Oliver Stone

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Supfiction
Howard Hughes
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Savage

Post by Supfiction »

Effectivement, Savage, opus Oliver Stone 2012 n'est pas sorti de nulle part et se situe dans la droite lignée des films « sale gosse » d’Oliver Stone, de Scarface (au scénario) à Tueurs nés.
Le scénario de Tueurs nés était signé Quentin Tarantino, mais 20 ans après on dirait bien qu’Oliver Stone a totalement assimilé (singé ?) l’écriture « Tarantino » tant son film respire la fausse coolitude (Butch Cassidy et le Kid version branchée et défoncée), les dialogues surréalistes et le gore gratuit (à ce titre, le début du film tendance Al-Qaïda est quelque-peu insupportable). Cette culture de la violence n'est bien entendu pas l'apanage de Tarantino puisqu'on retrouve ce thème très américain chez Scorsese et Stone. Bien qu'il s'en défende en invoquant les thèmes de la violence ou de la luxure comme des réalités "politiques", ce n'est globalement pas l’Oliver Stone politique qui s'exerce ici mais son double, celui des farces tendances grotesques, de l’hyper violence et du trafic de drogue. “Jules et Jim qui rencontre Scarface” a t-il déclaré en parlant de son film, mais il ne suffit n'y a point de Jim ici si j'ose dire.

Au casting, Blake Lively est sexy (et pourtant bien chaste) mais ne semble guère évoluer de film en film dans son jeu d’actrice décérébrée un brin cul-cul. Idem pour Taylor Kitsch (toujours en mode rebel without a cause et torturé depuis Friday Night Lights).
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Le trio est complété par un Aaron Johnson méconnaissable et très loin de Kick-Ass en dealer écolo cool. Un acteur à suivre.

Et bien sûr le film présente son lot de personnages outranciers et caricaturaux : Salma Hayek (pas loin du ridicule), John Travolta (plutôt marrant lorsqu'il part dans les aigus façon Pulp Fiction) et Benicio Del Toro (abonné à ce type de rôle sadique depuis Permis de tuer).

Le film débute avec la voix off de Blake Lively, alias O., façon Sunset Boulevard : Suis-je morte ou vivante ?..
On aura droit à cette voix off jusqu'à la fin verbeuse et mièvre jusqu'à l'overdose, tel une fin d'épisode de sitcom (Grey's anatomy, Weeds, etc).

Le scénario (volontairement ?) invraisemblable ne porte pas préjudice au film tant le soucis de réalisme n’est clairement pas dans le cahier des charges d’un film essentiellement bâti sur l’argument du fun à tout prix et destiné en apparence à une audience rajeunie. On est loin de l’ambition politique revendiquée par le réalisateur par le passé et bien davantage dans la recherche du plaisir brut et le déjà-vu. A moins que ne se cache une critique d’Hollywood derrière ce scénario puéril et hyper violent. Mais le procédé s’avère dans ce cas facile et déjà vu, utiliser les défaillances hollywoodiennes pour s’en moquer en filigrane. Cf. débats autour de Tueurs nés, il y a de cela ..20 ans.

Mais Stone assure toujours dans ce qu’il maitrise le mieux, la mise en scène : rythme et virtuosité, art du montage, esthétique et photographie sont soignés. De fait, le film a un cachet particulier le situant d’emblée au-dessus du niveau de la production courante.

Mais le dénouement tarabiscoté, verbeux et ridicule laisse malheureusement une très mauvaise impression finale alors que le film s'était laissé regarder comme un divertissement correct pendant une bonne heure et demi.
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Supfiction
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Re: Oliver Stone

Post by Supfiction »

Un article de Télérama vient de paraître sur son film-documentaire :
http://television.telerama.fr/televisio ... 107302.php
Jericho
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Re: Oliver Stone

Post by Jericho »

J'espère que son long documentaire découpé en plusieurs épisodes, sera rapidement dispo chez nous sur support vidéo...
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cinephage
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Re: Oliver Stone

Post by cinephage »

Jericho wrote:J'espère que son long documentaire découpé en plusieurs épisodes, sera rapidement dispo chez nous sur support vidéo...
Il est désormais disponible. Néanmoins, j'ai un doute sur la présence de la version originale sous-titrée sur l'édition Z2 française. Est-ce que quelqu'un a des informations à ce sujet ?
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Jericho
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Re: Oliver Stone

Post by Jericho »

Merci pour l'info !

Sur le site de la fnack, ils indiquent un sous-titrage, mais ici:

http://www.dvdfr.com/dvd/f67747-oliver- ... ontee.html

Ils disent qu'il y a la VF et la VO, mais pas de sous-titre...
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cinephage
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Re: Oliver Stone

Post by cinephage »

:|
Je m'en sors pas mal en anglais, mais là, j'ai peur qu'entre les noms propres et le vocabulaire géopolitique, je ne m'en sorte pas sans sous-titre. C'est quand même dingue qu'il n'existe pas une version VOST...
Bon, si quelqu'un s'y colle et peut confirmer, ça serait sympa, faute de quoi j'achèterai la version américaine avec STA, mais c'est le type de document que j'aurais aimé visionner en famille et du coup, ça me gonfle.
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Jericho
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Re: Oliver Stone

Post by Jericho »

Tu ne supportes pas la voix de Philippe Torreton ? :uhuh:
J'aurai aimé le voir en VO aussi mais bon...
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cinephage
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Re: Oliver Stone

Post by cinephage »

Jericho wrote:Tu ne supportes pas la voix de Philippe Torreton ? :uhuh:
J'aurai aimé le voir en VO aussi mais bon...
Torreton est certainement très bien, mais Oliver Stone a réalisé le film, je préfère sa voix.
Une traduction doit toujours un peu simplifier, évacuer certaines finesses de langage, ce qui est inévitable. Sur un documentaire de ce type, je préfère ne pas rencontrer ce problème.
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Jericho
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Re: Oliver Stone

Post by Jericho »

A mon sens, les sous-titre simplifient tout autant voire plus que le doublage.
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cinephage
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Re: Oliver Stone

Post by cinephage »

Jericho wrote:A mon sens, les sous-titre simplifient tout autant voire plus que le doublage.
C'est tout à fait vrai, mais mon niveau d'anglais me permet de comprendre l'essentiel de ce qui est dit, les sous-titres ne me servant que pour des termes précis (mais qui peuvent s'avérer nécessaires à la compréhension d'ensemble), notamment les noms propres de personnes et de lieux.

Pour un documentaire en japonais (langue que je ne pratique guère), je me serais contenté de la VF (même si je préfère toujours la VO).
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El Dadal
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Re: Oliver Stone

Post by El Dadal »

Pour les classikiens intéressés, je confirme que le blu Warner américain est zone free, et comprend une piste de STF intégrale 8)
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Profondo Rosso
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Re: Oliver Stone

Post by Profondo Rosso »

Talk Radio (1988)

À Dallas, Barry Champlain, animateur radio cynique de la station KGAB, déchaîne les passions et les haines de ses auditeurs, qui se confessent à lui. Toujours très provocateur, il pousse ces personnes dans leurs retranchements...

En cette fin des années 80, Oliver Stone enchaînait les projets ambitieux où il scrutait les traumatismes et les maux de l'Amérique dans des films vindicatif et poignants comme Platoon (1986) et Wall Street (1987). Le réalisateur se préparait à attaquer une autre grande fresque engagée avec Né un 4 juillet (1989) mais se trouva contraint d'attendre sa star Tom Cruise durant un an puisque ce dernier devait auparavant tourner Rain Man (1988) de Barry Levinson. Tout en préparant Né un 4 juillet, Stone via son producteur Edward R. Pressman s'intéresse à une pièce Off Broadway à succès intitulée Talk Radio, écrite et jouée par Eric Bogosian. Dans une unité de temps et de lieu, celui-ci interprète un animateur radio dans le concept alors récent de libre antenne qui profite de la parole laissée aux auditeurs pour déverser toute sa haine envers le monde qui l'entoure dans un monologue entrecoupé d'interventions d'autres acteurs jouant ses interlocuteurs (dont Michael Wincott que l'on retrouvera aussi dans le film). D'abord supposé le produire Stone décide finalement de le réaliser et mélangera la pièce avec le livre Talked to Death: The Life and Murder of Alan Berg de Stephen Singular, réelle biographie de l'animateur radio Alan Berg, provocateur assassiné par des extrémistes en 1984 à Denver. Au final, le "petit" film de transition s'avérera un une des œuvres les plus rageuses de Stone à l'époque, ouvrant la voie à des opus majeurs tel que The Doors (1991) (pour Jim Morrison en star autodestructrice sous les feux de la rampe prolongeant le héros de Talk Radio), Tueurs Nés (1994) pour la critique du pouvoir médiatique voir même Nixon (1995) puisque Stone admettra que le film lui aura appris à placer au centre des personnages ouvertement négatifs quand jusque-là il avait filmé des héros ou des figures en quête de rachat.

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Talk Radio nous narre donc le quotidien de Barry Chaplain (Eric Bogosian), animateur radio provocateur et à succès dans une station de Dallas. Tout va pour le mieux puisque Barry s'apprête même à être diffusé à l'échelle nationale mais c'est précisément à partir de cette annonce que tout va se déliter peu à peu. Oliver Stone filme les sessions radio avec virtuosité, véritable joute verbale où Barry arpente casque sur les oreilles son studio comme une arène et n'est jamais plus heureux que quand il a un interlocuteur hostile à l'autre bout du fil. Rompu au rôle sur scène, Eric Bogosian est une véritable boule d'énergie constamment sur le qui-vive, autant par une impressionnante présence physique qui impose un véritable respect dans le sanctuaire que constitue le studio que par son timbre puissant et sa logorrhée virtuose déclamant les saillies les plus mordantes, vulgaires et inventives aux auditeurs. Parmi ceux-ci on aura toute sorte de spécimens du plus pathétique, amusant et surtout dangereux, les dérapages de Barry lui attirant les appels les plus inquiétants, de l'antisémite hargneux au détraqué sexuel où le doute est toujours de mise quant à la vérité des personnages anonymes avec lesquels il converse.

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Le film élargit le concept de la pièce avec de nombreuses scènes hors du studio enrichissant la personnalité de Barry explorant sa vie personnelle et son passé afin d'expliquer sa recherche des extrêmes et sa détestable personnalité. Son égo lui aura finalement fait tout perdre, épouse, amis et réduisant son aura à cette seule cabine de radio. C'est un personnage déchiré entre un certain mal-être, une volonté de pouvoir où il pense réellement avoir un rôle social et politique à jouer en se confrontant à la lie de l'Amérique chaque soir à l'antenne. Eric Bogosian entre attitude arrogante et regard angoissé exprime une humanité et une détresse stupéfiante tout se montrant proprement odieux avec son entourage notamment un échange final où ne pouvant sortir de son personnage d'agitateur, Barry ne saura répondre à la réelle main tendue de son ex épouse.

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Le film dresse également un portrait peu reluisant de l'Amérique. Cela se manifestera par les personnalités dérangées, racistes et violentes de plus en plus omniprésente au standard et faisant de Barry un véritable déversoir de toute la haine et frustration du quidam moyen. Si notre héros l'a bien cherché avec ses provocations, il n'est pas non plus récompensé avec ses auditeurs plus fidèles. On devine le cynisme de ces médias à travers le standardiste joué par John C. McGinley courant après l'audience en cherchant toujours le sensationnel (bien encouragé par Barry comme ce moment en flashback où il lance une fausse annonce où il recherche un garde du corps) et finalement les pires écarts de Barry ne sont finalement pas sanctionnés. La prise de conscience aura lieu lorsqu'il rencontrera un vrai auditeur décérébré joué par Michael Wincott (au look incroyable entre Axl Rose et Steven Tyler) véritable miroir déformant de lui-même alors qu'il avait l'illusion de délivrer un message, d'éduquer les masses. Ce constat donnera lieu à un monologue final rageur et désespéré où Barry déverse autant son dégout de lui-même que cette populace abrutie et sans réelle pensée qu'il téléguide par ses débordements. Stone aura déployé des trésors d'inventivité pour rendre constamment vivant et relancer cette trame minimaliste où l'on suit finalement un personnage parler pendant 90 minutes.

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On aura un jeu constant sur la mobilité avec une steadycam immersive pour montrer l'esprit en ébullition de Barry se déplaçant comme dans un ring. Cette steadycam saura se faire écrasante lors du final, clouant littéralement au sol notre héros en tournant autour de lui alors qu'il déverse sa bile. Il y a également une volonté de ne réduire Barry qu'à ce seul rôle de trublion radio en faisant disparaitre son corps par des seuls inserts sur sa bouche, des éléments de décors comme le micro pour démontre son vide intérieur sorti de cet alter-go sonore. Le jeu de regard à travers la profondeur de champs, les multiples effets de reflets avec les vitres omniprésente dans cette radio amenant un contrepoint permanent aux errances de Barry par les réactions de son entourage, que ce soit le dépit ou le cynisme satisfait face au scandale juteux qu'amènent ces instants (Alec Baldwin parfait d'ambiguïté en patron de radio). Oliver Stone se préparait en quelque sorte aux futures contraintes que lui imposeraient Né un 4 juillet avec son Tom Cruise en fauteuil roulant et se montre très inspiré pour éviter tout statisme et toujours relancer l'action malgré le huis-clos. Le final exprime le point de non-retour atteint par le héros et la profonde noirceur qui anime une ouvre diablement énergique. Une des œuvres les plus sous-estimées de son réalisateur et une grande réussite. 5/6
7swans
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Re: Oliver Stone

Post by 7swans »

Si ça pouvait motiver Ratatouille à mater son DVD...
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Flol
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Re: Oliver Stone

Post by Flol »

Profondo Rosso wrote:entrecoupé d'interventions d'autres acteurs jouant ses interlocuteurs (dont Michael Wincott que l'on retrouvera aussi dans le film)
Là ok, j'ai envie de voir ce film.
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Flol
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Re: Oliver Stone

Post by Flol »

Ah y est, c'est vu. Je serais juste un peu moins enthousiaste que Profondo, mais c'est tout de même un solide film. La caméra de Stone fait des merveilles pour rendre les monologues de Barry Champlain bouillonnants de vie et de fureur, et on sent Stone effectivement très très en colère, à travers le nombre d'intervenants racistes que Barry chope à l'antenne.
Et je découvre Eric Bogosian, qui a un charisme et une présence complètement dingues. Cet acteur avait tout d'une star, mais est malheureusement plutôt resté dans l'ombre.