Peter Greenaway

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Wagner
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Re: Peter Greenaway

Post by Wagner »

Jeremy Fox wrote:Quoiqu'il en soit, avec Greenaway aux manettes, il ne s'agira pas de remake mais de nouvelle adaptation. Ca n'a pas grand chose à voir puisque le matériel d'origine est un roman. Tout le monde a le droit de s'approprier une oeuvre littéraire pour en faire sa propre adaptation ; je ne compare pas ça à des remake de films.
Absolument, par contre nous ne vivons plus à une époque qui permet d'adapter ce genre de matériau.
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Jack Griffin
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Re: Peter Greenaway

Post by Jack Griffin »

Greenaway n'est pas trop préoccupé par l'époque actuelle...J'y avais pas pensé mais c'est vrai que le roman de Mann est tout à fait adapter à son univers.
julien
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Re: Peter Greenaway

Post by julien »

Les budgets de ses films sont quand même très réduits maintenant. Ça risque d'être un truc filmé entre quatre murs, éclairé à la bougie, avec 4 acteurs... Depuis pas mal de temps Greenaway est quand même un peu tombé dans l'oubli. Son cinéma a moins la côte auprès du public que dans les années 80. Enfin on peut toujours espérer un come back providentiel. Je sais qu'il prépare aussi un film d’après Eisenstein, et son voyage au Mexique, qui devrait sortir l'année prochaine.
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Re: Peter Greenaway

Post by giftongue »

Sinon il aurait déjà tourné Goltzius and the Pelican Company en 2012 et un autre film sur Bosch qui devrait sortir en....2016! ( si j'ai bien lu ce qui suit!)

http://kasander.blogspot.ie/2012/03/gre ... nimus.html

Et ce qu'en dit wiki....:

Goltzius and the Pelican Company is a film by writer-director Peter Greenaway. The film is based on the life of Hendrik Goltzius, a late 16th century Dutch printer and engraver of erotic prints. He seduces the Margrave of Alsace into paying for a printing press to make and publish illustrated books. Goltzius promises him an extraordinary book of pictures of the Old Testament Biblical stories. Erotic tales of Lot and his daughters, David and Bathsheba, Samson and Delilah and John the Baptist and Salome. To tempt the Margrave further, Goltzius and his printing company will offer to perform dramatizations of these erotic stories for his court.

Goltzius and the Pelican Company is the second feature in Greenaway’s film series “Dutch Masters”, which includes the previous film Nightwatching.[4] The third entry in the series will focus on Hieronymus Bosch, and its release is planned to coincide with the 500th anniversary of Bosch's death in 2016.



Pour Julien : ZOO est le MEILLEUR FILM de GREENAWAY.... :mrgreen:
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Re: Peter Greenaway

Post by giftongue »

la bande annonce de Goltzius....?



et quelques extraits sur youtube ( channel ThePeterGreenaway) : Goltzius and the pelican company (introduction : 6 sexual sins) tout un programme....




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julien
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Re: Peter Greenaway

Post by julien »

C'est encore un de ces fameux "Film Catalogue". En tout cas ça a l'air prometteur. J'aime bien en plus lorsque Greenaway fait joujou avec l'infographie. C'est ce qu'il fait de mieux je trouve. Je pensais qu'il avait abandonné le procédé depuis sa trilogie sur Tulse Luper. Avec un peu de chance, ça sortira dans une ou deux salles de cinéma.
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Re: Peter Greenaway

Post by julien »

Le trailer officiel de Goltzius and the Pelican Company :



Après le théâtral, La ronde de Nuit, qui m'avait laissé une impression mitigée, il semble que Greenaway - peintre de formation - soit revenu à ce qu'il sait faire de mieux : Le mélange surréaliste détonant entre cinéma et infographie.

Le synopsis :

Danemark. 16ème siècle.
Hendrik Goltzius est un célèbre peintre et graveur d’œuvres érotiques. Il aimerait ouvrir une imprimerie pour éditer des livres illustrés.
Il sollicite alors le Margrave (Marquis) d’Alsace et lui promet un livre extraordinaire avec des images et des histoires de l’Ancien Testament regroupant les contes érotiques de Loth et ses filles, David et Bethsabée, Samson et Dalila, Saint Jean-Baptiste et Salomé.
Pour le séduire davantage, il lui offre alors de mettre en scène ces histoires érotiques pour sa cour.

Voila. Maintenant, la question est de savoir, si le film sera un jour distribué en salle !
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Re: Peter Greenaway

Post by Gounou »

Après Coppola, le syndrome "Phantasmagoria - PC-1995" a pris un autre vieux pour cible... :mrgreen:
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julien
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Re: Peter Greenaway

Post by julien »

Oui, enfin sauf que Greenaway, il pratique ce genre d'exercice visuel depuis la fin des années 80. Je connaissais pas ce jeu d'ailleurs. Ça a l'air assez étonnant.
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Re: Peter Greenaway

Post by Gounou »

julien wrote:Ça a l'air assez étonnant.
C'était mortel.
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(en 1995 tout du moins...)
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Re: Peter Greenaway

Post by julien »

A noter sur vos agendas !

Diffusion en Avant-Première de Goltzius and The Pelican Company, au Mk2 Bibliothèque de Paris, Vendredi 05 Juillet, à 21h15, en présence de Grigri.

On devrait sans doute pouvoir réserver les places d'ici peu, sur le site de MK2, même si je pense pas que ça soit l'émeute et que le film fasse salle comble.
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Re: Peter Greenaway

Post by julien »

Goltzius et la Compagnie du Pélican

Cinq ans après La Ronde de Nuit, Peter Greenaway livre le deuxième volet d’une série de films consacrée aux Maîtres Flamands en s’intéressant cette fois ci à Hendrik Goltzius, graveur érotique de la fin du 16e siècle qui séduisit le Margrave d’Alsace et lui demanda la fabrication d'une presse typographique pour imprimer des ouvrages illustrés en échange de ses services. Il lui proposa de lui dédier l’illustration de l’Ancien Testament par 6 contes érotiques ; la fornication, l'inceste, l'adultère, la prostitution, la séduction des jeunes et la nécrophilie.

Comme à son habitude, le réalisateur signe une œuvre profondément stylisée et visuelle, avec de nombreuses surimpressions et incrustations d'images ; technique que l'on retrouvait précédemment dans la trilogie Tulse Luper Suitcases. Pour Greenaway, au commencement était l’image et non le verbe. Ici on a tout de même même moins mal au crâne car le réalisateur, évite le trop-plein numérique qui envahissait considérablement sa trilogie des valises. Davantage proche du conte théâtral pour l'aspect dramatique, le film lorgne du côté de The Baby of Mâcon, en reprenant le concept de la pièce de théâtre donné à l’intérieur du film ; mais le spectacle se veut ici beaucoup plus ludique et divertissant. Gri gri prenant notamment un certain plaisir à brocarder le moralisme sexuel et l'hypocrisie religieuse.

Figure iconoclaste du cinéma européen, Greenaway réalise de films en films une œuvre très cohérente en ressassant inlassablement les mêmes obsessions formelles et thématiques : L'érotisme, la religion, l'art et la mort. Pour les amateurs du cinéaste, qui connaissent bien son œuvre, rien de bien nouveau donc mais c'est toujours un plaisir d'admirer l'élégance de la composition des plans, le travail sur la profondeur du cadre ainsi que la richesse des couleurs, directement influencés par l'opéra et la peinture de la renaissance, que le réalisateur ne manque pas de citer voire même d'analyser (Van Eyck et Dürer par exemple).

On pourra certes trouver le développement de l'intrigue fortement limité et répétitif dans son procédé mais par l'utilisation des effets spéciaux visuels, insérés au cœur même du dispositif narratif, le réalisateur parvient à faire se télescoper de manière très habile, l'art ancien et la technologie moderne dans un kaléidoscope d'images particulièrement fastueux et étourdissant. A réserver toutefois en priorité aux amateurs d'Art et d'expérimentations visuelles ! Les autres risquent d'avoir une forte nausée durant tout le film.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Mon Jéjé, je ne t'ai pas vu durant la séance. Où étais tu ? Moi j'étais assis tout prés de Gri Gri.
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Demi-Lune
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Re: Peter Greenaway

Post by Demi-Lune »

Joe Wilson wrote:Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant

Un film fait d'excès et d'outrance, dans l'exacerbation des sentiments humains...Greenaway à son meilleur. La maîtrise de la mise en scène est exceptionnelle, à la fois fascinante et éprouvante, presque intimidante. C'est d'ailleurs le seul regret que je peux exprimer, une certaine distance vis à vis du récit : la composition est si éclatante qu'elle impose une relative rigidité. Mais ce n'est pas grand chose, et une seconde vision serait sans doute pour le reste.
Pour le reste, l'interprétation est franchement mémorable : Michael Gambon nous glace le sang à chaque apparition et parvient à ne jamais surjouer...son personnage ne tombe jamais dans le grotesque, ce qui permet au film de tenir un équilibre fragile et mémorable. D'une brutalité et d'une vulgarité inouie, il représente une démesure dans la violence. Un point de non-retour. Face à lui, Helen Mirren tire parfaitement son épingle du jeu : son interprétation est fine, subtile...elle offre une ambiguité éclatante, un contrepoint indispensable.
Richard Bohringer est moins impressionnant...même si son rôle est plus effacé, j'ai surtout été gêné par son accent très prononcé. Le langage chez Greenaway étant toujours une clef, sa prestation m'a paru laborieuse, presque affectée.
Encore une fois, la partition de Nyman est en adéquation avec les images...sèche, saccadée, solennelle, elle fait naître une sensation de répétition.
Enfin, les décors, l'utilisation du thème culinaire...autant d'éléments qui dessinent les perspectives d'un ballet funèbre. La limpidité des travellings fait le reste.
Absolument d'accord avec tout ça, c'est remarquablement exprimé.
Perso j'ai été fasciné, bousculé par ce film. Sans doute l'une des expériences les plus inventives (et déviantes) de la fin des années 80.
C'est le vaudeville revisité à la sauce Greenaway (le titre du film annonce le programme) donc on est à la fois dans quelque chose de bouffon et dans une démarche proche de l'installation d'art. L'impression de voir une espèce de commedia dell'arte sans masques mais toute aussi exubérante et pervertie par les obsessions du cinéaste. Le résultat est mémorable, en tout cas. L'héritage du théâtre s'harmonise avec la puissance de la mise en images, que ce soit au travers de la scénographie, des grands travellings latéraux, ou des dominantes de couleurs façon Vittorio Storaro, qui accompagnent la fascination (le changement de couleur des costumes de Helen Mirren pour s'accorder ton sur ton avec la couleur de la pièce dans laquelle elle rentre, génial) et la suffocation par leur agressivité (le rouge est de plus en plus prononcé dans la salle de réception comme dans les costumes à mesure que le film avance).
Tout ça provoque une atmosphère extrêmement malsaine et irrespirable, entre d'une part cette idée de décadence raffinée (que je n'avais pas autant ressentie depuis Hannibal) qu'inspire la sensorialité plastique et culinaire, l'association cul + matières mortes et consommables ou encore les costumes de Jean-Paul Gaultier, et d'autre part la violence psychologique sous-jacente avec la terreur que vit le personnage d'Helen Mirren (MILF alert © Ratatouille) sous l'emprise de son mari taré. Le comique de situation, lié aux coucheries au nez et à la barbe du mari, n'adoucit jamais ce sentiment de nausée, tant Michael Gambon incarne une menace imprévisible, grandiloquente.
Si ça s'essouffle vers la fin à cause de la répétitivité des situations, le climax outrageusement hardcore dans l'humour noir inscrit définitivement le film dans les annales. Petit aperçu esthétique:

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Jeremy Fox
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Re: Peter Greenaway

Post by Jeremy Fox »

Pas mieux ; son chef-d’œuvre à mon avis, avec The Baby of Macon, en revanche jamais revu depuis sa sortie.
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Thaddeus
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Re: Peter Greenaway

Post by Thaddeus »

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The Falls
Le premier film de Greenaway, très influencé par le cinéma expérimental et fréquemment projeté dans des circuits non commerciaux, a longtemps tenu du légendaire. En quatre-vingt douze mini-biographies absurdes, il égrène les entrées d’un annuaire imaginaire, adopte le ton impersonnel du reportage (voix off neutres, témoins parlant face caméra, images d’archives, prises de vues pseudo-documentaires), déroule une logorrhée verbale en forme de marathon et pousse radicalement les effets d’accumulation et de répétition. L’humour délirant mais pince-sans-rire le dispute à l’inquiétude morbide de l’holocauste, et l’écriture automatique y est toujours menacée par les lois ludiques d’une construction sérielle. Entre canular et œuvre d’art obsessionnelle, l’exercice intrigue autant qu’il exaspère. 3/6

Meurtre dans un jardin anglais
L’Angleterre du XVIIIème siècle. Ses manoirs, ses prairies et ses jardins. Ses roturiers, ses principes glacés, ses bouffons emperruqués et ses utopistes. Au cœur du labyrinthe, à l’intersection des allées parfaites, la clé du problème. Greenaway juxtapose une étrange obsession pour l’arithmétique, des pièges optiques à multiples facettes, un verbe soutenu pratiquant constamment le double-sens et la remarque assassine. Cultivant la causticité, il organise une partie de Cluedo excentrique dont le formalisme excessivement poussé croise tout à la fois l’énigme policière, le marivaudage libertin, le jeu de l’esprit, les références picturales et la réflexion sur la perspective. Tout cela est très original mais je dois bien confesser que je trouve l’objet assez hermétique, pour ne pas dire un peu vain. 3/6

Le ventre de l’architecte
Berceau de la civilisation moderne, filmé comme un labyrinthe architectonique de marbre et de formes sphériques ou verticales, Rome est cette ville insolite où vient se perdre Stourley Kracklite. Hanté comme le réalisateur par le mystère de l’art et la séduction du trompe-l’œil, obsédé par le génie de Boullée, cet architecte visionnaire du XVIIIème siècle auquel il s’identifie, et par l’idée d’une mort qu’il sait toute proche, notre héros photocopie jusqu’à la névrose le nombril des statues, se laisse gagner par la paranoïa, se heurte à l’arrogante hostilité d’une haute société italienne qui lui prendra sa femme, son exposition et sa vie. Dans un monde de profit où l’artiste est condamné à tirer sa révérence, le cinéaste filme sa chute, triste et funèbre, avec une proximité inhabituelle qui la rend réellement touchante. 4/6

Drowning by numbers
Nuit noire sur le Suffolk. Une gamine, sosie d’Alice aux pays des merveilles vêtue à la mode Velasquez, saute à la corde en comptant les étoiles. Case n°1. On pourra s’amuser à repérer les nombres jusqu’à 100, le long d’un jeu de pistes réduit à des variations autour de meurtres presque identiques, commis par des mantes religieuses trucidant des ventrus impuissants et considérant l’assassinat comme un des beaux-arts. Dans un capharnaüm d’indices culturels et d’objets insolites, derrière l’humour noir d’un délire contrôlé sur la nourriture, ferment de putréfaction, la nappe liée au linceul, Greenaway décrit un monde invertébré, soumis à la logique absurde des séries numériques, et où la vie est une loterie régie par une implacable succession de conjonctions fortuites. Un brillant bric-à-brac surréaliste. 4/6

Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant
Une fois de plus, Greenaway se revendique concepteur de charades visuelles et d’écheveaux abstraits et complique à plaisir un ensemble de tableaux baroques composés comme de véritables cryptogrammes, où s’expriment son obsession de la pourriture, son refus du réalisme, ses citations de tous ordres et sa gaieté funèbre. La profusion d’éclairages stylisés, le plus souvent d’un rouge infernal, les cadrages au cordeau, les costumes sans âge parachèvent la savante symphonie de ce conte macabre. Dix jours, dix chapitres, dix menus pour métaphoriser, sur fond d’opéra gastronomique et décadent, le cynisme et l’égoïsme d’une société anglaise où tout est ramené à sa valeur marchande – et à son goût au palais. On peut se laisser fasciner, ou rester de marbre devant tant d’obscénité raffinée. 4/6

The baby of Mâcon
Les opus de Greenaway s’emboîtent les uns dans les autres, se répartissent par tendances, offrent des perspectives cavalières. Celui-ci se situe en 1659, à l’époque de la contre-réforme, mais parle tout autant du présent : exploitation des enfants, mensonge public, pourriture privée. S’y déroule un cérémonial autour d’un bébé thaumaturge, d’une fausse vierge se faisant passer pour sa mère et d’une Église coercitive. Univers tragique où le sexe conduit à la mort, jeu construit autour du réel et de sa représentation, comme un rituel glacé de l’abjection humaine. Si les provocations crues de ce film hiératique et grandiloquent, son radicalisme sans contrepartie, son obstination à fixer laideurs et turpitudes dénotent la poursuite intrépide d’un cinéma résolument différent, ils peuvent tout aussi bien lasser. 3/6

The pillow book
Lorsque Nagiko était enfant, son père calligraphe traçait sur son visage et son dos des idéogrammes rituels. Devenue adulte, ses amants doivent pour la combler prendre son corps comme une page vierge et le couvrir de signes… Puis le jeu s’inverse et elle décide que les hommes deviendront de véritables livres vivants, leur peau couverte de messages devenant tout à la fois l’instrument de son plaisir et celui de sa vengeance contre un éditeur autrefois responsable de sa ruine. Toute en incrustations, surimpressions, cérémonies codées, la forme se déploie ici comme un rébus, la matière des mots se conjugue à la matière des chairs, jusqu’à la sublimation et à la mort. Cinéma très sophistiqué, morbide, obsessionnel, verrouillé comme un langage cryptique, que l’on contemple sans jamais s’y engager. 3/6


Mon top :

1. Le ventre de l’architecte (1987)
2. Drowning by numbers (1988)
3. Le cuisinier, le voleur, sa femme et son amant (1989)
4. The baby of Mâcon (1993)
5. The pillow book (1996)

Personnalité iconoclaste et très originale, qui a développé avec un goût déconcertant du morbide, de l’humour noir et de la provocation, Greenaway se distingue essentiellement par sa singularité formaliste. J’apprécie ses recherches, je peux même les trouver franchement fascinantes, mais je ne peux pas dire que son discours d’artiste me parle plus que cela.
Last edited by Thaddeus on 17 Jan 19, 22:08, edited 1 time in total.