George A. Romero (1940-2017)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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G.T.O
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Re: George A. Romero

Post by G.T.O »

Thaddeus What's the fuck wrote: Zombie
Le film a beau être considéré par beaucoup des spécialistes comme le meilleur opus de la longue série consacrée aux morts-vivants, je l’ai trouvé très vieilli et défaillant à presque tous les niveaux. Certes Romero déroule son unique sujet – l’insécurité – avec une transparence théorique qui pourrait légitimer jusqu’aux pauvretés du scénario. Bien sûr la nature de la menace importe si peu que les attaques de la police et celles des zombies sont traitées exactement de la même manière, dans une mise à l’écart de toute spécificité du fantastique. Mais sur le strict plan de l’efficacité horrifique, c’est peu dire que le huis-clos fonctionne mal ; et sur celui de l’allégorie, il semble pour le coup singulièrement limité, dénué de prolongement, la métaphore sur la société de consommation pesant des tonnes. 2/6

Le jour des morts-vivants
Le troisième volet de la série revient à la même donnée que ses prédécesseurs et en tire des variations nouvelles qui en prolongent avec cohérence les thèmes récurrents. Il développe cette fois quasiment un schéma d’anticipation : la race humaine a presque totalement disparu, une poignée de survivants organise une résistance désespérée tandis qu’un docteur Frankenstein domestique un zombie chez qui il perçoit les signes d’une nouvelle évolution. Tout en réservant le mauvais rôle aux crétins résidus de l’armée (ce qui lui permet de cocher la case gauchiste de son propos), Romero joue avec ses créatures en décomposition et ses visions d’étalage et d’étripage sur des airs de synthé trop 80’s. L’ensemble est didactique, gentiment ringard, mais suffisamment rythmé et inventif pour amuser. 4/6
:shock: Mais qu'est ce que tu racontes Thaddeus. Bon en tout cas, réjouissons nous, tes appréciations font débat !

Pour Zombie, réponse parfaite de Demi-Lune. J'ajouterai quelques remarques, ou plutôt quelques questions.
Je ne vois pas où tu vois que le thème de l'insécurité est l'unique sujet de Zombie. Faut m'expliquer là. On pourrait tout à fait dire que c'est le début de l'exode humaine ou sa fin. Que cette destruction prenne la forme d'un retour à la barbarie carnavalesque va dans le sens de la satire de Romero. L'excès est inclus dans le programme. Mais le film ne se limite pas à cela. Il est aussi plus secret je trouve. Plus anthropologique et mythique. C'est aussi un déchirant film de couple, deux hommes, une femme, la société de consommation. Son récit a presque l'allure d'une sorte d'Adam et Eve qui serait frottée à la société de consommation, ses plaisirs virtuels...Après l'excitation lié au fait d'avoir accès à tout, vient le temps de l'ennui, défense de la propriété, conduisant à répéter les mêmes erreurs du passé. Avec l'idée que l'homme, au-delà des zombies qui s'humanise de plus en plus au fil de la trilogie, est l'horreur ultime, en se déshumanisant.
En plus d'être d'un prodigieux film de siège, nerveux et rageur doté d'une esthétique pop auquel répondra en un sens le terne et claustrophobe Day of dead, qui retrouvera l'idée d'une autre humanité. Cette trilogie est aussi une trilogie sur la bêtise humaine et la misanthropie de Romero. D'ailleurs, à propos de Day of the dead : oui, tu as raison, le film possède une dimension didactique. Pas vraiment un défaut mais un choix délibéré. Puisque l'un des thèmes, au delà de l'anti-miltarisme et de la misogynie, n'est autre que la domestication, l'apprentissage. Logique que le film soit didactique. Il y a des moments magnifiques d'apprentissage, qui en un sens rappelle les scène de dressage de White Dog, cet autre grand film sur l'apprentissage. D'ailleurs, la domestication est une chose qui fascinait Romero. Dans une interview, il avouait qu'il aurait rêvé réaliser A.I notamment à cause de ce thème de la domestication.
Mais à te lire, je crois surtout que tu as du mal avec ce cinéma-là, tu n'y crois pas. Je me trompe ?
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Alexandre Angel
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Re: George A. Romero

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Thaddeus wrote: Désolé de heurter le mythe mais je me rappelle avoir trouvé le tout franchement grotesque, sans la moindre intensité dramatique, et d'une ringardise encore accentuée par la platitude de l'Eastmancolor.
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Bon, maintenant, on va peut-être lui lâcher la grappe à Thaddeus :mrgreen:
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G.T.O
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Re: George A. Romero

Post by G.T.O »

Alexandre Angel wrote:
Thaddeus wrote: Désolé de heurter le mythe mais je me rappelle avoir trouvé le tout franchement grotesque, sans la moindre intensité dramatique, et d'une ringardise encore accentuée par la platitude de l'Eastmancolor.
Spoiler (cliquez pour afficher)
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Bon, maintenant, on va peut-être lui lâcher la grappe à Thaddeus :mrgreen:
Tu veux qu'on s'occupe de toi le Alexandre avec ton leanien du pauvre Dunkirk. :mrgreen: Thaddeus a deconné. Point barre. En plus, à quelques jours de la mort de Romero. Aucune décence. :mrgreen:
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Alexandre Angel
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Re: George A. Romero

Post by Alexandre Angel »

G.T.O wrote:Thaddeus a deconné. Point barre.
Mais non : il a dit ce qu'il pense et rien n'est indéboulonnable.
Quant à Dunkirk, fallait bien contrebalancer! :mrgreen:
mannhunter
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Re: George A. Romero

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G.T.O wrote:Il y a des moments magnifiques d'apprentissage, qui en un sens rappelle les scène de dressage de White Dog, cet autre grand film sur l'apprentissage. D'ailleurs, la domestication est une chose qui fascinait Romero.
tout à fait, c'est d'ailleurs ce thème qu'il reprenait dans "Monkey shines" et de manière moins convaincante à mon sens dans "Land of the dead".
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G.T.O
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Re: George A. Romero

Post by G.T.O »

Alexandre Angel wrote:
G.T.O wrote:Thaddeus a deconné. Point barre.
Mais non : il a dit ce qu'il pense et rien n'est indéboulonnable.
Quant à Dunkirk, fallait bien contrebalancer! :mrgreen:
Je plaisante mon cher Alexandre. :wink: Ce n'est surtout pas moi qui vais faire la leçon à Thaddeus sur ce point. Y a plein de classiques que je n'aime pas ou peu; en tout premier lieu Apocalypse Now et Lawrence d'Arabie. Il a tout à fait le droit et même le devoir de dire qu'il n'aime pas Zombie. Tout comme il est du notre de lui dire qu'il sort des énormités, non ? :mrgreen:
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G.T.O
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Re: George A. Romero

Post by G.T.O »

mannhunter wrote:
G.T.O wrote:Il y a des moments magnifiques d'apprentissage, qui en un sens rappelle les scène de dressage de White Dog, cet autre grand film sur l'apprentissage. D'ailleurs, la domestication est une chose qui fascinait Romero.
tout à fait, c'est d'ailleurs ce thème qu'il reprenait dans "Monkey shines" et de manière moins convaincante à mon sens dans "Land of the dead".
Exact. Quel beau film ce Monkey Shines. Par contre, dans un autre registre, toujours pas vu son Knightriders qui semble être une anomalie dans sa carrière...
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Thaddeus
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Re: George A. Romero

Post by Thaddeus »

G.T.O wrote:Je ne vois pas où tu vois que le thème de l'insécurité est l'unique sujet de Zombie. Faut m'expliquer là.
Où que soient les personnages, ils doivent s'attendre à voir leur cachette découverte, leur abri investi, de l'extérieur (entrée d'un monstre) ou de l'intérieur (transformation d'un compagnon en monstre). C'est sur ce motif essentiel, qui axe presque exclusivement toute la dramaturgie, que je m'appuyais pour écrire une telle chose. Il s'agit uniquement de gagner sa survie et de s'assurer, pour un temps limité, un minimum de sécurité. D'où le schéma du film : 1°) panique généralisée devant l'attaque des mutants. Un petit groupe de francs-tireurs parvient à se frayer un passage jusqu'à un abri solidement protégé (l'enceinte du supermarché). 2°) ils jouissent de leur sursis, s'installent, prennent garde de ne donner aucun signe de présence, et vivent dans un état de précaire claustrophilie. 3°) destruction de l'îlot de paix par les forces conjuguées des mutants et des hommes. Thème simple traité avec un certain sens de l'espace (je le reconnais) par un réalisateur qui érige en système le détournement des lieux.
C'est aussi un déchirant film de couple, deux hommes, une femme

Là j'avoue comme c'est comme si tu me parlais inuit. Qualifier Zombie de "déchirant film de couple", pour moi, revient à considérer Psychose comme une satire mordante de la jet-set parisienne. On va dire qu'on n'a pas vu du tout le même film. A un tel degré d"incompréhension, je ne peux absolument rien te répondre.
Mais à te lire, je crois surtout que tu as du mal avec ce cinéma-là, tu n'y crois pas. Je me trompe ?
Bah, je n'ai pas d'inimitié particulière avec ce genre de films, non. Peut-être que le saut de foi est un plus difficile pour moi, mais je suis aussi disposé à en accepter les conventions que pour tous les autres.
mannhunter
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Re: George A. Romero (1940-2017)

Post by mannhunter »

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Re: George A. Romero (1940-2017)

Post by mannhunter »

Test du BR français d'INCIDENTS DE PARCOURS:

http://homepopcorn.fr/test-blu-ray-inci ... -a-romero/
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Re: George A. Romero (1940-2017)

Post by Outerlimits »

Un bon Romero il est vrai injustement meconnu (Starfix fera à l'epoque un quasi-plébiscite au film). Malgré un dernier acte un peu redondant et un effet jumpscare final quelque peu ridicule mais imposé par la prod, ça reste une oeuvre profondément intelligente dont l'insuccès conduisit Romero à une traversée du désert, malgré un film suivant très intéressant (La part des ténèbres ) mais qui se vautrera aussi assez injustement au box-office.
C'est tout à fait par hasard que j'ai vu à la FNAC le bluray ignorant complètement que le film devait sortir. Je me suis bien sûr empressé de l'acheter. Par contre une petite erreur : il existait déjà un DVD français du film.
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Re: George A. Romero (1940-2017)

Post by The Eye Of Doom »

Je me souvient d'une excellente critique dans les cahiers lors de la sortie du film.
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Re: George A. Romero (1940-2017)

Post by mannhunter »

Décès de Pasquale Buba, monteur de plusieurs films de Romero...:

https://bloody-disgusting.com/news/3522 ... buba-died/
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Re: George A. Romero (1940-2017)

Post by la_vie_en_blueray »

Y a t il des craintes/reticences sur les films Romero sortis en France en BR ?
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Re: George A. Romero (1940-2017)

Post by mannhunter »

Demi-Lune wrote:Thaddeus, Zombie dans sa version européenne (montée par Dario Argento, qui officiait à la production), c'est juste un des meilleurs films d'action jamais faits!
Et la BO anxiogène et mémorable de Goblin est sans comparaison possible avec la soupe utilisée pour le montage américain, qui est effectivement beaucoup plus lent.
Film de chevet, pour bibi. Atmosphère absolument incroyable de fin du monde, suspense au cordeau, utilisation extraordinaire du décor du centre commercial (avec une exploitation topographique que McTiernan a dû étudier scrupuleusement), personnages géniaux, meilleur récit de survie d'un groupe assiégé que je connaissance avec Aliens. Pour moi, ça a d'autant moins vieilli que fond et forme (notamment via le montage, qui m'impressionne à chaque fois) procèdent d'une hargne et d'une subversion qui font du film l'un des essais politiques les plus fascinants produits par le Nouvel Hollywood.
Bref, chef-d’œuvre!

De toute façon, les deux versions (la version Argento et la version "Romero") sont justement fascinantes parce que complémentaires. C'est presque deux films différents, pas que pour des considérations de rythme. Refn disait récemment qu'à sa connaissance, c'était un cas unique dans l'histoire du cinéma, et ça se défend.
Outerlimits wrote:Pour moi qui ai eu la chance de découvrir le film à sa sortie en salles en 83 (après 4 années d'interdiction dans notre beau pays), libéré en partie par René Château (la vidéo existait déjà chez l'éditeur en VOST et VF depuis quelques mois dans la collection "Les films que vous ne verrez jamais à la télévision"), difficile d'exprimer le choc ressenti à l'époque à la découverte de ce monument, sans doute le plus gros effet que m'aura fait un film à sa découverte en salles.
Bonne nouvelle, le film ressort la semaine prochaine en vost et vf, avec des projections dans pas mal de villes...Thaddeus va donc peut-être pouvoir, qui sait, le réévaluer! :) :

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_g ... =2062.html
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