Hayao Miyazaki

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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bronski
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Re: Hayao Miyazaki

Post by bronski »

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Ponyo sur la falaise (2008) ce soir à 20h45 sur Arte. VM japonaise proposée? :arrow:
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gnome
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Re: Hayao Miyazaki

Post by gnome »

bronski wrote:Image

Ponyo sur la falaise (2008) ce soir à 20h45 sur Arte. VM japonaise proposée? :arrow:
J'ai vu ça ! :D Si je n'avais pas eu une réunion, je me serais bien repassé ce bijou !
Strum
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Re: Hayao Miyazaki

Post by Strum »

Pour les amateurs et les curieux qui n'ont pas encore découvert Miyazaki, un bel hommage :

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Jeremy Fox
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Re: Hayao Miyazaki

Post by Jeremy Fox »

A signaler aussi dans notre mise en ligne du jour, en toute fin de texte, le top de la rédaction et de quelques rédacteurs (les amateurs du cinéaste). Nous allons généraliser ce "procédé" dans les semaines à venir ; ça pourra être utile pour certains lecteurs qui souhaiteraient se pencher et découvrir une nouvelle filmographie en commençant par les 'priorités' ou en fonction de leurs affinités de goûts avec tel ou tel rédacteur. :wink:
Strum
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Re: Hayao Miyazaki

Post by Strum »

Jeremy Fox wrote:A signaler aussi dans notre mise en page du jour, en toute fin de texte, le top de la rédaction et de quelques rédacteurs (les amateurs du cinéaste). Nous allons généraliser ce "procédé" dans les semaines à venir ; ça pourra être utile pour certains lecteurs qui souhaiteraient se pencher et découvrir une nouvelle filmographie en commençant par les 'priorités' :wink:
Bonne idée, effectivement !

Mon top Miyazaki (les 4 premiers se tiennent dans un mouchoir de poche), en attendant de voir Le Vent se lève :

1. Nausicaä de la vallée du vent
2. Le Voyage de Chihiro
3. Mon voisin Totoro
4. Ponyo sur la falaise
5. Porco Rosso
6. Le Château ambulant
7. Kiki la petite sorcière
8. Princesse Mononoke
9. Le Château dans le ciel
10. Le Château de Cagliostro
poet77
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Re: Hayao Miyazaki

Post by poet77 »

Le Vent se lève:

Pour ce qui sera vraisemblablement son chant du cygne (le maître japonais ayant dit et redit qu'il signait là son dernier long-métrage), Hayao Miyazaki s'inscrit à la fois dans la continuité de ce qu'il a déjà créé et dans une certaine rupture. Continuité parce qu'on retrouve ici quelques-unes des obsessions ou quelques-uns des leitmotivs qui ont agrémenté une grande partie de son œuvre, à commencer par la fascination pour les engins volants et pour tout ce qui vole : cela nous a valu nombre de scènes inoubliables depuis « Nausicaä » jusqu'au dragon du « Voyage de Chihiro » en passant « Kiki la petite sorcière », « Le Château dans le Ciel » et « Porco Rosso ». Mais une autre obsession, beaucoup plus sombre et beaucoup moins poétique, glisse également son épouvante dans ce film ultime : celle des catastrophes et des destructions, que ce soit du fait de la nature (un séisme) ou du fait de l'homme (la guerre). Rupture aussi, disais-je, parce que, pour une fois, Miyazaki n'a pas éprouvé le besoin de recourir aux fantasmagories (en dehors de quelques scènes de rêves) ni aux créatures ni aux divinités dont il a peuplé d'autres de ses films.
En effet, au lieu de puiser son inspiration dans des récits fantastiques ou dans des mythologies, Miyazaki s'est emparé de l'histoire et du destin d'un personnage réel, de l'ingénieur Jiro Horikoshi à qui l'on doit l'invention du chasseur Zero de sinistre mémoire, un avion qui fit des ravages durant la deuxième guerre mondiale. Comment ?, s'étonnera-t-on, après avoir exprimé toute sa vie sa détestation de la guerre, Miyazaki, au soir de son existence, serait-il devenu un affreux belliciste ? Bien sûr que non ! Une telle interprétation du « Vent se lève » serait totalement fallacieuse. Au contraire, ce film indique clairement que la guerre est la pire des folies et que l'emploi du chasseur Zero pour provoquer des carnages s'apparente au détournement d'un rêve que l'on transforme en cauchemar.
On craindra peut-être aussi de perdre énormément sur le plan de la poésie : l'évocation de l'histoire du Japon plutôt que le recours aux récits fantastiques ne rend-il pas le film pesant et sans grâce ? Mais sur ce plan-là aussi, l'appréhension, si elle existe, a vite fait de s'envoler pour laisser place à l'émerveillement. La poésie est présente, plus que jamais, elle se glisse dans la vie, dans le quotidien, dans l'environnement, dans la nature, elle est partout, offrant toute une palette de nuances, du plus clair au plus sombre. Elle est à rechercher, en premier lieu, dans tout ce qui se réfère au titre du film, lui-même emprunté au vers d'un poème de Paul Valéry : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre ». Et le vent, en effet, est partout : du vent léger qui fait se reconnaître et se rejoindre ceux qui s'aiment en emportant de l'un à l'autre un chapeau, un parasol ou un avion de papier au vent fou qui attise l'incendie ravageant une ville déjà détruite par un séisme, en passant par une autre sorte de vent, celui de l'histoire, qui, comme je l'ai déjà dit, corrompt les rêves afin de les changer en cauchemars.
« Il faut tenter de vivre », aller jusqu'au bout de ses rêves : que ce soit le rêve d'Icare ou le rêve d'aimer, de persévérer dans l'amour malgré la maladie qui ronge la bien-aimée. Jiro Horikoshi qui, à cause de sa myopie, ne peut lui-même être un aviateur, n'en concevra pas moins , à l'exemple de son maître italien Caproni, les meilleurs avions. Et il tentera aussi d'aller jusqu'au bout de l'amour qui le lie à une jeune fille rencontrée lors d'un tremblement de terre. Vivre ses rêves, oui, au risque de les voir emmener où l'on ne veut pas. Vivre son rêve d'aimer, même quand l'amour est compromis par des fragilités.
« Le Vent se lève » ressemble bien à un testament : tour à tour ample, confondant de beauté, puissant, doux, lumineux, bouleversant, sombre, triste... Il y a tout cela, et bien plus encore, dans cet ultime chef d'oeuvre du génial Hayao Miyazaki. 9/10
Pendragon
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Re: Hayao Miyazaki

Post by Pendragon »

Merci pour cette critique poet77. :)
J'avais en effet un peu peur que le maître ait perdu de sa touche poétique!
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Re: Hayao Miyazaki

Post by Mama Grande! »

Avis aux amateurs, l'excellente émission de France Culture a consacré un numéro passionnant à Miyazaki. On y comprend également pourquoi le studio Ghibli ne lui trouve pas de successeur.

http://www.franceculture.fr/emission-ma ... 2014-01-11
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tindersticks
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Re: Hayao Miyazaki

Post by tindersticks »

L’intégrale de Miyazaki en coffret Blu-ray en juin

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L’ensemble des oeuvres du metteur en scène sera prochainement disponible dans un coffret annoncé collector. Les œuvres complètes du réalisateur Hayao Miyasaki, rassemblant les 11 longs-métrages de Miyazaki, est pour le moment disponible en précommande via Amazon Japon.

Ce coffret contiendra un total de 13 Blu-ray et les 11 films suivants :

- Le Château de Cagliostro (1979)
- Nausicaä de la vallée du vent (1984)
- Le Château dans le ciel (1986)
- Mon voisin Totoro (1988)
- Kiki la petite sorcière (1989)
- Porco Rosso (1992)
- Princesse Mononoké (1997)
- Le Voyage de Chihiro (2001)
- Le Château ambulant (2004)
- Ponyo sur la falaise (2008)
- Le vent se lève (2013)

Deux disques seront donc consacrés aux suppléments bonus. Parmi eux, on retrouvera trois épisodes de l’anime Akado Suzunosuke, la conférence de presse du 6 septembre 2013 au cours de laquelle l’artiste annonça sa retraite, Yuki no Taiyō ainsi que le clip On Your Mark.

La date de commercialisation de l’ensemble a été fixée au 18 juin prochain au Japon. Prix : 64.800 yens, soit environ 450 euros
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Watkinssien
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Re: Hayao Miyazaki

Post by Watkinssien »

:shock:
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Jeremy Fox
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Re: Hayao Miyazaki

Post by Jeremy Fox »

tindersticks wrote:L’intégrale de Miyazaki en coffret Blu-ray en juin

La date de commercialisation de l’ensemble a été fixée au 18 juin prochain au Japon. Prix : 450 euros
J'achète (avec un zéro en moins)
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Re: Hayao Miyazaki

Post by Federico »

tindersticks wrote:L’intégrale de Miyazaki en coffret Blu-ray en juin

La date de commercialisation de l’ensemble a été fixée au 18 juin prochain au Japon. Prix : 450 euros
En fait 360€ en pré-commande mais bon, quand c'est trop, c'est Trotaro... :mrgreen: :arrow:
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Re: Hayao Miyazaki

Post by hansolo »

Jeremy Fox wrote:
tindersticks wrote:L’intégrale de Miyazaki en coffret Blu-ray en juin

La date de commercialisation de l’ensemble a été fixée au 18 juin prochain au Japon. Prix : 450 euros
J'achète (avec un zéro en moins)
Les Dvd (et donc apparemment les BluRay aussi) ont toujours été hors de prix au Japon
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Re: Hayao Miyazaki

Post by Demi-Lune »

Miyazaki de retour pour un long-métrage ?
Courrier International wrote:Hayao Miyazaki a annoncé qu’il sortait de sa retraite pour réaliser un dernier long-métrage avant les Jeux olympiques de Tokyo. Le dessinateur japonais a même choisi d’innover pour ce nouveau projet.

Le maître va s’essayer à un ultime long-métrage qui sera réalisé vers 2019, c’est-à-dire avant les JO de Tokyo. La nouvelle a été annoncée – ou plutôt suggérée sans être trop affirmative – par la chaîne officielle NHK, dans une émission consacrée à Miyazaki. Cette possibilité a été également approuvée par le producteur attitré, Toshio Suzuki, qui a répondu à une interview du Nihon Keizai Shimbun : “Il serait très gênant qu’il [Miyazaki] nous fasse une œuvre médiocre à cause de son grand âge, mais il se pourrait bien qu’on se lance dans une aventure intéressante.”

La légende de l’animation japonaise, 75 ans, avait indiqué en 2013 qu’il ne réaliserait plus de long-métrage. Mais, frustré par la durée du court-métrage sur lequel il travaille en ce moment, intitulé Boro la chenille, il a décidé de l’adapter en long format et, une première pour lui, en images de synthèse.

“On vit dans une époque compliquée, c’est pourquoi on peut être avide de quelque chose de différent, a confié Miyazaki à la NHK. L’idée de mourir en ne faisant rien m’est insupportable. Je préfère mourir en travaillant”, a-t-il poursuivi.

Je me sens aussi responsable de ceux qui travaillent avec moi, et qui se font vieux. Certains sont déjà morts, et nous sommes physiquement limités…”

Ce retour probable de Miyazaki en enthousiasme plus d’un, mais comme chaque fois que le maître revient sur sa décision de se retirer, les commentaires pleuvent sur les réseaux sociaux : “C’est un escroc, il nous menace de se retirer, et chaque fois il revient”, peut-on ainsi lire sur Twitter.

À propos du court-métrage Boro la chenille, M.Suzuki estime qu’il sortira “au printemps prochain” et sera diffusé en salle au musée Ghibli, à Tokyo. Que ce soit pour “Boro” ou pour le long-métrage à venir, les fans s’impatientent déjà. Surtout pour voir comment Miyazaki va manier la 3D et les images de synthèse.
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Thaddeus
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Re: Hayao Miyazaki

Post by Thaddeus »

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Le château de Cagliostro
Premier d’une longue série dans l’œuvre du maître, bâti dans un pays fictif de Cocagne qui emprunte à la fois aux paysages ensoleillés du sud de l’Europe et aux grands palais de Bavière, ce château de style gothico-romain s’avère un formidable décor. L’enchaînement des péripéties, gags et cascades se construit autour de jeux scéniques inséparables de la configuration des lieux, chemins de ronde, aqueducs, sombres cachots, énormes machineries intérieures et autres tourelles amovibles. Il favorise une aventure rocambolesque, trépidante, multipliant enjeux et pistes narratives avec une fantaisie quelque peu désordonnée, jusqu’à une conclusion en forme de credo idéologique : c’est le passé de la contrée lui-même, et son héritage de culture et d’histoire, qui constitue un trésor de connaissance offert à tous. 4/6

Nausicaä de la vallée du vent
Toutes les composantes de la filmographie à venir figurent déjà dans cet ancêtre éblouissant de Princesse Mononoke, qui refuse le simplisme manichéen pour développer des enjeux complexes autour des guerres déchirant l’humanité, de la puissance vengeresse de la nature et de l’initiation de sa jeune héroïne. Il se développe dans un univers sans historicité où les mythes semblent avoir disparu après le déluge de feux perpétrés par des dieux maintenant morts. Miyazaki témoigne d’un grand respect autant pour l’ordre vivant que pour la communauté des hommes, affirme déjà son goût du ciel (c’est un foisonnement de machines volantes) et de la forêt (transformée en marais putride par la déliquescence du monde), et confère à son récit une ampleur épique qui accouche de visions souvent fulgurantes. Une œuvre fondatrice. 5/6
Top 10 Année 1984

Le château dans le ciel
L’idée maîtresse de Miyazaki est toujours celle de la liberté, liberté des esprits, liberté de la beauté, liberté des espaces de développement. La notion parcourt chaque seconde de ce joyau, dont la fantaisie bricolée, le délire imaginatif et la soif d’espace infini semblent concrétiser quelque rêve impossible. D’une inspiration peut-être moins grave et dramatique que le film précédent, il s’offre comme un conte onirique et en prolonge les merveilles graphiques et les sortilèges narratifs. La découverte de Laputa, cet extraordinaire ilot verdoyant accroché aux nuages, les plongées dans la mine obscure éclairée de lucioles sont autant de superbes séquences, qui sertissent de merveilleux la réflexion poursuivie par l’auteur sur l’ambition destructrice de l’homme, la corruption du pouvoir, les ambigüités de la science et du progrès. 5/6
Top 10 Année 1986

Mon voisin Totoro
Laissez-vous emporter par la ronde de l’araignée dansante, du mille-pattes, de la chauve-souris, autant d’emblèmes de bon augure. Abandonnez-vous aux rizières de la plaine fertile, aux rêves des habitants des bois, au son des gouttes de pluie et du vent de l’orage. Dans la forêt de cache Totoro, peluche énorme et pacifique, ami bienveillant qui offre son ventre rond et doux, sur lequel on peut s’endormir. Le cinéaste invente la sublimation du livre illustré, une chronique aux allures de symphonie pastorale, gorgée de visions charmeuses, motivée par une croyance utopique en les pouvoirs de la magie et du merveilleux. La féérie est enchanteresse, saisissant la respiration particulière d’une enfance heureuse, insouciante, qui sait bien que l’existence des bus-chats et des ours câlins n’est pas l’œuvre de l’imagination. 5/6

Kiki la petite sorcière
Cette fois il n’est que temps de parfaire l’éducation d’une jeune fille de sorcière, magicienne elle-même, avec ses cheveux noirs bien noués d’un ruban rouge. Elle va embrasser la modestie indispensable à la pratique d’un talent, la patience dans l’apprentissage de l’indépendance. Elle va aussi comprendre que l’individu sert la communauté tout en découvrant qui il est : culture japonaise, sagesse universelle, qui créent une moralité de l’ordinaire. Mais si la fable reste bien sûr assez nettement au-dessus du tout-venant, alternant le mouvement et la stase, faisant se succéder les loopings et les plongées, dépassant ses images de carte postale pour dire quelque chose d’une prise de conscience, d’un heureux souvenir, d’un premier amour, on peut estimer qu’elle ne dépasse jamais vraiment ses intentions. 3/6

Porco Rosso
Farouchement indépendant, réaliste mais pas désabusé, pacifique mais prêt à se battre si nécessaire, aimé des femmes pour sa détermination et sa sensibilité, respecté des hommes pour sa force et son sens de l’honneur, Porco Rosso est un vrai héros des années quarante, dont l’attitude chevaleresque évoque Gable ou Bogart. La montée du fascisme, dans les décors idylliques de l’Adriatique, dignes d’un telefoni bianchi, accentue son caractère frondeur, son refus de l’autorité, son goût de l’aventure. Elle offre surtout la toile de fond d’un spectacle adulte, riche, complexe, fertile en personnages drôles et attachants, qui honore aussi bien le plaisir de l’action et du mouvement que les notes plus secrètes du romantisme et de la tragédie : celle d’un être mûr ayant décidé de vivre seul, entre ciel et mer. 5/6

Princesse Mononoke
Démons et merveilles d’un folklore nippon millénaire, bruit et fureur d’une fresque à la Kurosawa, visions hallucinantes de forêts en vie, d’animaux anthropomorphes, de mousquets étincelants, de créatures furieuses ou phosphorescentes… Au sommet de son génie et de ses préoccupations écologiques, philosophiques, initiatiques, Miyazaki offre un véritable panorama de son imaginaire, développe une intrigue de hauts faits, des enjeux shakespeariens, des personnages fabuleux (telle l’ambivalente Lady Eboshi, ennemie de la nature qui, nonobstant ses allures d’impératrice, défend les déshérités). Cette œuvre-somme, qui nous confronte à la dialectique éternellement renouvelée du Bien et du Mal et émerveille par la splendeur de son graphisme, la densité de ses pistes de réflexion, le souffle de sa mise en scène, est un véritable monument. 6/6
Top 10 Année 1997

Le voyage de Chihiro
À la fresque guerrière succède un foisonnant jeu de pistes, un déluge d’excroissances baroques, de péripéties et de situations délirantes, d’images surnaturelles par lequel une fillette se dynamise, apprend à vaincre ses peurs, engendre une floraison d’univers et de légendes. Une nouvelle fois on reste les yeux subjugués et les sens aux abois, abasourdi par l’inventivité démentielle de l’auteur. Vieillard aux six bras veillant sur ses boules de suie, train filant sur un océan infini, têtes baladeuses aux borborygmes incompréhensibles : Miyazaki extrait de son imaginaire sans égal un conte merveilleux sur l’enfance, et parle d’initiation, d’accomplissement, d’épreuves surmontées... C’est son Alice des Pays des Merveilles, une fascinante traversée des miroirs dont chaque scène, chaque plan transpire le lyrisme, la luxuriance et la poésie. 6/6
Top 10 Année 2001

Le château ambulant
Un point de non-retour, peut-être un film de crise. Péripéties et trouvailles s’y accumulent dans une logique de débordement intégral, avec cette ville d’opérette aux entrées multiples, ces requins guerriers d’acier et ce château animé tout droit sorti d’un cauchemar de Max Ernst, énorme tas de ferraille crapahutant, aux pattes de gallinacé géant, que meut la seule force de Calcifer, feu vivant et babillant. L’intrigue est d’une complexité inédite, construisant un écheveau de ramifications et d’univers parallèles emboîtés les uns dans les autres, le long d’une intrigue qui se disperse aux quatre vents. Bien sûr les visions offertes et l’imaginaire déployé sont étonnants mais la cohérence interne est faillible, comme si l’œuvre, aussi ambitieuse qu’inégale, croulait sous son propre foisonnement. 3/6

Ponyo sur la falaise
Miyazaki revient à une linéarité enfantine, en développant une intrigue simple comme bonjour dans un florilège de formes oblongues, aqueuses et polymorphes, d’enluminures surréelles et fantasmagoriques. Documentaire poétique sur les mouvements d’un enfant, ses expressions, ses élans, le conte exploite un registre inédit qui oppose la simplicité limpide de son argument (une histoire d’amour très pure entre un garçonnet et un fillette-poisson) à des envolées délirantes, une drôlerie burlesque (la mère foldingue au volant), une inventivité graphique à la limite du surréalisme psychédélique : formes et couleurs opalescentes, exagération des lignes et des volumes qui culminent lors de quelques scènes assez dantesques (la tempête et son décalque de La Chevauchées des Walkyries). Un ravissement. 5/6

Le vent se lève
Le cinéaste se démaquille pour atteindre ici le cœur même de sa sémantique. En dressant le portrait d’un homme sacrifiant son existence et son amour pour concrétiser ses rêves, il médite à la fois sur son propre statut d’artiste et sur la fragilité relative et ambigüe de tout accomplissement individuel. Œuvre d’une profonde tristesse, qui sacralise un idéal pour mieux réfléchir l’inconséquence et l’égoïsme irréfléchi d’un être pourtant loyal, aimant et dévoué, le testament annoncé de Miyazaki porte en sa facture lumineuse la lucidité d’un discours sur l’appel morbide des ombres et la douleur que l’on éprouve à s’y confronter et à résister. Pourtant, malgré quelques scènes faisant monter les larmes (le mariage, le final), je me suis surpris, à mon grand regret, à n’avoir pas été totalement emporté par ce (grand) film. 4/6


Mon top :

1. Princesse Mononoke (1997)
2. Le voyage de Chihiro (2001)
3. Nausicaä de la vallée du vent (1984)
4. Le château dans le ciel (1986)
5. Mon voisin Totoro (1988)

C’est l’empereur du cinéma d’animation depuis trente ans (un titre que même les magiciens de Pixar auraient du mal à lui ravir), un véritable sorcier qui n’en finit pas de m’enchanter par la richesse de son univers et de son imaginaire, et par sa capacité à combler aussi bien l’enfant qui est moi que mes inclinations et attentes les plus adultes, par le biais d’enjeux complexes, graves et universels.
Last edited by Thaddeus on 27 Jan 19, 20:10, edited 3 times in total.