Jean-Claude Brisseau (1944 - 2019)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Jeremy Fox »

Rockatansky wrote:
Ambroise wrote: Pareil.
je n'ai vu Noce blanche et j'aime beaucoup.
Ah..Vanessa ... :mrgreen:
Moi j'en viens au contraire à me demander si ce n'est pas à cause d'elle que je n'ai pas accroché :oops:
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Rockatansky
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Re: Jean-Claude Brisseau

Post by Rockatansky »

Jeremy Fox wrote:
Rockatansky wrote: Ah..Vanessa ... :mrgreen:
Moi j'en viens au contraire à me demander si ce n'est pas à cause d'elle que je n'ai pas accroché :oops:
Tu étais déjà si vieux pour ne plus succomber aux charmes de la nymphette ? :mrgreen:
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« S’il est vrai que l’art commercial risque toujours de finir prostituée, il n’est pas moins vrai que l’art non commercial risque toujours de finir vieille fille ».
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Ambroise

Post by Ambroise »

Vanessa Paradis, aussi conne qu'elle puisse paraître en interview, est vraiment une actrice géniale, d'une sensiblité extraordinaire.
En témoigne à mon sens la scène d'ouverture de La fille sur le pont.

mais je connais déja l'opinion de Jérémy à ce sujet...
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Ambroise wrote:Vanessa Paradis, aussi conne qu'elle puisse paraître en interview, est vraiment une actrice géniale.
En témoigne à mon sens la scène d'ouverture de La fille sur le pont.

mais je connais déja l'opinion de Jérémy à ce sujet...
Je ne l'ai jamais aimé en tant qu'actrice et Elisa fut pour moi le "summum". Désolé :oops:
Joe Wilson
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Post by Joe Wilson »

Un jeu brutal : Un premier film qui dévoile déjà une personnalité forte, radicale et sans concessions. Dans la relation trouble et violente qui lie une adolescente infirme à son père, Brisseau témoigne de deux formes excessives de refus de la vie et de la société. L'handicap de la jeune fille nourrit une rage butée qui semble ne vouloir s'accomplir que dans une défiance permanente à l'égard de l'autre...et paradoxalement, c'est au contact de la personnalité démiurge et excessive qu'elle va finalement, dans l'acceptation d'un ordre du monde dont elle n'est qu'un témoin.
L'attachement de Brisseau à son parcours tourmenté, âpre, mais d'une grande richesse humaine, trouve son point d'orgue à travers quelques scènes magnifiques...je pense notamment à la confrontation de la jeune fille à la vision de la souffrance lors de la lecture d'une poésie de Baudelaire. La mise en scène est sèche, d'une grande rigueur et parvient à dénouer une intimité enfouie, une fragilité niée qui pourtant doit faire naître l'individu.
L'intrigue policière liée au meurtres du père m'apparait en rapport moins convaincante, il y a alors dans Un jeu brutal un mélange des genres un peu maladroit, et un final trop signifiant, en décalage avec la subtilité de l'ensemble. Mais ces quelques reproches ne ternissent pas la beauté fugitive et insidieuse du film.


De bruit et de fureur : Un grand film que cette sombre vision, bien prémonitoire, d'une réalité des banlieues ancrées dans une violence banale, quotidienne, désespérante. En observant les évènements dramatiques du point de vue du jeune arrivant Bruno, Brisseau montre bien comment les lieux en eux-mêmes (l'anonymat des tours et leur isolement) deviennent des symboles d'étouffement, sans aucune possibilité d'issue sinon de constater comment la naiveté d'un vécu se consume à petit feu, dans un combat perdu d'avance. Car l'imaginaire de Bruno ne peut même plus être un rempart et prend une connotation tragique, magnifiée par l'onirisme baroque de Brisseau, qui donne au final l'ampleur d'une tragédie antique.
Brisseau parvient dans De bruit et de fureur à un équilibre fragile et magistral de son cinéma, dans l'audace et le risque. Cela donne un ensemble atypique et bouleversant dans la rencontre entre une description sociale froide et âpre (Cremer est impressionnant de présence physique dans le rôle du patriarche tout-puissant, évoluant d'ailleurs dans le même registre que pour Un jeu brutal, véritable bloc de rage et de frénésie) et un registre poétique d'une tendresse d'autant plus vibrante par sa rareté. A ce titre, la dernière séquence du film est magnifique...offrant une possible rédemption au personnage de Jean-Roger, catalyseur de la descente aux enfers de Bruno, et proclamant enfin, même mêlée à la lucidité et la détresse, la supériorité enchanteresse du rêve.



Choses secrètes : Curieux film, qui reste en permanence sur le fil du rasoir, jusqu'à toucher parfois au grotesque, mais qui au final m'a beaucoup touché et ému...précisément par ses prises de risques, pas toujours convaincantes mais nécessaires dans l'aboutissement d'un discours atypique et dense. Choses secrètes distille par instants la douleur secrète du mélodrame au sein d'un récit qui mêle arrivisme, féminisme et lutte des classes. Brisseau nous montre deux femmes dont l'affirmation d'une personnalité semble devoir nécessairement passer par la trangression et la maîtrise de la jouissance aux dépends des hommes, tant elles ont vécu dans la négation d'elle-même, dans un milieu fermé qui reproduit solitude affective et absence de perspectives.
Il y a une vision de la hiérarchie sociale et de l'hypocrisie des rapports de pouvoir extrêmement forte, certes sans nuances mais courageuses dans ses excès. La tentative désespérée des jeunes femmes aboutit pourtant à une autre négation d'elles-mêmes, à un gouffre des sentiments. Ce n'est pas un hasard si le personnage le plus bouleversant du film est la victime consentante de leurs manipulations...parce qu'il y a derrière la seule conscience d'une sensibilité.
La confrontation finale des jeunes femmes et décisive...l'une, d'abord naive et innocente est définitivement asséchée et prisonnière de son existence. L'autre s'est libérée d'un étau par sa rage et sa démesure. Mais dans les deux cas, l'on retrouve des regards dont l'intensité n'a d'égale que la souffrance, rentrée, qu'ils expriment. Glaçant.
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Nicolas Mag
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Post by Nicolas Mag »

j'ai vu les 2 premiers films dont tu parles et je suis resté sur ma fin avec un jeu brutal alors que de bruit et de fureur m'a conquis tantot par son realisme brut tantot par sa poésie, à noter les pasionnantes interviews dans les bonus :wink:
Rupert Pupkin
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Post by Rupert Pupkin »

heu... Moi c'est surtout "La vie comme ça" (je ne suis pas trop sûr du titre) qui se passe en HLM... Passé à la télé sur Arte peut-être y a environ 10 ans qui m'avait filé une claque incroyable...

Après je me suis longtemps demandé si je n'avais pas vu un film de Pialat...

Les deux plus récents (Choses Secrètes et Les Anges Exterminateurs) sont parfois maladroits, souvent sur la corde raide du ridicule et du grotesque parfois (certaines scènes et répliques grandiloquantes dans Choses Secrètes) mais de nombreux moments de "grâce" qui rendent ces films indispensables (en tout cas on en voit pas beaucoup comme ça)... après tout ce sont deux films Tragiques qui s'assument...et c'est rare aujourd'hui...

On retrouve encore Eyes Wide Shut (le bleu, les scènes d'orgies...) chez Brisseau qui semble avoir été très marqué par ce film même s'il cite plus 2001 dans les Anges Exterminateurs (en tout cas le makin'of). J'adore dans ce film les deux Anges et les voix venues de l'Ailleurs (un futur alternatif peut-être) (tout cela me rappelle beaucoup La Femme en Bleu de Deville) qui donne un sentiment inquiétant d'une fin du (d'un monde) imminente. J'ai parfois pensé à la Jetée..
Même si les Anges est finalement très très proche d'Eyes Wide Shut...
Evidemment filmer l'infilmmable est impossible, et tel Icare on finit par se brûler les ailes, ce qui vaut mieux que de risquer de boulverser l'ordre du monde et la courbure de l'espace temps (comme nous en avait averti Einstein et Courbet (pas Julien) pour l'origine du monde) comme les messages télégraphiques du futur tente de le prévenir...
Et mieux vaut donc se faire arrêter par une descente de police avant de risquer de bouleverser l'ordre de l'Univers...

Comme Brisseau cite 2001 je me demande s'il n'a pas pensé à la mort de HAL 9000 lorsqu'il filme la mort de la jeune fille ("ma mémoire se vide...")

Finalement je trouve ce Brisseau aussi maladroit que Kubrick dans les scènes de sexe (qui montre par contre parfaitement bien la vision de la sexaulité féminine par un personnage masculin); et dans les 2 finalement le plus réussi c'est par exemple cette scène où flotte le désir et la perte lorsque Jean-Claude rencontre le personnage de Jessica (ahhhhh Raphäelle Godin :oops: :oops: :oops: et ses yeux bleus insondables demi-lunes de désespoir; mais mon dieu quand va sortir enfin en DVD les savates du bon dieu ?) ou quand Tom Cruise découvre dant un cauchemar digne de shining sous le rire si troublant de Nicole Kidman qu'il ne connaît pas sa femme et qu'il a en face de lui un monde peut-être plus troublant et inquiétant que l'Inconnu de 2001...

Bon allez j'arrête...Sinon, vi ces deux derniers films de Brisseau sont parfois sur la corde raide d'un grotestque assez proche de "Un maman a tort
Deux c'est beau l'amour
Trois l'infirmière pleure
Quatre je l'aime
Cinq il est d'mon droit
Six de tout toucher
Sept j'm'arrête pas là
Huit j'm'amuse"
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Boubakar
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Post by Boubakar »

Joe Wilson wrote:De bruit et de fureur : Un grand film que cette sombre vision, bien prémonitoire, d'une réalité des banlieues ancrées dans une violence banale, quotidienne, désespérante. En observant les évènements dramatiques du point de vue du jeune arrivant Bruno, Brisseau montre bien comment les lieux en eux-mêmes (l'anonymat des tours et leur isolement) deviennent des symboles d'étouffement, sans aucune possibilité d'issue sinon de constater comment la naiveté d'un vécu se consume à petit feu, dans un combat perdu d'avance. Car l'imaginaire de Bruno ne peut même plus être un rempart et prend une connotation tragique, magnifiée par l'onirisme baroque de Brisseau, qui donne au final l'ampleur d'une tragédie antique.
Brisseau parvient dans De bruit et de fureur à un équilibre fragile et magistral de son cinéma, dans l'audace et le risque. Cela donne un ensemble atypique et bouleversant dans la rencontre entre une description sociale froide et âpre (Cremer est impressionnant de présence physique dans le rôle du patriarche tout-puissant, évoluant d'ailleurs dans le même registre que pour Un jeu brutal, véritable bloc de rage et de frénésie) et un registre poétique d'une tendresse d'autant plus vibrante par sa rareté. A ce titre, la dernière séquence du film est magnifique...offrant une possible rédemption au personnage de Jean-Roger, catalyseur de la descente aux enfers de Bruno, et proclamant enfin, même mêlée à la lucidité et la détresse, la supériorité enchanteresse du rêve.
Je rejoins l'avis de Joe ; c'est vraiment un grand film, pour moi, le meilleur de Brisseau, et qui ressemble à une version "ado" de La Haine, à la différence que Brisseau nous plonge dans un quotidien réellement glauque, et pas une "échapée" dans leur vie.
Là, on voit que leur vie est sombre, désespérée, mais que certains veulent s'en sortir, quoiqu'en dise le père (magnifique Bruno Cremer).
On voit chez Brisseau que ce que l'intéresse, c'est le naturel (on approche du documentaire), le réel, la vie, et là, il la cpate parfaitement.
bronski
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Post by bronski »

Je viens de voir Noce blanche sur Téva. J'ai pleuré à la fin. Magnifique.
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Boubakar
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Post by Boubakar »

bronski wrote:Je viens de voir Noce blanche sur Téva. J'ai pleuré à la fin. Magnifique.
Et bien voilà, tu auras au moins un film du mois. :)
Ballin Mundson
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Post by Ballin Mundson »

bronski wrote:Je viens de voir Noce blanche sur Téva. J'ai pleuré à la fin. Magnifique.
bouh, j'avais trouvé que ça sonnait faux ce film, notamment les dialogues
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Major Dundee
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Post by Major Dundee »

bronski wrote:Je viens de voir Noce blanche sur Téva. J'ai pleuré à la fin. Magnifique.
Noce blanche et De bruit et de fureur resteront ses deux sommets, je pense.
Quoique j'aime bien les autres aussi mais pas si fort (à part Celine où je me suis royalement emmerdé).
Charles Boyer (faisant la cour) à Michèle Morgan dans Maxime.

- Ah, si j'avais trente ans de moins !
- J'aurais cinq ans... Ce serait du joli !


Henri Jeanson
Rupert Pupkin
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Post by Rupert Pupkin »

je viens de voir ce coffret par hasard annoncé sur alapage :

Jean-Claude Brisseau : L'ange noir - Céline - Les savates du bon dieu - La vie comme ça (Coffret de 4 DVD)

http://www.alapage.com/-/Fiche/DVD/9667 ... ppel=GOOGL

vous avez des infos sur les bonus éventuels ?
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Rupert Pupkin wrote: vous avez des infos sur les bonus éventuels ?
Des entretiens avec Jean-Claude Brisseau et ses collaborateurs (chef-opérateur, compositeur, monteuse/décoratrice, comédiens etc.)
Melmoth
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Post by Melmoth »

Jeremy Fox wrote:
Rupert Pupkin wrote: vous avez des infos sur les bonus éventuels ?
Des entretiens avec Jean-Claude Brisseau et ses collaborateurs (chef-opérateur, compositeur, monteuse/décoratrice, comédiens etc.)
Ce sera un 52 minutes composé d'entretiens avec Jean Claude Brisseau, Lisa Heredia sa compagne monteuse-comédienne-décoratrice-costumière, Raphaële Godin, Sylvie Vartan, Romain Winding chef opérateur et Jean Musy compositeur. Ce sera probablement accompagné de modules supplémentaires avec certains des intervenants (une leçon de musique par Jean Musy) et d'une présentation de chaque film par un metteur en scène.
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