Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Tancrède
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by Tancrède »

homerwell wrote:
Tancrède wrote: Je ne crois plus au personnage de Robert Kincaid. Autant je peux comprendre que Fransesca, la mère au foyer qui n'est jamais sortie de son Iowa, se berce d'illusions romantiques lorsque le beau photographe surgit dans sa vie, autant je vois mal pas ce qui rendre ce baroudeur amoureux au point de tout vouloir quitter après trois jours de baise. Je vois tout ce que Kincaid apporte à Fransceca donc je comprends son amour mais dans le sens inverse, ça fonctionne moins.
Je m'insurge contre la sécheresse de cette vision. Tu voudrais que Kincaid soit plus raisonnable ! On te décrit une passion et tu cherches une raison.
Ce n'est pas ça. Je ne "veux" rien du tout.
C'est plutôt qu'on me "décrit" mal cette passion pour la fermière de l'Iowa puisque je n'y crois pas.
Tancrède
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by Tancrède »

Tancrède wrote:
homerwell wrote: Je m'insurge contre la sécheresse de cette vision. Tu voudrais que Kincaid soit plus raisonnable ! On te décrit une passion et tu cherches une raison.
Ce n'est pas ça. Je ne "veux" rien du tout.
C'est plutôt qu'on me "décrit" mal cette passion pour la fermière de l'Iowa puisque je n'y crois pas.
mais bon, je dois avoir vieilli et être devenu plus cynique que la première fois que je l'ai vu puisqu'à la découverte, j'y croyais à donf à Clint accablé sous la pluie.
homerwell
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by homerwell »

Ne fait pas les questions et les réponses, je voulais te proposer de "vieillir" encore un peu pour mieux prendre en compte le fait qu'une passion amoureuse ne compte pas de sentiments raisonnables. :D
L'histoire étant contée surtout du point de vue de Fransesca, Eastwood fait naturellement des économies sur le personnage de Robert.
Tancrède
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by Tancrède »

homerwell wrote:Ne fait pas les questions et les réponses, je voulais te proposer de "vieillir" encore un peu pour mieux prendre en compte le fait qu'une passion amoureuse ne compte pas de sentiments raisonnables. :D
L'histoire étant contée surtout du point de vue de Fransesca, Eastwood fait naturellement des économies sur le personnage de Robert.
et c'est ce qui fait que le film est quand même vachement bien.
Mais à aucun moment je ne sens Clint fou amoureux. Pour moi c'est un photographe itinérant qui passe un bon moment avec une femme sur la route comme il a dû en passer des centaines. Qu'est ce qui le fait tomber amoureux de cette fermière (celle-ci et pas une autre) au point de vouloir renoncer à son indépendance? Mystère et boule de gomme.
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Demi-Lune
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by Demi-Lune »

C'est justement ce que Francesca lui demande alors qu'elle commence à s'angoisser de la fin des quatre jours et de le voir repartir, pour éventuellement faire la cour à d'autres au gré de ses itinérances en parlant d'elle comme d'un bon souvenir.
Je ne me souviens plus ce que lui dit Robert exactement, mais je crois que sa réponse est aussi évasive qu'elle est limpide : il est sûr de lui comme on peut l'être une fois dans sa vie. C'est comme ça. C'est elle qu'il aime. Je crois tellement en l'évidence, en la beauté et l'absolu de ce sentiment que je me fiche de savoir pourquoi, qu'est-ce qui en Francesca lui plaît au point de finir ses jours avec elle. A l'instar de Francesca, le spectateur doit avoir confiance en la passion de Robert. L'amour (fou) ne souffre aucune explication rationnelle.
Last edited by Demi-Lune on 13 Jan 12, 17:59, edited 1 time in total.
riqueuniee
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by riqueuniee »

Tout à fait . La passion, ça ne s'explique pas.
Last edited by riqueuniee on 13 Jan 12, 19:20, edited 1 time in total.
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cinephage
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by cinephage »

Tancrède wrote:
homerwell wrote:Ne fait pas les questions et les réponses, je voulais te proposer de "vieillir" encore un peu pour mieux prendre en compte le fait qu'une passion amoureuse ne compte pas de sentiments raisonnables. :D
L'histoire étant contée surtout du point de vue de Fransesca, Eastwood fait naturellement des économies sur le personnage de Robert.
et c'est ce qui fait que le film est quand même vachement bien.
Mais à aucun moment je ne sens Clint fou amoureux. Pour moi c'est un photographe itinérant qui passe un bon moment avec une femme sur la route comme il a dû en passer des centaines. Qu'est ce qui le fait tomber amoureux de cette fermière (celle-ci et pas une autre) au point de vouloir renoncer à son indépendance? Mystère et boule de gomme.
Pour ma part, j'envisage tout à fait qu'un bourlingueur fatigué, à une certaine étape de sa vie (Clint marque justement son personnage comme fatigué de sa vie passée), cristallise sur une femme qui incarne aussi, au delà d'elle-même, un mode de vie plus apaisé, loin de l'errance perpétuelle et, à l'age des bilans, possiblement frustrante dès lors que l'errance a pu apporter de bons souvenirs, mais n'a jamais rien construit de durable, de stable (cette reflexion était déja un peu présente dans Bronco Billy, dans le sens où le rapport à l'itinérance était interrogé).
Que cette perspective puisse l'enflammer à son tour, tout comme lui-même peut incarner une bouffée d'aventure pour une femme rangée, m'était apparu comme plausible, dans une logique un peu spéculaire, dans laquelle chacun offrirait à l'autre la perspective d'une vie meilleure (pour l'une, moins rangée, pour l'autre, moins construite sur l'éphémère).
I love movies from the creation of cinema—from single-shot silent films, to serialized films in the teens, Fritz Lang, and a million others through the twenties—basically, I have a love for cinema through all the decades, from all over the world, from the highbrow to the lowbrow. - David Robert Mitchell
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by Tancrède »

Demi-Lune wrote:C'est justement ce que Francesca lui demande alors qu'elle commence à s'angoisser de la fin des quatre jours et de le voir repartir, pour éventuellement faire la cour à d'autres au gré de ses itinérances en parlant d'elle comme d'un bon souvenir.
Je ne me souviens plus ce que lui dit Robert exactement, mais je crois que sa réponse est aussi évasive qu'elle est limpide : il est sûr de lui comme on peut l'être une fois dans sa vie. C'est comme ça. C'est elle qu'il aime. Je crois tellement en l'évidence, en la beauté et l'absolu de ce sentiment que je me fiche de savoir pourquoi, qu'est-ce qui en Francesca lui plaît au point de finir ses jours avec elle. A l'instar de Francesca, le spectateur doit avoir confiance en la passion de Robert. L'amour (fou) ne souffre aucune explication rationnelle.
cinephage wrote:
Tancrède wrote: et c'est ce qui fait que le film est quand même vachement bien.
Mais à aucun moment je ne sens Clint fou amoureux. Pour moi c'est un photographe itinérant qui passe un bon moment avec une femme sur la route comme il a dû en passer des centaines. Qu'est ce qui le fait tomber amoureux de cette fermière (celle-ci et pas une autre) au point de vouloir renoncer à son indépendance? Mystère et boule de gomme.
Pour ma part, j'envisage tout à fait qu'un bourlingueur fatigué, à une certaine étape de sa vie (Clint marque justement son personnage comme fatigué de sa vie passée), cristallise sur une femme qui incarne aussi, au delà d'elle-même, un mode de vie plus apaisé, loin de l'errance perpétuelle et, à l'age des bilans, possiblement frustrante dès lors que l'errance a pu apporter de bons souvenirs, mais n'a jamais rien construit de durable, de stable (cette reflexion était déja un peu présente dans Bronco Billy, dans le sens où le rapport à l'itinérance était interrogé).
Que cette perspective puisse l'enflammer à son tour, tout comme lui-même peut incarner une bouffée d'aventure pour une femme rangée, m'était apparu comme plausible, dans une logique un peu spéculaire, dans laquelle chacun offrirait à l'autre la perspective d'une vie meilleure (pour l'une, moins rangée, pour l'autre, moins construite sur l'éphémère).
Mettez vous d'accord :mrgreen:
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by Nomorereasons »

riqueuniee wrote:Tout à fait . La passion, ça ne s'explque pas.
Sur un plan narratif, je pense que si: faute de quoi l'oeuvre perd en vraisemblance.

Pour l'explication cinéphage -Tancrède c'est du 50/50. J'imagine bien le Clint délaissant la fermière de l'Iowa au bout d'une semaine de plus justement PARCE QUE c'est un vieux dragueur.
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cinephage
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by cinephage »

Je pense effectivement que la passion nait le plus souvent, et encore plus dans un récit, de l'adéquation d'une rencontre avec des attentes, un fantasme lié à sa vie présente. Ici, le baroudeur semble constater qu'en dehors des bons souvenirs, il n'a rien de solide, de stable. Cette femme incarne tout ce qu'il n'a jamais eu, et à quoi il est, peut-être, en mesure d'aspirer.

Le héros fatigué de son errance est en l'occurence une figure récurrente du cinéma d'Eastwood, de même que la reflexion sur l'age... Dans ce cadre, cet emballement de sa part me semble crédible.
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by Nomorereasons »

cinephage wrote:Je pense effectivement que la passion nait le plus souvent, et encore plus dans un récit, de l'adéquation d'une rencontre avec des attentes, un fantasme lié à sa vie présente. Ici, le baroudeur semble constater qu'en dehors des bons souvenirs, il n'a rien de solide, de stable. Cette femme incarne tout ce qu'il n'a jamais eu, et à quoi il est, peut-être, en mesure d'aspirer.

Le héros fatigué de son errance est en l'occurence une figure récurrente du cinéma d'Eastwood, de même que la reflexion sur l'age... Dans ce cadre, cet emballement de sa part me semble crédible.
Les dragueurs préfèrent justement les femmes mariées parce que ça n'engage à rien, c'est bien connu. J'aurais cru davantage ta version si le script l'avait fait tomber amoureux d'une célibataire.
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cinephage
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by cinephage »

Mais je pense aussi que dans son passé, il a surtout frayé avec des femmes célibataires. Ici, à ce point précis de son parcours (à savoir quand on commence à en avoir plein les bottes), une femme sans attache n'incarnerait pas avec le même poids la stabilité, le foyer (home, notion très ancrée dans l'inconscient américain). Il tombe dans le piège presque malgré lui, il ne se voit pas tomber amoureux pour de vrai avant qu'il ne soit trop tard. Je le crois sincère, il ne joue pas les tombeurs (même s'il a pu les jouer dans le passé).
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by Nomorereasons »

cinephage wrote:Mais je pense aussi que dans son passé, il a surtout frayé avec des femmes célibataires. Ici, à ce point précis de son parcours (à savoir quand on commence à en avoir plein les bottes), une femme sans attache n'incarnerait pas avec le même poids la stabilité, le foyer (home, notion très ancrée dans l'inconscient américain). Il tombe dans le piège presque malgré lui, il ne se voit pas tomber amoureux pour de vrai avant qu'il ne soit trop tard. Je le crois sincère, il ne joue pas les tombeurs (même s'il a pu les jouer dans le passé).
C'est un "citoyen du monde" comme il le dit lui-même, un spectateur égoïste qui ne s'engage jamais nulle part: il ne se contente que de l'apparence des choses. Ce foyer lui renvoie l'apparence de son foyer fantasmé, mais ce n'est pas le sien. Ca ne lui interdit pas quelques égarements bien vrais, ni de tomber dans le panneau de ses propres lubies, un peu comme Woody Allen se découvrant une foi chrétienne aussi ardente que fugitive dans Hannah et ses soeurs.
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AtCloseRange
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by AtCloseRange »

Réévaluation à la hausse du film.
J'avais été un peu irrité par les personnages des enfants à l'époque mais même si je pense toujours que le film se serait parfaitement passé de la partie contemporaine c'est un mélo de haute volée (peut-être le dernier d'ailleurs).
Meryl Steep y montre pour une des dernières fois à quel point elle fut la plus grande comédienne de sa génération avec une palette tout bonnement incroyable. Quant à Eastwood, il s'y livre comme rarement. A partir d'un roman considéré comme un piètre roman de gare, Eastwood apporte des trésors de sensibilité et de pudeur culminant dans une sublime scène de pluie, peut-être la plus belle de toute sa filmographie.
C'est dommage que ce qui concerne les enfants et surtout toute la fin (superflue) ternissent un peu la quasi-perfection du film. Je n'arrive pas vraiment à savoir si c'est une concession faire à la construction originale du roman ou si c'est un authentique choix tellement le ton (avec en plus un côté "leçon de vie" pas des plus subtils) jure avec le reste (la scène finale entre le fils et sa femme...).

Pour revenir sur les remarques de Demi-Lune, je dirais que c'est peut-être ça l'apport spielbergien au film :mrgreen:

Mais bon, je fais vraiment la fine bouche. C'est bien un des chef d'oeuvre d'Eastwood et rétrospectivement on voit encore plus tout ce que le cinéma d'Eastwood a perdu depuis 10 ans.
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Flol
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Re: Sur la route de Madison (Clint Eastwood - 1995)

Post by Flol »

AtCloseRange wrote:C'est bien un des chef d'oeuvre d'Eastwood et rétrospectivement on voit encore plus tout ce que le cinéma d'Eastwood a perdu depuis 10 ans.
Je m'étais fait exactement la même réflexion après l'avoir revu il y a 1 an : le Clint d'aujourd'hui serait incapable de refaire un film pareil, tellement empreint de sensibilité et de simplicité.