Werner Herzog

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Werner Herzog

Post by Jeremy Fox »

ballantrae
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Re: Werner Herzog

Post by ballantrae »

Merci à Franck! J'en salive d'avance...
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El Dadal
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Re: Werner Herzog

Post by El Dadal »

US = certains masters ruinés par des manipulations digitales excessives.
UK = ne comprend pas certains des films que je veux le plus
FR = ce premier coffret parait complet, malheureusement, les 3 coffrets mis bout à bout ne seront pas donnés, et surtout, c'est de la SD.

Moralité je n'ai pris aucun des coffrets parus jusqu'alors. :x
mannhunter
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Re: Werner Herzog

Post by mannhunter »

Un directo to vidéo d'Herzog dispo en dvd à NOZ pour moins de deux euros:

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Gégé
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Re: Werner Herzog

Post by Gégé »

Qu'est ce que Lynch vient faire là-dedans ?
ATP
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Re: Werner Herzog

Post by ATP »

Il produit le film je crois
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Flol
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Re: Werner Herzog

Post by Flol »

Oui. Et le film a un petit quelque chose de "lynchien".
Chdx
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Re: Werner Herzog

Post by Chdx »

Pour l'avoir vu "Les pingouins de Madagascar" en VF avec le plus jeune de mes rejetons, je n'avais pas tilté qu'il y avait un véritable caméo jusqu’à hier ou je l'ai vu cette fois en VO avec le plus âgé.

la copie (jusqu’à 2.25):



le segment de l'original dont ils se sont inspirés:

Zeldoune
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Re: Werner Herzog

Post by Zeldoune »

Ce passage est extraordinaire, mais tout le documentaire est vraiment réussi.

Et puis il n'y a pas grand chose de plus délicieusement étrange qu'une narration de Werner Herzog.
reuno
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Re: Werner Herzog

Post by reuno »

C'est clair...
J'ai récemment vu Happy People : A Year in the Taiga et la voix off, en tout cas sur la copie que j'ai, celle du dvd zone 2 fr, n'était pas celle de Herzog.
Le film était bien mais c'est pas la même chose. :|
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Jeremy Fox
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Re: Werner Herzog

Post by Jeremy Fox »

Test par Franck Suzanne du deuxième volume Herzog qui sort chez Potemkine. Les films sont eux chroniqués par Olivier Bitoun.
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Rick Blaine
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Re: Werner Herzog

Post by Rick Blaine »

Jeremy Fox wrote:Test par Franck Suzanne du deuxième volume Herzog qui sort chez Potemkine. Les films sont eux chroniqués par Olivier Bitoun.
Amazon parle désormais du 04/06. Je crois que je vais me rabattre sur la boutique Potemkine.
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Jeremy Fox
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Re: Werner Herzog

Post by Jeremy Fox »

Test par Franck Suzanne du troisième volume Herzog qui sort chez Potemkine. Les films sont eux chroniqués par Olivier Bitoun.
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Thaddeus
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Re: Werner Herzog

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Signes de vie
La Seconde Guerre mondiale, trois soldats allemands envoyés en convalescence dans l’île de Cos pour garder un vieux fort dominant la côte. Dans l’éclatante blancheur du paysage, l’un d’eux est obsédé par des détails, des signes de vie. Et à travers la fascination exercée par cette Grèce lumineuse, le cinéaste raconte le drame des hommes qui se battent contre des moulins à vent, éoliennes tournant dans la vallée telles de grosses fleurs bicolores. C’est l’histoire d’un Prométhée débitant des prophéties désolées, cherchant à surpasser le soleil, se coupant du monde pour entreprendre une révolte vouée à l’échec, mais dont la fierté sème l’insoumission comme avec les vieilles pierres on bâtit du neuf, comme les anciens pieds des statues servent de soubassement aux jeunes constructions. Tout Herzog est déjà là. 4/6

Les nains aussi ont commencé petits
Révolte dans une maison de correction, où les pensionnaires – exclusivement des nains – se livrent à l’hystérie d’une mise à sac généralisée, exerçant contre tout et tous, y compris eux-mêmes, la fureur la plus irrationnelle. C’est comme si la parabole humaniste de Freaks était neutralisée, tordue par la noirceur grotesque du Buñuel de Viridiana : rien n’est expliqué des motivations sadiques et du déferlement de haine des personnages, tout attendrissement hypocrite est éludé pour ne laisser apparaître que des comportements aussi bêtes et méchants que ceux d’enfants ou d’adultes laissant libre cours à leur cruauté. Mais, sans en nier le courage et la pertinence, on peut ne pas goûter au crescendo de désolation et d’atrocité qui gradue cette fable dérangeante sur l’exclusion et les conséquences de l’oppression. 4/6

Fata Morgana
Pendant de longs mois, le réalisateur a patiemment réuni des prises de vues qui, assemblées, ont accouché de cet étrange essai mystico-expérimental, à situer quelque part entre la rêverie hallucinatoire sur des paysages en transes et une relecture toute personnelle de la Genèse. Trois parties (la création, le paradis, l’âge d’or) articulent une sorte de divagation plastique qu’accompagne un commentaire élaboré de style poétique, et qui tente – sans y parvenir tout-à-fait – de placer le spectateur dans un état de contemplation et de réceptivité actives. Le puissant téléobjectif, les travellings latéraux répétés comme scansions obsédantes, le désert africain filmé tel un monde mythique et originel, les ballades de Leonard Cohen contribuent à la déroutante singularité de l’expérience proposée. 3/6

Le pays du silence et de l’obscurité
C’est un continent à la fois lointain et terriblement proche, dont les habitants nous renvoient une part hypothétique de notre propre devenir. Sur les pas de la sémillante Fini Straubinger, trésor de vieille dame qui éclaire de sa générosité la vie de ceux qu’elle appelle ses frères et sœurs d’infortune, Herzog dévoile le combat obstiné des éducateurs, l’éveil aux sensations, au langage et à la communication pour tous ces handicapés souvent abandonnés par la société. Une paume sur laquelle on pianote des mots, une main sur la gorge d’un autre qui parle, le poil d’un petit chimpanzé que l’on caresse, des branches effleurés dans le soleil d’automne figurent alors la nécessité de leur lien ténu avec le monde. Un superbe documentaire, complément parfait au Miracle en Alabama d’Arthur Penn. 5/6

Aguirre, la colère de Dieu
Pérou, au cœur du XVIè siècle. Un groupe de conquistadors s’enfonce dans la jungle, à la poursuite de richesses, d’absolu, d’éternité. Quête du Graal ? Retour au mythe d’Antée ? Variation sur le thème nietzschéen de la volonté de puissance ? Allégorie du IIIè Reich ? Clamant ses rêves de déracinement, de flèches et d’extase fiévreuse, Herzog transforme l’épopée en opéra macabre, fait de l’aventure d’Aguirre, personnage shakespearien auquel Klaus Kinski, possédé, halluciné, confère une intensité inouïe, une parabole terrifiante sur le pouvoir politique et ses abus, l’oppression, le ravage exercé par la mégalomanie sur les esprits. Peu de films atteignent la puissance d’envoûtement, l’élan romantique, l’intensité à la fois grotesque et lyrique de ce cauchemar éveillé aux allures de blasphème noir, illuminé par des images glorifiant une nature grandiose. 6/6
Top 10 Année 1972

La grande extase du sculpteur sur bois Steiner
Toujours fasciné par ce qui pousse l’homme à dépasser ses limites, à flirter dangereusement avec l’absolu, Herzog livre en quarante-cinq minutes comme la doxa de ses préoccupations : un documentaire sur le champion de saut à ski Walter Steiner, tourné lors d’une compétition internationale à Planica en Slovénie. Figure icarienne par excellence que celle de ce jeune homme aspiré par l’extase du vol libre, chérissant ses instants suspendus (la caméra les sacralise en des ralentis liquides), mais conscient de la nécessité vitale de l’atterrissage. Le drame naît du suspense non concerté d’une performance filmée en direct, tandis que le cinéaste, suivant l’évènement à la manière d’un reporter, semble se ronger les ongles à la fois par crainte de le voir se tuer que par abandon à son goût du "hard" et de l’authentique. 4/6

L’énigme de Kaspar Hauser
Cet enfant sauvage découvert à l’âge adulte, et dont le mystère passionna toute l’Europe romantique, est présenté par le cinéaste comme un individu naïf au sens originel du terme, dont le regard révèle les illusions de la société qui l’accueille. À travers ce personnage (interprété par Bruno S., un authentique inadapté et une sorte de Denis Lavant teuton), Herzog thématise l’éternelle et radicale solitude de l’homme. Les rêves de territoires lointains, le retour ambigu, à la fois protecteur et hostile, à la nature, la trajectoire spirituelle de l’être considéré tour à tour comme un vagabond, un idiot, un phénomène de foire : tout témoigne de la personnalité d’un auteur fasciné par la confrontation entre la norme et l’extraordinaire, et par le surgissement du mythe au cœur du quotidien. 4/6

Cœur de verre
Tel un Zarathoustra sans joie, le berger débite ses prophéties désolées devant un horizon où fuient éperdument les nuages exaspérés par quelque pressentiment apocalyptique. Toile de fond digne des cieux "psychiques" de Friedrich, ouvrant un cérémonial initiatique de la beauté qui orchestre la découverte de l’extase, du chemin qui y mène, de l’image qui la procure. Le comportement des acteurs sous hypnose, le travail des verriers, les actes du maître en quête de puissance, les méditations du berger communiant avec la nature et connaissant le devenir et les passions des hommes, tout baigne dans un éclairage propre à mettre au-delà du reconnaissable, dans la marge où le rationalisme accède à un mysticisme matérialiste. Un film ardu, exigeant, souvent langoureux, mais tout-à-fait singulier. 4/6

La ballade de Bruno
Parce que, chez Herzog, la solution se trouve dans la fuite, le trajet, le déplacement, c’est l’heure du départ pour Bruno S., son âme-sœur et le vieux marginal qui complète leur trio désenchanté. Direction ce Nouveau-Monde rêvé sur un atlas, paradis perdu où le couple réprouvé est censé retrouver son éden. Mais la terre des promesses est un faux Eldorado : New York, le Wisconsin, l’Indien qui y travaille ne sont que les visages divers d’un même lieu, celui du réel. Trouvant l’équilibre parfait entre la cocasserie chaleureuse d’un regard résolument empathique et la cruauté d’un parcours qui se dérègle dans un absurde toujours plus désespéré, le cinéaste déconstruit le mythe américain à travers une chronique dérisoire qui consigne la vanité de toute révolte et semble s’achever sur la mort de Candide. 5/6
Top 10 Année 1977

Nosferatu, fantôme de la nuit
On peut considérer cette relecture du classique de Murnau comme un simple hommage – il faut alors convenir, au minimum, qu’il est superbe. Le plus juste est encore de louer le talent poétique d’Herzog, qui parvient à conférer à l’inaltérable histoire d’amour, de mort et de ténèbres inventée par Stoker une puissance de figuration saisissante. Cadavres momifiés glaçant l’échine sur la musique éthérée de Popol Vuh, immense cortège de cercueils, ombres bleutées de la nuit, visage de porcelaine d’Adjani, danse macabre sur la place de Wisborg, ultime festin au milieu des rats… Autant d’images hypnotiques, convoquant beauté, romantisme morbide et terreur en une envoûtante parade d’apocalypse, dont le rythme somnambulique et l’étrangeté surréelle marquent durablement la mémoire. 5/6
Top 10 Année 1979

Woyzeck
Un trou de garnison de la Hesse, au cœur du XIXème siècle. Franz Woyzeck remplit ses devoirs de soldat et effectue quelques menues tâches complémentaires (barbier du capitaine, cobaye d’un médecin de camp de concentration mi-Dieu féroce, mi-Frankenstein au petit pied). Kinski apporte à ce gringalet fébrile, cette bête traquée, ce simplet hagard tout le fruit d’un travail d’autosculpture tétanique. Parce que la société totalitaire le dédaigne avant d’en faire la proie de les maléfices, il est sujet à des hallucinations qui le conduisent à la folie et au meurtre passionnel, et ploie sous l’éternelle actualité du malheur. En réduisant à la neutralité ou à l’inexistence ce qu’il l’entoure, le cinéaste marque sa volonté de filmer un documentaire humain, centré sur un seul spécimen, mais non sans douleur, colère ou pitié. 4/6

Fitzcarraldo
Miroir évident d’Aguirre, où Herzog poursuit ses interrogations sur la conquête de l’inutile, le vertige des utopies, le conflit entre l’homme et la nature, la folie des grandeurs qui ravage tout, l’ambition ici de faire grésiller les notes de l’opéra au bord du lac sacré, aux confins d’un territoire inviolé. Qu’il organise un long suspense contemplatif où le bateau suit les bras méandreux du fleuve au son des tambours invisibles des Navajos, mette en scène la découverte surréaliste d’une locomotive abandonnée au cœur de la forêt vierge, ou montre, dans un accès de démence totale, des centaines d'Indiens hypnotisés par le regard du héros qu'ils prennent pour un Dieu, hisser le bateau au sommet de la montagne, Herzog donne un nouvel aperçu de la hauteur de ses ambitions. Mystique et fiévreux. 5/6
Top 10 Année 1982

Leçons de ténèbres
Dans un désert extraterrestre, de colossales machines de métal brassent une terre en fusion, s’activent autour d’immenses geysers en flammes, manipulées par des hommes auxquels les combinaisons et les casques à visières donnent des allures d’astronautes. De gigantesques colonnes de fumée voilent le ciel, une pluie noire se déverse sans discontinuer, la fournaise embrase le monde, les notes de Wagner, Grieg ou Mahler apportent à ces visions hallucinatoires une emphase opératique. Sur l’écran se déchaînent les incendies des puits de pétrole du Koweït laissés à l’abandon par les troupes irakiennes en 1991, et Herzog puise de ces forges de l’enfer la terrible beauté du chaos, orchestre un long poème d’apocalypse à mi-chemin de la divagation plastique et de la science-fiction primitive. 5/6

Ennemis intimes
Plus qu’un documentaire, un document ; plus qu’un règlement de comptes, une réconciliation posthume. Le film, d’un double narcissisme assez fascinant, commenté d’une voix de clinicien par le réalisateur lui-même, autopsie ses relations hystériques et créatives avec son acteur fétiche Klaus Kinski. Les rapports entre les deux hommes ont toujours été problématiques, emprunts d’admiration, de jalousie, d’amour et de haine mêlées. En un chapelet de séquences d’époque, de souvenirs et de témoignages où l’on peut lire parfois de véritables lueurs de meurtres dans les yeux des inséparables belligérants, le film donne à comprendre en quoi la collaboration tumultueuse entre ces artistes, motivés et catalysés en permanences l’un par l’autre, fut si fructueuse. 4/6

The white diamond
En suivant le projet fou de l’ingénieur Graham Derrington, qui cultive l’ambition de voler en dirigeable au-dessus de la jungle guyanaise, le réalisateur démontre une fois de plus sa volonté de manifester la sensibilité d’un monde autant imaginé et pensé que physique. Il ne s’agit pas d’affirmer un point de vue mais d’élever la place de celui-ci pour capter le réel dans sa totalité et rejoindre ainsi sa beauté, jusque dans son mystère (l’essaim de volatiles se réfugiant dans une grotte cachée derrière une titanesque chute d’eau) ou son insolite (le moonwalk dansé sur un piton rocheux) . Le flottement de la caméra suspendue au-dessus du vide offre aux images une impression d’autonomie, et dans ces moments le documentaire s’éploie en une étonnante incantation où la nature trouve l’expression de sa plénitude. 4/6

Grizzly man
Timothy Treadwell était-il un écologiste fervent, défenseur passionné des ours d’Alaska avec lesquels il a passé treize étés ? Sans doute. Mais avec la logique troublante d’un traité sur la folie pas du tout ordinaire, Herzog en révèle peu à peu la très contradictoire nature. Se dessine alors le portrait d’un mythomane bipolaire en fuite, un acteur narcissique recalé d’Hollywood qui s’est bâti sa propre image, un illuminé régressif à l’idéalisme idyllique n’ayant peut-être pas dépassé le stade du câlin à l’ours en peluche (snif les bourdons morts trop mignons et fuck le world des people). Un fascinant bloc de mystère donc, à la fois saisi de l’intérieur et mis à distance par la lucidité critique d’un cinéaste qui brouille les cartes du combat entre nature et culture et poursuit sa dissection des démons et abîmes de l’homme. 5/6

Bad lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans
Très loin du film de Ferrara dont il est le remake, ce polar grotesque et ricanant, aux effluves baroques totalement décomplexées, est comme le versant bouffon des œuvres précédentes de l’auteur. Parvenant à énoncer un état décrépit du monde en poussant le genre aux limites de la caricature, Herzog substitue à la langueur du cinéaste new-yorkais une forme d’hystérie lyrique qui vise à dire à l’Amérique combien son processus de putréfaction est avancé et combien ses exclus sont finalement son seul salut. Dans le décor moite et ravagé d’une Nouvelle Orléans transformée en jungle carnavalesque, le très déchaîné Nicolas Cage y suit un parcours chaotique entre l’enfer (pour rire) et la rédemption (cartoonesque), filmé avec une ironie décapsulée de tout souci de vraisemblance. 4/6

Into the abyss
Sur le papier, un documentaire dont le matériau de base (interviews frontales, archives, commentaires) n’est pas si différent d’un épisode de Faites entrer l’accusé. Mais d’emblée Herzog, avec son regard pénétrant, sa voix glacée de sphinx philosophe, l’intelligence effrayante qui les traverse tous les deux, prévient qu’il n’y aura ni bons ni méchants : juste une souffrance infinie, comme transmise de génération en génération. Le film n’a pas volé son titre, à la fois immersion dans la folie texane, les gouffres de la désolation américaine, et spectroscopie glaçante d’une malédiction ancestrale. Les larmes poignantes d’une sœur et fille de victime, hébétée par la cruauté du destin, y répondent à celle du père de l’assassin, octroyant à cette humanité une sorte de compassion obstinée, au-delà du bien et du mal. 4/6

La grotte des rêves perdus
Bien sûr le sujet est passionnant, propice à moult épanchements émerveillés que la caméra 3D retranscrit avec brio. Épousant les masses rocheuses, les traits, la dynamique et les formes du bestiaire dessiné, Herzog simule une contemplation in situ afin de donner une première expérience esthétique au spectateur qui ne pourra sa rendre dans la Grotte Chauvet. On le sent fasciné par ce qu’il découvre, d’autant que les questions du legs patrimonial, de la transmission entre les civilisations et du lien culturel avec nos ancêtres prolongent l’interrogation métaphysique de ses précédents films. Reste que, bien malgré moi, je suis resté à l’écart de cette investigation, de ces images et de ces enjeux. J’en suis sorti déçu, tout en appréciant les qualités intellectuelles du documentaire. 3/6


Mon top :

1. Aguirre, la colère de Dieu (1972)
2. Fitzcarraldo (1982)
3. Nosferatu, fantôme de la nuit (1979)
4. Le pays du silence et de l’obscurité (1971)
5. Grizzly man (2005)

Voilà un cinéaste à l’ambition folle, mégalomane, et au talent souvent à la hauteur – du moins au travers de ces quelques films. Il y a du Coppola chez ce visionnaire fiévreux, cet iconoclaste marginal, qui s’est attaché à débusquer la folie et la grandeur de l’homme, sa place dans le monde qui l’entoure.
Last edited by Thaddeus on 24 Dec 18, 09:24, edited 11 times in total.
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Re: Werner Herzog

Post by Jeremy Fox »

Thaddeus wrote:Merci à Jeremy pour tous ces avertissements concernant les chroniques du site, ça me permet d'avancer dans mes listes. :mrgreen:
C'est un plaisir 8)

Je connais très mal le cinéaste malgré le fait que Aguirre ne soit pas éloigné de mon top 100.
Il va falloir que je me penche sur son cas.