Jean-Claude Brisseau (1944 - 2019)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Rupert Pupkin
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Post by Rupert Pupkin »

Melmoth wrote:
Jeremy Fox wrote: Des entretiens avec Jean-Claude Brisseau et ses collaborateurs (chef-opérateur, compositeur, monteuse/décoratrice, comédiens etc.)
Ce sera un 52 minutes composé d'entretiens avec Jean Claude Brisseau, Lisa Heredia sa compagne monteuse-comédienne-décoratrice-costumière, Raphaële Godin, Sylvie Vartan, Romain Winding chef opérateur et Jean Musy compositeur. Ce sera probablement accompagné de modules supplémentaires avec certains des intervenants (une leçon de musique par Jean Musy) et d'une présentation de chaque film par un metteur en scène.
y a un site où on peut voir le (les) visuels du coffret ?
Melmoth
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Post by Melmoth »

Rupert Pupkin wrote: y a un site où on peut voir le (les) visuels du coffret ?
Non et ça va pas être pour tout de suite.
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Fatalitas
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Fatalitas »

bonus du coffret

Les suppléments seront dispersés sur tous les disques :
- Documentaire L’ange et la femme (52 mn) : entretiens avec Lisa Hérédia (comédienne, monteuse et décoratrice des films de Jean-Claude Brisseau) et différents collaborateurs de Jean-Claude Brisseau (Romain Winding, chef-opérateur, Jean Musy, compositeur, et les comédiennes Raphaële Godin et Sylvie Vartan)
- Préface de La Vie Comme ça par Luc Moullet
- Préface de Celine par Philippe Le Guay
- Préface de L'Ange Noir par Marie-Christine Questerbert
- Préface des Savates Du Bon Dieu par André S. Labarthe

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La Vie Comme ça (1978) avec Lisa Hérédia
Agnès quitte le lycée et s'installe avec une amie dans un HLM de Bagnolet. Engagée comme employée de bureau, elle devient déléguée du personnel après le renvoi d'une collègue.

Celine (1992) avec Isabelle Pasco et Lisa Hérédia
Céline, jeune femme au bord du suicide, est recueillie par Geneviève, infirmière qui l'apaise et la soigne en lui apprenant les techniques de relaxation. Céline prend goût à ces exercices et se perd en méditation. Mais bientôt, des phénomènes étranges se passent en elle et autour d'elle.

L'Ange Noir (1994) avec Sylvie Vartan, Michel Piccoli et Tchéky Karyo
Une femme a assassiné un homme chez elle. Elle est l'épouse d'un homme important et s'arrange pour faire croire à une tentative de viol, et ainsi légitimer son crime.

Les Savates Du Bon Dieu (2000) avec Stanislas Merhar, Coralie Revel et Raphaële Godin
Garagiste dans la banlieue de Saint-Etienne, Fred donne son argent aux plus démunis. Lassée par cette situation, sa femme Elodie le quitte. Fou de tristesse, Fred part à sa recherche avec Sandrine, une amie d'enfance amoureuse de lui. Sur leur chemin, ils rencontrent Maguette, un Africain à la fois magicien et informaticien qui va être leur ange gardien.


sortie le 6 mai
Last edited by Fatalitas on 8 Apr 08, 21:32, edited 2 times in total.
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Vic Vega
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Vic Vega »

Fatalitas wrote: Les Savates Du Bon Dieu (2000) avec Stanislas Merhar, Coralie Revel et Raphaële Godin
Garagiste dans la banlieue de Saint-Etienne, Fred donne son argent aux plus démunis. Lassée par cette situation, sa femme Elodie le quitte. Fou de tristesse, Fred part à sa recherche avec Sandrine, une amie d'enfance amoureuse de lui. Sur leur chemin, ils rencontrent Maguette, un Africain à la fois magicien et informaticien qui va être leur ange gardien.

sortie le 6 mai
:D :D :D :D
Je rêve de le découvrir depuis une éternité.
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Fatalitas
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Fatalitas »

pour l'avoir vu et adoré au moment de sa sortie, je peux te dire une chose : ce film, ça passe ou ça casse !!! :lol:
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Ben Castellano
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Ben Castellano »

Un entretien avec Jean-Claude Brisseau à l'occasion de son dernier film:

http://www.culturopoing.com/Cinema/Entr ... sseau-1850
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Boubakar
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Boubakar »

Ben Castellano wrote:Un entretien avec Jean-Claude Brisseau à l'occasion de son dernier film:
à se demander si ce film sortira un jour (depuis sa sortie initiale, en Janvier, ça fait plusieurs fois qu'il est reporté). :lol:
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Jack Carter
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Jack Carter »

sortie initiale en novembre 2008 plutot :lol: (les CdC en avait fait la critique d'ailleurs), le film sort enfin ce mercredi, du moins, normalement..
Rupert Pupkin
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Rupert Pupkin »

Boubakar wrote:
Ben Castellano wrote:Un entretien avec Jean-Claude Brisseau à l'occasion de son dernier film:
à se demander si ce film sortira un jour (depuis sa sortie initiale, en Janvier, ça fait plusieurs fois qu'il est reporté). :lol:
le dernier Brisseau... vous parlez de "à l'aventure" ??

il sort en DVD UK fin mai :

http://www.amazon.co.uk/exec/obidos/ASI ... /ref=nosim
MrDeeds
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by MrDeeds »

De bruit et de fureur est un film impressionnant à la 1re vision : sujet fort, fond social, lyrisme, ton singulier... Mais il supporte assez mal une deuxième vision car le film est assez vain dans son formalisme. J'ai vu d'autres films de brisseau qui m'ont laissé un peu froids.
Quant aux derniers films, les Anges exterminateurs et les choses secrètes, ce sont pour moi deux navets, où le cinéaste expose des fantasmes ridicules et libidineux avec des actrices qui jouent super mal. le pire des deux est les anges exterminateurs où il tente de justifier les accusations d'abus des actrices : le film est mou et grotesque (surtout quant le pseudo réalisateur fait de la métaphysique de pacotille). En plus, il se présente dedans en victime expiatoire, c'est insupportable.
Alors non, merci, je n'irai pas voir "à l'aventure !"
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Jordan White »

A l'aventure (2009)

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Lasse de son actuel mode de vie, une jeune femme décide de tout quitter. Elle fait alors des rencontres qui l'amèneront vers de nouveaux plaisirs, mais aussi au seuil du fantastique.


Dernier volet de la trilogie consacrée à l'exploration du désir féminin par Brisseau, A l'aventure (me fourvoierais-je si je disais que je trouve l'affiche très Godardienne ?) conclut l'obsession du cinéaste pour le désir et le plaisir féminin entamée avec Choses secrètes en 2002. La séquence d'ouverture est assez troublante : deux femmes qui se connaissent depuis des années discutent de leur travail, et soudainement la thématique du plaisir (et insidemment de son absence de plus en plus criante) s'installe. Manifestement, l'une et l'autre ne semblent pas satisfaites de leur vie de couple. A leurs côtés, un homme mûr (Etienne Chicot et sa formidable voix rauque de conteur) qui ne donne d'abord pas son prénom ni sa profession, philosophe vaguement sur la vie puis lance quelques unes de ses vérités. De façon suggestive, il intime aux deux jeunes femmes de réfléchir à leur mode de vie, à leurs représentations du désir (photo Aubade à l'appui), en les invitant à renoncer aux normes. Deux jeunes femmes qui étaient prêtes à rejoindre leurs bureaux respectifs finissent ainsi, enfin surtout pour l'une d'entre elles à claquer la porte, et à tourner une page de leur vie. Habillée en tailleur noir, semblant figée dans sa jupe fendue sur le côté, avec de fins talons aiguilles et quelques boutons de chemises détachés, Sandrine nous regarde comme spectateurs et comme témoins d'une(de sa) nouvelle vie. Carole Brana est étonnante dans cette séquence. Il suffit d'un geste ou plutôt d'une parole pour que cette femme, qui s'ennuie dans son couple, rentre chez elle et se jette dans les bras de son copain pour avoir une dernière nuit d'amour avec lui afin de nous faire comprendre et de réaliser par la même occasion que c'est en quittant son homme qu'elle va trouver sa liberté. Le soir-même, quelques minutes après qu'il ait joui, celle-ci se lève, pieds nus, avant de s'allonger dans un lit, pour s'y masturber et se procurer le plaisir absent de l'ébat. Lui la regarde circonspect avant de finalement lâcher l'affaire. Première thématique du film : le plaisir féminin dans la caresse et surtout les hommes outsiders dans la relation sexuelle, de plus en plus détachés des désideratas féminins, se focalisant sur leurs seuls fantasmes, laissant leurs fiancées ou leurs épouses dans une impasse et dans l'insatisfaction. La deuxième concerne les difficiles prises de position et décisions que certaines femmes doivent prendre pour échapper à un certain carcan : le mariage, la fidélité entre autres. Le film pose sa critique du système, Brisseau est un théoricien qui mêle la réflexion à la mise en images. Dans un cadre télévisuel (un rapport au 1.33 :1 devenu commun), il scrute, étudie, filme, souvent avec tact, parfois avec insolence les corps féminins comme si sa vie en dépendait. Comme il l'avait expliqué lors de la sortie des Anges Exterminateurs, il tente une fois de plus de définir et de sonder le mystère féminin : position sociale, normes sexuelles préétablies, initiation personnelle, etc. Parfois il donne l'impression de laisser libre cours à ses propres fantasmes en jouant au cinéaste voyeur qui aime caresser les courbes avec sa caméra, filmer de (très) jolies filles dans leur plus simple appareil, maquillage minimal, jeu sur la brèche, oeil complice.

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Ses actrices se donnent beaucoup. En mimant, en jouant l'orgasme devant les yeux incrédules d'un personnage de psychiatre relisant les écrits de Freud ou d'autres essais sur l'hystérie. Une sorte de cours magistral avec du sérieux papal en petites louchées, des intonations de voix à la limite de la comédie (involontaire) et puis une certaine légèreté de ton, avec une inclinaison finale fantastique, inédite, dans le cinema de Brisseau du moins durant les dix dernières minutes. Il reste le propos et le dialogue de Brisseau, sa philosophie de la vie, son libertinage, ses effeuillages sur un divan ou dans un lit, ses regards de braise échangés dans un café, ses séquences érotiques qui lorgnent ici vers le masochisme (soft), avec ceinture et fessées administrées avec force râles et gémissements (de plaisir) feints ou réels (où est le vrai et le faux ? Qu'est-ce qui est réellement mis ou en scène ? ). Brisseau veut s'affranchir des normes, des codes sociaux, du langage ciné parfois également par le truchement de son montage. Des plans étirés, des dialogues qui se poursuivent entre comédiens habités durant de longues minutes, sans coupure, avec une certaine emphase, un langage et une diction très littéraires, entre Rohmer et un zeste de Sade (en beaucoup plus édulcoré tout de même). On pourra reprocher à Brisseau des facilités dans les choix de la représentation des fétichismes, un oeil surtout hétérosexuel, via les scènes de saphisme (une énième représentation d'un fantasme masculin éculé). La séquence finale d'hypnose a cependant un cachet très particulier, une sorte d'étrangeté. Elle semble ainsi s'éterniser, et la conclusion laisse la voie libre à un tas d'interprétations possibles, refermant sur une dernière interrogation, en réponse à celle qui ouvre le film, une jeune femme semblant repue d'une expérience de vie autre, mais aussi inquiète et déstabilisée d'une certaine manière de la façon dont celle qu'elle a épousé l'a entraîné au bord de la rupture. Brisseau ne répond pas à toutes les questions, car après tout, le mystère féminin n'a pas délivré tous ses secrets. Même s'il n'est pas aussi fort et mémorable que Choses secrètes (qui n'est à mon sens pas un navet n'en déplaise à Mr Deeds, mais au contraire un film à la fois glaçant et érotique sur les rouages de la manipulation et l'influence de certaines personnes sur d'autres), A l'aventure démontre encore une fois la singularité de Brisseau dans la production française. Et c'est assez précieux.
Vu sur le DVD anglais, proposant une très belle image contrastée au format 1.33 d'origine, avec une piste 5.1 très correcte. Sous-titres anglais optionnels et une simple galerie d'images en bonus.

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Amarcord
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Amarcord »

Vus ce week-end, les 4 films du coffret Blaqout sorti en 2008.
La Vie comme ça et son casting rohmérien en diable (Marie Rivière + Rosette, entre autre) est celui qui m'a le plus emballé.
J'ai beaucoup aimé aussi Céline, dont je sais qu'il est l'un des films de Brisseau qui font le moins l'unanimité. Il s'en dégage un apaisement et, surtout, un hymne à la beauté de la nature (images splendides) qui m'ont vraiment emballé.
L'Ange noir (Sylvie Vartan, au chignon très hitchcockien, est très convaincante) et Les Savates du Bon Dieu m'ont laissé plus perplexe (le premier, surtout). Impossible d'en dire quelque chose de définitif. Impossible aussi de dire qu'ils m'ont emballé. Je leur trouve une grande naïveté qui ne me paraît pas toujours assumée, contrairement à ce sens du grotesque et cet humour très particulier (très culotté, voire casse-gueule) qu'on retrouve dans quasiment tous les films de Brisseau, et qui me semblent, eux, tout à fait assumés, bien qu'ils soient constamment sur le fil du rasoir. Mais il y a aussi de grands moments, surtout dans Les Savates du Bon Dieu (là encore, la nature est sublimée de manière magistrale). Une seule certitude : l'envie de revoir L'Ange Noir et, surtout, Les Savates du Bon Dieu très vite.
Je ne connaissais que Noce Blanche et De Bruit et de fureur, que j'avais adorés. Pas sûr de vouloir creuser davantage dans l'immédiat (ses trois derniers films m'inspirent la plus grande méfiance...). Mais j'ai été frappé, dans l'ensemble, par une certaine proximité avec le cinéma d'Eric Rohmer (ce qui, en soi, me ravit), dans l'univers, les thèmes, les personnages... Céline, notamment, de par son dispositif (deux héroïnes différentes dans une ambiance bucolique) est quasiment un conte de printemps ou d'automne... ou un lointain cousin de Quatre aventures de Reinette et Mirabelle.
[Dick Laurent is dead.]
Joe Wilson
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Joe Wilson »

La vie comme ça

Eprouvant, tout en exprimant un regard lucide et amer sur la désagrégation sociale et l'oppression silencieuse du monde du travail. Brisseau ne cherche pas à arrondir les angles, décrivant des protagonistes presque caricaturaux dans leurs outrances. Mais c'est dans l'exagération qu'il parvient à convaincre, et la démonstration se révèle brillante et bouleversante dans son efficacité. La vie comme ça dévoile une violence de chaque instant, brutale et banale, ne provoquant que l'indifférence autour d'elle.
Par un renoncement, chacun accepte l'impossibilité d'une vie en collectivité. Il s'agit de détourner le regard et de ne plus ressentir (l'image récurrente des corps défenestrés entourés de passants est d'une force implacable).
Le constat que pose Brisseau est donc accablant, d'autant plus marquant qu'il laisse la place à des scènes de poésie et de tendresse (où l'on retrouve une proximité avec Rohmer, au-delà des actrices)...qui s'évanouissent rapidement face à la cruauté d'un quotidien.
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Joe Wilson
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Joe Wilson »

Noce blanche

J'éprouve toujours de l'émotion à retrouver l'univers cinématographique de Brisseau. L'attention aux décors révèle une tristesse insondable et la solitude de chaque protagoniste est fouillée, dépouillée avec beaucoup d'intensité.
Le film se construit entièrement autour de la relation impossible entre le professeur et l'élève. Si Vanessa Paradis, alors débutante, livre une prestation limpide par sa fragilité, le poids d'une souffrance est porté par Bruno Cremer. La tension de ses gestes, la perplexité d'un regard perdu dans le vide transcendent un malaise et des regrets que les mots ne peuvent combler.
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Demi-Lune
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Demi-Lune »

J'ai eu l'occasion de tomber sur La vie comme ça (1978), aka le premier long téléfilm de Brisseau produit par l'INA... eh bien ça m'a laissé très perplexe, cette affaire. On a l'impression de voir le croisement contre-nature des univers de Rohmer (qui a soutenu Brisseau pour qu'il puisse monter son projet et qui récupèrera à son compte une partie du casting pour ses Comédies et proverbes : Lisa Heredia, Marie Rivière ou Pascale Ogier... ça fait bizarre de voir ces deux dernières téléportées dans un truc aussi chanmé) et de Maurice Pialat, l'autre cinéaste lui ayant mis le pied à l'étrier, et à qui on pense pour l'allure d'impro semi-documentaire et l'âpreté sociale. Sous la caméra brute de Brisseau, Bagnolet et ses HLM sont une espèce de zone de non-droit où la mixité côtoie l'indifférence et la violence. Le film commence sur le cadavre d'une pauvre fille ensanglantée qui s'est défenestrée : les gosses venus en attroupement se marrent qu'elle ait rebondi, les autres ne font même plus attention. Malaise.
Malheureusement, le film se laisse aller à bien trop de scories pour convaincre sur la durée, malgré l'étouffement qu'on ressent face à cette vision de la banlieue parisienne déshumanisée. Déjà, il y a un côté foutraque dans la narration, mais surtout, les acteurs et actrices sont à mon sens bien peu inspirés et cela affecte la crédibilité de la démonstration (les bandes, les mises à mort, ou certains personnages comme le concierge homo ou le Narcisse du bureau font vraiment pitié). En particulier, l'interprétation neurasthénique de Lisa Heredia tire le film vers le bas en privant de toute empathie un personnage qui pourtant prend cher professionnellement. Par contre, les toutes dernières minutes sont mémorables et laissent le bide noué.
Très irrégulier et inégal, donc, mais mérite le détour.