The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés à partir de 1980.

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Supfiction
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The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

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Quelques avis récupérés sur ce film sorti uniquement sur OCS en France.

G.T.O wrote: 3 Nov 19, 23:51 The Nightingale 5/10

Viol, meurtre et colonisation australienne, la mise en parallèle de Jennifer Kent ne manque pas de force, mais de subtilité. Si dans Outrages De Palma articulait viol d'un pays et d'une femme par une escouade de marines, il en oubliait jamais de rapporter la question à un regard, Michael J Fox, dont il interrogeait l'impuissance, et surtout l'envie, comme nous, de ne pas voir. Et, donc de ne pas agir. Ici l'agir, le viol, massacre, et il y en a beaucoup, ne s'accompagne d'aucune assise, d'aucun point de chute. Il ne rencontre aucun contre-champ. Reste une formalité pénible dont il faut attendre la fin, pour voir se dégager, comme le sujet tardivement saisi par l'auteur, l'ombre d'un propos plus élevé sur le vol d'un pays par un autre, et le sort des déracinés.
http://www.lebleudumiroir.fr/critique-the-nightingale/

La polémique du festival de Venise me passe au-dessus de la tête tout comme cette volonté de faire passer ce film pour du female gaze metoo. Je placerais le film bien davantage dans la lignée d’un Le vent se lève de Ken Loach que d’un truc purement féministe. Le fait que le personnage principal soit une femme apporte certes quelques-chose d’intéressant mais le film pourrait fonctionner avec un homme il me semble sans changer fondamentalement le scénario. Au delà du propos politique, le film est intéressant principalement pour la faiblesse de ses deux héros qui tentent difficilement de se venger sans en avoir les moyens. En ces temps de super-héros foisonnant, c’est particulièrement bienvenu.
Le couple esquissé entre cette irlandaise martyrisée et cet aborigène est touchant et ne tombe pas dans le pathos. La délicatesse est là in extremis après tant d’ultraviolence (presque) jamais gratuite.
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zemat
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by zemat »

zemat wrote: 16 Mar 21, 14:15 Vu en 2020, mais disponible depuis une semaine sur OCS :

THE NIGHTINGALE : 7,5/10
C’est un « rape & revenge » très dur pendant sa première 1/2h, mais également très original par son exploitation du contexte australien au 19ème siècle avec la guerre qui fait rage entre les aborigènes et les colons envahisseurs. Superbement bien joué, une excellente découverte.
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Supfiction
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Supfiction »

Et visuellement, le film est très beau tant dans les scènes d’intérieur (de jolis plans serrés, des décors et des costumes très soignés et des couleurs travaillées) que dans les extérieurs sombres ou brumeux mais toujours lisibles.
zemat wrote: 8 Feb 21, 15:49
Flol wrote: 8 Feb 21, 15:45 C'est pas mal. Il y a effectivement une séquence assez forte, qui met très mal à l'aise, mais c'est bien la seule chose que je retiens plusieurs mois après avoir vu le film.
Marrant, c'est vraiment le contraire pour moi ! :wink:
J'ai dû le voir en mars dernier et je crois me rappeler de tout le déroulement du film, et de nombreuses images sont restées gravées dans ma tête.
Je n’ai pas trouvé la violence du film gratuite.
Spoiler (cliquez pour afficher)
Peut-être l’exécution du petit blond est un peu excessive et inutile. Celle des aborigènes enchaînés peut-être aussi mais elle dit quelque-chose même si l’on pourrait arguer que c’est redondant avec tout le reste.
Ni insupportable (en comparaison, j’ai dû stopper la scène de viol d’Un justicier dans la ville 2 beaucoup plus vicelarde et agaçante).

Enfin, et c’est l’essentiel pour moi, les personnages sonnent tous justes, tant dans leur héroïsme fragile que dans leurs bassesses.
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tenia
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by tenia »

Le monde était (est) brutal, le film retranscrit frontalement cette brutalité sans dérober son regard, et par extension, permettre au spectateur d'en faire de même.
Le regard de Kent se trouve dans cette frontalité là, celle consistant à n'offrir virtuellement aucun échappatoire au massacre se déroulant, aux comportements les permettant et les actant, montrant tout, ne cachant rien sous le tapis qu'il faudrait utiliser pour en faire un objet consensuel, aimable, plus spontanément usuel. Le film met très directement le nez dans l'horreur que l'humanité sait commettre. J'ai l'impression que c'est surtout cela qui gène parfois.

Intéressant de voir que ce choix choque, voir est analysé comme un manque de spécificité alors qu'au contraire, ça aurait été d'aborder le sujet avec tous les cadrages et hors-champs habituellement utilisés pour dénoncer de façon javellisée qui aurait précisément été vu cent fois avant. Ces scènes m'ont d'ailleurs paru certes très brutales, mais jamais excessivement exploitées.

Ça ne change cependant pas le rythme complaisant du film, facilement 30 minutes trop long, et des personnages parfois un peu transparents, mais thématiquement parlant, les intentions particulières de Kent m'ont toujours paru particulièrement explicites. Et esthétiquement, le film est superbe.
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Supfiction »

tenia wrote: 7 Apr 21, 13:12
Intéressant de voir que ce choix choque, voir est analysé comme un manque de spécificité alors qu'au contraire, ça aurait été d'aborder le sujet avec tous les cadrages et hors-champs habituellement utilisés pour dénoncer de façon javellisée qui aurait précisément été vu cent fois avant. Ces scènes m'ont d'ailleurs paru certes très brutales, mais jamais excessivement exploitées.
Tout à fait. Et toi qui est à la pointe sur ces sujets, tu y as vu un propos spécifiquement féministe ? Pour moi c’est un film humaniste et anti-raciste sans aucun doute, mais pas particulièrement féministe.
Les journalistes ont peut-être sur-relayé les réactions d’un ou deux abrutis égarés dans la salle du festival de Venise.
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tenia
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by tenia »

Je ne crois pas du tout "être à la pointe" de quoi que ce soit, mais sur le film, je ne le vois pas comme féministe, non. Cela fait sans doute partie du contexte général de l'époque montrée comme dominée par un groupe blanc patriarcal. C'est donc, je pense, plus globalement politique et retrospectif que fondamentalement militant.
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Flol »

L'aspect "féministe/metoo/malegaze" est surtout un point de vue de journalistes à la pensée courte, incapables aujourd'hui d'appréhender un film (en particulier un rape and revenge réalisé par une femme) autrement que sous un angle sociétal et contemporain - et c'est à cause de ces gens-là qu'on nous a vendu un machin comme Revenge de Coralie Forgeat comme un excellent film, soit dit en passant. :?
C'est donc un film à la violence qui fait mal, un brin trop long (2h15 pour raconter ça, c'est légèrement excessif), visuellement bien foutu, mais qui ne va pas beaucoup plus loin que son postulat de base - d'où le fait qu'il ne m'ait pas marqué plus que ça.
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Supfiction »

Nous sommes d’accord sur la sur-interprétation des chroniqueurs. En revanche, je n’ai pas vu passer les 2h15 qui sont utilisées à bon escient pour faire exister même un peu chaque personnage.
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Karras »

Supfiction wrote: 7 Apr 21, 14:41 Pour moi c’est un film humaniste et anti-raciste sans aucun doute, mais pas particulièrement féministe.
Surtout que dans le contexte de l'époque (1825), la façon dont elle est traitée par l'officier anglais elle le doit plus à son origine irlandaise qu'à son statut de femme.
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Supfiction »

Oui. Les anglais prennent cher, comme dans Le vent se lève.
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Torrente »

Flol wrote: 7 Apr 21, 16:25 et c'est à cause de ces gens-là qu'on nous a vendu un machin comme Revenge de Coralie Forgeat comme un excellent film, soit dit en passant. :?
C'est marrant, si j'osais, je dirais exactement la même chose de Grave, qui m'avait profondément soulé (au delà de ses qualités intrinsèques, qui me feront suivre le travail de cette réalisatrice dans le futur).
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Samuel73 »

Vu in extremis sur OCS, c'est une déception.
C'est très beau, mais c'est académique et tout m'y a paru terriblement attendu. Les personnages sont soigneusement écrits mais à peu près totalement prévisibles passées les scènes d'exposition, et pour ma part, les appels à l'émotion n'ont jamais fonctionné. Ni lors des scènes de violence (bien placées et intelligemment employées) ni lors de passages plus intimes où j'aurais vraiment voulu en éprouver, comme les funérailles du vieil aborigène, les étapes de la progressive fraternisation entre les deux personnages principaux ou encore la réappropriation de sa culture par le jeune guide. Les paysages, splendides, sont décoratifs et leur emploi est trop lourdement symbolique pour convaincre (les arbres morts et la lune, la plage et le soleil levant, le bush et le haut-plateau). Idem pour les chants irlandais et les rituels aborigènes et pour le double mythe des oiseaux. Tout est bien placé, tout laisse indifférent. Dommage.
J'avais éprouvé la même déception devant Mister Babadook, à peu près pour les mêmes raisons.
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Supfiction »

Samuel73 wrote: 8 Apr 21, 06:31
C'est très beau, mais c'est académique et tout m'y a paru terriblement attendu.
Tu as raison sur le fait que l’histoire soit sans surprise dans ses grandes lignes. L’originalité est à trouver dans de petites choses, la frousse et la fragilité des principaux protagonistes, le remord d’un des tueurs, le racisme partagé.. Des choses pas si courantes dans ce genre de film.
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Samuel73 »

Supfiction wrote: 8 Apr 21, 12:26 L’originalité est à trouver dans de petites choses, la frousse et la fragilité des principaux protagonistes, le remord d’un des tueurs, le racisme partagé..
Oui, il y a là une touche de complexité bienvenue, je suis d'accord. J'ai vu le film alors que j'étais fatigué, je suis peut-être trop sévère. J'essaierai de le revoir à l'occasion dans de meilleures conditions (tout comme Mr Babadook d'ailleurs, que beaucoup de gens ont adoré sans que je comprenne bien pourquoi : ça vaut peut-être la peine de me creuser un peu la cervelle. :lol: ).
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Re: The Nightingale (Jennifer Kent - 2018)

Post by Torrente »

Samuel73 wrote: 8 Apr 21, 06:31 Vu in extremis sur OCS, c'est une déception.
C'est très beau, mais c'est académique et tout m'y a paru terriblement attendu. Les personnages sont soigneusement écrits mais à peu près totalement prévisibles passées les scènes d'exposition, et pour ma part, les appels à l'émotion n'ont jamais fonctionné. Ni lors des scènes de violence (bien placées et intelligemment employées) ni lors de passages plus intimes où j'aurais vraiment voulu en éprouver, comme les funérailles du vieil aborigène, les étapes de la progressive fraternisation entre les deux personnages principaux ou encore la réappropriation de sa culture par le jeune guide. Les paysages, splendides, sont décoratifs et leur emploi est trop lourdement symbolique pour convaincre (les arbres morts et la lune, la plage et le soleil levant, le bush et le haut-plateau). Idem pour les chants irlandais et les rituels aborigènes et pour le double mythe des oiseaux. Tout est bien placé, tout laisse indifférent. Dommage.
Enfin vu et je suis pleinement d'accord avec toi.
J'étais conquis jusqu'à la petite scène de danse sur fond noir qui intervient immédiatement après la scène "choc" (pour ne rien dévoiler) et m'a complétement sorti du film.
Pourtant Babadook m'avait accroché.