After Hours (Martin Scorsese - 1985)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Gounou
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Re: Notez les films - Mai 2008

Post by Gounou »

AtCloseRange wrote: Le petit reproche que je ferais au film, c'est surtout qu'il se repose un peu trop sur son scénario (ce qui en fait un film atypique dans la carrière de Scorsese) et comme ce dit scénario a quelques petits accrocs (notamment certains choix de Griffin Dunne), je n'ai pas pu m'empêcher de me focaliser dessus.
Le film reste un brillant exercice de style mais j'aurais du mal à le mettre dans mes Scorsese préférés aujourd'hui. Malgré une certaine noirceur, ça reste un divertissement relativement "léger" et, en cela, ça en fait bien un représentant de son époque.
J'ai du mal à comprendre ce que j'ai mis en gras. En quoi le film se repose-t-il trop sur son scénario ? (il me semble de bonne mémoire que la mise en scène et l'atmosphère qu'elle génère en racontent nettement plus sur le cauchemar libidineux de Dunne que le strict scénario). Quels sont ces mystérieux "accrocs scénaristiques" que tu évoques ? Et surtout, comment parler d'un divertissement "relativement léger" quand il s'agit au contraire d'une comédie "relativement angoissante" :?:
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AtCloseRange
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Re: Notez les films - Mai 2008

Post by AtCloseRange »

Gounou wrote:
AtCloseRange wrote: Le petit reproche que je ferais au film, c'est surtout qu'il se repose un peu trop sur son scénario (ce qui en fait un film atypique dans la carrière de Scorsese) et comme ce dit scénario a quelques petits accrocs (notamment certains choix de Griffin Dunne), je n'ai pas pu m'empêcher de me focaliser dessus.
Le film reste un brillant exercice de style mais j'aurais du mal à le mettre dans mes Scorsese préférés aujourd'hui. Malgré une certaine noirceur, ça reste un divertissement relativement "léger" et, en cela, ça en fait bien un représentant de son époque.
J'ai du mal à comprendre ce que j'ai mis en gras. En quoi le film se repose-t-il trop sur son scénario ? (il me semble de bonne mémoire que la mise en scène et l'atmosphère qu'elle génère en racontent nettement plus sur le cauchemar libidineux de Dunne que le strict scénario). Quels sont ces mystérieux "accrocs scénaristiques" que tu évoques ? Et surtout, comment parler d'un divertissement "relativement léger" quand il s'agit au contraire d'une comédie "relativement angoissante" :?:
C'est gentiment angoissant plutôt. J'ai du mal à imaginer Scorsese faire un film de cet acabit dans les 70s (voire dans les années 90).
Les accrocs du scénario viennent de certaines décisions de Giffin Dunne qui ne sont là que pour le faire aller vers davantage d'ennuis.
ça pourrait à la rigueur se comprendre si on considérait que son personnage avait des raisons plus ou moins inconscientes de les rechercher. Or je ne vois vraiment pas pourquoi.
Quant à l'opposition/relation scénario-mise en scène, je crois qu'on va éviter de remettre ça sur le tapis :wink:
Oui, la mise en scène transcende le scénario mais pas au point d'en faire oublier certaines faiblesses et facilités. Le film joue quand même sur une certaine mécanique du toujours plus et, en cela, je maintiens que ça en fait un film très atypique dans la filmo de Scorsese. Un peu comme une version auteurisante de Recherche Susan Désepérément.
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Demi-Lune
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Re: After Hours (Martin Scorsese, 1985)

Post by Demi-Lune »

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C'est l'histoire d'un type assez banal (Griffin Dunne, inoubliable), un peu gauche, formaté par son boulot. D'ailleurs, ironie de la chose, il est programmateur informatique. Dès les premières images, on sent le rythme routinier de Paul Hackett, tout comme le vide de son existence : il ne semble pas prendre énormément de plaisir à son travail et s'ennuie ferme devant sa télé le soir. Tout est programmé chez cet homme, incarnation des années Reagan, qui, à la tombée de la nuit et au détour d'une rencontre avec une étrange blonde sensuelle (Rosanna Arquette), a comme une envie de tirer son coup. Mais rien ne se passera comme prévu : il y a comme un bug. Tout devient progressivement étrange, décalé, inquiétant, tandis que Paul ne peut plus quitter le quartier new-yorkais de Soho et que sa libido semble se retourner contre lui. Et c'est parti pour une bonne grosse nuit de galère hallucinée. Sorte de Frantic sur une seule nuit avec des enjeux plus burlesques, After Hours, œuvre prétendument mineure, est une perle dans la filmographie de Martin Scorsese : je le revois toujours avec un immense plaisir, et je le tiens pour un des tous meilleurs films de son auteur. Déroutant, imprévisible, ce film jubilatoire est une espèce de rêve éveillé, comme quand on n'a plus les yeux en face des trous après une soirée interminable et qu'on subit les choses, dans un état semi-comateux. Bien que drôle, le film joue constamment sur le côté légèrement angoissant des situations toujours plus délirantes dans lesquelles Hackett s'empêtre : plus d'une fois, on hésite entre le rire ou l'inquiétude (la mort de Marcy, ou comme lorsqu'une femme abat son mari froidement et que Hackett prédit qu'on va aussi lui mettre ça sur le dos) alors que le rêve se mue en vrai cauchemar et que les notes de synthés de Howard Shore accentuent ce sentiment de flottement, d'étrangeté. Et la fin n'apaise pas cette impression : est-ce vraiment fini ? Alors, c'est vrai que le film s'apparente un peu à une récréation dans l'œuvre de Scorsese, et que ses thématiques chères semblent éloignées. Cependant, il y a une telle maîtrise et une telle énergie dans la mise en scène, qui dose vraiment bien ses effets, le scénario est tellement barré, et les comédiens si savoureux, qu'After Hours, fable surréaliste, procure un vrai plaisir de cinéma sur lequel il est impossible de cracher. Vraiment un de mes Scorsese favoris, un petit chef-d'oeuvre.
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Watkinssien
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Re: After Hours (Martin Scorsese, 1985)

Post by Watkinssien »

Une oeuvre vraiment excellente, captivante et de bout en bout jubilatoire. Le rythme est constamment controlé, la mise en scène inventive et l'identification à notre pauvre protagoniste est réussie de manière évidente.
De plus, Scorsese filme la ville de New York comme un décor irréaliste qui doit se rapprocher curieusement d'une certaine forme de réalité.
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makaveli
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Re: After Hours (Martin Scorsese, 1985)

Post by makaveli »

pas encore vu ce scorsese :?
faudrait que je me le procure
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Père Jules
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Re: After Hours (Martin Scorsese, 1985)

Post by Père Jules »

Revu pour la première fois depuis une dizaine d'années. Je ne me souvenais de rien si ce n'est la sculpture en papier mâché. Ce film, très à part dans la carrière de Scorsese, est une petite bombe réjouissante au possible. Il parvient sans peine à se hisser dans une sélection d'une cinquantaine de films préférés depuis 1980. Totalement absurde, il comporte des moments très noirs (l'assassinat d'un mari par sa femme sous les yeux de Paul, sa traque qui peut rappeler des heures sombres) et d'autres d'une réelle tendresse (notamment la fin dans le sous-sol du Berlin Club) qui donnent au final une œuvre d'une originalité rare et inoubliable. Très heureux ce soir :)
ballantrae
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Re: After Hours (Martin Scorsese - 1985)

Post by ballantrae »

Comme je te comprends! After hours , à mon sens, n'a pas pris trop de rides et demeure un film serré, efficace, décapant des années après sa sortie.Son scénario est d'une logique extrême par échos, à coups, retours de personnages qu'on croyait laissé de côté mais la mise en scène est superbe depuis les choix chromatiques plutôt homogènes jusqu'à certains mouvements de caméra voyants, certains gros plans (la cicatrice!) qui renforcent notre identification à Paul,certains effets ironiques ( le billet au ralenti sur fond de flamenco).
Ce fut mon deuxième Scorsese en salle après une reprise de Taxi driver et j'eus l'impression d'un plaisir de filmer intact malgré l'épisode de Kings of comedy que je ne connaissais pas alors (et que j'aime bien), une remise en selle en forme de série B qui devenait un film totalement scorsesien.
En revanche la revoyure de color of money m'a bien déçu car moult effets sentent trop les 80' sans parler d'une bande son très connotée.
Revoyez La dernière tentation...car cela mérite une réhabilitation de toute urgence: je me rappelle les intégristes qui priaient pour mon salut devant le cinéma et que j'engageais à aller voir le film pour en discuter un peu après la séance...je ne crois pas avoir connu une sortie de film semblable depuis!!!Le film est outré, baroque, hésitant entre grotesque et sublime dans une posture très hugolienne (qui est peut-être la même que celle de Mallick ou d'abel Gance?) et au final inoubliable et formidable!!!
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Major Tom
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Re: After Hours (Martin Scorsese - 1985)

Post by Major Tom »

Comme à peu près tout le monde ici, j'adore ce film qui demeure mon préféré de Scorsese.
Je remonte ce topic pour Rick Blaine qui a un petit mot à dire, je crois? :mrgreen:
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Rick Blaine
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Re: After Hours (Martin Scorsese - 1985)

Post by Rick Blaine »

Major Tom wrote:Comme à peu près tout le monde ici, j'adore ce film qui demeure mon préféré de Scorsese.
Je remonte ce topic pour Rick Blaine qui a un mot à dire, je crois? :mrgreen:
:fiou:

Moi qui pensais rester discret. :oops:

Bon en même temps ça va être assez rapide: je suis complètement resté à la porte du film. :? Je ne suis pas du tout rentré dans le délire du film, je n'ai rien compris aux personnages, à leur évolution... Bref, le sentiment le plus désagréable du cinéma: l'impression que le film ne s'adresse pas à moi.
C'est la première fois que ça m'arrive avec Scorsese, cinéaste dont je me sens très proche. Même Mean Streets dont j'ai déjà dit qu'il m'ennuyait, je le comprends, je pense savoir ce qu'il veut dire, je sais l'inscrire dans le parcours Scorsesien, j'ai du mal à passer au dessus de ses défauts, simplement.
Pour After Hours, je ne sais pas ce que ça signifie, et le visionnage fut un véritable calvaire. Et pour être honnête, j'ai mis 2 points car j'ai réussi à aller au bout en prenant sur moi même, et pour le distinguer d'un film qui serait en plus mis en scène avec les pieds, ce qui n'est pas le cas ici. Une expérience cinématographique fort désagréable. :cry:
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Père Jules
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Re: After Hours (Martin Scorsese - 1985)

Post by Père Jules »

Rick :evil:
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Demi-Lune
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Re: After Hours (Martin Scorsese - 1985)

Post by Demi-Lune »

Rick Blaine wrote:Bref, le sentiment le plus désagréable du cinéma: l'impression que le film ne s'adresse pas à moi. C'est la première fois que ça m'arrive avec Scorsese, cinéaste dont je me sens très proche.
After Hours est un film très particulier dans l’œuvre de Scorsese, parce qu'il ne ressemble à rien de ce qu'il avait fait et n'a pas vraiment connu de descendance par la suite (sauf dans A tombeau ouvert que, je crois, tu apprécies. Si un jour tu redonnes une chance au film, peut-être tiendrais-tu là une porte d'entrée). C'est sans doute ça qui t'a déstabilisé. Bon j'ai déjà bien détaillé mon avis, mais j'ajouterai simplement que pour moi, le fait qu'After Hours soit apparemment extérieur aux préoccupations habituelles de Scorsese n'en fait pas pour autant un film mineur dans sa filmographie, bien au contraire. C'est même sans doute son film le plus attachant. Curieusement, je ne peux m'imaginer un autre réalisateur que lui faire ce film. Le panorama en filigrane de New-York et ses névrosés, ça lui va comme un gant. On sent que Scorsese est complètement désinhibé par le matériau, et la folie kafkaïenne du film illustre un pan de sa personnalité qu'il a peu eu l'occasion de revisiter, si ce n'est par touches très ponctuelles. Ça rend le film encore plus fascinant et dans cette perspective, aussi paradoxal que ça puisse paraître, j'y vois une de ses œuvres les plus personnelles (moins par les circonstances dans lesquelles il s'est retrouvé attaché au projet, que pour ce qu'il en a fait, un véritable ovni des années 1980). Il ne faut pas oublier que c'est un scénario sur lequel il s'est précipité après les échecs successifs de ses derniers films, très durs à encaisser. L'opportunité pour lui de recommencer à zéro en quelque sorte, avec un petit budget, un cadre new-yorkais limité, une galerie de portraits burlesques et un récit imprévisible qui ont stimulé son inspiration. Un défi pour moi largement transformé comme peut l'être dans un autre registre Le Temps de l'Innocence, que là aussi on pourrait hâtivement juger éloigné de ses thématiques récurrentes (et pourtant...).
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Re: After Hours (Martin Scorsese - 1985)

Post by Rick Blaine »

Demi-Lune wrote: After Hours est un film très particulier dans l’œuvre de Scorsese, parce qu'il ne ressemble à rien de ce qu'il avait fait et n'a pas vraiment connu de descendance par la suite (sauf dans A tombeau ouvert que, je crois, tu apprécies. Si un jour tu redonnes une chance au film, peut-être tiendrais-tu là une porte d'entrée).
En fait je ne l'aime pas trop non plus A tombeau ouvert. :oops: Mais je n'ai pas le même rejet, d'ailleurs j'en apprécie l'univers effectivement, j'ai simplement du mal avec l'impression de redite de Taxi Driver (et avec Nicolas Cage).
Demi-Lune wrote:Bon j'ai déjà bien détaillé mon avis, mais j'ajouterai simplement que pour moi, le fait qu'After Hours soit apparemment extérieur aux préoccupations habituelles de Scorsese n'en fait pas pour autant un film mineur dans sa filmographie, bien au contraire.
Mais en fait le truc c'est que je ne juge même pas After Hours, comme un mauvais film, je ne l'ai juste pas compris, mais je ne trouve pas ça mauvais. En fait c'est un peu comme avec l’intégralité de l’œuvre de Kubrick, je vois bien que le mec est bon, mais je n'accroche pas. Heureusement ici, ça se restreint à un film pour l'instant.
Scorsese aurait pu faire un film éloigné de son univers mais qui m'aurais plus quand même, là, je dirais que c'est mal tombé.
J'ai lu d'ailleurs plus haut que Burton avait été attaché au projet pendant un temps, ça ne m'étonne pas vraiment, tant je suis également loin de son univers.
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Truffaut Chocolat
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Re: After Hours (Martin Scorsese - 1985)

Post by Truffaut Chocolat »

Revu hier et en effet il y a un côté Alice et son pays des merveilles qui fonctionne à plein régime.
C'est un peu aussi un Buffet Froid à la sauce New-Yorkaise, à moins que Scorsese ait voulu faire son Ange Exterminateur... bon allez stop le name dropping, car After Hours a sa propre aura et celle-ci est assez fascinante, entre comédie noire et thriller burlesque. Bien que tout paraisse invraisemblable on ne peut pas s'empêcher d'y retrouver le vécu d'une nuit incontrôlable et son tourbillon si jouissif. C'est sans doute le plus beau compliment qu'on puisse faire, bien au-delà des niveaux de lectures sur l'absurdité de nos vies modernes, ou de la ville comme une créature monstrueuse, qu'on pourra développer selon l'envie. :o
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Re: After Hours (Martin Scorsese - 1985)

Post by hugo75011 »

Vu aussi récemment en version remastérise à la cinémathèque.
J'ai été surpris de rire autant devant un Scorsese, tout le monde riait beaucoup d'ailleurs.
Le film dit aussi que notre société ne demande que cela, de ne plus vivre dans un bureau, car même si le personnage principal dit vouloir à tout prix rentrer chez lui, il a pour livre de chevet "Tropique du cancer" d'Henry Miller. Il fantasmait en quelque sorte tous ces vices des nuits à New York.

Superbe scène de fin avec le travelling accéléré dans les bureaux austères de New York
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Truffaut Chocolat
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Re: After Hours (Martin Scorsese - 1985)

Post by Truffaut Chocolat »

hugo75011 wrote:Le film dit aussi que notre société ne demande que cela, de ne plus vivre dans un bureau, car même si le personnage principal dit vouloir à tout prix rentrer chez lui, il a pour livre de chevet "Tropique du cancer" d'Henry Miller. Il fantasmait en quelque sorte tous ces vices des nuits à New York.
So true.