Shôhei Imamura (1926-2006)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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gnome
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by gnome »

zybine wrote:Le 26 octobre 2011, Choses Vues sortira en DVD L’évaporation d’un homme de Shohei Imamura (Ningen Johatsu, 1967, 130′). En supplément : Les Pirates de Bubuan (Bubuan no kaizoku, 1972, 50′). VO japonaise / ST français.

Soit deux documentaires durs à voir et paraît-il fantastiques
Quelqu'un sait ce que vaut ce DVD ?
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cinephage
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by cinephage »

Acheté, mais pas encore vu. (cf ce redoutable topic :oops: )

Pour ma part, l'acheter, c'est encourager la sortie de ses autres documentaires (et je me doute que la qualité visuelle ne sera pas inoubliable, c'est un petit éditeur).
Cela dit, sur un film de ce genre, je ne suis pas spécialement sensible à la qualité de l'image : il s'agit d'un documentaire, au visuel forcément un peu brut, et à l'image moins léchée que pour ses films habituels. Sur un film de ce type, à mon sens, la déperdition liée à un film peu restauré me parait moins dommageable (en fait, pour moi, elle est négligeable, mais je comprends que d'autres soient plus exigeants).
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gnome
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by gnome »

Je crois que je me laisserai tenter bientôt...
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monk
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by monk »

J'ai su qu'un éditeur français le sortait APRES avoir commandé le MOC. Ils n'ont pas trop communiqué non plus...
Si tu t'interesses un peu à Imamura (et c'est le cas), il faut voir ce film, qui est vraiment important !
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-Kaonashi Yupa-
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by -Kaonashi Yupa- »

Je ne savais pas qu'il était enfin sorti. Du coup, comme je l'ai raté à chacune de ses ressorties en salles, je vais me commander cette Evaporation de l'homme. :D
douane eddy
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by douane eddy »

07 novembre 2012 : sortie du double DVD En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus (série “Citoyens japonais abandonnés”), 4 documentaires inédits réalisés par Shôhei Imamura au début des années 70.

- En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus - 1 La Malaisie
- En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus - 2 La Thaïlande
- La Brute revient au pays natal
La brute revient au pays natal (1973)
Supplément :
- Ces Dames qui vont au loin.
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monk
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by monk »

Qui sort ça ?
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gnome
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by gnome »

:D
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cinephage
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by cinephage »

Achat obligatoire !! :D
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by douane eddy »

J'avais oublié l'éditeur : c'est "choses vues"
douane eddy wrote:07 novembre 2012 : sortie du double DVD En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus (série “Citoyens japonais abandonnés”), 4 documentaires inédits réalisés par Shôhei Imamura au début des années 70.

- En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus - 1 La Malaisie
- En suivant ces soldats qui ne sont pas revenus - 2 La Thaïlande
- La Brute revient au pays natal
La brute revient au pays natal (1973)
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by gnome »

cinephage wrote:Achat obligatoire !! :D
Clair !
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Jeremy Fox
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by Jeremy Fox »

Cochons et cuirassés (Buta to Gunkan) - 1961

Dans le Japon de l'après guerre, la chronique de jeunes yakuzas profitant de la présence d'une base militaire américaine pour se lancer dans le marché noir de la viande de porc et s'occuper d'un réseau de prostituées.

Pas d'intrigue mais la description d'une période trouble et violente (moralement et physiquement) par un réalisateur nous livrant un film d'une grande modernité pour l'époque, utilisant le scope à la perfection en nous octroyant quelques plans d'ensemble et gros plan d'une étonnante beauté. C'est très intéressant et souvent surprenant dans son style... malheureusement je j'ai pas accroché une seule seconde à ce tableau hystérique d'une jeunesse en détresse ; le ton, mélange de gravité et de grotesque, de violence et d'humour noir (la marque de fabrique d'Imamura il me semble), m'ayant laissé tout du long en dehors du film, pas du tout en empathie avec les personnages si ce n'est celui interprétée par l'actrice Jitsuko Yoshimura. Bref, un film à qui je reconnais d'immenses qualités mais qui me laisse totalement froid. J'en suis le premier attristé.
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Thaddeus
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by Thaddeus »

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La femme insecte
Dans sa manière de dresser le portrait du Japon à travers un tragique destin féminin, Imamura s’inscrit dans la filiation de Mizoguchi. Il raconte sur quarante ans la lutte rageuse d’une paysanne des montagnes pour échapper à la misère et améliorer son sort, dénonce la condition des femmes amenées à sa prostituer pour survivre, mais fuit le simplisme en montrant comment l’âpreté de l’existence contraint les victimes de la société à se fabriquer dans un primitivisme totalement amoral et à entretenir la rugosité d’un système hostile aux démunis. Le refus de toute joliesse, le non-conformisme du rythme heurté, la crudité réaliste d’un traitement qui ne recule pas devant le sordide mais délivre aussi un certain humour du désespoir, en font un témoignage engagé, en rupture avec une certaine tradition. 3/6

Désir meurtrier
Oyez, oyez l’histoire de Sadako, servante épousée de façon illégitime par un homme qui la méprise, puis violée par un voisin dont elle deviendra l’amante malheureuse. C’est la joie. L’intrigue est digne d’un mélodrame bourgeois, l’auteur en fait une tragédie gelée par les fumées, la grisaille, la neige, la rengaine des trains qui passent et les sons inhumains d’une ville aliénante. Chaque image reflète le désespoir d’une femme frustrée (on la voit s’exciter avec un ver à soie) dont l’épanouissement semble impossible, constamment agressée par ce et ceux qui l’entourent. La sophistication discrète de la mise en scène, les monologues intérieurs, le rapprochement de l’émancipation sociale et de la libération sexuelle apportent à cette œuvre cafardeuse, teintée d’accents quasi buñueliens, son identité bien particulière. 4/6

Le pornographe
Si l’on estime que l’œuvre d’Imamura est dominée par la recherche de la vérité du sexe, de ce qui se situe en dessous de la ceinture et que la bonne société veut ignorer, et au sens large de toute la face cachée du Japon, énorme masse populaire située au-delà de l’échelle sociale traditionnelle, alors ce film pourrait en être l’un des pivots. Il élabore un récit en syncopes avec recours à diverses astuces de montage, effets oniriques qui trouent le réalisme dru et turpide de la chronique. Il se penche sur l’existence des sans-grade, des précaires, réduits au fonctionnement le plus primaire de l’humain (la survie) et bâtissant une contre-histoire du pays. Dilué en un magma de situations bien peu stimulantes pour l’émotion, très erratique sur le plan de la dramaturgie, il peine pourtant à transcender l’ennui qu’il suscite. 3/6

L’évaporation de l’homme
On éprouve comme un vertige à suivre le déroulement de cette enquête sur la disparition d’un commis voyageur, au terme de laquelle il est avéré que toute vérité absolue est illusoire. Car derrière sa structure investigatrice se dévoile une angoisse plus profonde : la perte de l’individualité dans la société de surconsommation, bouleversée par l’exode rural et la course à la compétitivité économique. Et car sa méthodologie, si elle réfléchit la vie telle qu’elle est, dans son chaos, son mouvement, son désordre, son imprévisibilité, vise surtout à effacer la frontière entre fiction et réalité, documentaire et reconstitution, êtres et personnages, pour mieux dresser le portrait d’un Japon se vidant parce qu’il est évidé, et dessiner la cartographie d’un pays qui serait comme un dallage d’images couvrant un puits sans fond. 5/6

Profond désir des dieux
L’île de Kurage, au sud du Japon. Cet espace clos, au climat rude comme les mœurs, les caractères et les superstitions, est bouleversé par l’arrivée d’un ingénieur apportant l’industrialisation. Le cinéaste décline en une lente litanie les affects qui entourent les pratiques sacrées de la communauté, multiplie jusqu’à l’étouffement ses rites malthusiens. Au gré d’images fascinantes, baroques, superbement composées, tout le vivant est convoqué, tout ce qui se meut s’anime sous le désir des dieux, sans cesse les animaux rejouent la fable des hommes ou leur propose des récits possibles. Le soleil, la mer, le vent, la sécheresse, la pluie participent d’un même tellurisme, d’une même approche tautologique du monde, accordant l’analyse sociale de la fresque au souffle âpre d’une tragédie élémentaire. 5/6

La vengeance est à moi
Adoptant une structure en puzzle qui épouse autant l’incohérence du protagoniste que la logique froide de l’enquête policière, Imamura poursuit sa radiographie quasi ethnographique du Japon d’après-guerre et maintient sur son sujet une distance qui n’exclut ni ne privilégie rien. Son approche à la fois méthodique et primitiviste met tout à plat, sans condamnation ni défense, et cerne le comportement d’être perdus dans l’enfer des sens et des instincts. Il dresse ainsi le portrait non explicatif d’un assassin irrationnel, cynique, orgueilleux, égocentrique, parfaitement immoral, livre un documentaire glaçant sur le chaos, le mal et la déperdition de l’énergie par lequel il entretient une tension pénible que de furieux accès de violence ne résorbent pas, et se place sur la ligne de partage entre le tueur et la société. 4/6

La ballade de Narayama
Au cœur du XIXème siècle, dans un village isolé des montagnes Shinshu, la vie des paysans s’écoule dans le respect des croyances ancestrales. D’un côté, la description précise d’un monde rustre, la suggestion d’un anti-cosmos et d’une Antiphysie rabelaisienne, la réalité crue des cadavres ensemençant les terres, des voleurs ensevelis vivants, des filles vendues pour une bouchée de pain. De l’autre, la spiritualité qui s’écoule d’une nature infinie, souveraine, imposant ses cycles à tous, et dans laquelle la vieille Orin puise la certitude qu’elle rencontrera son dieu, la force d’aller au bout de son sacrifice. La vision de cette humanité réduite à ses activités primitives (manger, déféquer, copuler) n’est pas reposante mais très cohérente, Imamura cherchant l’unité organique du monde, jusque dans sa triviale cruauté. 4/6

Pluie noire
Il faut un quart d’heure au cinéaste pour imprimer le récit d’une marque indélébile, celle de l’explosion du 6 août 1945 à Hiroshima, pour montrer, en images aussi terrifiantes qu’allusives, les brûlés aux chairs fondues et pendantes, le feu suffocant transformant l’atmosphère en fournaise, la panique d’une population hagarde. S’ensuit un poignant lamento en forme de plaidoyer humaniste dont ne s’élève pourtant aucune plainte, seulement la volonté d’aller de l’avant, de surmonter le signes d’une maladie inexorable. Il mêle l’amour familial et la dignité résignée, suggère les séquelles de corps, de cœur et d’esprit, la douleur inavouable, la mise au ban honteuse d’êtres maudits, ces survivants du cauchemar nucléaire considérés comme des pestiférés par la société nippone au lendemain de la guerre. 5/6
Top 10 Année 1989

L’anguille
Pas facile de renaître au monde après avoir assassiné la femme aimée. Avec huit ans de prison au compteur, le héros est devenu presque mutique, détaché de tout si ce n’est du lien qu’il a noué avec une anguille rescapée de ses parties de pêche. Pour dépeindre ce bonheur fuyant, cette impuissance à aimer, à se toucher, à se rejoindre, Imamura oppose au désespoir des touches de cocasserie débridée, filme des couleurs vives jaillissant d’un no man’s land marécageux, flirte avec l’absurde et l’onirisme, accumule péripéties improbables, attaques de colère, vengeances et contre-vengeances, pour suggérer lors d’un épilogue en forme de pugilat burlesque la possibilité d’un renouveau amoureux. C’est à travers cet optimisme prudent mais lumineux que le film parvient in fine à emporter vraiment l’adhésion. 4/6

Kanzo sensei
1945, le Japon est au bord de la reddition et la folie ordinaire bat son plein. Courant d’un malade à l’autre, le docteur Akagi diagnostique la même hépatite à tous ses concitoyens, sue sang et eau pour préserver une médecine empirique et compatissante, réunit une équipe de choc composée d’une jeune prostituée repentie, d’un chirurgien délabré et d’un bonze lascif. La fantaisie d’Imamura est intacte, qui à 72 ans mène tambour battant une chronique sociale à mi-chemin du burlesque satirique et de la tragédie souriante, nourrie par une véritable conviction humaniste. Lorsqu’à la fin, seuls dans une barque, le bon docteur et son assistante contemplent le champignon atomique d’Hiroshima, et que le premier lui trouve un air de foie malade, la métaphore délirante est définitivement ratifiée. 5/6

De l’eau tiède sous un pont rouge
Pour son dernier film, Imamura fait céder la transgression de l’interdit devant la sensualité d’un plaisir serein, celui d’une réconciliation avec le vivant. Débarquant dans un village perdu pour trouver une statue en or, un quadragénaire au chômage tombe sur un autre trésor : une femme dont le jouissif jaillissement d’eau lustrale au moment de l’orgasme finit par produire des miracles. L’argument favorise des délires poétiques et sexuels plus ou moins malicieux, invente quelques personnages saugrenus comme une grand-mère liseuse d’avenir ou un marathonien sénégalais parlant japonais. Mais si la naïade glissante comme une truite incarne à l’évidence la fertilité et le chaînon avec la Nature, il ne faut sans doute pas surinterpréter ce qui n’est surtout qu’une petite farce insolente. 3/6


Mon top :

1. Profond désir des dieux (1968)
2. Pluie noire (1989)
3. Kanzo sensei (1998)
4. L’évaporation de l’homme (1967)
5. L’anguille (1997)

Volontiers cru et provocant, ne reculant pas devant l’âpreté d’une vision qui reflète la réalité douloureuse de la société, les pulsions fondatrices des gestes et des désirs, les aspects les plus triviaux de la condition humaine, le cinéma d’Imamura est celui d’un philosophe lucide, iconoclaste, politique même s’il ne se proclame jamais comme tel, refusant les étiquettes autant que les lieux communs.
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Jeremy Fox
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by Jeremy Fox »

Cochons et cuirassés par Anthony Plu à l'occasion de sa sortie en combo Blura-ray/DVD chez Elephant Films.
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Re: Shôhei Imamura (1926-2006)

Post by Jeremy Fox »

On poursuit le mini-cycle avec, toujours chroniqué par Anthony Plu, La Femme insecte.