The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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hansolo
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen, 1998)

Post by hansolo »

Revu a l'instant ...
agréable jeu d'acteurs et quelques délires ... mais IMHO un Coen mineur ...
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Le grand saut - Joel & Ethan Coen (1994)
Colqhoun
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by Colqhoun »

Revu pour la 738e fois.
Je pense que ce film peut concourir sans trop de problème au titre de dernier chef d'oeuvre du cinéma.
Last edited by Colqhoun on 5 Nov 13, 10:56, edited 1 time in total.
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hellrick
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by hellrick »

Leur meilleur film c'est certain, du pur délire culte de la première à la dernière seconde. J'adore!
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Major Tom
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by Major Tom »

Colqhoun wrote:Revu pour la 738e fois.
Je pense que ce film peut concourir sans trop de problème au titre de dernier chef d'oeuvre du cinéma.
C'est pas faux, ça. :mrgreen:
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by Mama Grande! »

Je suis assez loin du cinéma des Coen en général. J'ai apprécié les films que j'ai vu jusqu'ici mais sans non plus être bouleversé, et il me manque encore quelques opus majeurs (Barton Fink, Blood Simple...). Et j'admets avoir loué celui-ci pour ma culture plus que par réel attrait pour les frangins.

Et c'est tout simplement une des meilleures comédies que j'ai vues :shock: Je ne comprends pas tous les avis mitigés postés dans ce sujet. Déjà en tant que comédie, le rythme, les dialogues, le scénario, tout est nickel. Des rapports de classe finement dépeints au début (notamment par le langage), aux personnages délirants mais suffisament compréhensibles pour que l'on s'y attache, j'ai adhéré de A à Z. Jeff Bridges semble faire l'unanimité, et c'est mérité car il incarne son personnage, impossible d'imaginer un autre acteur à sa place. Et John Goodman en vétéran radoteur et hystérique, finit par être touchant également. Mais au-delà du délire pur, j'ai été aussi sensible au vide de l'existence de ces personnages. Le Dude est un branleur qui, même quand il essaye de prendre les devants, perd. Walter est perpétuellement en besoin de reconnaissance, mais ses sautes d'humeur tournent à vide. Et l'amitié des trois personnages, qui pourraient être leur consolation, se conclut d'une manière pathétique. Mais c'est la vie.
Si j'ai une réserve, ce serait peut-être sur les ralentis un peu nombreux, ou les scènes de rêve. Mais ce n'est que peu de choses en comparaison du rire apporté.
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cinephage
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by cinephage »

Mama Grande! wrote:Si j'ai une réserve, ce serait peut-être sur les ralentis un peu nombreux, ou les scènes de rêve. Mais ce n'est que peu de choses en comparaison du rire apporté.
Je crois que la postérité "culte" de ces scènes de rêve les "légitimise" a posteriori, d'une certaine façon. Pour ma part, elles me font beaucoup rire...
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by Roy Earle »

hellrick wrote:Leur meilleur film c'est certain, du pur délire culte de la première à la dernière seconde. J'adore!
The big Lebowski est peut-être, en tous cas d'après mon expérience, le meilleur film de tous ceux qui n'aiment pas particulièrement les frères Coen.
(Je ne parle pas pour toi hellrick, je précise).
Un film à part dans leur filmo.
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hellrick
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by hellrick »

Roy Earle wrote:
hellrick wrote:Leur meilleur film c'est certain, du pur délire culte de la première à la dernière seconde. J'adore!
The big Lebowski est peut-être, en tous cas d'après mon expérience, le meilleur film de tous ceux qui n'aiment pas particulièrement les frères Coen.
(Je ne parle pas pour toi hellrick, je précise).
D'autant que pour une fois je suis en phase avec la cinéphilie de bon goût puisque j'aime tous leurs films à des degrés divers (bon pas True Grit que je n'ai pas encore vu ni le dernier pas encore vu non plus) en mettant Lebowski en premier et Burn After reading en dernier (mais il faudra que je le revois)
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by Rick Deckard »

L’un des meilleurs gag du film avait déjà été fait (avec moins de réussite) par Ken Loach en 1991 dans Riff-Raff :


(C’est à la dernière minute de l’extrait)
Il ne faut pas confondre des mecs qui s’excusent et dégât des eaux
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-Kaonashi Yupa-
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by -Kaonashi Yupa- »

Rick Deckard wrote:L’un des meilleurs gag du film avait déjà été fait (avec moins de réussite) par Ken Loach en 1991 dans Riff-Raff :


(C’est à la dernière minute de l’extrait)
Et la même année dans Chienne de vie, de Mel Brooks :
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Jack Griffin
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by Jack Griffin »

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Petit résultat au BO en comparaison du statut qu'a gagné le film...Je me souviens l'avoir vu dans une salle au 3/4 vide d'ailleurs.
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Watkinssien
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by Watkinssien »

Une oeuvre réjouissante qui a réussi à obtenir une côte d'amour impressionnante au fur et à mesure que les années passent.

Il faut dire que le ton est d'une singulière portée, que les plages d'humour, d'absurde, de violence et de tendresse font bon ménage avec une interprétation aux petits oignons.
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Thaddeus
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by Thaddeus »

La discussion dans le topic d'Under the Silver Lake me donne envie de poster ce texte...



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Éloge du cool



Jeffrey Lebowski est tout sauf un foudre de guerre. Survivant des temps hippies, flemmard, chômeur et ébouriffé, il se fait appeler le Dude, marche vêtu d’une robe de chambre, d’une chemise à fleurs et de plagettes, et son leitmotiv s’appelle le Flower Power. Nous sommes en 1991 : tandis que l’opération Tempête du Désert est déclenchée en Irak, lui flotte avec ravissement dans les sphères psychédéliques des seventies. C’est une âme apaisée, un semi-clodo à bedaine créchant dans un bungalow, une sorte de Rip Van Winkle endormi pendant des décennies et qui se réveillerait en décidant de se contenter du plus modeste des conforts. Il excelle en son art qui est de ne rien faire d’autre que fumer des joints, écouter le chant des baleines dans sa baignoire, siffler des cocktails caucasiens qu’on appelle russes blancs (vodka, lait et kahlua, soit un dégueulis marronnasse on the rocks) et jouer au bowling avec ses deux fidèles amis (encore faut-il préciser qu’en une heure cinquante on ne le voit pas lancer sa boule une seule fois : trop fatiguant !). Le premier est Walter Sobchak, vétéran du Vietnam, catho polonais converti au judaïsme, mû par une philosophie de la vie inspirée de Bud Spencer (seule une main sur la tronche fait avancer les choses), maladivement irascible mais au tempérament de nounours avec les copains. Le deuxième, beaucoup plus fragile dans sa chemise proprette, s’appelle Donny, et bien qu’il soit très dégourdi de la quille, il a toujours un temps de retard, allant jusqu’à confondre Lenine et Lennon. Antihéros magnifiques, ces trois-là forment une équipe de Pieds Nickelés baba-cool, comme des rescapés de Beach Boys désormais loin des planches à surf. Les frères Coen ou le grand art du portrait.


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Mais on a beau être le plus placide des pacifistes, lorsqu’on vous confond avec un homonyme, qu’on vous réclame (à vous, célibataire endurci) les milliers de dollars que votre femme doit à un truand et qu’on vient pisser sur la carpette qui harmonisait si bien votre salon, la moutarde peut monter au nez. Point de départ d’un scénario si touffu qu’une mère n’y retrouverait pas ses petits, et agrémenté d’intermèdes musicaux mâtinés de film X — celle-là, il fallait l’oser, mais les Coen (le "e" est ici primordial) osent tout, et c’est à cela qu’on les reconnaît. Ils recourent à des séquences oniriques qui valent de stupéfiants moments de divagation chorégraphiée. Ils emploient les éléments féminins du casting dans des desseins particulièrement ludiques. Ainsi Julianne Moore, que l’on croyait naturellement rousse depuis Short Cuts, se révèle être une vraie auburn. Maude (fille du Lebowski milliardaire de Pasadena) est féministe et peintre vaginale (oui, oui). Elle réclame au Dude l’argent que son père aurait fauché dans la caisse de sa fondation philanthropique, or cette rançon le Dude ne l’a plus (mais l’a-t-il jamais eu ?), détail que semble omettre une bande de Teutons nihilistes lâché à ses trousses, anciens chanteurs d’électro reconvertis dans le kidnapping et qui, eux, détiennent une valise pleine de slips (sales) appartenant à Walter et menacent Jeff avec un furet teigneux. Ça suit toujours ? Si vous êtes largué, ne vous en faites surtout pas : les frères Coen sont ici pour pourvoir à votre jubilation. Ils y parviennent sans le moindre mal, merci, faisant tourner à plein régime leur inépuisable générateur à idées. Des idées, le Dude en a aussi, comme celle de pointer (laborieusement) une cale de bois juste devant sa porte, afin de coincer une chaise qui empêcherait les voyous d’entrer, mais en oubliant que ladite porte s’ouvre vers l’extérieur. Le bonheur est absolu et ces pauvres lignes s’évertuent à le rendre, mais évidemment le lecteur sait déjà tout cela puisqu’il a vu (une bonne dizaine de fois) The Big Lebowski, le film le plus culte apparu depuis Pulp Fiction. Total insuccès à sa sortie, il occupe désormais une place transcendante au sein de la culture populaire, des tee-shirts à l’effigie de Walter aux onze festivals Lebowski à travers les USA, en passant par les conférences où des universitaires en dissèquent le message existentialiste.


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Pastichant ouvertement l’intrigue tarabiscotée du Grand Sommeil, les Coen s’adonnent sur le mode thème et variations à l’édification d’un tortueux imbroglio d’extravagances, jalonné de leurres et de chausse-trappes. La propriété de Lebowski, avec ses feux de cheminée rugissants et ses bureaux titanesques, renvoie au manoir de Sternwood ; quant à sa jeune épouse nymphomane, elle rappelle la capricieuse fille de ce dernier. Los Angeles assure ici une double présence extraordinaire : création d’un état de conscience altéré et cité des bas-fonds sortie du roman. Mais les murs du labyrinthe sont faits pour s’écrouler, et la trajectoire des personnages en son sein pour être dissipée aux quatre vents. Potaches facétieux, cancres surdoués qui écrivent dans la marge et dessinent entre les lignes, les Coen conservent de Chandler une aptitude du récit à s’endormir, la marque d’une histoire qui ne progresse pas et que l’on se trouve contraint de reprendre à plusieurs reprises. On s’enlise dans The Big Lebowski, un film qui conteste sa propre cohérence, un peu comme l’écrivain revendiquait le droit d’écrire un livre sous sédatifs et de laisser son lecteur patauger dans la mélasse. Offrant l’exemple rare d’un héros qui se contrefiche de l’affaire qu’il est censé résoudre, il est comme écartelé entre deux dynamiques se jouant en parallèle : d’un côté un buddy movie parfaitement désinvolte, de l’autre un film noir auquel il manque un protagoniste à la hauteur. Suivant leur pente mariole, les cinéastes décrivent une certaine Amérique voguant inconsolée de ses idéaux gauchistes (communautarisme beatnik, black-power…) vers le libéralisme exclusif du nouveau millénaire. Ils font l’éloge du corps lourd et vieillissant, le plaidoyer pro domo pour la lenteur existentielle. Ils promeuvent le repli jointé et semblent militer pour que l’on se fasse tous tatouer sur le front ce psaume de la démobilisation générale : "Go fuck yourself !"

Ils poursuivent également leur portrait affuté et iconoclaste de la société contemporaine. L’insularité américaine les a toujours titillés, cette façon qu’ont les conflits lointains de revêtir un statut mythique pour les braves citoyens endormis dans leur fauteuil. Personne ne semble prêter attention aux reportages sur la guerre du Golfe qui passent à la télé, et il faut un planant fantasme hallucinogène au Dude pour que la tête de Saddam apparaisse sur le corps du prêteur de chaussures. De même, la fille torse nu qui rebondit dans les airs reprend le mouvement de la starlette sur le trampoline installé dans le jardin du pornographe, et l'intrusion de Maude en Walkyrie, dirigeant un quarteron de femmes aux nattes de viking, n'est guère plus improbable que sa première apparition dans son loft, son corps nu de harpie harnaché de cuir, pour la pratique très particulière de son art pictural. La stylisation de la mise en scène suggère que le protagoniste, épuisé par l'énergie dépensée et l'abus de stupéfiants, évolue dans un monde où vrai et faux se confondent. Car les choses ne sont jamais vraiment ce qu’elles semblent de premier abord. Le Dude est pris pour un autre Lebowski ; le kidnapping n’en est pas vraiment un ; un fox-terrier est confondu avec un loulou de Poméranie ; un sioniste n’est pas vraiment juif ; un self-made-man paraplégique dirigeant son empire depuis son fauteuil s’avère être un gestionnaire désastreux qui ne doit sa position sociale qu’au fait de s’être marié avec une femme riche ; une courtisane bimbo, pur produit des plages branchées, a en réalité fugué de sa ferme du Minnesota. Hormis le Dude, chaque personnage prétend être ce qu’il n’est pas. Walter, tout particulièrement, se fait une joie de réajuster la réalité pour l’adapter à son point de vue, ce qui vaut des sommets de burlesque ahuri : voir la séquence hilarante où notre gros agité, remonté à bloc, s’éjecte de la voiture au son des Creedence, s’écrase comme un sac sur le bitume et lâche involontairement son Uzi qui canarde à tout va — jusqu’à mitrailler les pneus de la caisse qui finit dans le décor. Cette Ford Torino 1973 se déglinguant un peu plus au fil des scènes est d’ailleurs le symbole de l’érosion rapide du mode de vie du Dude qui, à défaut d’être productif, lui procurait une certaine stabilité.


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Résolument proches du Pop Art, les Coen coudent avec des matériaux disparates (policier, comédie musicale et non-sens) une réjouissante tapisserie de freaks. Au fond, des esquisses à peine ébauchées ricochent les unes contres les autres dans un vaste mouvement brownien, tel Jesus Quintana, pédophile latino à mi-chemin entre le torero et le danseur moulé dans sa tenue violette (en trois scènes, John Turturro envoie le délire dans les strates du grandiose). Au premier plan, les figures extrêmement sympathiques de nos trois losers de Venice gagnent toujours plus en épaisseur. Dans ce génial polar pour rire qui se déguste comme un ice-cream poivré, tout est très cool et très beau : les tons ocres et chauds, les plans de parquet lustré de bowling égalent les couleurs glacées et la pureté de la neige dans Fargo. La galerie de personnages, intrigues, lieux, dialectes et accessoires offre un cocktail emblématique du chaos de Los Angeles. De jour, la lumière est brumeuse. De nuit, elle se transforme en halo de fumée orange. Pas de style unique ici, mais un agencement protéiforme d’atmosphères animé par une affolante créativité formelle. On bascule de l’ambiance westernienne (le narrateur est un cow-boy qui sirote une sarsaparilla, avec des moustaches en guidon du temps de Petit-Breton, tandis que l’ouverture suit un buisson d’amarante depuis des étendues désertiques jusqu’à une plage de Santa Monica) au fantastique (l’arrivée du Dude dans l’atelier de Maude, angoissant comme une caverne) ou bien encore au film d’espionnage (la conversation téléphonique de Jackie Treehorn, dans sa villa de Malibu, épiée sur une bande-son de Mancini et précédent un face-à-face typiquement bondien) : illustration parfaite du principe d’incertitude cher aux cinéastes. Le paysage rivalise avec l’imaginaire des Coen et anticipe leur approche instinctivement mythologique. L’œuvre résume de façon désopilante le mélange bigarré de cultures, d’inspirations, d’activités criminelles et d’éthique propre à la cité, qui fonctionne comme un microcosme de l’Amérique : on y retrouve tous les inadaptés du pays, artistes déchus, vétérans de guerre, laissés-pour-compte, débauchés… La métropole tentaculaire est un rêve de mixité sociale, et le périple que le héros y suit décrit une parabole qui le ramène à son point de départ.

The Big Lebowski est un film euphorisant dans son excentricité, serein dans sa frénésie, zen dans sa profusion. Très tendre aussi, pour cette humanité affublée de bermudas importables et de méduses en plastique qui n’ajoutent rien à la netteté de leurs pieds. Les bagnoles puent la rouille, les urnes funéraires sont trop chères, aussi Donny, mort et incinéré, se retrouve-t-il en poudre et enfermé dans une boîte à café par ses potes affectueux mais démunis. En revanche, il a droit à un dernier hommage quand ses cendres sont dispersées dans le Pacifique et, au hasard d’un vent mutin, sur la barbe christique du héros. Pour se faire pardonner, Walter embrasse alors le Dude, qui lui rend son étreinte. Il y a dans toute vie des moments de cette grâce impromptue, surtout vers la fin. Et l’œuvre de s’imposer comme un hymne désarmant à l’amitié, infléchi par une touche inattendue de mélancolie. Car le Dude et ses camarades sont des énergumènes en voie de disparition ; après eux, il n’y en aura plus. Il faut les voir se rendre dans un cabaret miteux pour assister, attentifs et curieux, à un spectacle touchant de nullité surréaliste auquel ils ont été invités. Cette très courte scène prouve que chez les Coen, la bienveillance l’emportera toujours sur le ridicule. Dans un univers totalement mensonger, le Dude est le seul individu qui puisse être considéré comme foncièrement honnête. Il ne triche pas, ne porte pas de masque pour dissimuler ce qu’il est au plus profond de lui. Il est une sorte de Candide californien qui met à jour la dimension factice et caricaturale des différents milieux qu’il intègre temporairement. Et c’est cette volonté de ne pas jouer la comédie qui fait de lui un marginal. Car s’il a abandonné le nom de Jeffrey Lebowski pour se faire appeler le Dude, c’est simplement afin d’assumer sa véritable nature : celle d’un mec essayant de vivre le plus tranquillement possible et s’efforçant avant toute chose d’être lui-même. À l’inverse des cabotins qui respectent tout un lot de conventions pour rester dans la norme, le Dude tient bon. On est de tout cœur avec lui.


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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by Alexandre Angel »

Merci Thaddeus pour me replonger si agréablement dans ce bonheur de comédie, un des sommets de la filmo des frères et un de ceux que j'ai le plus revus.
Thaddeus wrote:Car les choses ne sont jamais vraiment ce qu’elles semblent de premier abord.
Parmi les innombrables et drôlissimes idées allant dans ce sens, il y a ce chauffeur de taxi noir qu'on imagine être fan de A Tribe Called Quest alors qu'il ne jure que par les Eagles, le groupe blanc le plus prévisiblement californien qu'on puisse imaginer. En plus il s'énerve si on en pense pas du bien et vous vire de son bahut! Que c'est poilant, putain! Il n'y a que les Coen pour avoir ce genre d'idées savoureuses.
Thaddeus wrote:(en trois scènes, John Turturro envoie le délire dans les strates du grandiose).
Oui, sans oublier le p'tit gros qui l'accompagne. Que je l'aime celui-là même s'il ne fait qu'apparaître.

Evidemment un des meilleurs films sur Los Angeles, sur la Californie et je vais me précipiter sur Under the silver lake.

Sinon, Thaddeus, que signifie exactement cette phrase énigmatique?
Thaddeus wrote:Très tendre aussi, pour cette humanité affublée ......... de méduses en plastique qui n’ajoutent rien à la netteté de leurs pieds.
:oops: :lol:
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Re: The Big Lebowski (Joel et Ethan Coen - 1998)

Post by The Eye Of Doom »

Revu hier The Big Lebowsky.
Plutot un succes à sa sortie, ce film a toujours été important dans la filmo des Coen (on en parle plus et plus souvent que de leur palme d'or Barton Fink, il me semble).
C'est une réussite bien délirante et souvent jubilatoire, porté par un casting et une mise en scène en très grande forme.
Le film est toutefois assez vain et annonce malheureusement la tendance à l'anecdotique qui poursuivra le cinéma des Coen.
En contrepoint d'un excellent Fargo, qui constitue l'exact équilibre qui qualifie le meilleur de la veine tragi-comique des Coen, The Big Lebowsky (TBL) apparaît comme une pure comédie.
Je l'ai toujours pensé, le registre de la comédie n'etait pas un genre qui réussit au Coen. Leur meilleurs films sont ceux qui sont soit dramatiques (No country par exemple) soit tragi comique (Fargo, Miller's crossing, True grit,...).
Tentons de comprendre ce que nous montre ou de quoi nous parle TBL notamment au vu du discours introductif et conclusif donné par le cowboy.
D'abord on nous introduit le film en disant qu'il n'y a pas besoin d'aller à Londres ou Paris pour voir des choses extraordinaires et fantastiques. Suit un film dont les Heros et les autres principaux protagonistes sont d'inoffensifs branleurs ( au mieux), de redoutables et dangereux imbéciles, des névrosées ou illuminées, des pornographes,... bref un nation de cretins.
tout cela sur fond de guerre en Irak, en écho à celle de Vietnam.
On peut mettre en parallèle TBL et Burn after reading. La différence est que le second est franchement caustique et ouvertement tragique. On y voit quand même la quasi totalité des personnages mourrir parce qu'une femme n'assume pas sa quarantaine et veux absolument se faire refaire les seins, condition sine qua none de sa survie.
Burn after Reading est donc en quelques sorte la version au vitriol de TBL.
Quand ce dernier se termine par une tirage comme quoi heureusement qu'il y a le Dude pour rester cool et compenser notre charge émotionnelle, ca laisse songeur sur l'état de la société Us.
J'ai donc un probleme avec ce film dont je ne saisi pas vraiment les enjeux. Sans ce discours qui présente et conclu le film, qui justifie donc son existence, nous aurions eu une comédie quasi burlesque. Avec cette introduction/conclusion le film semble prendre un autre sens...
Respecter les règles ou etre cool (cad les enfreindre quand nécessaire pour éviter les ennuis ou faire marcher la société) tel est le theme récurent du film.
Le formidable John Goodman interprète Walter le tenant du respect des règles que celles-ci soient societales ou religieuses, ceci au nom du droit et du respect individuel. Notre sympathie irait donc plutot pour lui contre un Dude volontiers enclint à laisser filer par lâcheté ou fainéantise. Le probleme et principal ressort du film est que c'est un véritable et solide imbecile. Pas méchant mais vraiment bête. Dude incarne plutot un tenant du "vivre et laisser vivre" mais pas vraiment plus fin ou plus futé.
En face, il faut faire des choix (la guerre) et les assumer (les morts passés ou futurs). Ce rappel constant à la guerre du Vietnam, au delà du running gag, alors qui ca n'a rien à voir avec la chouchoute comme le remarque Dude au bord de l'ocean, est pourtant essentiel au film car c'est le seul élément qui évoque le tragique de la nation américaine. Ce n'est pas en tout cas le milliardaire handicapé, collectionnant les fétiches de sa réussite (la photo avec la first lady) ou le cadre miroir de la une de Time, qui permet au personnage se regardant dedans de visualiser le symbole suprême de son objectif de réussite.
Ni le magna du porno, fort sympatique cameo de Ben Gazzara, posé et propre sur lui, fort de sa puissance.

J'avoue, j'essaye de trouver du fond à un film qui n'en a peut être pas, refusant d'accepter que TBL ne soit qu'un divertissement sympatique. Peine perdue ?

Post-scriptum: après avoir écrit ce qui précède, j'ai savouré le remarquable texte de Thaddeus un peu plus haut. Avec celui sur ET, ca fait deux dans la semaine. :wink:
Sauf qu'ici je plussois beaucoup plus :D
Et me donne des éléments de réponses, sans résoudre pour moi la question de fond.
Thaddeus wrote: Les frères Coen ou le grand art du portrait.
Incontestablement!
Thaddeus wrote:

Ils poursuivent également leur portrait affuté et iconoclaste de la société contemporaine. L’insularité américaine les a toujours titillés, cette façon qu’ont les conflits lointains de revêtir un statut mythique pour les braves citoyens endormis dans leur fauteuil.
Tres belle remarque.
Thaddeus wrote:
Dans un univers totalement mensonger, le Dude est le seul individu qui puisse être considéré comme foncièrement honnête. Il ne triche pas, ne porte pas de masque pour dissimuler ce qu’il est au plus profond de lui. Il est une sorte de Candide californien qui met à jour la dimension factice et caricaturale des différents milieux qu’il intègre temporairement. Et c’est cette volonté de ne pas jouer la comédie qui fait de lui un marginal. Car s’il a abandonné le nom de Jeffrey Lebowski pour se faire appeler le Dude, c’est simplement afin d’assumer sa véritable nature : celle d’un mec essayant de vivre le plus tranquillement possible et s’efforçant avant toute chose d’être lui-même. À l’inverse des cabotins qui respectent tout un lot de conventions pour rester dans la norme, le Dude tient bon. On est de tout cœur avec lui.
Justement, pas forcément... car fondamentalement, c'est tout de même un mec qui ne réalise rien. Résumer l'objectif de l'honnêteté à la totale inaction, c'est un peu désolant.