Top Pedro Almodovar

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Flol
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Flol »

Watkinssien wrote:
Jeremy Fox wrote: Après Godard, il va peut-être falloir que je fasse la même chose avec Almodovar : Parle avec Elle m'a conquis de bout en bout.
Oui moi aussi, d'autant que j'ai pour la première fois adoré un Almodovar avec son magnifique Etreintes brisées !
Même chose. Ce qui m'aura ensuite poussé à découvrir Parle avec elle, puis La Mauvaise Education...qui furent autant de bonnes surprises.
Du coup, j'ai dû réviser un peu mon jugement concernant Almodovar...
Nomorereasons
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Nomorereasons »

Federico wrote:
pol gornek wrote: Arrête, je vais commencer à fantasmer.
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Abusé! J'ai dit "UN" prof en parlant de moi! En tout cas Dieu merci, depuis que j'ai découvert Parle avec Elle et La Fleur de mon secret (qui est excellent lui aussi) je porte des couleurs toujours aussi ternes.
Nestor Almendros
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Nestor Almendros »

LA PIEL QUE HABITO (2011)

Moi qui ne m'intéresse que de très loin au réalisateur espagnol, j'ai trouvé plusieurs choses assez intéressantes dans le film. J'étais curieux de voir comment Almodovar allait s'approprier un genre et de ce point de vue-là, je n'ai pas été déçu. Mis à part quelques débordements assez habituels chez lui (le personnage du tigre et ce qu'il fait subri à Vera) il y a une réelle cohérence avec son oeuvre, le rapport aux corps, à la sexualité, etc. Le personnage de Vera est particulièrement original dans le genre et rejoint là encore les obsessions thématiques d'Almodovar. C'est un mélange des genres assez étrange, plein de références, qui arrive même à lorgner vers le mélo, dans son final.
Dommage que, malgré une mise en scène au scalpel (c'est le cas de le dire), Almodovar reste trop dans la distance et ne s'intéresse pas plus aux personnages. Il lui manque une émotion qui n'apparaît vraiment que dans la dernière scène, mais en retenue. Le personnage de Vera aurait mérité quelques chose de plus ample de ce point de vue, on s'intéresse peut-être trop au scientifique et pas assez à sa victime.
ballantrae
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by ballantrae »

Je n'ai pas toujours été fan d'almodovar (le côté nuits madrilènes façon movida me semble au mieux floklorique) mais trouve qu'il devient un sacré cinéaste.
1)Le chef d'oeuvre
-Parle avec elle
2)Les grands films
-volver
-La piel que habito
-En chair et en os
-La fleur de mon secret
-La mauvaise éducation
-etreintes brisées
3)Les films qui sans les scories usuelles auraient pu devenir grands au lieu d'être simplement beaux
-attache moi
-Tout sur ma mère
-Talons aiguille
4)Les films sympathiques:
-Qu'est ce que j'ai fait...
-Femmes au bord de la crise...
-Matador
5)Les films ratés:
-Labyrinthe des passions
-kika
6)Pas vus:
-pepi, luci
-La loi du désir
Et qqs autres sûrement!
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Thaddeus
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Thaddeus »

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(en italiques : films découverts en salle à leur sortie)


Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier
Joyeux enfant dévergondé des nuits madrilènes, Almodóvar a mis un an pour bricoler cette comédie provocante aux airs de plaisanterie potache, dont le charme exaspérant mêle les grossièretés d’un brouillon et les intuitions d’un auteur déjà conscient de ses possibilités. L’image est pouilleuse comme pas permis, les faux raccords ne se comptent plus, mais la vitalité des personnages, l’extravagance de leurs désirs et la folie de leurs comportements suffisent à entraîner dans un univers assez grinçant et original pour maintenir la curiosité. Entre concours d’érections et femme à barbe frustrée, ondinisme et masochisme, loufoqueries scatologiques et parodies publicitaires (un spot promouvant une petite culotte très spéciale), le film trace son chemin, sans peur d’apparaître inégal et désordonné. 3/6

Dans les ténèbres
Traquée par la police, une chanteuse de boléro se réfugie chez sa plus grande fan, la mère supérieure du couvent des Rédemptrices humiliées (!). Drôle de couvent : les sœurs portent des noms étranges, l’une se shoote à l’héro, l’autre aux acides, une troisième écrit des polars pornos, une dernière élève un tigre dans le jardin, telle une héroïne de Buñuel. Laissant filtrer sa sympathie pour les femmes qui font triompher leur liberté contre l’endurcissement d’une religion mortificatoire, l’auteur s’amuse à faire valser les rapports de domination/soumission et touille un précipité de provocations tranquilles où se cristallisent pêle-mêle la volonté de rédemption et la fascination pour le mal, les péchés mignons et les penchants pervers, le burlesque foutraque et le mélo strident. Bancal mais insolite. 3/6

Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?
En dressant le portrait d’une mère au bout du rouleau, qui se gave d’amphétamines pour accumuler les heures de ménage et nourrir les siens, le cinéaste convoque un néoréalisme à l’espagnole nourri d’humour noir et de satire oblique. Regarder le film venir bout à bout, de manière souvent conventionnelle, d’un scénario grotesque et délirant ne va pas sans le sentiment de se trouver devant un objet finalement plus sage que ce dont on pouvait s’attendre. Si la mise en scène n’évite pas le laisser-aller, Almodóvar réussit en revanche à croquer une série de portraits incisifs et cruels avec une certaine justesse de ton, en maintenant son attention au détail ubuesque, à l’absurde de situations pointant une misère quotidienne, et qui pourraient se révéler tragiques s’il ne prenait pas le parti d’en rire. 3/6

Matador
L’Empire des Sens à la sauce movida. Promu maître de l’underground ibérique, Almodóvar exploite ici certains grands thèmes mystiques espagnols : le sang, l’amour, la religion. Dans cette corrida de sexe et de mort, un ancien matador et son double féminin tuent à la manière de Catherine Tramell, selon un rituel quasi sacré. Et lorsqu’ils tombent au cinéma sur le dénouement de Duel au Soleil, leur bouquet final est annoncé, suicide conjoint dans l’abandon à un plaisir morbide, apothéose d’une passion indigne d’être poursuivie sur terre. Le réalisateur déploie le filet de ces névroses fatales avec un sens affirmé de la sophistication : capes rouges voletant dans la poussière de sable et devant des feux de cheminée, anges meurtriers et adulés tournant dans l’arène d’une très obsessionnelle tragédie postsurréaliste. 4/6

La loi du désir
Feu des passions, tourments créatifs, recours au drame criminel et à la tragédie, motifs et couleurs baroques imprégnant le récit d’une atmosphère chaude, humide, tendue… Almodóvar affirme toujours plus son style, témoigne de son goût pour le mélange des genres, les accidents signifiants, les relances improbables d’un récit peuplé d’êtres cocasses et déchirés. Son expression est insolite, convulsive, mettant la provocation et l’humour noir au service de la pathologie des sentiments, ses images sont nourries d’un homo-érotisme ardent et reflètent des perceptions crues ou des apprentissages douloureux. Reste que ce méli-mélo qui foule au pied tous les tabous de l’Espagne et rappelle le romanesque torturé de Fassbinder est un peu trop chargé pour me convaincre pleinement. 4/6

Femmes au bord de la crise de nerfs
Exacerbation des sentiments, cocasserie tous azimuts, provocations de tout poil, luxuriance formelle plus péremptoire : la comédie est complètement frappadingue, nourrie à la psychologie féminine et à l’art kitsch, et dresse le tableau aux couleurs crues d’une microsociété en décomposition, emprunte de misogynie et de dérision généralisée. En orchestrant un vaudeville à la Feydeau, moins sulfureux mais plus maîtrisé que le précédent film, Almodóvar donne un aperçu farfelu du gaspacho pop et saturé de son cinéma, tel un croisement allumé entre Blake Edwards et George Cukor, relevé de saveurs exotiques. Les chassés-croisés délirants de ces femmes névrosées, vecteurs parfaits des angoisses et des désirs refoulés de la bourgeoisie madrilène, conservent leur charme épicé. 4/6

Attache-moi !
Comme souvent avec le fougueux Ibérique il faut ranger ses certitudes au placard et oublier tout principe de normalité. Ce qui se joue entre le garçon un peu frappé et sa prisonnière sexy à la peau de moka tient du théâtre des pulsions et des affinités indésirées : qui des deux rendra le premier les armes ? Mi-drame passionnel empli de symboles religieux, mi-thriller iconoclaste puisant à la folie douce et au syndrome de Stockholm, le film rappelle qu’au pays de Carmen l’amour n’a jamais connu de loi. À la fin, lorsque l’orphelin Ricky se voit adopté par une famille solidement matriarcale, Almodóvar démontre aussi qu’il maîtrise le discours à double détente : car si l’homme semble mener le jeu c’est bien de la femme dont il a besoin, et à travers elle qu’il trouvera son équilibre et sa rédemption. 4/6

Talons aiguilles
Le neuvième film de l’auteur est en fait le premier, comme si, lassé de ses subversives dérives, le clown culte des années 80 commençait à édifier une œuvre. À l’instar de Sirk, il questionne la logique inflexible des rêves, l’égoïsme de l’artiste et la repentance d’une mère dénaturée, l’amour têtu et blessé, plein de détresse, d’une enfant abandonnée et le désarroi de la star qui pleure sur scène. Almodóvar perfectionne avec truculence son art du un mélo invraisemblable, sa pratique allègre du croisement des genres (burlesque, tragique, policier, agrémenté d’une touche de psychanalyse) et de l’éclat des couleurs, dans une fête d’artifices baroques et de personnages interlopes. La comédie de mœurs est touchante et corrosive, désamorçant le larmoyant et le sordide par l’humour. 4/6

Kika
Comédie, polar, aventure d’anticipation : avec cette fable décapante sur l’ignominie des reality shows, l’auteur ose un collage de genres disparates, de registres d’émotion opposés, et revendique une indifférence presque pathologique quant au destin de ses personnages. Volontiers déroutant, plein d’idées et un peu théorique, le film convoque les forces de son univers personnel sans hésiter à en bouleverser les repères, impose une esthétique hybride qui met en pièces les simulacres, car ici l’anarchie des images est aussi un chaos de styles. Et peu à peu, ce qui n’était que chassés-croisés vaudevillesques et situations abracadabrantes devient un duel entre la championne d’optimisme et de candeur et la grande prêtresse du voyeurisme – avec une victoire de la première par K.O. à la dernière reprise. 4/6

La fleur de mon secret
Cette fois, ça y est : Almodóvar s’envole vers la splendeur sereine d’un cinéma de chair et de tourments, de chaleur et de larmes, qui ne doit plus rien aux enluminures superflues de la provocation. Les débats et les affrontements sentimentaux (le refus de l’homme tant désiré, la rupture, la dépression) ramènent ici aux origines (la mère favorisant un nouveau départ, le retour au village natal) et à la création (danse, littérature), encadrés de couleurs et d’objets porteurs de sens et d’émotion. Très élaboré dans sa confection, le film développe un style qui se rassemble dans l’unité d’une conscience pour mieux rayonner le monde alentour, et offre le superbe portrait d’une femme passant de l’égocentrisme de l’amour malheureux à la réconciliation avec l’existence. Toute la sensibilité d’un auteur au sommet. 5/6

En chair et en os
Avec une vigueur inédite pour lui, Almodóvar recourt aux codes du film noir classique mais en redéfinit les règles : si les énigmes à résoudre et les responsabilités à déterminer sont bien là, le suspense repose principalement sur la capacité ou non des protagonistes à s’affranchir de leur culpabilité. Moins baroque et électrique qu’ailleurs, mais d’une sensibilité résolument nouvelle, le cinéaste prend acte de la mutation politique de la société espagnole au travers d’une structure circulaire qui permet de mesurer un quart de siècle d’évolution. Le film demeure avant tout un drame sentimental déguisé en polar rutilant, sensuel et mystérieux, un réseau intime de passions empêchées, de jalousies et de désirs violents, qui digère brillamment ses références (Buñuel, Hitchcock). Petit bijou. 5/6

Tout sur ma mère
La période outrancière de Pedro est révolue, les sentiments prennent le pas sur le physiologique. Pourtant Almodóvar ne s’est jamais jeté avec tant d’ardeur et d’abandon dans les artifices du mélo, qu’il fait flamber ici avec une générosité rare. La société, la réalité la plus ordinaire sont absorbées dans un kaléidoscope de couleurs, un véritable embouteillage de parcours individuels. Entre souffrance et démesure, irrigué par le souvenir d’Eve et d’Un Tramway nommé Désir, le film réveille la madre qui est en nous, exalte le sacrifice et la transmission (tout y tourne autour de la greffe et du transfert), parle des amours, des deuils et du mal de vivre de marigots de la misère, meurtris par la prostitution ou la drogue, mais pourtant animés par une soif de vie inextinguible. La tragédie est heureuse, la douleur revigorante, le film superbe. 5/6
Top 10 Année 1999

Parle avec elle
Témoignant d’une remarquable profusion narrative, Almodóvar joue de détours inattendus et de ramifications complexes pour tisser les fils de quatre destinées, vecteurs d’une représentation poignante d’une humanité mise à l’épreuve mais solidaire, mue par l’altruisme et la compassion. Sur la ligne de partage entre la vie et la mort, au bord de l’abîme des attachements, il approche la nature profonde des êtres, débobine une pelote des passions qui sublime le pouvoir de transmission, le don de soi et la puissance de l’amour fou. Nouvelle lecture de La Belle aux bois dormant, mais qui serait travaillée par les questions du deuil et du renoncement, ce mélo ouaté, affrontant les choses avec une ferveur digne des plus grands, parle avec nous de la fragilité des hommes et des croyances, de la force du sentiment et de la tragédie d’être seul. 6/6
Top 10 Année 2002

La mauvaise éducation
Personne n’est plus manipulateur et calculateur qu’Almodóvar, mais son talent est d’inciter le spectateur à chercher sa voie dans le dédale des passions et des secrets, des mensonges et des identités. À l’enchevêtrement de l’amour hétérosexuel et des lignes du récit croisées du film précédent succède un monde exclusivement masculin où règne le désir homosexuel, et dont le scénario exhume méticuleusement les strates du passé. Labyrinthe fictionnel d’une grande précision, le film médite sur le prix à payer pour la création artistique, joue avec les niveaux narratifs et les degrés de mise en abyme. Toute en enchâssements élaborés et peaufinage plastique, il réunit les composantes almodovariennes (traumatismes d’enfance, travestissement et cinéma) en une toile complexe et fascinante. 5/6

Volver
Retour au village, aux femmes, aux actrices qui ont accompagné l’artiste pendant sa carrière. Toutes animées par une ardeur méditerranéenne, une truculence généreuse, les habitantes de cette petite bourgade de la Mancha fouettée par un vent enivrant ont appris à vivre ensemble, sans se soucier des frontières entre la vie et la mort, la ville et la campagne. Avec rigueur et fantaisie, Almodóvar leur compose un hymne d’une ferveur vibrante, en une sorte de sitcom-novela dédiée à l’univers féminin, au deuil, à l’absence et au drame de l’inceste. Entre le réel et le fantastique, les revenants et les secrets de famille, les retrouvailles et la superstition, le film cultive sa foi dans le retour du refoulé et suscite une émotion intense, chaude, nourricière, à l’image d’une pléiade d’actrices au sommet de laquelle brille la superbe Penelope Cruz. 5/6
Top 10 Année 2006

Étreintes brisées
Nouvel hommage au septième art, à la puissance de transfiguration des actrices (Cruz encore filmée en une muse rayonnante) et aux pouvoirs de la fiction. Difficile de faire la fine bouche devant une telle maîtrise des moyens, un écheveau si méticuleusement travaillé, qui remet en jeu les problématiques habituelles de l’auteur : le souffle de la passion, le poids de la culpabilité et du souvenir, le désir et la manipulation sentimentale. Clins d’œil, références et intrigues se juxtaposent dans un jeu de miroirs complexe brodant autour du souvenir d'une femme follement aimée et de l'énigme d'un passé inavoué, qui célèbre et redessine l’amour fatal avec les couleurs du film noir et du mélodrame. Mais la frontière est mince entre le ressassement et l’œuvre-somme, et Pedro commence un chouïa à se répéter. 4/6

La piel que habito
Comment ça, Pedro commence à se répéter ? Que dalle. D’un sujet éminemment cronenbergien, il tire un bijou d’ambiguïté retorse, de douleur rentrée, de fascination troublante, niché d’une myriade d’obsessions et de torsions vénéneuses qui retournent comme une crêpe, incrusté de saillies extravagantes bien à lui. Identité sexuelle, folie glacée, désir de vengeance et désir physique mêlés… La matière est riche, d’une violence d’autant plus déstabilisante qu’elle s’exprime de façon elliptique, presque pudique. Almodóvar agence des entrelacs narratifs virtuoses, des compositions élaborées (recours aux écrans, aux associations inédites, jusqu’à la peau veloutée d’Elena Anaya), avec une précision d’orfèvre – à cet égard, la dernière scène et l’ultime réplique témoignent d’une sensibilité intacte. 5/6

Julieta
Titre sibyllin pour un film tout aussi limpide, beau comme ses actrices, direct comme une épure essentialiste, de celles que les grands cinéastes entreprennent lorsqu’ils n’ont plus rien à prouver. La femme en demeure bien sûr la figure centrale, plurielle à l’image de ces filles, amies et rivales emportées dans une même tourmente, singulière avec cette héroïne hébétée de douleur qui retrace sa vie en une vague lentement minée par le destin. Le temps y joue la fonction révélative essentielle, processus scellant un récit dépourvu de toute aspérité dramatique, de toute logique ascendante, mais irrémédiablement lesté des topos de la tragédie. La culpabilité, enfin, en constitue le carburant actif, qui apporte une incurable tristesse à ce mélo tranquille dont l’affliction informulée suscite comme un vertige. 5/6

Douleur et gloire
Désormais septuagénaire mélancolique mais toujours mû par les forces de la vie et de l’imaginaire, plus que jamais porté aux vertus de l’introspection, l’artiste se livre à l’exercice délicat de l’autofiction sans que son exploration du soi ne verse dans la vanité ou la complaisance. Avec ce 8 ½ miniature qui troquerait l’hypertrophie fellinienne contre une intimité pudique et vibrante, magnifiquement servi par un Antonio Banderas tout de finesse, de retenue, de fragilité, il laisse venir à lui les fantômes du passé et les tourments de l’inspiration, les regrets informulés et l’irrépressible ferveur à les dépasser, éclaire les chemins qui mènent de la douceur d’un sourire ou d’un chant à l’étincelle de la création, de l’étincelle d’un premier désir à l’activation de la guérison, de la langueur du temps perdu à la grâce du temps retrouvé. 5/6
Top 10 Année 2019


Mon top :

1. Parle avec elle (2002)
2. Tout sur ma mère (1999)
3. Volver (2006)
4. Douleur et gloire (2019)
5. La fleur de mon secret (1995)

Cela fait quelque temps déjà que certains aimeraient l’enterrer. Le jour où il réalisera ne serait-ce qu’un film moyen, je commencerai (peut-être) à y réfléchir. En attendant, pour moi c’est une évidence : Almodóvar est l’un des cinéastes les plus talentueux et passionnants de notre époque, un conteur virtuose et hyperdoué, qui allie une forme sophistiquée et fascinante à un propos d’une cohérence, d’une richesse, et surtout d’une force émotionnelle, constamment renouvelées. Continue comme ça Pedro, tu te ballades, et tu l’un de ces cinéastes adorés qui, depuis quinze ans, ne m’ont jamais déçu : une vertu de plus en plus rare – je les compte sur les doigts de la main.
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by joe-ernst »

Stark wrote:Allez, mon petit top commenté pour l'Ibère.
Très joli post ! Si je peux me permettre, essaie de voir La fleur de mon secret, un de mes Almodovar préférés (et je les ai tous vus !) :wink:
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We are all in the gutter, but some of us are looking at the stars. Oscar Wilde.
L'hyperréalisme à la Kechiche, ce n'est pas du tout mon truc. Alain Guiraudie
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Thaddeus
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Thaddeus »

joe-ernst wrote:Très joli post ! Si je peux me permettre, essaie de voir La fleur de mon secret, un de mes Almodovar préférés (et je les ai tous vus !) :wink:
Merci. Je vais essayer de poster mes tops commentés pour chacun des réalisateurs dont il existe un topic général, à raison d'un par jour. Etant donné que je viens de les établir de façon exhaustive sur un autre forum, ça ne devrait pas m'être très compliqué.

Je prends note pour La fleur de mon secret, qui est en effet un film aussi méconnu qu'estimé, me semble-t-il ; peut-être un tournant important dans la carrière d'Almodovar ?...
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Demi-Lune
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Demi-Lune »

Femmes au bord de la crise de nerfs (1988)

C'est un peu l'inverse de mon commentaire sur La loi du désir. Ici, Almodovar a manifestement pris soin à travailler la structure de son scénario - ce qui est logique puisqu'on se rapproche d'un modèle théâtral voire vaudevillesque. La mécanique du récit est donc bien mieux conduite : on sent que tous les effets sont millimétrés et que la folie douce qui guide l'ensemble dissimule en réalité quelque chose de très pensé. Des éléments scénaristiques sont réutilisés plusieurs fois (le gaspacho par exemple), d'autres sont à retardement (l'avion pour Stockholm), bref on est dans la pure tradition du vaudeville avec ses entrées et sorties, ses situations toujours plus improbables et ses quiproquos. La fluidité de cette mécanique rend assez sympathique l'expérience du film même s'il met un peu de temps à décoller. Malgré tout, je n'ai pas souvent été très sensible à son humour décalé (je dirai même que c'est très peu drôle, souvent laborieux : ça ne m'a vraiment amusé que quand les deux flics débarquent) ni à l'écriture des personnages qui trahit tout ce qui me pose problème chez Almodovar : outrance, caricature, papotages stériles et girly attitude un peu relou à la longue, sur fond de patine Movida n'ayant pas forcément toujours bien vieilli (le chauffeur de taxi à la banane peroxydée, le look d'Alain Chabat époque Nul de Banderas, etc). Au final, c'est encore un constat moyen pour moi même si le style du réalisateur, son brio pour la lumière et la couleur, sa mise en scène foisonnante, certaines de ses idées (la déclaration d'amour par le doublage, avec le texte à compéter) me fascinent.
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by AtCloseRange »

Si tu as l'occasion, essaie Matador qui, bien que datant de la même période me semble plus apaisé et moins bariolé.
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Demi-Lune
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Demi-Lune »

AtCloseRange wrote:Si tu as l'occasion, essaie Matador qui, bien que datant de la même période me semble plus apaisé et moins bariolé.
OK :wink:

Mon (court) top du bonhomme :

J'aime beaucoup :
1 - Volver (2005)
Très bon :
2 - Attache-moi ! (1990)
Bon :
3 - Étreintes brisées (2009)
4 - La piel que habito (2011)
Moyen :
5 - Femmes au bord de la crise de nerfs (1988)
Bof :
6 - La loi du désir (1986)
7 - Parle avec elle (2002)
Je n'aime pas :
8 - Tout sur ma mère (1999)
Last edited by Demi-Lune on 18 May 14, 10:55, edited 1 time in total.
Gustave
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Gustave »

Pour moi le plus grand cinéaste en activité, ni plus ni moins !

Chefs-d'oeuvre :
1) Tout sur ma Mère
2) Parle avec elle
3) Volver
4) Etreintes brisées

Excellents :
5) La Piel que habito
6) Talons aiguilles
7) La mauvaise Education

Très bons :
8) Attache-moi !
9) En Chair et en Os
10) La Loi du Désir
11) Femmes au Bord de la Crise de Nerfs
12) Kika
13) La Fleur de mon Secret

Bons :
14) Matador
15) Dans les Ténèbres

Pas vus :
Pepi, Luci, Bom
Le Labyrinthe des Passions
Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Amarcord »

Petit top rapide (en attendant l'intégrale Blu-ray en fin d'année, pour une révision) d'un cinéaste que j'ai beaucoup aimé quand je l'ai découvert (grosso modo, au moment de la sortie de Talons aiguilles) et suivi pendant une bonne dizaine d'années, mais qui, à mes yeux, a perdu de sa superbe au fil des ans (et de mes découvertes d'autres cinéastes répondant plus à mes "attentes" ; il est clairement enterré par Kiarostami, Kieslowski, Ceylan et quelques autres), jusqu'à ne susciter plus qu'un intérêt poli chez moi, puis, aujourd'hui, du quasi-désintérêt (je n'en attends plus grand chose)...

J'aime beaucoup :
1988 Femmes au bord de la crise de nerf
1990 Attache-moi
1991 Talons aiguilles
1993 Kika

J'aime bien :
1995 La fleur de mon secret
1999 Tout sur ma mère
1987 La loi du désir
1984 Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?
1986 Matador
2006 Volver
2002 Parle avec elle

Mouais :
1983 Dans les ténèbres
1980 Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier
1997 En chair et en os
2011 La Piel que habito

Bof :
2013 Les Amants passagers

Pas aimé :
2004 La Mauvaise éducation

Pas vus :
1978 Folle... folle... fólleme Tim!
1982 Le labyrinthe des passions
2009 Etreintes brisées
2016 Julieta

Et sinon, petite question : sait-on pourquoi Le Labyrinthe des passions n'est pas édité en DVD ? Problème d'éditeur, je suppose ? Le film est bloqué par quelqu'un ?
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Truffaut Chocolat
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Truffaut Chocolat »

Amarcord wrote:(en attendant l'intégrale Blu-ray en fin d'année, pour une révision)
Quoi que quoi ?
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Amarcord »

Truffaut Chocolat wrote:
Amarcord wrote:(en attendant l'intégrale Blu-ray en fin d'année, pour une révision)
Quoi que quoi ?
Eh bien oui : https://www.amazon.fr/Cin%C3%A9ma-dAlmo ... =almodovar
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Truffaut Chocolat
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Re: Top Pedro Almodovar

Post by Truffaut Chocolat »

Amarcord wrote:
Truffaut Chocolat wrote: Quoi que quoi ?
Eh bien oui : https://www.amazon.fr/Cin%C3%A9ma-dAlmo ... =almodovar
Grande nouvelle !