Alain Resnais (1922-2014)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Thaddeus
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Re: Alain Resnais

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Les statues meurent aussi
Ni traité ethnographique ni visite guidée muséale, cet étonnant documentaire est d’abord un précis anticipé des œuvres à venir de Resnais et Marker. Les prises de vues jouent de la plasticité des objets d’art africain, le montage pratique des entrechocs fructueux, le texte poétique stimule l’imaginaire et affûte la réflexion. Dénonçant la modernisation du continent des origines et l’appauvrissement esthétique causé par la colonisation, les auteurs s’en prennent avec une ardeur offensive aux ravages causés à la culture nègre par l’islam et surtout l’Occident, et font comprendre à quel point la mondialisation et la domination blanche ont phagocyté un héritage millénaire à nul autre pareil. Soixante ans après, la beauté et la pertinence de ce plaidoyer pour le développement spirituel restent intacts. 5/6

Nuit et brouillard
Une œuvre fondamentale, tant dans son propos que dans la visualisation de son expression. Pour la première fois, dix ans après la découverte des camps d’extermination et de l’horreur de la Shoah, Alain Resnais formalise l’indicible en un bouleversant requiem qui immortalise l’un des chapitres les plus sinistres de l’histoire universelle et infuse le niveau le plus profond de la conscience. La litanie obsessionnelle d’images dont le caractère insoutenable ne doit rien à l’imagination, le commentaire dit d’une voix blanche par Michel Bouquet et fait d’interrogations sobres et retenues, la puissance évocatrice du montage renvoient à un questionnement crucial sur la responsabilité individuelle et collective, et partant sur un insondable mystère – pourquoi ? comment ? les causes d’un mal aussi absolu ont-elles été durablement extirpées ? 6/6
Top 10 Année 1955

Toute la mémoire du monde
Un nouveau modèle d’analyse esthétique et de stimulation intellectuelle, une exploration des arcanes de la Bibliothèque Nationale, pleine de brio et de fantaisie, d’imprévu et de digressions borgésiennes. Le sujet pouvait donner matière à dix court-métrages, son ampleur faisait courir un danger constant de dispersion, mais le cinéaste en tire une passionnante immersion dans les archives de la connaissance humaine. Son habileté est d’en aborder tous les aspects sur un ton extrêmement simple, naturel, évident, de nous mener partout avec une souplesse extraordinaire, dans la grande salle de lecture filmée en tri X pellicule, entre les rayons labyrinthiques emplis de richesses incomparables, d’estampes séculaires, de manuscrits, de médailles et d’imprimés précieux. Vingt minutes de bonheur. 5/6

Le chant du styrène
Pour son dernier essai documentaire, le cinéaste recourt à la couleur, jouxte la malice du verbe et la fascination pour la matière, et retrace – à l’envers – le processus chimico-industriel qui transforme le composé organique en matériau plastique fini. Il promène sa caméra hypermobile le long des tuyauteries tentaculaires des usines à gaz, capte la danse d’une machinerie technologique complexe, s’amuse du jaillissement des formes et des teintes et exalte en esthète leur mystérieuse alchimie. Sous la conduite d’un guide éclairé et désinvolte nommé Raymond Queneau, l’exploration des usines Péchiney devient ainsi un poème au chromatisme de comédie musicale, une balade métamorphosée par les facéties chantantes des alexandrins, un éloge de la modernité inspiré de l’abstraction et du pop art. 4/6

Hiroshima mon amour
À l’heure où Godard, Truffaut et Chabrol sonnent le départ de la Nouvelle Vague, Alain Resnais prend le contre-pied de la spontanéité vériste de leur approche à travers une incantation extrêmement pensée qui, comme Nuit et Brouillard, s’enracine dans la tragédie de l’histoire pour atteindre à l’intime le plus secret. Effets de montage alterné, obsédants travellings avant, fixation sur des objets et des lieux insolites : le style est unique, le texte psalmodié de Marguerite Duras verbalise les processus de la mémoire, les images mentales s’organisent en autant de rimes visuelles et musicales, de contrastes et de contraires dont la synthèse produit sens et émotion. Confrontant des espaces et des temps qui rappellent les deux côtés de la Recherche proustienne, cette magnifique histoire d’amour et d’oubli ouvre l’une des voies les plus neuves et les plus modernes du septième art. 6/6
Top 10 Année 1959

L’année dernière à Marienbad
Resnais aurait pu arrêter la révolution ici mais il aime les challenges. Après Duras, il fait équipe avec Robbe-Grillet pour ce récital littéraire qui pousse encore plus loin la visualisation des mécanismes psychiques de la pensée, de l’imaginaire et du souvenir, comme s’il était en quête d’un secret profondément enfoui. Pulvérisé, le récit narratif abolit le temps et l’espace en une construction suprêmement élaborée et obéit à une logique faite de juxtapositions, de superpositions, d’associations d’idées qui mêlent le réel au fantasme, le passé au présent. La subjectivation radicale réunit réalités extérieure et intérieure en une suite de monologues et de variations contrapunctiques, une liturgie ensorcelante d’images et de mots qui fascine par l’abstraction de sa composition, ses envoûtants mouvements d’appareil, la perfection absolue de sa mise en forme. 6/6
Top 10 Année 1961

Muriel ou le temps d’un retour
Je n’ai curieusement pas accroché à celui-ci, pourtant moins radical que les précédents, et dont les ponts tangibles avec la réalité s’inscrivent dans un récit classique qui n’en possède pas moins ses allées cavalières, ses sentiers perdus. Resnais se penche avec une lucidité désenchantée sur la guerre perdue d’Algérie et mêle la dénonciation politique au portrait d’une femme désorientée par la violence de ses prises de conscience. Il fait heurter le prosaïsme du quotidien à une vision presque cubiste du monde contemporain, accentuée par un montage elliptique, qui rend le contraste particulièrement déroutant. Mais parce que tout spectateur un tant soit peu dialecticien devrait y trouver assez de simultanéités et de folies ubiques pour se forger son petit labyrinthe, le film est à revoir toutes affaires cessantes. 2/6

La guerre est finie
Une fois de plus, l’auteur puise dans les tourments de l’histoire la plus contemporaine (ici, le conflit espagnol) la source de sa réflexion – il est question de conscience, d’engagement, des doutes qu’il implique. Tourné deux ans avant mai 68, il rend compte de la crise que traverse un mouvement communiste tiraillé entre l’orthodoxie des cadres permanents et l’impatience exaltée des jeunes dissidents. S’il semble rompre de manière assez nette avec les percées avant-gardistes des films précédents, Resnais ne développe pas moins une forme particulièrement travaillée, jouant des ruptures, des décors, des éclairages insolites pour mieux explorer la crise idéologique à la veille de la révolution étudiante. Sobre et subtil, Yves Montand apporte à l’œuvre un supplément d’âme. 4/6

Je t’aime, je t’aime
Eternal Sunshine of the spotless Mind avec 35 ans d’avance, et à la sauce Resnais. Autant dire un fascinant labyrinthe de souvenirs déformés et de méandres psychologiques qui met en conflit le présent et le passé, la conscience et l’inconscience, et qui s’élabore en une perception déréglée du temps, un puzzle à la douleur sourde, tragique, à la poésie étrangement angoissante, poussant le montage (exceptionnel) et la construction à des sommets de virtuosité. Claude Rich y est formidable de sensibilité blessée et d’humour narquois en héros tourmenté, confronté à la logique de ses affects le long d’une ronde mémorielle aux explications lacunaires mais riche d’idées géniales (la souris perdue sur la plage du souvenir voisin, la lecture désopilante de la lettre…). Un grand film injustement méconnu. 5/6
Top 10 Année 1968

Stavisky
Surprise : Alain Resnais s’octroie les services d’une grande vedette commerciale de l’époque pour dresser le portrait d’un escroc joueur et séducteur dans la France des années 30, mi-Fantômas mi-Arsène Lupin, à l’origine d’un des plus énormes scandales de la IIIème République. Il analyse ce qui nous guette et ce qu’on nous montre, les révolutions qu’on nous cache le plus longtemps possible, et dénonce un spectacle donné en tout que tel (les golfs, les palaces, les bijoux…), abandonné aux charmes discrets du rétro, pour faire éclater une vérité politique toujours déterminante : la manipulation de l’opinion. La chronique est ironique, vive, drôle quoique subtilement mélancolique, d’une grande tenue plastique, la créativité proverbiale de l’auteur s’habillant d’une apparente désinvolture qui ajoute au plaisir. 4/6

Providence
Mystères et développements de la rumination littéraire, bilan d’une existence où personnages réels et doubles imaginaires s’invitent à la fête, labyrinthe d’une construction-gigogne se faisant et se défaisant sous nos yeux. La beauté subtilement onirique des décors, l’inquiétude funèbre qui exsude de chaque plan, l’humour absurde et la malice caractéristiques de son auteur, l’extrême raffinement d’une forme à la fois abstraite et charnelle, le dialogue entre les différents champs de réalité, le décalage fantasmatique, instable, mouvant, de situations qui renseignent sur les pensées, les souvenirs, les angoisses, l’intériorité d’un homme, et qui renvoient aux mécanismes de la création mentale… Tout cela se met au service d’une profonde réflexion sur le trompe-l’œil, la confusion des sentiments, la maladie, la mort. Resnais au sommet de son art. 6/6
Top 10 Année 1977

Mon oncle d’Amérique
Jamais en panne d’imagination, porté par une incroyable capacité à se lancer de nouveaux défis, le réalisateur adopte cette fois un regard rigoureusement scientifique et investit l’étude anthropologique et comportementale du professeur Laborit pour en formaliser le cheminement avec les moyens du cinéma. Le résultat est éblouissant de virtuosité, d’humour et d’intelligence, un jubilatoire jeu de démonstration entre intime et empirisme, individualité et civilisation, qui interroge profondément ce qui nous habite, fouille les racines de nos rêves, nous apprend les chemins de la liberté et appelle à la lucidité. Relevant d’une forme d’écriture automatique faite de plaisir et d’imprévu, les dispositifs de narration relient la neuropsychiatrie à la socioculture, l’inconscient au collectif, avec une inspiration constamment renouvelée. 5/6
Top 10 Année 1980

La vie est un roman
Dans un château fait de bric et de broc, Resnais entremêle les époques, ramifie trois récits qu’il fait se répondre en un patchwork pour le moins déroutant. Au lendemain de la guerre, un comte excentrique propose à ses hôtes un conditionnement complet qui doit les mener à un bonheur virginal. De nos jours, une poignée d’instituteurs soixante-huitards tient un séminaire sur l’éducation de l’imaginaire. Hors du temps se déroule un conte de fées surréaliste, avec dragon vert, princesse et preux chevalier. Et cette spéculation sur l’échec des utopies, pleine d’humour, de pirouettes et de chansons, de faire le constat de notre impuissance à aimer, à connaître le bonheur, à bâtir un monde de justice. L’œuvre, audacieuse mais fragile, doit beaucoup au charme et à la fantaisie de tous ses comédiens. 4/6

L’amour à mort
"Simon, ne sois pas mort !" hurle Élisabeth, désemparée, au début du film. "Nous ressusciterons..." affirme son amie Judith à la fin. À sa façon, Resnais s’inscrit dans l’héritage romantique de l’amour absolu, prisé par les surréalistes, au travers d’une méditation intense, frémissante, dépouillée, où dialoguent la foi de ceux qui croient et le désarroi de ceux qui veulent savoir. Comme les pulsations d’un au-delà onirique, des images sombres et floconneuses scandent le parcours spirituel d’un couple lié par-delà la frontière du vivant : l’homme attiré par la mort après l’avoir entraperçue, la femme n’aspirant qu’à le rejoindre, portée par un espoir irraisonné. Rien de morbide, de funèbre n’émane pourtant de ce poème spectral, peut-être l’un des films les plus intimes et émouvants de son auteur. Magnifique interprétation. 5/6
Top 10 Année 1984

Mélo
La route suivie par Resnais semble dès lors s’aventurer sur l’éventuelle réconciliation du cinéma et de la théâtralité. La somptueuse orchestration assume les artifices de la représentation mais il faut sans doute franchir une certaine résistance pour apprécier pleinement ce développement tragique à la prose travaillée, et s’approprier les émotions de personnages qui semblent sortis de quelque dimension éloignée. Jouant à nouveau avec les notions du libre arbitre, du hasard, du destin, le cinéaste filme un couple au bord de l’enfer dans une société en train de s’enliser. Entre duels à fleurets mouchetés et sentiments irréversibles, il fait fructifier la douleur intime du précédent film sur un registre plus distancié : son mélo étonne par la beauté de ses intuitions formelles, mais il touche moins. 4/6

Smoking / No smoking
Deux acteurs, deux films, neuf personnages, des dizaines de possibilités. Si Resnais joue avec les conventions théâtrales du projet, il propose à nouveau, en arpenteur de l’imaginaire, une expérience cinématographique unique en son genre. Multipliant les combinaisons structurelles, il invente un réseau de variations autour d’une infinité de potentiels narratifs, une sorte de fiction à géométrie variable à mi-chemin entre Pirandello et la comédie de boulevard. Pathétiques et jubilatoires, ludiques et aléatoires, ces destinées paradoxales ponctuées par les caprices du hasard, le passage du temps et les occasions manquées agissent comme des opus incertum, où les contingences de la réalité débouchent sur d’intimes vérités. Déterminisme ou libre arbitre, humour ou tragédie, pur instinct de jeu et vertige métaphysique. Je jubile. 5/6
Top 10 Année 1993

On connaît la chanson
Les préoccupations socio-psychologisantes de Bacri et Jaoui rencontrent les velléités expérimentales jamais taries du cinéaste. Divertissement au sens le plus pascalien du terme, cette ronde chorale de personnages minés par la dépression fait apparaître de véritables angoisses, des vraies névroses, un taboulé de comportements régis par la culpabilité, le remords ou l’hypocondrie, mais le ton est constamment à la fantaisie et à l’humour, qui lui confèrent une chaleur réconfortante. S’y déploie une belle densité humaine, tandis que Resnais fait chanter la mélodie de la vie en mariant avec le même brio divertissement et profondeur, innovation et spectacle populaire, légèreté et gravité, réel et factice, à la poursuite de ces méduses qui charrient tout le fretin des émotions, des pulsions et des phobies. 5/6
Top 10 Année 1997

Pas sur la bouche
Ce film m’apparaît moins convaincant, sans doute en partie parce que l’argument (une opérette des années 20 à peine transfigurée) me parle peu. Habité par la libre pensée artistique, le spectacle kitsch, dont la frivolité ne dissimule pas tout à fait les troubles politiques et sociaux de l’époque, multiplie allègrement désirs de flirts, fringales d’étreintes, pulsions insatisfaites, en les baignant dans les artifices du jeu, avec ses règles et ses codes surannés. Resnais me semble davantage dans l’exercice de style, et quand bien même son exécution demeure brillante, boostée par un sens du rythme infaillible, bardée de fulgurances (tout le travail sur le décor et ses effets de miroir) et de saillies drolatiques ou morbides (genre Darry Cowl en tata concierge, faut oser), je reste un peu sur ma faim. 3/6

Cœurs
On retrouve le ton dépressif d’On Connaît la Chanson, ses personnages perclus de vague à l’âme et de bleus au cœur, mais cette fois le climat est franchement hivernal, glaciaire, veiné de lassitude hébétée. Rarement Resnais aura été aussi mélancolique, et approché d’aussi près la vérité intime de ses personnages. Le surréalisme s’invite au sein du cadre et des rapports, fait d’une étrangeté sourde, à la lisière du fantastique : comme toujours, les bizarreries contribuent à manifester ce que l’ordinaire a d’extraordinaire, et témoignent de l’inventivité hardie d’un cinéaste qui privilégie la déréalisation au naturalisme et stylise pour mieux accéder à la vérité. Avec ses travellings majestueux, ses signes déroutants, ses lumières saturées, cette superbe ronde des sentiments blessés impose autant de raffinement qu’elle délivre d’émotion. 6/6
Top 10 Année 2006

Les herbes folles
À bien des égards Resnais s’inscrit ici dans le sillage de Cœurs mais il en décline l’inspiration chagrinée sur un mode extrêmement azimuté, fou – d’une folie qui confine à la névrose inquiétante. Dussollier y est un formidable électron libre, menaçant le récit de sa constante imprévisibilité, lui dictant sa forme déréglée, morcelée, faite d’accélérations brutales, de cuts impulsifs, d’enchaînements brutaux (ne pas se méprendre cependant : l’ombre de la mort se profile derrière le sourire, qui cache une forme secrète d’angoisse). Fantaisie de jeunesse sur les surprises de l’inconscient jaillissant sans prévenir et bouleversant notre quotidien, le film vire par instants à l’expérience sous cloche, à la petite chimie de laborantin, mais il s’exprime ici une telle liberté que cette impression s’efface devant l’étonnement. 5/6

Vous n’avez encore rien vu
Resnais en est arrivé à un stade de souveraineté et de malice mêlées qui voit chaque nouvelle livraison s’imposer à la fois comme une récapitulation et un pied-de-nez. Une fois de plus, les jeux de l’esprit qu’il propose recèlent leur part de raideur conceptuelle. Et à nouveau, il dépasse les intentions du dispositif, s’impose en enchanteur d’une fascinante ronde de spectres et d’agencements, de voix et de visages. La luxuriance des ajustements et des combinaisons, la fluidité musicale des transitions apportent vie et chair à l’écran. Théâtre, passion, mort, destin sont autant de motifs que le chevauchement des espaces temporels révèlent dans les modulations infinies de l’interprétation – cette caisse de résonance dont les acteurs sont les artistes, et auxquels le film rend un vibrant hommage. 4/6

Aimer, boire et chanter
On s’en doutait mais ce ne sera toujours pas avec sa dernière livraison que Resnais se prendra soudain au sérieux. Pendant guilleret du film précédent, qu’il relit sur un mode volontiers trivial, voire grivois, l’adieu du cinéaste fait turbiner son goût éprouvé des dispositions minuscules et des petites machineries facétieuses en feignant le boulevard de chez mamie Nova pour mieux faire briller ses trouvailles invisibles. Ce sera donc un ultime tour de rigolade, une triple comédie de remariage inventoriant en mode mineur sa brocanterie vivante et charmeuse, où l’artiste réussit le double tour de force d’amuser en dénudant tous ses artifices, et de se filmer dans la tombe avec la satisfaction sereine de celui qui a bien vécu (la dernière scène et l’image de clôture laissant aussi étonné que ravi). 4/6


Mon top :

1. Hiroshima mon amour (1959)
2. L’année dernière à Marienbad (1961)
3. Providence (1977)
4. Nuit et brouillard (1955)
5. Cœurs (2006)

L’un des plus grands cinéastes de la seconde moitié du siècle, un très grand inventeur de formes, un défricheur, un avant-gardiste, à l’origine de révolutions peut-être comparables à celles opérées par Welles ou Antonioni. Au cœur de la psyché humaine, mettant en jeu les questions du temps, de la mémoire, de l’imaginaire, Resnais est l’auteur d’une filmographie exceptionnellement cohérente, à la fois ludique et profonde, cérébrale et très habitée.
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Père Jules
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Re: Alain Resnais

Post by Père Jules »

Vu uniquement quatre films (Nuit et brouillard, Marienbad, Je t'aime, je t'aime et Stavisky) et je dois dire que ce n'est pas vraiment ma came. Mais avec ton petit top, je crois qu'il va falloir que je répare mes lacunes.
bronski
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Re: Alain Resnais

Post by bronski »

Mon oncle d'Amérique est un grand film par exemple, on peut commencer par celui-là amha. Oui ce n'est pas un film facile, mais ceux qui veulent le découvrir sont des gens difficiles à satisfaire, donc pas trop de problème de ce côté-là.

Une petite merveille de cinéma comme Resnais en a beaucoup tournées.
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Demi-Lune
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Re: Alain Resnais

Post by Demi-Lune »

Profonde tristesse face à la disparition de ce géant, peut-être le plus génial de nos cinéastes. On a beau se préparer psychologiquement à voir avec lui quelque chose d'inattendu et/ou complexe, au final on se fait quand même avoir et on sort à chaud du film en se demandant ce que c'est que ce truc. Et puis après une bonne nuit de sommeil, tout reste remarquablement en mémoire et on en vient à y repenser avec minutie. Sa recherche inlassable de nouveaux modes de narration et d'expression, d'innovation dans le langage cinématographique, a ouvert un champ de possibilités dont la descendance semble pourtant paradoxalement limitée (Bergman, Lynch, Eternal sunshine of the spotless mind, un peu Polanski pour l'ambiance des derniers films...). Ses films des années 1950-1960 forcent toujours l'admiration pour leur vision, entre expérimentation et splendeur plastique. Les corps pailletés qui s'enlacent sensuellement en ouverture d'Hiroshima mon amour, les travellings et les plans à la grue dans le parc du château de L'année dernière à Marienbad, les ombres des Statues meurent aussi... autant d'images gravées dans le marbre. De vraies œuvres d'art. Je t'aime, je t'aime est un des travaux les plus impressionnants de montage qui existe. Pour ce que j'ai pu en voir, le Resnais seconde période est moins enthousiasmant même si cela reste stimulant intellectuellement. Difficile de tirer des généralités sur une poignée de films, mais on dirait que son amour pour sa troupe a pris le pas sur son achèvement esthétique, et que son univers est devenu plus hermétique.
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Re: Alain Resnais

Post by Colqhoun »

C'est un peu honteux que je me dois de constater n'avoir vu que deux films de Resnais: Nuit et Brouillard (projeté lorsque j'étais encore à l'école) et L'Année Dernière à Marienbad, que j'ai découvert il y a quelques semaines.

Ce dernier m'a si fortement impressionné que je m'étais alors dit qu'il faudrait que je découvre d'autres oeuvres de ce réalisateur.
Triste disparition, mais une envie renforcée de découvrir son cinéma.
Last edited by Colqhoun on 2 Mar 14, 13:30, edited 1 time in total.
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Re: Alain Resnais

Post by locktal »

Colqhoun wrote:C'est un peu honteux que je me dois de constater n'avoir vu que deux films de Resnais: Ombre et Brouillard (projeté lorsque j'étais encore à l'école) et L'Année Dernière à Marienbad, que j'ai découvert il y a quelques semaines.
Nuit et brouillard, plutôt :wink:

Ombres et brouillard
, c'est un Woody Allen :wink:
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Re: Alain Resnais

Post by Colqhoun »

Oui, lapsus. :oops:
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Re: Alain Resnais

Post by Federico »

J'ai parfois eu du mal avec le Resnais première période (sauf ses courts-métrages) et encore plus avec celui des vingt dernières années*. Mais respect absolu pour l'homme qui réalisa Providence, un des plus beaux, impressionnants et poignants films de l'histoire du cinoche. Gros faible aussi pour un film infiniment moins abouti, bourré de défauts mais au climat vraiment étrange et très émouvant : Je t'aime, je t'aime. Et puis, un homme, plutôt considéré comme un intellectuel mais qui fit partie des rares qui, très tôt, reconnurent comme un art à part entière la bande dessinée et la littérature de science-fiction ne peut que m'être sympathique. :)

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(*) Pas plus tard que cette semaine, je n'ai pas pu m'empêcher de sourire - et d'acquiescer - en entendant un jeune cinéaste se moquer gentiment du cinéma de troupe de Resnais...
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
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Re: Alain Resnais

Post by ballantrae »

Bonne chose que le récapitulatif ci-dessus: je ferai le mien dans la semaine lorsque je disposerai du temps nécessaire.
En tout cas, parmi mes favoris figureraient Hiroshima, Providence, Marienbad, Mon oncle d'Amérique et Les herbes folles ce qui n'empêcherait pas Smoking/no smoking,Je t'aime, je t'aime, Muriel, Pas sur la bouche, On connaît la chanson et qqs autres de suivre pas très loin et il ne faut pas oublier les courts et moyens métrages!!!
Comme pour Bergman, il y a une telle abondance de biens qu'il est dur de choisir et d'ailleurs pourquoi choisir?
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Re: Alain Resnais (1922-2014)

Post by Anorya »

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J'étais en oraison lorsque j'appris la funèbre nouvelle.

La disparition de Resnais m'a pris par surprise et enlevé l'un des derniers cinéastes-mentor que j'admirais plus que tout dans le cinéma français. Avant lui, c'était la disparition de Chris Marker, d'ailleurs son ami, un frère. C'était avec Marker que Resnais avait livré certaines de ses meilleures passes d'armes au début de sa carrière. On se souvient de ces Statues qui meurent aussi où les deux compères livraient un cinglant témoignage-réquisitoire sur les colonies française et le racisme ambiant sous couvert de parler de ce qu'on a appelé "L'art nègre" dans les musées (j'en parle plus tôt sur ce même topic brièvement). Avec Nuit et brouillard, on passait encore un cran au dessus. Texte lu de Jean Cayrol où le fidèle Marker aurait apposé une petite relecture finale, le film marqua et marque encore les esprit pour ses dures images des camps de concentration entre passé meurtri encore à chaud (on est 10 ans après la fin de la seconde guerre mondiale) et présent où les blessures douloureuses ne se refermeront jamais (visite des camps filmés en couleurs ou plutôt ce qu'il en reste). Entre souvenir de ce qui a été et présent de ce qui est, instant d'ici et images d'archives, le film de Resnais trace une cartographie de la mémoire dont l'impact s'avère encore des plus brutal aujourd'hui.


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Difficile de parler de Resnais face à une oeuvre immense et aussi riche dont la subtilité et l'intelligence du propos défie sans mal une bonne partie des filmographies de ces confrères et déboussole et intimide encore pas mal de cinéphiles. Comme le faisait remarquer un ami sur Facebook, si on commence à écrire sur Resnais il y a de fortes chances de tomber dans le "mauvais, petit, réducteur" face à une filmo sans pareil, aussi en toute humilité ne m'en tiendrais-je qu'à des considérations personnelles et des avis sur ce que j'ai vu de ce grand monsieur tout en tirant toutefois une ligne directrice, un thème principal qui n'aura échappé à personne : le rapport de l'humain à la mort tout comme à sa mémoire.


Mon premier choc avec le cinéma de Resnais fut au collège lors de la vision de ce film fondateur qu'est Nuit et brouillard. On objecte souvent dans divers milieux que ce film traumatisant ne devrait pas être montrés à la jeunesse, je trouve ça d'une belle connerie, tiens. D'abord parce que face à la nivellisation de l'intelligence ramenée par le bas qui s'opère de plus en plus dans la culture, le film fait non seulement office de phare dans la nuit comme de devoir de mémoire indispensable. Il n'y a pas d'âge pour constater la bêtise et la cruauté des hommes (je ne montrerais pas ça a des enfants non plus hein). Montré trop tard le film n'aurait sûrement aucun effet, ne témoignerait sûrement d'aucune vérité face à une personne qui aurait facilement accepté durant sa vie les divers théories du complot dont certaines remettant en cause la barbarie nazie, mais passons. Au lycée, je découvris Hiroshima mon amour puis à la fac, l'année dernière à Marienbad, nouveaux choc.


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Donc, comment parler de ces films là-aussi sans tomber dans le paragraphe un peu réducteur ? Restons-en à ce que j'en ai dit, cette thématique relevée plus tôt sans spoiler. Hiroshima mon amour superpose ainsi le temps d'un amour l'histoire de deux oubliés de la vie qui ont chacun vécu des expériences traumatisantes durant la guerre. Tu n'as pas connu Hiroshima qu'il dit... Oui mais toi mon aimé, tu n'as pas connu Nevers. Il y aura toujours une part d'ombre chez l'autre, souvent liée à sa mémoire. Etait-on réellement à Marienbad comme Delphine Seyrig ou tout celà n'est-il que le fruit d'une gigantesque machination ? Comment alors démêler une mémoire qui s'enfuit dans le labyrinthe de montage du film ? L'année dernière à Marienbad n'a pas pris une ride. Hors-temps il le défie de par ses partis-pris radicaux qui en font encore aujourd'hui une expérience des plus déstabilisantes. Je ne sais plus le nombre de fois que j'ai vu ce film sans jamais arriver à dire si j'avais adoré ou si je m'étais profondément ennuyé, c'est très bizarre et je pense pas être le seul avec ce film, bon dieu.


Avec Je t'aime, je t'aime on bascule dans la science-fiction à la Marker. Cousin lointain et pourtant si proche de La Jetée, Je t'aime, je t'aime travaille la mémoire par le montage comme autant de couches superposées qui s'entrechoquent, se frictionnent, se répondent, voire fusionnent, le temps d'une souris aperçue sur une plage et pourtant ne figurant par dans les rares souvenirs de bonheur de ce pauvre désabusé et fabuleux Claude Rich. Mon oncle d'Amérique (superbe affiche signée Enki Bilal, comme pour plus tard Mélo du même cinéaste) est là aussi un travail sur la mémoire humaine avec en toile de fond des considérations scientifiques du professeur Laborit sur les rats et souris. D'une souris sous cloche envoyée dans le passé on est passé à des hommes-souris aperçus et examinés par le cinéaste dans un film puissant, subtil et terriblement bouleversant. Le lien est ténu et étrange. Humain, tellement humain sous la couche de pensées cérébrales dont Resnais dote son cinéma, ce qui lui fut parfois reproché par les cinéphiles ou le public. Et pourtant.


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Et pourtant à l'instar de Bergman qui nourissait un profond respect pour le public tout en étant exigeant tant envers celui-ci que son propre cinéma, on ne peut douter que si Resnais faisait des films personnels, il les faisait aussi pour son public. Sous son dehors de comédie musicale aux nombreux tubes de la musique française (irrésistibles pour beaucoup), On connait la chanson analyse finement plusieurs personnages englués dans des relations qui semblent venir d'une partie d'échec névrosée (ah ces moments dérangeants à base d'inserts de méduses). Avec ce film ou bien le ludique frivole d'un Pas sur la bouche (qui m'a toujours personnellement étonné pour son travail de mise en scène au millimètre dans des décors de théâtre --avec une grue utilisée parfois pour de nombreux plans-- où la précision du chant se mêle à un filmage subtil et en douceur façon Chabrol), le cinéaste rappelait qu'il savait aussi bien manier divertissement à la profondeur du cinéma.


Et puis à 91 ans, Alain Resnais nous a quittés, décidant d'analyser une bonne fois pour toute ce qu'il y avait de l'autre côté du miroir. Encore la mémoire et la mort : Il nous a pris la mort, il nous a laissé la mémoire. Définitivement parti, il nous reste l'oeuvre, fabuleuse et incroyable. Adieu Mr Resnais et encore merci.
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Thaddeus
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Re: Alain Resnais (1922-2014)

Post by Thaddeus »

Bel hommage, Anorya.
ballantrae
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Re: Alain Resnais (1922-2014)

Post by ballantrae »

Ce que je trouve beau dans vos hommages, Thaddeus et Anorya, est que vous affirmez haut et fort que Resnais n'est pas une caution intellectuelle nécessaire qui ferait partie d'un pack mais qu'il est un cinéaste qui comme Bergman peut remuer jusqu'aux entrailles et totalement retourner l'esprit de celui qui le découvre au point de lui faire voir le monde autrement.
Resnais parle certes à l'esprit mais aussi au coeur et aux sens, ses films embrassent tout le spectre d'une vie humaine: entre engagement et légèreté, entre tragique et comique, entre réflexion et intuition, entre jeux de l'esprit et plaisanteries surréalistes.Un honnête homme fait cinéaste tant sa curiosité était immense.
Maintenant, il faut voir et revoir les films de Resnais, les observer, les côtoyer.
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Flol
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Re: Alain Resnais (1922-2014)

Post by Flol »

Je n'ai vu que 4 films de Resnais : Coeurs (adoré), Providence (déroutant, mais plutôt apprécié), On connait la chanson (vu à l'époque de sa sortie, plus beaucoup de souvenirs aujourd'hui) et Les Herbes Folles (celui-là m'a assez saoulé).
J'en ai 2 autres sous le coude à découvrir, et curieusement, il s'agit de son 1er et de son dernier long-métrage ; mais quand je vois le top de Thaddeus et ce qu'il y écrit, ça donne forcément envie de plonger dans cette filmographie.
C'est juste dommage qu'il faille attendre sa disparition pour que je me décide à m'intéresser réellement à l'oeuvre de Resnais...:?
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Roy Neary
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Re: Alain Resnais (1922-2014)

Post by Roy Neary »

Ca fait plaisir de lire de si beaux témoignages. :wink:
La mémoire, l'amour, la mort, sorte de trilogie thématique d'un cinéaste qui malaxe des films-cerveaux avec la dextérité d'un saltimbanque mi-souriant mi-nostalgique qui croit autant au pouvoir de l'imaginaire qu'à l'intelligence des spectateurs.
L'Amour à mort, quel beau titre qui pourrait presque définir l’œuvre du maître.
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moonfleet
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Re: Alain Resnais

Post by moonfleet »

ballantrae wrote: Je vais me faire un petit cycle Resnais et rire un bon coup en revoyant Pas sur la bouche pour commencer.
:D Oui, ce film est l'un des plus drôle de Resnais, adapté d'une opérette avec un superbe casting,S.Azéma, I.Nanty, A.Tautou, L.Wilson, P.Arditi, D.Prévost, J.Lespert, D.Cowl.....mais sans André Dussolier !! (voir ci dessous l'une des bandes annonces)
Les parties chantées le sont par les acteurs (idem dans La vie est un roman avec S.Azéma), parti pris que j'ai largement préféré au concept de On connait la chanson où les chansons étaient interprétées par leurs créateurs originaux et auquel je n'ai pas adhéré du tout (je suis même sortie de la salle avant la fin du film :? )

Last edited by moonfleet on 3 Mar 14, 07:56, edited 1 time in total.
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