le récit met en parallèle les destins de différents personnages n'existant que pour l'assouvissement de leur libido. Le jeune noble Meng (Lawrence Ng) n'a ainsi, malgré les avertissements de son maître, comme unique but que de séduire et faire découvrir le plaisir au plus de jeune femme possible. L'entreprise commencera par sa nouvelle épouse réticente mais qui au bout de quelques mois d'initiation deviendra une véritable chatte en chaleur insatiable. Dès lors d'autres conquêtes s'imposent mais Meng va être confronté à un problème de taille, précisément celle de ses attributs qui le complexe. Le recours à un chirurgien farfelu expert en greffe improbable va faire de notre héros un étalon au sens propre du terme, auquel plus aucune femme ne résistera. Le film évite le machisme inhérent au Pinku Eiga japonais avec une bonne dose de second degré tournant en ridicule toutes les démonstrations de virilité des personnages masculins. La scène de greffe est monument de grotesque et d'excès graveleux, et les coïts les plus intenses tout en montrant la testostérone surdimensionnée des hommes, la fustige et la moque. Cela se fera en déployant ces tares masculines à travers les différents protagonistes, que soit la vanité de Meng ou la brutalité de Wong Chut (Elvis Tsui) pour lequel "satisfaire" sa femme relève de la soumission avilissante. Toute la trame fonctionne ainsi, à la fois dans des séquences érotiques qui renversent de plus en plus les rapports de force homme/femme (Meng entraîné vers un inattendu trip SM par une amante, et desséché à la manière du Calmos de Bertrand Blier par une horde de harpies en rut) mais aussi la structure du réussi où comme une boucle les hommes se retrouvent et paient chèrement leurs excès. Le final étonnement dramatique et moral remet tout ce qui précède en question et finalement s'avère à contre-courant du message du roman.

Visuellement Michael Mak offre un spectacle haut de gamme et surprenant par son approche explicite qui se démarque de l'érotisme chichiteux de Hong Kong. Chaque scène érotique constitue un écrin savamment amené par le réalisateur laissant monter la tension, l'explosion se faisant dans des compositions de plan stylisée - notamment en reproduisant l'iconographie érotiqu chinoise classique. Plus le récit avance, plus ces scènes de sexe semblent s'éloigner de la réalité. Michael Mak a bénéficié d'un budget conséquent, alternant par intermittence la vraie classe des reconstitutions de la Film Workshop de Tsui Hark avec une esthétique plus vulgaire et tapageuse. A certain moment très crus et riche en détails salés (un instrument qui vient pimenter la teneur d'une scène lesbienne épique) succèdent d'autre plus surréalistes et onirique notamment le final où Meng est séquestré par des jeunes femmes le brisant dans sa toute puissance. Les actrices sont toutes magnifiées par un Michael Mak (venu du cinéma d'action et donc assez brillant pour dynamiser l'ensemble) qui multiplie les effets de cadrages, de lumière, d'insert lascif pour faire monter la tension érotique. Il parvient ainsi à distiller quelques moments réellement singuliers, et revisite même en plus corsé des scènes cultes d'autres films (la scène de la bassine de Histoire de fantôme chinois prend un tour bien moins chaste). Au final un spectacle drôle, excitant et sans doute le film érotique le plus chiadé formellement d'un genre qui en compte bien peu. 4,5/6