Mission: Impossible 3 (J.J. Abrams - 2006)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jack Griffin
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Post by Jack Griffin »

gehenne wrote:
[...]A ce travail de compression scénaristique, qui donne l'impression que le film pourrait être la matrice d'une bonne demi-douzaine d'épisodes à développer, répond une compression maximale de l'espace. Au superbe travail scénographique de De Palma - articulant des espaces tout en profondeur, arrières plans et lignes claires - répond ici une condensation des espaces où le point est toujours fait sur les visages, et où le plus souvent, l'arrière plan n'est qu'une matière brouillée perdue dans le flou des focales. Même les pures scènes d'action se soumettent à ce principe de compression.
[...] Traverser des espaces à toute allure jusqu'à ne plus les filmer, accumuler des pistes narrtives comme si le poids du film ne devait cesser d'accelérer sa descente, c'est le principe de M:I 3.

Jean-Marc Lalanne dans les Inrocks.

Le filmage de Abrams trouve une raison d'être, et n'est pas ce témoignage de de son incompétence. Ce n'est pas parce qu'il n'utilise pas les moyens que l'on entend trouver un allant voir un film de cinéma, qu'il ne fait pas preuve de maîtrise formelle, ce n'est pas parce qu'il n'utilise pas les codes et schémas que cela représente une incapacité à concevoir ce type de réalisation, mais un choix qui tend à faire le point sur l'être humain, plutôt que sur l'action, à ressérer le cadre sur la personne plutôt que de l'assomer. Le personnage est la scène, c'est lui le véhicule. Il passe dans et au travers de l'image, parce que cet arrière plan ne l'importe guère. C'est un filmage de l'efficacité brute, une mise au point sur l'unique but à mettre en image. En relégant à l'invisible un espace ou une profondeur, il enlève toute une forme de superficialité scénographique (pour reprendre un terme de la critique).
L'argument de Lalanne est quand même mauvais. Abrams n'est pas les frêres Dardenne. Prendre conscience d'un tic de mise en scène artistiquement pauvre, le retourner pour en faire quelque chose de positif en lui adjoignant une théorie fumeuse est je trouve malhonnète. Faire du cinéma et de la mise en scène, c'est investir des idées dans chaque plan, chaque cadre et ne pas bourrer le film de champs / contre-champs en gros plan, caméra à l'épaule avec du bruit pour ne pas endormir le spectateur. Dans MI 3, comme morceau de mise en scène, il ne reste quasiment rien du film.
Manolito
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Post by Manolito »

Enfin, rappelons qu'une bonne portion des scènes d'action n'a pas été réalisée par Abrams, mais par Vic Arsmtrong, le réalisateur de seconde équipe. Il y a un travail préparatoire en commun bien sur, mais sinon, c'est du travail de seconde équipe. Je ne les trouve pas plus mal faites que dans le dernier Bond (où il était aussi réal de seconde équipe d'ailleurs). Enfin, bref, tout cela sent un peu le mauvais procès...
gehenne
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Post by gehenne »

Jack Griffin wrote:L'argument de Lalanne est quand même mauvais. Abrams n'est pas les frêres Dardenne. Prendre conscience d'un tic de mise en scène artistiquement pauvre, le retourner pour en faire quelque chose de positif en lui adjoignant une théorie fumeuse est je trouve malhonnète. Faire du cinéma et de la mise en scène, c'est investir des idées dans chaque plan, chaque cadre et ne pas bourrer le film de champs / contre-champs en gros plan, caméra à l'épaule avec du bruit pour ne pas endormir le spectateur. Dans MI 3, comme morceau de mise en scène, il ne reste quasiment rien du film.
C'est une notion subjective que l'on défend, pas une vérité que l'on assène.

Je trouve son interprétation pertinente et je la partage. C'est la rencontre entre deux façons de concevoir une réalisation basé sur deux supports différents (la tv et le cinéma). Le cinéma n'est pas ou plus cet art supérieur à la tv et cette dernière peut tout à fait prétendre à un statut similaire dans quelques cas. Et vouloir conjuguer deux conceptions pour fournir un propos visuel cohérant (à mes yeux) est l'aboutissement d'une démarche. A l'instar de Silent hill (qui compose le jeux vidéo et le cinéma dans sa conception visuelle, malheureusement, le film ne va pas au bout de sa démarche sur la seconde partie, et l'enquête extérieure), M:I 3 donne une autre manière de voir un film, qui ne repose pas sur des codes proprement cinéphiles. C'est encore maladroit et hésitant, perfectible aussi, le scénario impose un rythme effréné qui absoud le recul, mais les bases et la volonté sont bien présents à mes yeux.
Ainsi, toujours et pourtant...
Manolito
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Post by Manolito »

Et puis encore une chose : les codes de la série TV sont en fait la transposition de ceux du serial cinématographique (personnages construits sur la longueur, cliffhanger). La demoiselle en détresse capturé par le vilain qui est sur le point de l'occire, c'est même de la situation serialesque par excellence ! C'est plutôt la télé qui pillé le cinéma sur ce coup-là.

Et quand Lucas a repris la narration du serial-feuilleton pour "La guerre des étoiles" ou "Les aventuriers de l'arche perdue", en découpant son film comme plusieurs épisodes de serial collés les uns aux autres sur deux heures, personne n'a été dire que cela faisait trop télévisuelle. Ou feuilletonnesque, parce que tout cela, ça vient du feuilleton littéraire populaire, dans le style de Fantomas et cie... Je trouve qu'il y a beacoup d'ostracisme anti-TV dans le débat...
mannhunter
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Post by mannhunter »

Manolito wrote:Et puis encore une chose : les codes de la série TV sont en fait la transposition de ceux du serial cinématographique (personnages construits sur la longueur, cliffhanger). La demoiselle en détresse capturé par le vilain qui est sur le point de l'occire, c'est même de la situation serialesque par excellence ! C'est plutôt la télé qui pillé le cinéma sur ce coup-là.

Et quand Lucas a repris la narration du serial-feuilleton pour "La guerre des étoiles" ou "Les aventuriers de l'arche perdue", en découpant son film comme plusieurs épisodes de serial collés les uns aux autres sur deux heures, personne n'a été dire que cela faisait trop télévisuelle.
ce n'est pas tant la construction scénaristique qui est mise en cause par les détracteurs de "MI:3",mais plutôt,je pense,la réalisation (voir l'intervention de Jack un peu plus haut) :wink:
gehenne
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Post by gehenne »

Manolito wrote:Je trouve qu'il y a beacoup d'ostracisme anti-TV dans le débat...
Je trouve la sentence un peu excessive, mais une méconnaissance ou une sous estimation, oui, certainement...
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Jack Griffin
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Post by Jack Griffin »

Enfin, rappelons qu'une bonne portion des scènes d'action n'a pas été réalisée par Abrams, mais par Vic Arsmtrong, le réalisateur de seconde équipe. Il y a un travail préparatoire en commun bien sur, mais sinon, c'est du travail de seconde équipe. Je ne les trouve pas plus mal faites que dans le dernier Bond (où il était aussi réal de seconde équipe d'ailleurs). Enfin, bref, tout cela sent un peu le mauvais procès...
oui mais il l'était également sur War of the worlds ou Starship troopers. Je ne sais pas vraiment comment un réal travaille avec son réal de second équipe mais les scènes d'actions paraitront moins brouillonnes ou plus travaillés d'un cas à l'autre.

Sinon je ne critique pas les séries télés en général, qui peuvent donner parfois de beau résultat. Pour revenir en arrière, je suis en train de découvrir certains épisodes de "Outer limits" photographié par Conrad Hall et certaines choses n'ont rien à envier à d'autres excellentes séries b américaines faites pour le cinéma (bon c'était le temps ou pas mal de monde débarquait du cinéma). Donc je suis d'accord sur le fait qu'esthétiquement elles peuvent donner des choses interessantes.
gehenne wrote: C'est une notion subjective que l'on défend, pas une vérité que l'on assène.

Je trouve son interprétation pertinente et je la partage. C'est la rencontre entre deux façons de concevoir une réalisation basé sur deux supports différents (la tv et le cinéma). Le cinéma n'est pas ou plus cet art supérieur à la tv et cette dernière peut tout à fait prétendre à un statut similaire dans quelques cas. Et vouloir conjuguer deux conceptions pour fournir un propos visuel cohérant (à mes yeux) est l'aboutissement d'une démarche. A l'instar de Silent hill (qui compose le jeux vidéo et le cinéma dans sa conception visuelle, malheureusement, le film ne va pas au bout de sa démarche sur la seconde partie, et l'enquête extérieure), M:I 3 donne une autre manière de voir un film, qui ne repose pas sur des codes proprement cinéphiles. C'est encore maladroit et hésitant, perfectible aussi, le scénario impose un rythme effréné qui absoud le recul, mais les bases et la volonté sont bien présents à mes yeux.
Regarder MI 3 n'a rien de douloureux mais faut reconnaitre que c'est relativement peu inventif, mis à part le cadre des scènes d'action, et que ça se conforme à un moule visuel pauvre.
Sinon je ne sais pas trop ce que sont ces codes cinéphiles.
gehenne
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Post by gehenne »

Jack Griffin wrote:Regarder MI 3 n'a rien de douloureux mais faut reconnaitre que c'est relativement peu inventif, mis à part le cadre des scènes d'action, et que ça se conforme à un moule visuel pauvre.
Au contraire, je le trouve inventif par certains aspects, affirmés ou encore à peaufiner.
Sinon je ne sais pas trop ce que sont ces codes cinéphiles.
L'inverse de ce que fait Abrams sur M:I 3. On reproche à sa réalisation d'être trop typé tv et pas assez cinéma, donc ne répondant pas à des codes prédéfinis. Cette façon de justement flouté l'arrière plan, de ne pas jouer avec la profondeur de champ, utilisé le scope pour des gros plans, en caméra portée, des choses qui "ne se font" apparemment pas.
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Alan Shore
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Post by Alan Shore »

mannhunter wrote:
Manolito wrote:Et puis encore une chose : les codes de la série TV sont en fait la transposition de ceux du serial cinématographique (personnages construits sur la longueur, cliffhanger). La demoiselle en détresse capturé par le vilain qui est sur le point de l'occire, c'est même de la situation serialesque par excellence ! C'est plutôt la télé qui pillé le cinéma sur ce coup-là.

Et quand Lucas a repris la narration du serial-feuilleton pour "La guerre des étoiles" ou "Les aventuriers de l'arche perdue", en découpant son film comme plusieurs épisodes de serial collés les uns aux autres sur deux heures, personne n'a été dire que cela faisait trop télévisuelle.
ce n'est pas tant la construction scénaristique qui est mise en cause par les détracteurs de "MI:3",mais plutôt,je pense,la réalisation (voir l'intervention de Jack un peu plus haut) :wink:
A part Jack, plus d'une personne ici a reproché que M:I 3 faisait trop série tv version film. Et ce n'est pas la réalisation qui est forcément attaqué mais les codes de la série Alias, donc.
De ce fait, je rejoins complètement Manolito là-dessus, même si parfois il y a plus méconnaisance du sujet qu'autre chose en effet...
Regarder MI 3 n'a rien de douloureux mais faut reconnaitre que c'est relativement peu inventif
Non. Et ce n'est vraiment pas par mauvaise foi que je dis ça.
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Jack Griffin
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Post by Jack Griffin »

Bah Abrams calque ce qu'il a fait sur le petit écran...Ce n'est pas surprenant juste dommageable qu'il n'ait pas cherché à aller plus loin et choisi une voie paresseuse.
Bon pas la peine de s'éterniser et d'écrire des tartines sur un film qui n'en demande pas tant mais je voulais juste répondre au blabla des inrocks.
Art Core
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Post by Art Core »

Je suis encore une fois assez d'accord sur ce qui est dit concernant le scénario du film et son hybridation avec des codes télévisuels. C'est une des grandes qualités de M:I III. Mais je crois quand même que le film souffre d'un défaut majeur, l'absence d'un vrai cinéaste derrière la caméra. C'est bel et bien le contenu esthétique et plastique du film que je remets personellement en cause. Comparé à ce qui ce fait de similaire dans le genre c'est d'une très grande pauvreté. Savoir bien filmer l'action est l'une des choses les plus difficiles qui soient au cinéma. Mais quand on arrive à transcender le geste pour atteindre à une pureté cinématographique c'est magique (trois noms suffiront à convaincre : McTiernan, Tsui Hark et John Woo). Or Abrams n'a absolument pas su filmer l'action et a tout simplement échoué. Ce n'est pas rédhibitoire mais pour un film comme cela dont l'action est le moteur principal (même si De Palma avait justement et judicieusement réussi à détourner cela) c'est un handicap majeur.
Melmoth
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Post by Melmoth »

Jack Griffin wrote:Pour revenir en arrière, je suis en train de découvrir certains épisodes de "Outer limits" photographié par Conrad Hall et certaines choses n'ont rien à envier à d'autres excellentes séries b américaines faites pour le cinéma
Je me suis fait avoir sur l'épisode des Pierres qui parlent, tout le long du truc je m'extasiais sur la photographie de l'épisode, certaines séquences étant de ce point de vue là absolument splendides, avant de découvrir au générique le nom.... de Conrad Hall !

Fin du HS, sorry.
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John Anderton
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Post by John Anderton »

Joshua Baskin wrote:
Max Schreck wrote: Le couple Hunt réuni semble marcher sur les traces du récent Mr & Mrs. Smith (que j'avais bien kiffé, tout en me sentant là aussi un peu seul).
Nous sommes au moins deux, donc.
Trois.
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Alan Shore
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Post by Alan Shore »

Jack Griffin wrote:Bah Abrams calque ce qu'il a fait sur le petit écran...Ce n'est pas surprenant juste dommageable qu'il n'ait pas cherché à aller plus loin et choisi une voie paresseuse.
Bon pas la peine de s'éterniser et d'écrire des tartines sur un film qui n'en demande pas tant mais je voulais juste répondre au blabla des inrocks.
Marrant mais personne ne vient emmerder David Lynch quand il fait la même chose avec Twin Peaks.

Quand bien même il a commencé au cinéma, on en reconnait aisément les tics et codes visuelles et narratifs et ça ne gène personne, bien au contraire. Pareil quand il fait sa Sitcom intitulé On the air, vite fait étouffé avec ses 7 épisodes mais complètement marqué par sa patte.
Dieu merci donc, qu'il ait gardé le style et la personnalité qu'il a appliqué au 7ème art en le restrancrivant lors de son passage sur le petit écran et
ça, je crois que personne ne viendra s'en plaindre...

A moins que le passage du 7ème art au 8ème art semble plus noble que l'inverse si on part de cet état de fait.
Et là, je ne pense pas m'avancer beaucoup en disant que si Abrams était passé par la case ciné d'abord, à coup sûr que pour beaucoup, il aurait été beaucoup plus crédible...
Les manga, c'est mal

"La manière d'agir, c'est la manière d'être."
Billy Budd

Post by Billy Budd »

Je ne me prononcerai pas sur le fond, mais il me semble qu'il fut au contraire reproché à Lynch d'avoir délaissé Twin Peaks dans Fire falk with me