The Host (Joon-ho Bong - 2006)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Colqhoun
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Post by Colqhoun »

J'ai la mémoire qui flanche.
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Ben Castellano
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Post by Ben Castellano »

Je ne suis pas fana du film, mais "l'antiaméricanisme" ici exprime plus à mon sens un malaise viscéral lié à l'occupation américaine aussi bien au niveau militaire que culturel qui est une réalité en Corée du Sud. Si c'était le cas de la même façon chez nous je ne sais pas comment ça serait exprimé à travers notre cinéma.
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Mama Grande!
Machino
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Post by Mama Grande! »

Jordan White wrote:Ce regard porté sur l'occident avec une partie politique à dormir debout et un message écolo confondant de naïveté, les américains responsables de tous les maux même sur le ton de la fable (puisque c'en est une) appuyée par une forme d'antiamericanisme primaire m' a intrigué, m'a lassé puis a fini par me taper plus sur le système qu'autre chose, d'autant plus quand il se cache derrière la critique d'un système national pourri de l'intérieur.
Mais à quel moment Bong dit que les Coréens sont meilleurs que les Américains? Comme dit Ben Castellano, on est plus ici dans le malaise et l'opposition à la présence militaire américaine en Corée du Sud.
Tu parles de fable, je parlerais plutôt de farce. L'armée américaine déverse un déchet toxique dans la rivière Han par pure négligence, et que font les Coréens quand ils aperçoivent le monstre? Ils lui jettent des déchets. On est dans la critique sociale et tout le monde en prend pour son grade.
Monkey D Luffy
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Post by Monkey D Luffy »

Ah la la, dès qu'un réal pas (encore) mondialement reconnu fait une critique en forme de farce, on trouve qu'il met des gros sabots.
Par contre, quand un réal reconnu le fait, tout le mond crie au génie (je mets mon casque et je prend mon bouclier... ok, j'y vais... le personnage de Duvall dans Apocalypse now tient quand même de la grosse farce pas beaucoup plus fine qu'un scientifique américain avec un strabisme, n'en déplaise). Quand Van Sant nous balance tous les clichés possibles dans Elephant (j'ai gardé mes protections, vous pouvez y aller) : le capitaine de foot beau, les bimbos qui font la moue ne le voyant, la fille moche forcément intello et abonnée à la bibliothèque, le jeune artiste solitaire qui prend tout le monde en photo, les deux têtes de turcs de la classe qui écoutent du Hard Rocke, jouent aux jeux vidéos violents, sont homos refoulés :shock: , bon j'arrête je suis intarrissable sur ce film... enfin, bref, tout le monde te dit : c'est pour capter l'essence, montrer que ça peut arriver n'importe où...
Mais, évidemment, quand c'est un réal qui n'a pas encore la reconnaissance internationale, on dit que c'est niais, simpliste et enfantin.
Le succès ne change pas ce que nous sommes, mais la façon dont les gens nous perçoivent...

Bon, tout ça pour dire The Host est un chef d'oeuvre, le réal réinvente un genre ultra codifié comme il l'avait déjà fait avec Memories of Murder (tiens, un autre chef d'oeuvre)

Evidemment, cet avis ne concerne que moi
Gounou
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Post by Gounou »

Deshabiller Pierre pour habiller Paul........................... :roll:
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Monkey D Luffy
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Post by Monkey D Luffy »

non, non, ce n'est pas ça
Je ne reproche pas aux autres films ce que je défends pour celui-ci, je n'ai, en fait, aucun problème avec les représentations simples (pas simplistes). Je dis juste que pour des films (re)connus, beaucoup de gens voient certaines représentations disons "clichées" comme un véritable tour de force, alors que pour des films, du coup, moins connus, ils les pointent du doigt en disant que c'est bidon.
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Colqhoun
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Post by Colqhoun »

Monkey D Luffy wrote:Mais, évidemment, quand c'est un réal qui n'a pas encore la reconnaissance internationale, on dit que c'est niais, simpliste et enfantin.
Tu vas chercher où tout ça ? :|
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Monkey D Luffy
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Post by Monkey D Luffy »

Je ne m'exprime pas clairement mais ce n'est pas grave, tout ceci n'est pas très important
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Colqhoun
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Post by Colqhoun »

Non non c'est clair.
J'ai juste un peu de peine à comprendre cette théorie sur les réalisateurs pas reconnus internationalement.
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Monkey D Luffy
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Post by Monkey D Luffy »

Si, si, j'ai du mal a formuler le fond de ma pensée... :( bon de toute façon ça n'a rien à voir avec The Host
Silencio
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Post by Silencio »

Monkey D Luffy wrote:le personnage de Duvall dans Apocalypse now tient quand même de la grosse farce pas beaucoup plus fine qu'un scientifique américain avec un strabisme
En l'occurence, c'est plutôt un procédé à la Dr. Strangelove
Jordan White
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Post by Jordan White »

Monkey D Luffy wrote:Ah la la, dès qu'un réal pas (encore) mondialement reconnu fait une critique en forme de farce, on trouve qu'il met des gros sabots.
J'ai fait un commentaire sur la façon dont étaient traités les militaires (qui se font un barbecue à la fin avant que le gaz jaune ne soit déversé, symbole de leur insousciance voire leur inconscience en contexte de crise) et la police, qui vire manu militari des manifestants pour ensuite évoquer le fait que le portrait des scientifiques américains me semblait effectivement hyper caricatural, en gros pas plus évolué que le film Godzilla des années 50 qui avait pour lui l'excuse d'être l'un des premiers à parler de la peur du nucléaire et des monstres qu'elle engendrait dans l'esprit collectif. Je n'ai trouvé The Host ni brillant, ni palpitant et pire pas émouvant. Je suis resté circonspect devant une oeuvre qui m'a semblée très froide, absolument pas impliquante à mes yeux émotionnellement parlant.

Je trouve également que le rendu de la bête est très inégal, très moche au début puis peu convaincante par la suite sauf dans les moments de calme, et surtout peu effrayante à mon goût. Bref c'est subjectif, mais j'ai trouvé cela assez raté.
Par contre, quand un réal reconnu le fait, tout le mond crie au génie (je mets mon casque et je prend mon bouclier... ok, j'y vais... le personnage de Duvall dans Apocalypse now tient quand même de la grosse farce pas beaucoup plus fine qu'un scientifique américain avec un strabisme, n'en déplaise). Quand Van Sant nous balance tous les clichés possibles dans Elephant (j'ai gardé mes protections, vous pouvez y aller) : le capitaine de foot beau, les bimbos qui font la moue ne le voyant, la fille moche forcément intello et abonnée à la bibliothèque, le jeune artiste solitaire qui prend tout le monde en photo, les deux têtes de turcs de la classe qui écoutent du Hard Rocke, jouent aux jeux vidéos violents, sont homos refoulés :shock: , bon j'arrête je suis intarrissable sur ce film... enfin, bref, tout le monde te dit : c'est pour capter l'essence, montrer que ça peut arriver n'importe où...
Je ne comprends pas la comparaison avec Van Sant, encore moins Elephant, sauf à considérer qu'il s'agit d'un film usant jusqu'à la corde des clichés ce que je ne crois pas. Je ne crie pas au génie de Van Sant mais lui reconnaît un talent indéniable pour filmer l'adolescence en particulier les adolescents masculins.
Mais, évidemment, quand c'est un réal qui n'a pas encore la reconnaissance internationale, on dit que c'est niais, simpliste et enfantin.
Le succès ne change pas ce que nous sommes, mais la façon dont les gens nous perçoivent...
Je pense qu'avoir distribué quelques films coréens régulièrement pendant des années - bien qu'un peu moins depuis 2006 (essouflement ?) - pendant au moins quatre ans depuis Memento Mori grosso modo a bien plus contribué à la reconnaissance internationale des réalisateurs sud-coréens que l'inverse.
Et je pense que Memories of Murder (que je n'ai pas vu) a permis d'assoir cette notoriété pour un réalisateur qui est loin d'être un inconnu.
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Je vote pour Victoria Romanova
Strum
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Post by Strum »

Jordan White wrote:J'ai fait un commentaire sur la façon dont étaient traités les militaires (qui se font un barbecue à la fin avant que le gaz jaune ne soit déversé, symbole de leur insousciance voire leur inconscience en contexte de crise) et la police, qui vire manu militari des manifestants pour ensuite évoquer le fait que le portrait des scientifiques américains me semblait effectivement hyper caricatural, en gros pas plus évolué que le film Godzilla des années 50 qui avait pour lui l'excuse d'être l'un des premiers à parler de la peur du nucléaire et des monstres qu'elle engendrait dans l'esprit collectif. Je n'ai trouvé The Host ni brillant, ni palpitant et pire pas émouvant. Je suis resté circonspect devant une oeuvre qui m'a semblée très froide, absolument pas impliquante à mes yeux émotionnellement parlant.
C'est faire erreur que de comparer The Host à Godzilla. The Host est une farce sociale, telle que le grand cinéma italien en a donnée dans les années 60 et 70. C'est une farce qui montre une famille d'exclus et de parias, éloignée des canons et de la reconnaissance de la société. Ecartée de ses centres de pouvoir aussi. Alors, exactement comme dans le Chateau de Kafka où l'Arpenteur K. vit son éloignement du Chateau comme une incompréhensible et humiliante pénitence décidée par quelque dieu capricieux, la seule manière digne de raconter les tribulations de cette famille, c'est de verser dans l'absurde et le grotesque. A l'instar du Chateau également, plus l'éloignement du centre du pouvoir est grand, plus c'est le fantasme qui dicte la description des instances du pouvoir, fantasme peint comme tel par le réalisateur. Ainsi des scientifiques américains du film, tous droits sortis de l'asile. Il faut savoir rire de l'exagération quand elle est comme ici si évidemment voulue et maitrisée, de même que l'on rit dans Don Quichotte. Tout est donc grotesque dans The Host, tout est excessif, au premier chef, la créature, dont la première apparition, qui ne se veut absolument pas effrayante, relève du grand guignol.

La famille de The Host est coupable d'exister, comme chez Kafka. Si coupable, qu'on lui enlève la promesse de temps meilleurs: une petite fille qui avait l'avenir devant elle. Pourquoi cette famille est-elle persécutée, pourquoi la prive-t-on ainsi de cette raison de vivre ? Quel dieu absurde a inscrit au fronton du destin de cette famille un si cruel épilogue ? Il n'y a évidemment pas de réponse à cette question, nous souffle The Host avec la sagesse cachée des fous shakespeariens. Le destin de cette famille est absurde car inexplicable et le ciel sommé de s'expliquer reste muet. Alors se lève le soleil de la révolte. Puisqu'il n'y a pas de réponse concevable à ces questions, donnons libre cours à notre imagination et tant pis si elle relève de la paranoïa, inventons des monstres de bric et de broc, faisons surgir de terre des scientifiques fous ! Gardons dans notre désespoir le courage de rire et de nous moquer ! Et tant pis aussi pour ceux qui nous prennent au pied de la lettre, nous leur laissons la joie parfois factice de films plus rationnels, qui sont aussi souvent plus formatés !

Parfois, dans The Host, les atours de la farce s'écartent pudiquement pour nous laisser apercevoir le drame vécu par cette famille, lorsqu'elle perd certains de ses membres. En quelques plans, le réalisateur nous fait alors passer des rires aux larmes, sans nuire à la cohérence de l'ensemble. Farce et lugubre réalité co-existent, quand tant de films moins denses formellement et thématiquement, n'ont qu'une seule ligne de lecture à offrir. C'est brillantissime. J'ai déjà souligné le sens de l'espace du réalisateur et son utilisation exceptionnelle du ralenti dans les premières pages de ce fil, et je ne reviens donc pas dessus.

Plus je vieillis et plus je sais gré à un réalisateur de me faire découvrir un univers "nouveau", un film au ton si singulier qu'il n'en existe pas de similaire. The Host est pour moi un exemple de film au ton singulier, sortant de l'ordinaire et du tout venant. Ensuite, chacun, selon sa sensibilité, peut évaluer le film à sa juste mesure. Mais on ne peut lui enlever son ton, quelque part entre Kafka, le cirque, le drame social et la comédie italienne (oui, je radote), qui sont mes référents pour analyser le film puisque je connais très mal le cinéma coréen.
Gounou
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Post by Gounou »

C'est facile de ma part mais je suis évidemment en total accord avec Strum ! :D
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MJ
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Post by MJ »

Kafka, Cervantès... c'est vrai qu'il y a un côté très picaresque chez Bon Joon-Ho Et c'est quelque chose dont le cinéma se prive de plus en plus. On est soi dans un schéma cynique où les personnages ne sont que des pantins, soit dans une sur-psychologistation où les motifs sont soulignés trois fois, tout acte justifié par 36 facteurs -surtout s'il est moralement réprouvable. The Host ose le ridicule, mais sans condescendance. D'ailleurs si je l'avais trouvé très incisif à la première vision, la second m'a fait bien mieux percevoir toute la tendresse du film.
Et ça, ça n'est possible que s'il y a implication du spectateur. Pari manqué pour toi Jordan, cela explique sûrement ton reject en bloc.
"Personne ici ne prend MJ ou GTO par exemple pour des spectateurs de blockbusters moyennement cultivés." Strum