Michael Haneke

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Truffaut Chocolat
Rene Higuita
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Re: Michael Haneke

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Code Inconnu

Reprend un principe similaire à "71 fragments" (dans le sens où l'on suit différents récits n'ayant rien en commun) mais sans les faire converger cette fois-ci. Alors que reste-t-il ? Eh bien pas grand-chose. Haneke prend beaucoup de plaisir à filmer le visage de Juliette Binoche, seul personnage à sortir un peu du lot et à échapper à la caricature. Si le style s'affine, j'ai senti ici que son écriture avait du mal à se renouveler. Ça sonne comme un air de déjà vu.
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Truffaut Chocolat
Rene Higuita
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Re: Michael Haneke

Post by Truffaut Chocolat »

La pianiste

On a beau se faire une idée d’un film quand on connaît sa réputation et quand on connaît qui il y a derrière la caméra, ça n’empêche pas la surprise. Là, ça a fait mouche.

La dernière fois que j’avais vu des rapports humains décrits avec une telle précision et une telle crudité, je crois bien que c’était chez Bergman. Ce serait une pièce de théâtre, ce serait pareil, avec le soin apporté au stylisme, au maquillage, à la façon dont les lieux incarnent quelque chose et bien sûr le langage corporel des acteurs. Et en même temps, le nombre de fois où les émotions passent par des gros plans sur les visages, ça n’existe nulle part ailleurs qu’au cinéma, donc bon.  :o
De mon côté, je suis passé par le mépris de cette femme, la détestation, avant de ressentir de la pitié et de la tristesse. Savoir qui est dominant ou dominé n’a finalement plus d’importance, tant on sent très vite que le vrai sujet du film est (pour moi) la confusion des sentiments et la façon dont l’image que l’on se fait d’une personne influence nos sentiments.
Pour moi Walter ne l’a jamais aimé, déjà parce qu’il ne sait pas ce que c’est, ensuite par tout ça l’amuse, tout comme la musique.
Soit tout le contraire d’Erika, jouée par une Isabelle Huppert, euh… y’a pas de mots qui lui rendrait justice.
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Thaddeus
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Re: Michael Haneke

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une Isabelle Huppert, euh… y’a pas de mots qui lui rendrait justice.
Tellement vrai. C'est le genre de performance terminale qui, sans recourir à l'hystérie, distille une folie calme se diffusant dans le corps du film comme un poison lent. Frêle silhouette ligotée de l'intérieur, sourires abstraits, infimes tressaillements du visage plus violents qu'un ouragan, petite langue rose humectant clandestinement les lèvres pour révéler une soif jamais apaisée... Face à elle, Magimel est remarquable de muflerie veloutée.
Je n'ai pas revu La Pianiste depuis sa sortie mais il m'avait fait une durable impression. Que ce soit d'un point de vue moral, intellectuel ou artistique, il n'est jamais un film "comme il faut". Contrairement à ce qu'on peut supposer de prime abord, Haneke n'ambitionne pas de broder une fine description psychologique ou sociale. Son projet s'apparente davantage à un voyage intérieur, dans lequel les flous inquiétants du fantasme se mêlent aux lignes sèches de la réalité. Il utilise pour cela quelques aimants élémentaires (violence, pornographie) mais surtout il met en place un climat énigmatique et déjoue systématiquement nos attentes. Formellement, l'expérience est chaotique et heurte parfois le sens esthétique en oscillant sans cesse entre puissance et ridicule, finesse et roublardise. Mais sous ce désordre, le cinéaste reste toujours maître de sa démarche. Comme un dentiste un peu sadique, il creuse méticuleusement toujours dans le même sens, jusqu'à toucher la pulpe. D'accord avec toi aussi sur le rapport complexe et mouvant entretenu avec l'héroïne, qui suscite tantôt le malaise, tantôt l'effroi, et finalement surtout la compassion. C'est d'ailleurs ce qui préserve le film de tout surplomb déplaisant : ce que l'on éprouve avant tout, c'est la navrante misère de cette femme.
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Truffaut Chocolat
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Re: Michael Haneke

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Thaddeus wrote:
une Isabelle Huppert, euh… y’a pas de mots qui lui rendrait justice.
Tellement vrai. C'est le genre de performance terminale qui, sans recourir à l'hystérie, distille une folie calme se diffusant dans le corps du film comme un poison lent. Frêle silhouette ligotée de l'intérieur, sourires abstraits, infimes tressaillements du visage plus violents qu'un ouragan, petite langue rose humectant clandestinement les lèvres pour révéler une soif jamais apaisée...
Incroyable cette scène de l'audition. J'étais avec Erika, alors que n'ai absolument rien à voir avec elle. :o C'est fou d'avoir autant de talent.
Thaddeus wrote:C'est d'ailleurs ce qui préserve le film de tout surplomb déplaisant : ce que l'on éprouve avant tout, c'est la navrante misère de cette femme.
C'est exactement ça : plus j'y repense et plus je me dis que c'est un film sur le désespoir.
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Truffaut Chocolat
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Re: Michael Haneke

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Le temps du Loup
The Road by Haneke ou de la SF sans les tics du genre. Comme souvent, la théorie l’emporte un peu sur la pratique et Haneke est sans doute l’un des auteurs/réalisateurs/cinéastes dont la présence se fait le plus sentir dans ses films tant sur le plan visuel qu’intellectuel. Si on arrive à occulter cette fameuse présence, on est face à une tentative de construction et de déconstruction d’une civilisation face à la peur et à la fin du monde. Le personnage du petit garçon rappelle les grandes heures de Tarkovski, encore plus avec cette fameuse fin où il est question de feu et d’abandon de soi.

Caché
Autant j’avais détesté au ciné, autant j’ai adoré cette révision. Je maintiens quand même les reproches sur le côté parfois forcé de l’écriture et de la direction d’acteurs, mais pour le reste, c’est du tout bon. Pas pour le côté thriller ou film à suspense, mais pour la métaphore des rapports France et Algérie, la peur de l’autre, le repli sur soi, la culpabilité (ou absence de culpabilité, c’est selon) le refoulement, le mensonge, on atteint des sommets.
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Truffaut Chocolat
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Re: Michael Haneke

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Le ruban blanc
De tous ses films, c'est celui qui passe le plus vite je trouve. On retrouve le côté fragmenté de ses débuts mais là où chacun vivait sa petite vie dans son coin, on a ici affaire à l'ébauche d'un réseau de personnages. Le ruban blanc serait le pilote d'une série TV que ça ne me choquerait pas plus que ça. Un truc m'avait complètement échappé lors de la 1e vision et qui m'a sauté aux yeux ici : les vrais méchants de l'histoire sont des hommes et plutôt très adultes - l'archétype de l'homme fort à l'ancienne. Le fait qu'ils incarnent tous les piliers de leur communauté en dit long sur la charge d'Haneke contre ce microcosme. J'ai pris énormément de plaisir face à ce que je considère désormais comme un très grand film.

Amour
J'en suis sorti dévasté. J'entends les critiques mais je ne les partage absolument pas. Pour moi c'est un optimisme fou. J'ai pas pu m'empêcher de penser à mes parents et à d'autres parties de ma famille. La dernière fois qu'un cinéaste avait filmé la mort et la maladie de cette façon, c'était Bergman. Je comprends mieux maintenant la signification de Happy End, bien qu'à mes yeux, Amour est en quelque sorte le film d'une vie : sérieusement, que peut-on bien filmer après ça ?

__

Il y a pour moi deux aspects qui coexistent chez Haneke : d'un côté, l'intellectuel qui s'attaque à de grands sujets/maux de société et de l'autre, l'homme qui s'interroge sur la mécanique des sentiments. De manière générale, je n'aime pas le cinéma qui a le cinéma pour sujet. Comme dans d'autres domaines (musique, mode...), ça peut marcher un temps mais ça ne tient pas à long terme. Quand Haneke réfléchit sur le pouvoir des images et leur interprétation, très franchement, ça me passe au-dessus. En revanche, quand il place ses personnages au centre de son propos, il tutoie les sommets en terme d'intensité. Mais autant je suis heureux de connaître enfin sa filmo, autant je ne la conseillerais pas spécialement. C'est étrange. :o