Richard Brooks (1912-1992)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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nobody smith
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by nobody smith »

Nestor Almendros wrote:A LA RECHERCHE DE MR GOODBAR (1977)

Vraiment très content de l'avoir revu. En 2005, j'étais resté sur une impression mitigée mais j'avais senti une réelle importance de l'oeuvre. J'ai essayé d'être cette fois plus attentif et de comprendre ce qui m'avait déstabilisé à l'époque. En le revoyant hier j'ai eu le sentiment de voir un grand film, un classique méconnu de l'époque, avec le sentiment de ne pas l'avoir totalement compris malgré tout.
Je viens de le découvrir et je suis un peu dans le même cas. J’ai aussi cette impression qu’il s’agit d’un film tout à fait exceptionnel (ne serait-ce que pour la haute qualité de sa réalisation) mais pourtant je n’arrive pas à en saisir la portée. Tes commentaires m’aident un peu mais je sens que c’est vraiment un film qui doit mûrir avec son spectateur (je reste également troublé par l’ambiguité de cette fin effectivement à la fois logique et moralisatrice). En tout cas, ça me confirme qu’il faut absolument que je me penche sur les œuvres de Richard Brooks. Jusqu’à présent, je n’ai vu que la première heure de in cold blood (un problème de transmission m’avait empêché de voir la suite) qui s’affirmait comme à mes yeux comme un chef d’œuvre absolu et total. Si il a commis d’autres pépites du même cru, j’en salive d’avance :D
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Federico
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Federico »

nobody smith wrote:En tout cas, ça me confirme qu’il faut absolument que je me penche sur les œuvres de Richard Brooks. Jusqu’à présent, je n’ai vu que la première heure de in cold blood (un problème de transmission m’avait empêché de voir la suite) qui s’affirmait comme à mes yeux comme un chef d’œuvre absolu et total. Si il a commis d’autres pépites du même cru, j’en salive d’avance :D
Tu peux, il y a de quoi. Revois vite dans son intégralité In cold blood et les autres grands films de Brooks et termine par ce qui est pour moi son sommet : The happy ending.
Puis plonge-toi dans le splendide livre Richard Brooks de Patrick Brion, déjà signalé par Major Dundee il y a quelques années (luxueux album paru aux éditions du Chêne en 1986 et qu'Amazon, toujours bien informé attribue à... son père Marcel Brion :shock: :lol: ).

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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Major Dundee »

Federico wrote:
nobody smith wrote:En tout cas, ça me confirme qu’il faut absolument que je me penche sur les œuvres de Richard Brooks. Jusqu’à présent, je n’ai vu que la première heure de in cold blood (un problème de transmission m’avait empêché de voir la suite) qui s’affirmait comme à mes yeux comme un chef d’œuvre absolu et total. Si il a commis d’autres pépites du même cru, j’en salive d’avance :D
Tu peux, il y a de quoi. Revois vite dans son intégralité In cold blood et les autres grands films de Brooks et termine par ce qui est pour moi son sommet : The happy ending.
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Jeremy Fox »

Federico wrote: et les autres grands films de Brooks et termine par ce qui est pour moi son sommet : The happy ending.
C'est un des rares que je n'ai jamais vu ; j'avoue même que le titre ne me disait rien. :o

Je n'ai jamais accroché à In Cold Blood mais j'aime vraiment beaucoup le cinéaste,notamment Graine de Violence (The Blackboard Jungle)
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by francesco »

En même temps ce n'est pas trop ton genre de film, je crois, Jeremy (je parle de The Happy Ending). Un peu sordide, assez sombre, cynique même. Les personnages s'offrent vraiment sans concession et aucun n'est très sympathique. Mais dans son registre (le portrait féminin au plus près "de l'âme" même si ce n'est pas reluisant) c'est une oeuvre majeure et un des plus beaux rôles de Jean Simmons. A certains moments j'ai même pensé à un Bergman ... qui aurait engagé Michel Legrand pour composer la musique de son film !
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Federico »

francesco wrote:En même temps ce n'est pas trop ton genre de film, je crois, Jeremy (je parle de The Happy Ending). Un peu sordide, assez sombre, cynique même. Les personnages s'offrent vraiment sans concession et aucun n'est très sympathique. Mais dans son registre (le portrait féminin au plus près "de l'âme" même si ce n'est pas reluisant) c'est une oeuvre majeure et un des plus beaux rôles de Jean Simmons. A certains moments j'ai même pensé à un Bergman ... qui aurait engagé Michel Legrand pour composer la musique de son film !
Cynique et sans concession, oui mais pas si sordide. En tout cas extrêmement culotté et poignant (la séquence avec le gigolo et puis la fin :oops: ). Un Brooks qui lorgnait effectivement vers le cinéma européen même si je n'avais pas pensé au rapprochement avec Bergman que je trouve beaucoup plus froid et clinique dans sa recherche des tréfonds de l'humain. En fait, je ne saurais pas trop de qui le rapprocher ou alors un mix de Sautet et d'Antonioni.
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Federico »

Major Dundee wrote: Bouquin que je viens d'ailleurs de mettre en vente sur eBay ainsi que de nombreux autres livres de cinéma. Pseudo : Mirbeauz
Merci pour ta pub involontaire Federico 8)
De rien. Mais n'oublie pas qu'un de mes nombreux surnoms est "Mister 80%". :wink: :lol:
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Léo Pard »

RTL9 diffusera La chevauchée sauvage samedi prochain à 20h35. :wink:
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Major Dundee
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Major Dundee »

Et "Sergent La Terreur" va être multidiffusé sur TCM à partir de cette semaine.
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Cathy »

La dernière fois que j'ai vu Paris, The Last TIme I saw Paris (1954)

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Un américain revient à Paris, il vient voir sa fille. Il se remémore alors son précédent séjour dans la capitale Française et sa rencontre avec la mère de sa fille.

The Last time I saw Paris est d'abord une chanson célèbre de Jerome Kern qui sert de leitmotiv au film. Le film de Richard Brooks est en réalité un mélodrame fort traditionnel avec cette histoire d'amour improbable entre cet ancien soldat qui revient à la Libération et cette américaine exilée, fantasque fille d'une famille dont le père ne pense qu'à s'enrichir par tous les moyens, y compris les courses. Il y a aussi l'autre soeur qui déteste ostensiblement son beau frère mais dont on sent bien qu'en réalité elle l'aime. Le schéma est donc basique, la rencontre et cette vie quotidienne, cette femme qui ne pense qu'à s'amuser tout en aimant sincèrement son mari. Il y a aussi cette double relation avec des "amoureux-amants' respectifs qui n'en sont pas mais qui servent plus pour exacerber leur amour. Le film est donc l'évocation de cette relation tumultueuse, de cette femme fofolle qui veut rester à Paris, de cet homme qui n'arrive pas à publier le roman de ses rêves. La pneumonie de l'héroïne sonne "tragiquement" quand on sait le nombre de fois où Elisabeth Taylor a failli mourir de pneumonie. Il y a par contre cette très bonne scène où Van Johnson imagine la dispute qu'il va avoir avec son épouse et fait les réparties de chaque protagoniste de la dispute. Il y a aussi cette scène du bal du nouvel an qui ressemble au bal des arts d'un Américain à Paris.
Le film repose sur le casting, à savoir le couple formé par Van Johnson et Elisabeth Taylor, lui assez austère et effacé devant la personnalité flamboyante de l'actrice superbement mise en valeur d'abord avec une coiffure longue, puis avec ses cheveux coupés très courts. Il y a aussi Walter Pidgeon excellent comme à son habitude en père de famille, Donna Reed dans le rôle de la soeur frustrée, il y a aussi dans des seconds rôles le sympathique Kurt Kaznar en barman confident ou Eva Gabor en plantureuse divorcée. Un petit film, mais un mélodrame typique de cette époque !
Profondo Rosso
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Profondo Rosso »

Découvert récemment aussi celui là, un bien joli mélo typique de l'époque effectivement et Elizabeth Taylor est pour beaucoup dans le charme du film c'est bien vrai !

Je remet mon avis de notez les films hop !
La Dernière Fois que j'ai vu Paris de Richard Brooks (1954)

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Charles Wills, correspondant de guerre, épouse Helen, une américaine rencontrée à Paris. Mais le bonheur est de courte durée...

Un joli mélo où Elizabeth Taylor offre une de ses plus touchante interprétation. L'histoire est une adaptation de la nouvelle Retour à Babylone de F. Scott Fitzgerald où il s'inspirait en partie de l'animosité entre l'auteur et sa belle soeur Rosalind qui lui reprochait par son train de vie de contribuer aux problème mentaux de son épouse Zelda et tenta de lui arracher la garde leur fille une fois cette dernière interné. Le couple du film (et de la nouvelle donc) s'inspire grandement de celui destructeur Fitzgerald/Zelda et des conflits qui naquirent entre eux durant leur séjour à Paris bien que la période passe du lendemain du crash de 1929 sur papier à celui de la Seconde Guerre Mondiale dans un Paris libéré à l'écran.

L'image de liberté symbolisée par Paris garde son sens néanmoins, sorte d'idéal propre à la romance en réponse à une période et des évènements douloureux. C'est ainsi qu'on le voit au début du film avec de glorieuse images de joie et de communion parmi lesquelles vont se rencontrer Van Johnson et Elizabeth Taylor qui échangent déjà un baiser furtif dans le tumulte sans se connaître. Brooks filme ce Paris euphorique de manière idéalisé avec une photo de Joseph Ruttenberg donnant une aura féérique au monument de la capitale, en captant l'énergie festive des multiples célébrations se déroulant en parallèle. C'est d'ailleurs ce qui offre une des plus belles scènes du film lorsque Elizabeth Taylor rejoint Van Johnson lors du premier allumage des lumières sur Paris depuis la libération et que lorsque tout s'éclaire en un regard échangé on ressent le coup de foudre qui saisit nos héros.

Le reste du film bien plus sombre ne fait alors que courir après la grâce de ses premiers instants dont le souvenir de bonheur s'éloigne de plus en plus. Tout les éléments qui réunissait le couple dans cette ouverture s'inversent progressivement. De ville animée Paris devient soudain un nid de tentations et de rencontres peu recommandable, de la nécessité heureuse on passe à une opulence faussement bénéfique lorsque le train de vie s'améliore. Les premières frustrations apparaissent alors avec les ambitions littéraires contrariées de Van Johnson et la dépression progressive de Liz Taylor. Cette dernière est aussi troublante en jeune fille délurée qu'en épouse mûre et malheureuse et offre une prestation splendide et contenue quant Van Johnson sans démériter s'avère un peu trop démonstratif dans les instants les plus dramatique. On signalera au passages une des toutes premières apparitions de Roger Moore coureur prétendant de Elizabeth Taylor et Donna Reed excellente également en belle-soeur dissimulant sa jalousie et ses rancoeurs. La structure en flashback alourdit un peu le film, autant au début que lors de l'épilogue et surligne inutilement ce qui se devinait sans se dire (la jalousie de Donna Reed) même si la conclusion s'avère touchante. Hormis ces petits défauts (dont quelques longueurs tout de même) un joli moment dont le titre plus touchant que celui de la nouvelle s'inspirait d'une chanson à succès de Joseph Kern (déjà entendue dans le film Lady Be good en 1941) dont la mélodie se fait entendre à plusieurs reprises durant le film.4,5/6
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Père Jules
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Père Jules »

IN COLD BLOOD (1967)

Découvert hier pour la première fois. Sentiment partagé. Ce film est une œuvre noire solide et maîtrisée (une des dernières scènes montrant Robert Blake devant une fenêtre battue par la pluie est extraordinaire de densité) dans laquelle les acteurs sont particulièrement inspirés. Mais, car il y a un "mais", j'ai regretté les flash-backs sur l'enfance de Perry. C'est téléphoné, ça ralentit considérablement la narration (je trouve le film trop long de vingt bonnes minutes) et on est pas loin d'une psychologisation à deux cents (quoique c'est toujours un bonheur pour moi de revoir le génial Charles McGraw). Pas aimé non plus la reproduction du meurtre des quatre Clutter. J'avais été agréablement surpris que, "en temps réel", on ne nous montre pas le massacre et qu'on le sacrifie (le terme est sans doute mal choisi) pour une ellipse temporelle pour le coup bien sentie. Et bien non, Brooks retombe dans ses travers. La où un Tourneur était dans la suggestion, dans le hors-champ, Brooks lui, ne nous épargne rien. Dommage.

Reste un film inoubliable, comme le roman.
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by cinephage »

Je partage tes réserves, mais, en même temps, je m'étais dit à l'époque que pour le public qui s'interroge sur le bien-fondé de la peine de mort, les deux facteurs qui s'opposent sont, d'une part, l'enfance des criminels (souvent brandie en circonstance atténuante), et, d'autre part, la cruauté du crime commis (à charge, ce coup-là).

L'ellipse totale de ces deux éléments aurait peut-être atténué le coté film-dossier, en privilégiant trop l'humanité des tueurs et de la situation, et en l'éloignant du processus judiciaire, qui est pourtant une clé du film. A la reflexion, donc, c'est plus pour la façon dont ces séquences s'insèrent mal dans l'économie du film que pour leur sujet que j'ai des réserves.
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Thaddeus »

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La chatte sur un toit brûlant
L’univers névrotique de Tennessee Williams est habilement retranscrit dans cette adaptation exubérante et assez sensuelle, où s’épanouissant idéalement des acteurs très à leur aise : Paul Newman en looser désabusé, Liz Taylor en épouse frustrée mais toujours au faîte de sa séduction. Le psychodrame est efficace, zébré d’éclairs de tendresse, tandis que la peinture de cette grande famille du Sud se charge de vitriol et de subversion en douce. 4/6

Elmer Gantry, le charlatan
C’est avec autant de courage que de rigueur intellectuelle que Brooks s’attaque ici au phénomène évangéliste, aux dérives de l’apostolat, à la prédication populaire et à l’hystérie collective qu’elle génère. Serrant au plus près l’évolution psychologique du couple Elmer-Sharon, le cinéaste analyse en profondeur les comportements et les mentalités d’une mission itinérante, qui met en lumière (et passe au vitriol) le mercantilisme et le puritanisme de la religion-spectacle. La présence du journaliste sceptique (alter ego probable du réalisateur) ne donne que plus d’éloquence à cette fable acide mais émouvante sur la jobardise humaine, la privation et le renoncement volontaire. 5/6

De sang froid
Cinéaste de la responsabilité individuelle et collective, Brooks sait éviter à la fois les écueils de l’explication psychologique et ceux de la thèse facile sur la peine de mort. Cette adaptation du livre de Truman Capote est une manière de polar malade, qui stylise le noir et blanc pour mieux exprimer le malaise d’une société sans âme, égoïste, celle de l’Amérique capitaliste générant inconsciemment des monstres qui sont aussi des victimes. Une œuvre à la fois glaciale et perturbante, qui nous fait ressentir une souffrance presque bâillonnée, indicible. 4/6

Pas vu les autres.

Mon top :

1. Elmer Gantry, le charlatan (1959)
2. De sang froid (1967)
3. La chatte sur un toit brûlant (1958)

Je n’ai presque rien vu de Richard Brooks, mais j’aime plutôt la vigueur et l’acuité de son regard de sociologue, ainsi que l’honnêteté avec laquelle il traite ses sujets à fort potentiel polémique.
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Re: Richard Brooks (1912-1992)

Post by Ann Harding »

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The Catered Affair (Le repas de noce, 1956) de Richard Brooks avec Bette Davis, Ernest Borgnine, Debbie Reynolds et Barry Fitzgerald

Jane Hurley (D. Reynolds) annonce à ses parents qu'elle va se marier la semaine suivante. Elle ne veut faire aucun frais. Mais, Aggie Hurley (B. Davis), sa mère, insiste pour organiser un repas pour 100 invités au grand dam de son époux Tom (E. Borgnine)...

Ce film de Richard Brooks a toujours attiré ma curiosité à cause de sa distribution et de l'auteur du scénario Paddy Chayefsky, qui a écrit des petites merveilles comme The Americanization of Emily (1964, H. Hiller). J'ai enfin pu satisfaire ma curiosité grace au DVD Warner Archive qui offre une superbe copie remasterisée (le directeur de la photo étant le grand John Alton). Chayefsky s'attache à la famille Hurley, des irlandais qui vivent dans la partie populaire du Bronx. C'est un film terriblement social dans le contexte de la MGM. Mais, pour une fois, il n'est pas trop fait de concession au glamour. Bette Davis, en tête, joue une mère de famille mal attifée qui passe sa journée dans la cuisine et à ronchonner avec son frère alcoolique (ce bon vieux Barry Fitzgerald qui était l'irlandais type à cette époque) et son mari, chauffeur de taxi (un Ernest Borgnine tout en retenue). A partir d'un sujet déjà traité par Vincente Minnelli dans The Father of the Bride (1950), Brooks réalise un film nettement plus sombre et proche du 'néo-réalisme'. Si la mère de Jane Hurley désire tant organiser un beau mariage avec robe blanche, myriade d'invités, etc., c'est qu'elle en a été elle-même privée. Elle rumine un certain ressentiment contre son mari après des décennies d'économies et de vie difficile. Leur petit appartement est surpeuplé avec l'oncle Jack qui dort sur le canapé du salon et le fils qui est lui aussi installé dans le salon. Seule la fille Jane a sa chambre. De son côté, Tom travaille sans compter en tant que chauffeur employé par une société de taxi. Il économise depuis des années pour arriver à s'acheter à crédit un taxi avec un collègue et se mettre à son compte. Mais, ce beau rêve risque d'être remis en question par les folles dépenses d'Aggie. Le film se déroule presque entièrement à l'intérieur de l'appartement de la famille Hurley. On sent bien l'origine dramatique télévisée du film. Le jeu des acteurs évite tout excès et reste naturaliste. Mais, c'est bel et bien Bette Davis qui domine de la tête et des épaules en femme vieillie avant l'âge qui est terrifiée à l'idée de se retrouver seule avec son mari après le départ des enfants. Elle prend un accent du Bronx et endosse le personnage comme si elle avait passé toute sa vie dans ce quartier. Debbie Reynolds, que je trouve parfois irritante, est ici très simple et sans chichi. Un film qui peut presque paraître terne dans cette description d'une tranche de vie du Bronx, mais qui finalement laisse un souvenir attendri.