V for Vendetta (James McTeigue - 2005)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jack Griffin
Goinfrard
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Post by Jack Griffin »

Colqhoun wrote:
Alan Shore wrote:Le film en l'état, reste sympa, mais trop édulcoré pour être foncièrement subversif...
Compressé, condensé, raccourci, adapté aux goûts du jour, etc... d'accord, mais édulcoré, non, vraiment pas.
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Evey ne se prostitue plus par exemple
Last edited by ed on 24 Mar 08, 18:16, edited 1 time in total.
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Colqhoun
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Post by Colqhoun »

Jack Griffin wrote:
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Evey ne se prostitue plus par exemple
Certes. Mais cela reste un détail en vue du discours tenu par V qui reste intact entre le comic et le film.
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Sergius Karamzin
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Post by Sergius Karamzin »

Je n'ai pas lu la BD, mais c'est le genre de détail passé à la trappe qui fait qu'un auteur intègre retire son nom du générique.
Vous voulez maroufler ? Je suis votre homme...
irreversible
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Post by irreversible »

Colqhoun wrote:
Jack Griffin wrote:
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Evey ne se prostitue plus par exemple
Certes. Mais cela reste un détail en vue du discours tenu par V qui reste intact entre le comic et le film.
Je ne suis absolument pas d'accord, le message de V (le message de la BD) a été totalement escamoté. Le propos particulièrement subversif de Moore se fondait sur l'anarchie. C'est-à-dire, l'action en deux temps: un premier temps violent et criminel, terroriste et un deuxième temps de re-création. Ces deux temps ne pouvant être menés par la même personne (raison suprème de la mort de V dans la BD et son remplacement par Evey !). Le film se veut beaucoup plus consensuel et politiquement correct et surtout ose un parallèle plus que déplacé avec l'Amérique d'aujourd'hui (il fallait oser sous entendre que les attentats du 11 septembre étaient peut-être le fait du gouvernement américain lui-même ! Vive Thierry Messan et le culte de la théorie du complot).
Les écarts entre la BD et le film sont finalement assez monstrueux:
- le personnage du commandeur n'est plus ici qu'un ersatz de dictateur caricatural alors que Moore en faisait un personnage dramatique, incapable d'aucune émotion, recherchant pathétiquement l'amour auprès d'une machine appelée Le Destin.
- le recours au LSD de l'inspecteur Finch pour retrouver V
- la magnifique idée de la "voix du destin" dans la BD devenue simplement la "voix de Londres"
- la construction narrative de la BD autrement plus riche que sa plate mise en forme
- le personnage d'Evey qui effectivement cherche à se prostituer dans la BD et qui JAMAIS ne songe à trahir V (ce qu'elle fait dans le film).

J'en passe et des meilleurs.

Le film des Washowski ou comment rendre caduque et innofensive une des plus grandes BD de ces trente dernières annes.
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John Anderton
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Post by John Anderton »

J'ai vachement aimé. Je trouve dommage qu'Alan Moore se soit désolidarisé du film qui respecte en définitive le mieux son matériau de base. Car "V pour Vendetta" est bien plus proche de son original en papier qu'un FROM HELL (le film a éludé un million de trucs) ou une LIGUE DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES (le film n'a presque plus rien à voir avec la BD)...
Le film, bien qu'américain, a un côté subversif qui fait plaisir à voir. J'ai retrouvé beaucoup de choses que j'avais aimées dans le comics, et si la mise en scène camoufle en effet le manque de décor (ce qui réduit l'ampleur visuel du film, mais le propos suffit à mon avis à faire mouche au final), ça reste franchement plaisant : les séquences et les événements s'enchaînent à un rythme soutenu et quelques scènes sont franchement belles (le combat de la fin, l'histoire de Valery...). Une très bonne surprise donc, qui laisse à penser que, avec un peu d'efforts, il est possible de restituer sans le trahir l'univers génial de Moore au cinéma...
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Angrom
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Post by Angrom »

Allez, mon petit avis, j'ai vraiment bien accroché ...

J'étais un peu anxieux en entrant dans la salle pour V pour Vendetta. Anxieux car bien que grand amateur d'Alan Moore et de cette bande dessinée en particulier, je n'aime pas du tout Matrix et la présence des Wachowski au scénario, ajoutée à celle d'un second couteau à la réalisation, James Mc Teigue (chef de seconde équipe sur Matrix et les Star Wars, notamment) ne me disait rien de bon. De plus, ma principale crainte était que tout le côté subversif du propos du comics d'Alan Moore ne fut aseptisé pour produire un blockbuster formaté, apte à séduire les masses, alléchées par les deux scènes "à la Matrix" du film", bien mises en évidence dans la bande annonce.

Force est de constater que ces craintes avaient complètement disparu en sortant de la salle. Même si bien sur l'adaptation a légèrement simplifié le propos, sacrifié un peu quelques personnages secondaires (ce qui est logique vu qu'on ne regarde par un film comme on lit un comics), l'essentiel des idées a complètement été conservé. James Mc Teigue, bien que pour la première fois ici à la réalisation d'un film, s'en sort fort bien, mieux même que les frères Wachowski sur Matrix à mon goût. Sa mise en scène est intéressante, et réserve beaucoup de bonnes petites surprises, de plans inventifs, de parallélismes et jeux de miroirs qui, sans être à chaque fois celles du comics, y rendent hommage de fort belle façon. J'ai notamment bien apprécié la scène d'ouverture, avec la préparation en parallèle de V et d'Evey ou la scène de la renaissance d'Evey mise en parallèle avec la naissance de V. Quelques scènes m'ont même complètement collé des frissons, comme les deux scènes d'attentats, ou l'histoire de Valérie.

Les acteurs choisis pour les rôles sont plutôt bons. Je suis tout sauf un fan de Nathalie Portman, mais je trouve qu'elle s'en sort fort bien dans son rôle. La voix de Hugo Weaving est suffisamment talentueuse pour réussir à personnifier le personnage de V, dont on ne voit que le masque de porcelaine durant tout le film, il fallait oser faire ce genre de tour de force, bravo ! Ses délires schizophrènes et ses répliques théâtrales aident à forger sa personnalité, et à rendre vivant ce masque immobile.
Mention spéciale à John Hurt (bien loin du gentil Trevor Broom de Hellboyqui personnifie à merveille la haine et l'intolérance du tyran en place en Angleterre, certains de ces discours font froid dans le dos, tant on se remet à penser aux heures noires de notre histoire européenne. De même, quelques répliques donneraient sans doute à réfléchir à certains dirigeants actuels. Rien que pour avoir gardé un tel niveau de subversion dans un blockbuster, chapeau !

Au final, on ne s'ennuie pas du tout pendant les deux heures dix que durent le film (difficile de faire moins vu la densité du matériau original), et James Mc Teigue a bien réussi à rendre hommage à Alan Moore, quoi qu'en dise ce dernier. Petit regret, les deux scènes de combat à la Matrix, complètement hors de propos, et qui ont sans doute eu pour seul but d'attirer les béotiens dans les salles de cinéma, un peu dommage. Hormis cela V For Vendetta est un quasi-sans-faute, une ode à l'anarchie, et un régal pour tous ceux qui croient qu'on peut encore se battre pour des idées. Freedom Forever ! (5.5/6)
- You know, just simple lines intertwining, you know, very much like - I'm really influenced by Mozart and Bach, and it's sort of in between those, really. It's like a Mach piece, really. It's sort of...
- What do you call this?
- Well, this piece is called "Lick My Love Pump".
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John Anderton
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Post by John Anderton »

Angrom wrote:Allez, mon petit avis, j'ai vraiment bien accroché ...

J'étais un peu anxieux en entrant dans la salle pour V pour Vendetta. Anxieux car bien que grand amateur d'Alan Moore et de cette bande dessinée en particulier, je n'aime pas du tout Matrix et la présence des Wachowski au scénario, ajoutée à celle d'un second couteau à la réalisation, James Mc Teigue (chef de seconde équipe sur Matrix et les Star Wars, notamment) ne me disait rien de bon. De plus, ma principale crainte était que tout le côté subversif du propos du comics d'Alan Moore ne fut aseptisé pour produire un blockbuster formaté, apte à séduire les masses, alléchées par les deux scènes "à la Matrix" du film", bien mises en évidence dans la bande annonce.

Force est de constater que ces craintes avaient complètement disparu en sortant de la salle. Même si bien sur l'adaptation a légèrement simplifié le propos, sacrifié un peu quelques personnages secondaires (ce qui est logique vu qu'on ne regarde par un film comme on lit un comics), l'essentiel des idées a complètement été conservé. James Mc Teigue, bien que pour la première fois ici à la réalisation d'un film, s'en sort fort bien, mieux même que les frères Wachowski sur Matrix à mon goût. Sa mise en scène est intéressante, et réserve beaucoup de bonnes petites surprises, de plans inventifs, de parallélismes et jeux de miroirs qui, sans être à chaque fois celles du comics, y rendent hommage de fort belle façon. J'ai notamment bien apprécié la scène d'ouverture, avec la préparation en parallèle de V et d'Evey ou la scène de la renaissance d'Evey mise en parallèle avec la naissance de V. Quelques scènes m'ont même complètement collé des frissons, comme les deux scènes d'attentats, ou l'histoire de Valérie.
Les acteurs choisis pour les rôles sont plutôt bons. Je suis tout sauf un fan de Nathalie Portman, mais je trouve qu'elle s'en sort fort bien dans son rôle. La voix de Hugo Weaving est suffisamment talentueuse pour réussir à personnifier le personnage de V, dont on ne voit que le masque de porcelaine durant tout le film, il fallait oser faire ce genre de tour de force, bravo ! Ses délires schizophrènes et ses répliques théâtrales aident à forger sa personnalité, et à rendre vivant ce masque immobile.
Mention spéciale à John Hurt (bien loin du gentil Trevor Broom de Hellboyqui personnifie à merveille la haine et l'intolérance du tyran en place en Angleterre, certains de ces discours font froid dans le dos, tant on se remet à penser aux heures noires de notre histoire européenne. De même, quelques répliques donneraient sans doute à réfléchir à certains dirigeants actuels. Rien que pour avoir gardé un tel niveau de subversion dans un blockbuster, chapeau !

Au final, on ne s'ennuie pas du tout pendant les deux heures dix que durent le film (difficile de faire moins vu la densité du matériau original), et James Mc Teigue a bien réussi à rendre hommage à Alan Moore, quoi qu'en dise ce dernier. Petit regret, les deux scènes de combat à la Matrix, complètement hors de propos, et qui ont sans doute eu pour seul but d'attirer les béotiens dans les salles de cinéma, un peu dommage. Hormis cela V For Vendetta est un quasi-sans-faute, une ode à l'anarchie, et un régal pour tous ceux qui croient qu'on peut encore se battre pour des idées. Freedom Forever ! (5.5/6)
Enfin ceux qui viennent voir V POUR VENDETTA en pensant à MATRIX en seront quand même pour leurs frais...
Sinon, + 1000 avec toi pour l'histoire de Valerie. Quel beau passage ! :shock:
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-Kaonashi Yupa-
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Post by -Kaonashi Yupa- »

John Anderton wrote:J'ai vachement aimé. Je trouve dommage qu'Alan Moore se soit désolidarisé du film qui respecte en définitive le mieux son matériau de base. Car "V pour Vendetta" est bien plus proche de son original en papier qu'un FROM HELL (le film a éludé un million de trucs) ou une LIGUE DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES (le film n'a presque plus rien à voir avec la BD)...
Le film, bien qu'américain, a un côté subversif qui fait plaisir à voir. J'ai retrouvé beaucoup de choses que j'avais aimées dans le comics, et si la mise en scène camoufle en effet le manque de décor (ce qui réduit l'ampleur visuel du film, mais le propos suffit à mon avis à faire mouche au final), ça reste franchement plaisant : les séquences et les événements s'enchaînent à un rythme soutenu et quelques scènes sont franchement belles (le combat de la fin, l'histoire de Valery...). Une très bonne surprise donc, qui laisse à penser que, avec un peu d'efforts, il est possible de restituer sans le trahir l'univers génial de Moore au cinéma...
Non le mesage de Moore n'est pas repris, juste en substance et en mode ultra light. Faut bien dire que dans le comics, c'était très très très très pessimiste, sombre, et fataliste, au point de donner l'anarchisme comme arme contre le totalitarisme (même si ce n'est pas aussi simple que ça). Je comprends très bien la réaction de Moore à ce propos.

Par ailleurs, il semblerait qu'il ne se soit pas désolidarisé de ce projet en particulier (i.e. après avoir vu le résultat) mais que par contrat, lors de la vente des droits, il fait inclure une clause stipulant que son nom n'apparaîtra pas au générique et sur les affiches. Et ce depuis La Ligue, il me semble.
Donc Watchmen, si le film se fait un jour, ne devrait pas porter la mention "based on a graphic novel by Alan Moore" non plus.
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John Anderton
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Post by John Anderton »

-Kaonashi Yupa- wrote:
John Anderton wrote:J'ai vachement aimé. Je trouve dommage qu'Alan Moore se soit désolidarisé du film qui respecte en définitive le mieux son matériau de base. Car "V pour Vendetta" est bien plus proche de son original en papier qu'un FROM HELL (le film a éludé un million de trucs) ou une LIGUE DES GENTLEMEN EXTRAORDINAIRES (le film n'a presque plus rien à voir avec la BD)...
Le film, bien qu'américain, a un côté subversif qui fait plaisir à voir. J'ai retrouvé beaucoup de choses que j'avais aimées dans le comics, et si la mise en scène camoufle en effet le manque de décor (ce qui réduit l'ampleur visuel du film, mais le propos suffit à mon avis à faire mouche au final), ça reste franchement plaisant : les séquences et les événements s'enchaînent à un rythme soutenu et quelques scènes sont franchement belles (le combat de la fin, l'histoire de Valery...). Une très bonne surprise donc, qui laisse à penser que, avec un peu d'efforts, il est possible de restituer sans le trahir l'univers génial de Moore au cinéma...
Non le mesage de Moore n'est pas repris, juste en substance et en mode ultra light. Faut bien dire que dans le comics, c'était très très très très pessimiste, sombre, et fataliste, au point de donner l'anarchisme comme arme contre le totalitarisme (même si ce n'est pas aussi simple que ça). Je comprends très bien la réaction de Moore à ce propos.

Par ailleurs, il semblerait qu'il ne se soit pas désolidarisé de ce projet en particulier (i.e. après avoir vu le résultat) mais que par contrat, lors de la vente des droits, il fait inclure une clause stipulant que son nom n'apparaîtra pas au générique et sur les affiches. Et ce depuis La Ligue, il me semble.
Donc Watchmen, si le film se fait un jour, ne devrait pas porter la mention "based on a graphic novel by Alan Moore" non plus.
Il a déjà renoncé à toucher des droits d'auteur auparavant, je crois. Sinon, pour le propos, si le film est évidemment moins subversif que la BD, il n'en reste pas moins plutôt osé pour un film américain de cette ampleur. Sincèrement, ceux qui s'imaginent voir un jour une adaptation littérale d'une oeuvre de Moore au cinéma croient au Père Noël... je crois franchement qu'il est impossible de le retranscrire à la lettre, la faute à une richesse thématique, stylistique et formelle d'une envergure peu commune... Moore est trop fort, point.
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Tony Hunter
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Post by Tony Hunter »

Vu et j'ai adoré, il faut absolument que je le revois pour en parler plus en détails.
J'ai été captivé par certaines images très puissantes. Le matériau de base est vraiment exceptionnel, je fini Watchmen et je me tape V pour Vendetta.
Philip Marlowe
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Post by Philip Marlowe »

Avec un matériau de départ plein de potentiel, ils réussissent à faire un film (presque) de la trempe des 4 fantastiques ! Tout y est plat: la réalisation(pour le coup je suis d'accord avec Tronche de cuir :? ), l'enquête, anémique, filmée comme dans un téléfilm bas de gamme, le traitement de V, qui même s'ils répètent que c'est un monstre, ne donnent jamais l'horreur de son action(parce qu'il tue des membres du méchant gouvernement et qu'il a tout de suite le peuple derrière lui-ce qui ne m'a pas semblé crédible du tout, mobiliser aussi facilement des gens à la petite vie bien rangée, hum :fiou: ), et on n'a au final ni un anti-héros, ni un héros ambigü, juste un héros de plus à peine plus sombre que les Marvel. Quant au discours politique, j'attends un peu plus de réflexion de la part d'un film, qu'il se situe un cran au-dessus de la paranoia de tous les jours( "et si les attentats du 11/09 et la maladie du charbon étaient un coup du gouvernement?" faut quand même pas pousser :roll: ). Résultat, vu le discours antiBush assez consensuel qu'il adopte, le film est tout sauf subversif. Je n'y voie qu'un divertissement à peine plus politisé que les autres(encore que depuis 2-3 ans on trouve de plus en plus de films popcorn politisés).
Alors oui Hugo Weaving s'en sort bien, Nathalie Portman n'est pas toujours convaincante, le coup de IdeaMan n'est pas mal du tout, mais pour moi ça n'a pas suffi à faire passer l'ennui.
gehenne
Howard Hughes
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Post by gehenne »

V pour Vendetta pose une question intéressante : Le cinéma est-il devenu un outil de propagande plus efficace qu’une bande dessinée ? Assurément, la réponse est positive. Le cinéma détient une place plus importante et bénéficie d’une diffusion bien plus ample. De plus, il possèderait un caractère apparemment plus noble. Ou alors le neuvième art est encore trop mésestimé pour prétendre à un statut identique. L’idée de présenter un tel métrage est-elle nourrie par la volonté de transposer d’un médium à un autre une formidable et puissante Histoire, ou donner envie aux futurs spectateurs de lire l’œuvre de Moore et Lloyd ?

Le présent métrage démontre une incroyable volonté à ne pas figurer l’Intrigue qu’il narre. Le divorce du fond et de la forme apparaît rapidement et laisse place à un vide visuelle, que seule la puissance évocatrice de l’Histoire parvient à maintenir vivant. Aucune tentative de fulgurer des mots, aucune attention représentative d’un semblant de personnalité ne vient égayer la mollesse picturale qui s’anime devant nos yeux. Autant d’effort d’absentéisme accuse la médiocrité d’un cinéaste à reproduire ce qui était pourtant déjà gravé. Derrière les images, résonne l’écho lointain des mots de Moore. Cette pulsation verbale représente l’étincelle de vie entretenant l’attention d’un spectateur qui s’interroge sur la vacuité d’une telle entreprise. Lorsque l’on dispose d’une Histoire qui enfante un panel réflexif aussi imposant, l’image doit être capable de soutenir le propos. Mais pour réaliser cet exercice, encore faut-il être pourvu d’une personnalité. Evidemment, il manque une âme au film. Celle qui habite les plus grand métrage. Et présentement, il ne reste que celle d’un auteur qui n’affiche même pas son nom au générique. V pour Vendetta est un masque vide, une silhouette dépersonnalisé, un film désincarné.

V pour Vendetta est un objet laid. Pas monstrueux, ni repoussant. Juste laid. Anonyme et laid. On pourrait féliciter le réalisateur, tant il démontre un effort particulier pour enlaidir des images si évocatrices. Incroyable travail de banalisation visuelle. La plastique est morne et pauvre. Jamais, le réalisateur ne cherche à s’investir et impliquer le spectateur au cœur du métrage. Dans ce théâtre défraîchi, les acteurs s’exercent au funambulisme, et tous sombrent plus ou moins. Impossible d’exister au milieu de nulle part. Impossible d’exister dans ce lieu désincarner.

Que reste t-il ? Des idées qui jaillissent du métrage, celles inscrites par Moore au cœur de ses personnages. Un discours, étrangement symbiotique avec notre époque qui appuie un peu plus le caractère visionnaire et universel du message de l’auteur. Il reste surtout une œuvre dessinée, parfait écrin pour cette Histoire. Pourquoi faire des films dont l’unique qualité seraient de donner envie de découvrir l’original ? Lorsque le neuvième art n’aura plus besoins du septième art pour trouver ses lettres de noblesse, on pourra s’épargner ces vulgarisations immondes. Ainsi, on ne cherchera plus un palliatif pour évoquer une œuvre, on l’évoquera tout simplement.
Ainsi, toujours et pourtant...
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Colqhoun
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Post by Colqhoun »

gehenne wrote:Et présentement,
GN est devenu québécois.... :|
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gehenne
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Post by gehenne »

Colqhoun wrote:GN est devenu québécois.... :|
Tabernacle ! :lol:
Ainsi, toujours et pourtant...
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-Kaonashi Yupa-
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Post by -Kaonashi Yupa- »

Excellent critique, géhennou, dans laquelle je retrouve exactement ce que j'ai ressenti (même si le film ne m'a pas ennuyé sur le moment).