Patrice Chéreau (1944-2013)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Jordan White
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Patrice Chéreau (1944-2013)

Post by Jordan White »

EDIT DE LA MODERATION:

Vous pouvez aussi consulter les topics suivants:
Son frère (2003)
Gabrielle (2005)

à propos de la pièce diffusée sur Arte: Phèdre (2003)

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Peu évoqué jusqu'à présent, Patrice Chéreau est pourtant en train de marquer d'une trace indélibile le cinéma français. Bon je ne vais pas passer par quatre chemins, c'est pour moi le plus grand cinéaste français en activité avec Bertrand Tavernier. Et l'un des plus grands tout court.

Après la Chair de l'Orchidée en 1974 il a réalisé Judith Pervaut trois ans plus tard avec Simone Signoret. Hotel de France réalisé en 80 lui a permis de renouer avec l'esprit théâtral qui l'anime depuis les débuts ( il est aussi metteur en scène de théâtre, et quel metteur en scène !). Mais c'est L'homme Blessé en 83 qui lui permet de se faire un nom dans le ciné, avec le premier grand rôle à l'écran de Jean-Hugues Anglade. L'histoire d'un jeune homme qui tombe amoureux d'un autreb homme plus âgé rencontré dans une gare et le suit jusqu'à la dérive. Un film dure et âpre mais aussi plein d'humanité et de compassion. Avec un petit rôle de Claude Berri d'ailleurs, qui se prête gentiment au jeu.
Les films les plus marquants et qui l'assoient davantage arrivent avec les 90's. C'est La Reine Margot, avec déjà un casting en or massif, primé à Cannes, puis Ceux qui m'aiment prendront le train, un des films les plus forts et bouleversants qu'il m'ait été donné de voir. Intimité (Ours d'or à Berlin 2001 ultra mérité) en 2001 évoque le quotidien d'un couple, un homme et une femme qui se retrouvent toutes les semaines dans une maison pour y faire l'amour, sans rien se dire. Un chef-d'oeuvre d'une force peu commune.
Bref que pensez-vous de Chéreau ?
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Il y a l'avant et l'après Ceux qui m'aiment prendront le train en ce qui me concerne.

Avant, je rejette à peu près tout y compris la reine margot , rien ne me parle, son cinéma me reste complètement extérieur mais à partir de ce film que je considère comme son meilleur, au contraire, son cinéma me touche énormément jusqu'à Son frère
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Billy Budd
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Post by Billy Budd »

Je trouve systématiquement que la bouteille est à moitié pleine ou à moitié vide selon mon humeur du moment

Je n'ai toujours pas pu me décider à regarder Son frère
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Jordan White
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Post by Jordan White »

Nikita wrote:Je trouve systématiquement que la bouteille est à moitié pleine ou à moitié vide selon mon humeur du moment

Je n'ai toujours pas pu me décider à regarder Son frère
L'un de ses plus durs, mais l'un de ses plus beaux aussi. Et à la vitesse à laquelle il l'a tourné, ça force au moins le respect, sinon l'admiration.
Solal
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Post by Solal »

Il me donne l'impression de s'améliorer avec le temps mais je n'ai pas d'intérêt particulier pour son cinéma. Ni fan, ni détracteur, donc.
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Patrick Bateman
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Post by Patrick Bateman »

Il est pas mal dans le Dernier des Mohicans.
This is not an exit.
George Bailey
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Post by George Bailey »

Je ne connais que la reine margot que j'adore. Le sujet de ses autres films ne m'intéresse que moyennement mais je les ragarderai sans aucun doute.
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Jordan White
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Post by Jordan White »

Patrick Bateman wrote:Il est pas mal dans le Dernier des Mohicans.
Quelle horreur.
mannhunter
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Post by mannhunter »

Jordan White wrote:
Patrick Bateman wrote:Il est pas mal dans le Dernier des Mohicans.
Quelle horreur.
j'allais en parler,mais Patrick m'a devancé! :mrgreen:
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Spongebob
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Post by Spongebob »

Ma prof de théâtre, qui a travaillé avec lui, nous en parle tout le temps. Personnellement je ne connais aucun de ses films hormis le dernier, Son Frère, que j'ais littéralement adoré.
Cinetudes
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Post by Cinetudes »

J'aime beaucoup tous les films que j'ai vu de lui à savoir:

La Chair de l'orchidée, un peu brouillon mais quelle ambiance de folie, quels acteurs, voila une vraie sensation de Série Noire au cinéma sans sensationalisme et moi Cremer il m'ipressionne bcp.

L'homme blessé, quelle claque, assez désagréable au final (mais j'aime bien être malmené au cinéma) mais un film d'une intensité et d'une force d'impact peu commune et à nouveau quelle mise en scène et Anglade !!!!!

La Reine Margot, j'adore voila un film qui remue, nous offre de vrais personnages, des acteurs habités par leurs rôles et un vrai projet de mise en scène.

Ceux qui m'aiment prendrons le train , et hop une nouvelle grosse baffe dans ma figure, de l'intensité de l'émotion, de grands acteurs et une histoire touchante.

Je dois me rattraper et voir ses autres films car pour l'instant il s'agit d'un des metteurs en scène français les plus interessants, et une véritable artiste ayant une visiosn des choses de la vie trés précise.

Je conçois tt à fait que son cinéma jusqu'au boutiste puisse profondément énerver mais moi j'aime quand les films sont vivants et qu'ils me heurtent émotionellement.

JE me dois aussi de préciser que depuis que j'ai vu une interview de lui (sur le dvd de la Reine Margot je crois) je déteste le personnage lui-même, sa prétention et son côté totalement pédant et supérieur mais bon c'est un grand artiste alors sa personnalité propre je l'oublie.

Stefan
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bogart
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Post by bogart »

Je connais peu ce metteur en scène si ce n'est quelques films qui sont :


La chair de l'orchidée / Charlotte Rampling mystérieuse
Danton / Dépardieu au sommet de son art
L'homme blessé : très beau film d'amour et de sexe :oops:
La reine Margot : Isabelle Adjani très théatral :wink:
Ceux qui m'aiment prendront le train/ dernier film que j'ai vu de ce metteur en scène.
lowtek
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Post by lowtek »

je trouve assez ironique que Jordan White poste un topic élogieux sur Chereau avec comme avatar Vincent Gallo, quand on sait ce qu'à raconté Gallo sur le dernier président du Jury cannois dans Libé récemment .
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

L’artiste peintre Jean-Baptiste Emmerich vient de mourir. Se sachant malade, il avait préparé ses futures obsèques et avait décidé de se faire enterrer dans sa ville natale de Limoges sachant très bien que ce choix embêterait la plupart des membres de sa famille, tous parisiens. Il avait cependant déclaré que « ceux qui m’aiment prendront le train ». Et effectivement ce jour-là, famille, amis et proches se retrouvent tous sur les quais de la gare d’Austerlitz pour effectuer ensemble ce voyage. Dans le train et ensuite à Limoges, dans la maison de campagne du frère jumeau du mort (Jean-Louis Trintignant), une quinzaine de personnes en crise vont alors se confronter, se déchirer, faire ressortir des vérités pas très bonnes à entendre, voire même se réconcilier…

Patrice Chéreau, mort voici déjà cinq ans, fut un artiste engagé ayant eu de multiples casquettes tout au long de sa riche carrière. Dès sa prime jeunesse il monta sur les planches et fût directeur du théâtre de Sartrouville à seulement 22 ans. Il travailla ensuite à Milan, au TNP de Villeurbanne avant de devenir en 1982 codirecteur du Théâtre des Amandiers de Nanterre. On ne compte plus ses mises en scène de théâtre ou encore d’opéra. Il fit bien évidemment également du cinéma, que ce soit devant ou derrière la caméra, se mettant également souvent lui-même à l’écriture de ses scénarios. En tant que comédien, on se souvient surtout de son Camile Desmoulins dans le Danton de Wajda, de ses prestations dans Adieu Bonaparte de Youssef Chahine ou encore dans Le Dernier des Mohicans de Michael Mann. Il tournera également sous la direction de -excusez du peu- Claude Berri, Raoul Ruiz ou Michael Haneke. Derrière la caméra, il commencera sa filmographie de réalisateur à l’âge de 30 ans avec l’adaptation très remarquée du roman de James Hadley Chase, La Chair de l’orchidée, film étouffant de noirceur. Parmi ses autres longs métrages passés à la postérité, citons L’Homme blessé, l’un des premiers films d’importance à aborder frontalement l’homosexualité ou encore La Reine Margot, adaptation bouillonnante de Alexandre Dumas. Ce serait dommage de passer sous silence l’une de ses plus grandes réussites, son deuxième film, œuvre aujourd’hui mésestimée sur le thème du journalisme mais néanmoins d’une rare puissance, le magnifique Judith Therpauve avec Simone Signoret dans l’un de ses rôles les plus mémorables.

Dans la filmographie de Chéreau, Ceux qui m’aiment prendront le train est le film qui a immédiatement suivi La Reine Margot et c’est à nouveau avec la scénariste Danièle Thompson qu’il l’a co-écrit. Assez curieux -et à priori aussi improbable qu’un duo qui aurait réuni Michel Audiard à Maurice Pialat- de voir associer cette femme jusqu’ici quasi exclusivement ‘taguée’ comédie populaire -la plupart des films de son père Gérard Oury ou encore la série ‘étudiante’ de Claude Pinoteau/Sophie Marceau (La Boum…)- à Patrice Chéreau qui est probablement l’un des cinéastes ayant réalisé parmi les films les plus sombres du cinéma français ; mais il faut bien se rendre à l’évidence, que l’on apprécie ou pas ces deux films, le mélange assez détonant des deux fonctionne plutôt bien, et même si certains pourront être vite fatigués par l’hystérie ambiante de ce ‘dytique’ survolté, le résultat est loin d’être anodin, le ton assez unique et la réussite est au rendez-vous, formellement parlant les deux œuvres étant assez virtuoses, sur le fond d’une puissance assez phénoménale et assez rare dans notre cinéma national. Pour ma part, si j’ai eu du mal à adhérer à l’adaptation du chef d’œuvre de Alexandre Dumas, cette extrême vitalité, ces excès, cette urgence nerveuse et ce bouillonnement constant m’ont semblé être ici plus maitrisés et surtout bien mieux se marier avec ce psychodrame familial contemporain récompensé par le César de la meilleure réalisation en 1998.

Le postulat de départ est né de l’expérience de Danièle Thompson lorsqu’elle s’était rendue aux obsèques de François Reichenbach, inhumé dans l'immense cimetière Louyat de Limoges. Non seulement le lieu a été repris mais le documentariste décédé aurait prononcé peu avant sa mort la phrase qui est devenu le titre du film. Le pitch est assez ténu : à l’occasion de l'enterrement d'un artiste peintre, les retrouvailles et la réunion d’amis et connaissances du défunt ainsi que des différents membres de sa famille. Le mort a probablement désiré tous les contrarier jusqu’au bout en décidant de se faire enterrer loin de Paris où ils habitent tous. Une quinzaine de personnes se retrouve donc réunie à bord d’un train en partance pour Limoges (durant 45 minutes de la durée du film), puis durant les funérailles de cet homme d'environ 70 ans à priori assez haïssable, ainsi enfin que durant les heures qui suivent où, avant de rejoindre la capitale, ils passent tous la nuit dans la maison de campagne du frère jumeau du défunt joué par un Jean-Louis Trintignant magistral (pléonasme) ; soit quasiment trois huis-clos consécutifs aussi piquants et agités qu’une pièce de Tennessee Williams, sorte de mélange cinématographique se situant entre Ingmar Bergman et le Festen de Thomas Vintenberg. Au cours de ces quelques heures psychologiquement intenses, ces personnages pour la plupart fragiles ou (et) écorchés vifs, vont violemment se confronter, se lancer dans d’âpres rapports conflictuels en se balançant leurs quatre vérités en pleine figure sans aucune retenue, sans aucune concession.

Ce seront Pascal Gregory, jaloux de son amant Bruno Todeschini qui semble avoir flashé sur un jeune homme (Sylvain Jacques, sorte de sosie de l'éphèbe blond de Mort à Venise de Luchino Visconti) avec qui il avait lui-même eu autrefois une relation ; Charles Berling ne supportant pas de côtoyer à nouveau son ex-femme droguée (Valeria Bruni-Tedeschi) dont il apprend qu’elle est enceinte ; le fils adoptif du défunt (Roschdy Zem), marié à Dominique Blanc, qui semble en froid avec toute la famille de sang ; Olivier Gourmet qui apprend que l’on s’est toujours moqué de lui derrière son dos… ; sans oublier le trépassé lui-même… qui semble avoir haï tout ce petit monde, extrêmement malveillant et misanthrope malgré les apparences et contrairement à ce que l'on avait cru apprendre de lui lors du prologue en voix-off. "Trop de pédés et de drogués" a-t-on pu entendre à l’époque de la sortie du film. Il faut se rappeler que cette époque pas si éloignée était encore bien plus intolérante à l’encontre des ‘déviances sexuelles’ hors hétéros, qu’elle était celle au cours de laquelle le Sida faisait encore de grands ravages ; c’était également faire l’impasse sur le fait de trouver parmi cette quinzaine de protagonistes au moins autant de gens ‘normaux’, ‘réactionnairement’ parlant. Tout ça pour dire qu’aujourd’hui le film de Chéreau serait probablement beaucoup moins clivant à ce sujet et qu’il pourrait même être encore plus apprécié pour son courage d’avoir montré un groupe aussi hétéroclite sans aucun jugement et finalement avec humanité et beaucoup de tendresse derrière la noirceur de l'ensemble ; on pourra même dire que le personnage de transsexuel ‘ange bienfaiteur’ interprété avec énormément de talent par Vincent Perez –sans aucun doute son plus beau rôle- est le plus attachant et le plus inoubliable du film.

Si la prestigieuse distribution est formidablement bien dirigée par le réalisateur, le casting musical est tout aussi impressionnant tout en étant lui aussi parfaitement bien utilisé (Massive Attack ; Les Rita Mitsouko ; PJ Harvey ; Jeff Buckley ; The Divine Comedy ; James Brown ; Björk ; The Doors ; Willy DeVille ; Nina Simone ; Charles Aznavour ; Catherine Lara ; Portishead…) ; et le film se termine par une magnifique séquence sublimée par le bouleversant adagio de la 10ème symphonie inachevée de Gustav Mahler ; la caméra s’envole, s'éloigne des visages et adopte alors un regard quasi divin, éloigné de toutes les fatigantes petites bassesses humaines pour retrouver une sorte de paix oh combien attendue. Une scène qui entérine la virtuosité de la mise en scène ainsi que l’incroyable élan de vitalité de l’ensemble. Même si l’osmose ne s’est jamais vraiment installée au sein du groupe réuni, même si mesquineries, jalousies et déchirements furent sur le devant de la scène, un certain apaisement fait suite à ces crises et à ces relations extrêmement conflictuelles et même la réconciliation s’invite in fine entre certains protagonistes. Filmés avec une fièvre convulsive, une passion brulante ainsi que par de violents soubresauts, ces chassés croisés de personnages torturés et déchainés ne sont pas toujours sans maladresses mais les intenses fulgurances viennent à l’emporter d’autant que Chéreau maitrise aussi bien ses acteurs que son cadre, se servant du scope à merveille malgré le fait de filmer au plus près ses acteurs.

Le film a été boudé à Cannes, ce foisonnant et cruel déballage d’affrontements douloureux, ces vacheries sans cesse assénées et ces humiliations subies en ayant agacé beaucoup. Il faut néanmoins aujourd’hui louer l’intelligence du propos et la justesse psychologique de ce portrait de groupe au sein duquel personne n’est sacrifié, pas plus les personnages secondaires tous richement écrits et décrits. A priori brouillon mais reflétant au contraire à la perfection l’état d’esprit de ces êtres instables, un film fiévreux, plein de bruit et de fureur qui devrait laisser des traces chez certains et qui en tout cas ne laissera pas indifférent !
bogart
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Post by bogart »

Jeremy Fox wrote:
bogart wrote: Danton / Dépardieu au sommet de son art
Film de Wajda
:? Dans ce film, il est comédien :mrgreen: