Oliver Stone

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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7swans
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Re: Oliver Stone

Post by 7swans »

Ratatouille wrote:Ah y est, c'est vu. Je serais juste un peu moins enthousiaste que Profondo, mais c'est tout de même un solide film. La caméra de Stone fait des merveilles pour rendre les monologues de Barry Champlain bouillonnants de vie et de fureur, et on sent Stone effectivement très très en colère, à travers le nombre d'intervenants racistes que Barry chope à l'antenne.
Et je découvre Eric Bogosian, qui a un charisme et une présence complètement dingues. Cet acteur avait tout d'une star, mais est malheureusement plutôt resté dans l'ombre.


J'en ai des frissons.
Non mais sans déconner, quelle scène!
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Flol
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Re: Oliver Stone

Post by Flol »

Ouais, elle est fantastique cette scène. Je suis à côté de la plaque si je dis que ça m'a fait penser au fameux plan circulaire de Blow Out ?
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Profondo Rosso
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Re: Oliver Stone

Post by Profondo Rosso »

Clair phénoménale cette scène, l'intensité hallucinante de Bogosian et la mise en scène virtuose de Stone, on vit complètement de l'intérieur la colère du perso après le monde et lui-même. J'avais direct été regarder un peu la filmo de Bogosian après avoir vu le film et c'était pas glorieux l'échec du film a l'air d'avoir stoppé net sa carrière, dommage. Et sinon Michael Wincott en Axl Rose / Steven Tyler sous acide ? :mrgreen:
manuma
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Re: Oliver Stone

Post by manuma »

Profondo Rosso wrote:J'avais direct été regarder un peu la filmo de Bogosian après avoir vu le film et c'était pas glorieux l'échec du film a l'air d'avoir stoppé net sa carrière, dommage.
Il y a au moins un autre film de cet acteur méritant le coup d’œil, c'est le Special effects de Larry Cohen avec l'ange de la vengeance Zoë Tamerlis, film dans lequel il interprète un metteur en scène à la mode tournant un film sur un assassinat qu'il a lui-même commis.
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7swans
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Re: Oliver Stone

Post by 7swans »

Il ne joue pas dedans, mais a écrit la pièce et son adaptation : SubUrbia de Linklater que j'aimerais beaucoup voir.
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Demi-Lune
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Re: Oliver Stone

Post by Demi-Lune »

Juste un petit mot au sujet d'un des rares Oliver Stone de la grande époque que je n'avais encore jamais vu (en entier) : The Doors.
A vrai dire, je suis un peu étonné que l'on n'en parle jamais plus que ça dans la carrière du cinéaste, parce que c'est quand même un bon gros morceau de pelloche qu'on a là. Malgré les scories et la grandiloquence dont il est souvent capable (mais qui font aussi le sel du film), Stone n'a pas son pareil pour injecter une charge électrique fascinante grâce à son montage, ses mouvements d'appareil, ses effets de style ou de photographie, au service ici d'une expérience extrêmement évocatrice à propos de toute cette époque, musicalement comme symboliquement. Je me dis que Stone était le mec idéal pour donner corps, par le cinéma, par son style, à toute cette effervescence créatrice. A part Woodstock (of course), je ne sais pas s'il existe film qui ait mieux montré, formalisé, toute cette ambiance de fin des années 60, Los Angeles/plages/Vietnam/flower-power/acides/rock. Je pense par exemple à cette séquence incroyable en 16 mm sur fond de Light my fire où la frontière documentaire/mise en scène s'efface au gré de ces images caméra au poing de San Francisco et de ses babas-cool, seins nus, qui se trémoussent dans une liesse générale avec les membres du groupe. C'est intéressant que les hasards du cheminement artistique aient fait sortir la même année (1991) à la fois The Doors et J.F.K., deux films qui dressent un portrait intense des heures tourmentées des 60's américaines. Mieux qu'un biopic musical lambda (les membres vivants du groupe n'y goûtèrent d'ailleurs guère), Stone a fait un véritable film d'Oliver Stone, avec un point de vue qu'on est en droit de trouver inexact, caricatural ou emphatique sur la création d'une légende musicale, mais qui a un vrai pouvoir de suggestion, d'incarnation, de communion avec la fièvre de cette époque. Si la sous-intrigue sentimentale avec Pam (Meg Ryan pas forcément à sa place) paraît si fragile, c'est bien parce que le film ne semble vivre que dans les décharges de shoot, de rock, de transes collectives. Les séquences de concert sont pour moi absolument incroyables. Et comment ne pas tresser les lauriers de Val Kilmer, dans le rôle de sa vie ? Dire que sa performance n'a même pas été saluée d'une nomination aux Oscars...
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Thaddeus
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Re: Oliver Stone

Post by Thaddeus »

Demi-Lune wrote:Malgré les scories et la grandiloquence dont il est souvent capable
C'est hélas essentiellement ce que je garde du film (avec les seins nus de Meg Ryan).
L'émotion que tu soulignes dans ton texte m'a fait défaut, au point que certains morceaux qui pourtant sont pour moi des chansons de chevet ont perdu leur charge affective, et alors même que tout est là, en place, sans "fausse note". Oliver Stone s'est sans aucune doute beaucoup investi dans l'entreprise, produisant un gros travail de documentation en amont et filmant une période qu'il a connue, avec honnêteté vis-à-vis du du sujet. Mais il m'a manqué l'incarnation nécessaire, le point de vue qui ferait la différence et qui m'aurait permis de passer outre cette espèce d'emphase boursouflée qui plombe de nombreuses séquences. Le film est alourdi par des séquences trop explicatives ou trop symboliques : la rencontre entre Morrison et Ray Manzareck où l'on prédit déjà l'avenir mythique du groupe est la première d'une longue série. Celle entre le chanteur et les deux femmes de sa vie, celle avec Warhol et Nico valent leur pesant de cacahuètes, celle de sa mort frise le ridicule (dans mon souvenir, à affiner éventuellement). A chaque fois, Stone montre l'instant où "tout se joue", ou plutôt se rejoue puisque le film explique à coup d'apparitions, de visions, que toute la vie de Morrison est guidée par le traumatisme de l'image d'un accident où un Indien s'est fait renverser. Grande plaie de la narration traumatique, aggravée par la propension du cinéaste à tout souligner. Stone croit trop en ces images-clés où le corps du héros, vecteur non seulement d'une génération mais d'une décennie, porterait à lui seul le mythe, usé comme les fonds de culotte d'un gamin de sixième, de la création, avec tout son attirail d'inspiration, de génie qui jaillit comme un coït en présence de la femme aimée. Le cinéma a besoin d'images manquantes pour exister. Je perçois l'intention et le propos (qui brode autour du romantisme de l'artiste), mais le style m'a paru assez pénible. J'insiste sur ces défauts car les qualités - dont le film ne manque pas par ailleurs : la fièvre, l'énergie, la sueur et les larmes - tu les as soulignées.
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Alexandre Angel
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Re: Oliver Stone

Post by Alexandre Angel »

Demi-Lune wrote:A part Woodstock (of course), je ne sais pas s'il existe film qui ait mieux montré, formalisé, toute cette ambiance de fin des années 60, Los Angeles/plages/Vietnam/flower-power/acides/rock.
Dans le domaine de la fiction et du travail de reconstitution (ce qui suppose un recul que The Doors avait déjà), il y a l'étonnant Hotel Woodstock, d'Ang Lee.
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Jeremy Fox
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Re: Oliver Stone

Post by Jeremy Fox »

Oui. Très beau film que celui de Ang Lee.
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Demi-Lune
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Re: Oliver Stone

Post by Demi-Lune »

En fait, je n'ai pas grand-chose à opposer à ton argumentaire, Thaddeus : oui, Stone joue clairement sur cet espèce de fil conducteur de la prédestination, avec un programme annoncé d'emblée par l'ouverture flash-back (inventé?) au son de Riders on the storm, puis avec les visions qu'a Jim Morrison dans la grotte (sa mort dans la baignoire). A partir de là, c'est à prendre ou à laisser. Toute cette mystique de la culture indienne, de la mort, des vautours, des barrières de l'esprit qui seraient repoussées avec la drogue, reviendra d'ailleurs dans Tueurs nés et sa séquence du désert (que Stone et ses acteurs ont tourné complètement défoncés...). Je comprends tout à fait qu'on puisse trouver le symbole grandiloquent, ou pauvre dans sa littéralité (vieil Indien = l'éternité, les démons autodestructeurs). Stone aime expliciter son idée maîtresse (il le fera encore avec ses allégories "monstrueuses" dans Tueurs nés, Nixon ou L'enfer du dimanche) avec une main diversement lourde sur ses films, et il n'est effectivement pas à l'abri de raccourcis didactiques (sur la rencontre avec Pamela Courson, sur la formation du groupe, sur l'inspiration, l'écriture des tubes) qui s'écartent apparemment de l'exactitude.
Perso, je n'ai pas été tellement gêné par le programme symbolique du film. Si le cinéma a besoin d'images manquantes pour exister, il peut aussi vibrer grâce à des idées simples (d'aucuns diront simplistes), évocatrices. La prédestination, le précipice, l'espèce de ronde de mort qui se noue avec ce vieil Indien, ça n'est peut-être pas le vrai Jim Morrison, mais c'est un beau Jim Morrison de cinéma, poète tragique et antihéros pris dans un vertige permanent. Au risque de me répéter, pour moi, le brio de The Doors ne se situe pas tant dans les "passages obligés" biographiques auxquels il manquerait un peu de respiration, un peu de mystère, un peu de finesse (les sous-intrigues de coucherie m'intéressent peu), mais dans cette espèce de point de rencontre fusionnel entre l'excitation du cinéma et la fièvre de la musique des Doors et de cette époque. Le film suinte le rock, les volutes de fumée, les nichons à l'air, l'hystérie des groupies, la frénésie qui s'empare de la société américaine de cette époque. C'est dans cette matière en fusion, organique, qu'est transcendé le strict biopic. Par la nature-même de son style, et son programme symbolique, Stone fait vivre tout ce spectre d'Histoire comme une onde de choc. C'est presque un film-dossier... évidemment moins littéral et investigateur qu'un J.F.K., mais mu par un regard sociologique pas forcément si éloigné. Ça semble même contaminer la performance de Val Kilmer. Pour moi, c'est à ce niveau que se noue quelque chose d'indistinct, de troublant, de fascinant, qui distingue The Doors du tout-venant. Style pénible, peut-être, mais gonflé et laissant pas mal d'interstices.
J'ajoute enfin que j'ai beaucoup aimé cette fameuse séquence de soirée chez Andy Warhol : Crispin Glover est assez flippant dans le rôle de l'artiste.
Et ce court générique de fin avec la caméra qui se déplace pendant l'enregistrement de L.A. Woman pour finir sur Morrison en train de chanter sur ses chiottes, suivi de ces images à la Koyaanisqatsi, c'est du tout bon.
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Kevin95
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Re: Oliver Stone

Post by Kevin95 »

Demi-Lune wrote:The Doors.
A vrai dire, je suis un peu étonné que l'on n'en parle jamais plus que ça dans la carrière du cinéaste
La réponse est dans le film.
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Re: Oliver Stone

Post by AtCloseRange »

Kevin95 wrote:
Demi-Lune wrote:The Doors.
A vrai dire, je suis un peu étonné que l'on n'en parle jamais plus que ça dans la carrière du cinéaste
La réponse est dans le film.
Ouch :mrgreen:
Je l'avais bien aimé à l'époque mais j'avoue que le style ampoulé de Stone ne vieillit pas très bien.
Reste que c'est effectivement le rôle de sa vie pour Val Kilmer.
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Kevin95
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Re: Oliver Stone

Post by Kevin95 »

AtCloseRange wrote:
Kevin95 wrote: La réponse est dans le film.
Ouch :mrgreen:
Je l'avais bien aimé à l'époque mais j'avoue que le style ampoulé de Stone ne vieillit pas très bien.
Reste que c'est effectivement le rôle de sa vie pour Val Kilmer.
Je me suis dit que cette réponse était peut-être un peu trop AtCloseRangienne. :mrgreen:

Sinon, LE rôle de Kilmer c'est Top Secret ! 8)
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Oliver Stone

Post by AtCloseRange »

Kevin95 wrote:
AtCloseRange wrote: Ouch :mrgreen:
Je l'avais bien aimé à l'époque mais j'avoue que le style ampoulé de Stone ne vieillit pas très bien.
Reste que c'est effectivement le rôle de sa vie pour Val Kilmer.
Je me suis dit que cette réponse était peut-être un peu trop AtCloseRangienne. :mrgreen:

Sinon, LE rôle de Kilmer c'est Top Secret ! 8)
Non, c'est Twixt.

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Kevin95
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Re: Oliver Stone

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