Blake Edwards (1922-2010)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Profondo Rosso
Howard Hughes
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Re: Blake Edwards (1922-2010)

Post by Profondo Rosso »

Opération clandestine (1972)

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Le docteur Peter Carey rejoint son nouveau poste dans un hôpital de Boston, dirigé par le docteur J.D. Randall et où travaille un de ses amis, le docteur David Tao. Il y fait la connaissance de Georgia Hightower dont il tombe amoureux. Bientôt, il apprend l'arrestation de Tao, accusé d'avoir pratiqué un avortement illégal sur Karen Randall, fille de J.D., qui vient de mourir d'une hémorragie interne peu après son arrivée aux urgences de l'hôpital. Convaincu de l'innocence de son ami, Carey mène une enquête parallèle.

Opération clandestine s'inscrit dans une période creuse de la filmographie de Blake Edwards. Le succès commercial le fuit tandis que le montage de plusieurs de ses films lui échappe sur Darling Lili (1970), Deux hommes dans l'Ouest (1971) et donc Opération clandestine. Cela n'empêchera pas la vraie réussite artistique de ces trois films mais laissera au réalisateur un ressentiment qui s'exprimera plus tard dans le furieux S.O.B. (1981). Opération clandestine marque l'introduction de Michael Crichton dans le monde du cinéma avec cette première adaptation d'un de ses romans, signé sous pseudo au vu du sujet médical polémique alors qu'il officie encore à la faculté de médecine d'Harvard. Le récit nous plonge dans le quotidien d'un hôpital de Boston où le docteur Peter Carey (James Coburn), fraîchement arrivé fait figure d'électron libre. Cela passe d'abord pas le jeu décontracté et séducteur de Coburn, en contradiction avec l'attitude ambiante guindée et déférente envers le tout puissant J.D. Randall (Dan O'Herlihy), directeur de l'établissement.

Lorsque le drame se noue avec la mort accidentelle de la fille adolescente de Randall, cette présence poil à gratter de Carey prend tout son sens. L'accusé idéal est en effet le docteur Tao (James Hong), accusé d'avoir avorté grossièrement la jeune fille. L'introduction aura habilement mis en place les jeux de pouvoirs et les échelles sociales de l'hôpital où l'on comprend vite que Tao l'émigrant chinois fait un coupable idéal face à la bourgeoisie WASP en place. Carey mène l'enquête pour innocenter son ami et le tempérament gouailleur du personnage sert un regard ironique où Edwards met à jour l'hypocrisie sociale ambiante, se développant au-delà même de l'hôpital avec notamment la complaisance de la police. C'est cette approche qui domine, la dimension purement policière et thriller ne s'amorçant vraiment que dans les quinze dernières minutes. Auparavant Edwards tisse une atmosphère désabusée dans les portraits dépeints sur toutes les strates sociales (adolescentes livrées à elles-mêmes, parents démissionnaires et alcooliques) tout en creusant la personnalité de Carey porté par une interprétation subtile d'un étonnant James Coburn. Le ton mélancolique fonctionne particulièrement dans la romance qui se noue avec le personnage de Jennifer O'Neill, mais leur scènes en commun semblent être les principales victimes des coupes du studio. L'alchimie fonctionne mais l'on finit un peu frustré de ne pas avoir eu cet aspect plus développé. Une belle réussite néanmoins pour Blake Edwards mais un nouvel échec au box-office, le succès ne revenant qu'avec la reprise de la saga de La Panthère Rose. 4,5/6
The Eye Of Doom
Machino
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Re: Blake Edwards (1922-2010)

Post by The Eye Of Doom »

Thaddeus wrote: Allô… brigade spéciale
Mieux vaut préférer au français, bien peu inspiré, le titre original de ce suspense qui se présente comme une habile variation sur le thème de la terreur. Affranchi du genre qui a fait sa gloire, Edwards crée sans recourir à des moyens grand-guignolesques un climat d’angoisse d’une certaine efficacité et tisse la toile de son thriller en témoignant d’une adresse consommée. Si le scénario accuse son lot d’invraisemblances (la disponibilité du FBI et l’importance des moyens déployés dans une telle mission préventive ne sont guère plausibles), l’art de prolonger les plans sans perte d’intensité impose la présence corporelle du criminel et l’angoisse de la victime (à laquelle Lee Remick prête une belle présence) aussi vivement qu’une poursuite dans la cohue ou dans l’agencement inquiétant du décor urbain. 4/6
Sur la base des bons échos déçi delà, j'ai regardé Expériment un terror aka Allo, Brigade spéciale.
Pas complètement convaincu.
Je suis assez en phase avec le commentaire de Tavernier en bonus. Le film a deux atouts majeurs: la photo N&B et la magnifique musique de Mancini (dont les premieres notes du thème préfigure Morricone)
Tout le début est remarquable: tres beau générique, scènes d'agression de grande intensité,..,
Après j'ai décroché en raison de l'intrigue "classique", des invraisemblances, de l'absence d'intérêt pour les personnages principaux. Il y a aussi des effets de manches pas toujours terribles.
J'ai failli en rester à la moitié mais c'est l'interprétation inattendu de Ross Martin qui m'a amené au bout. J'avais pas vu son nom sur la pochette et des les premières scenes j'ai cru le reconnaître à ma grande surprise. Il est ici excellent: on regrette qu'il n'ai pas eu l'occasion d'un carrière dramatique. Il porte vraiment le film face à Glen Ford et Lee Reming assez transparents (volontaire de la part d'Edwards apparement), jusqu'à son dernier souffle.
Le film comporte plusieurs passages réussis mais c'est de nouveau sur la fin que ça redécole.
Cela m'a en tout cas donner envie de voir "le jour du vin et des roses" ou son western.

Il faut que je trouve le disque de la BO.