Richard Brooks (1912-1992)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Majordome
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Richard Brooks (1912-1992)

Post by Majordome »

EDIT DE LA MODERATION:

Vous pouvez également consulter les topics consacrés aux films du réalisateur

Sergent la terreur (1953)
La dernière chasse (1956)
Elmer Gantry (1960) et sa "Chronique Classik"
De sang froid (1967)

et la "Chronique Classik" de La chatte sur un toit brûlant (1958)






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Jack Torrance wrote:Soirée tcm hier



Blackboard Jungle
Sympa; tantôt saisissant, tantôt quelconque. De bons acteurs, de bonnes intentions, un résultat qui se laisse regarder mais qui nous laisse fortement sur notre faim.

6/10
A remettre dans son contexte quand même: le film a près de 50 ans !!!
Donc assez gonflé pour l'époque quand même ! Et çà nous montre aussi que la violence à l'école n'est pas un phénomène récent comme aimeraient à le faire croire certains ces derniers temps.
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Jack Torrance wrote:

Blackboard Jungle
Sympa; tantôt saisissant, tantôt quelconque. De bons acteurs, de bonnes intentions, un résultat qui se laisse regarder mais qui nous laisse fortement sur notre faim.

6/10
Moi ce film formidable ne me laisse pas une seule seconde sur ma faim : je le trouve fort et émouvant du début à la fin et encore une superbe interprétation de Glenn Ford. De toute manière, je suis un inconditionnel du Brooks des années 50 :-)
DannyBiker
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Post by DannyBiker »

même remis dans son époque, le film n'atteint qu'à moitié son but à mes yeux. C'est justement parce que je trouve certains scènes très gonflées et percutantes que je me dis que Brooks aurait pu pousser son sujet jusqu'au bout. Le face à face final entre l'élève est le prof est tout de même très "gentil" dans son dénouement.
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Joshua Baskin
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Post by Joshua Baskin »

Jeremy Fox wrote:
Jack Torrance wrote:

Blackboard Jungle
Sympa; tantôt saisissant, tantôt quelconque. De bons acteurs, de bonnes intentions, un résultat qui se laisse regarder mais qui nous laisse fortement sur notre faim.

6/10
Moi ce film formidable ne me laisse pas une seule seconde sur ma faim : je le trouve fort et émouvant du début à la fin et encore une superbe interprétation de Glenn Ford. De toute manière, je suis un inconditionnel du Brooks des années 50 :-)
C'est mon film sur "le systeme éducatif" préféré. Un grand choc à l'époque ou je l'avais vu dans la derniere seance. Je me remémore encore cette scène ou Glenn Ford voit ses disques cassés...
L'étranger...
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Post by L'étranger... »

-The last hunt (la dernière chasse.1956) de Richard Brooks. note 8/10.
On peut dire que j'avais hate de le voir celui-là, R.Brooks étant un réalisateur que j'affectionne... je ne fus point déçu, le film est assez sombre, il parle du massacre des bisons et par son biais de celui des indiens mais il s'attache aussi à montrer la rédemption et la renaissance de l'un de ces personnages au passé pourtant lourd (S.Granger, toujours charismatique).
R.Brooks prouve qu'il est un (trés) grand réalisateur, il n'a pas peur de politiser ses films et de prendre les spectateurs pour des personnes intelligentes, tout en n'oubliant pas que le cinéma reste un divertissement. Cela pourrait donner des films bancals ou difformes mais avec lui, il n'en est rien, il sait trés bien allier tout les genres et sa filmographie parle pour lui...
L'histoire est donc interessante et passionnante, les acteurs sont fabuleux avec une mention particulière pour Robert Taylor qui est fascinant dans le role d'un ancien militaire raciste, tueur d'indiens(et de bisons) haineux, mais qui laisse transparaitre un grand mal-être. Un excellent film qui na pas usurpé sa réputation de classique.


PS: encore merci à Geoffrey Firmin :wink: ...
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Bas les masques (Deadline USA) - 1952


Devant la commission sénatoriale de New York, le gangster Tomas Rienzi (Martin Gabel) est blanchi de tous les crimes qu’on lui impute ; il peut ainsi reprendre ses activités illégales sans inquiétudes. Ce même jour, le journal The Day, qui a suivi le dossier Rienzi de très près, est sur la sellette ; son rédacteur en chef, Ed Hutcheson (Humphrey Bogart), apprend qu’il est sur le point d’être vendu à un concurrent sans scrupules qui ne fera que précipiter sa chute après avoir licencié ses salariés. Très proche du fondateur décédé depuis maintenant plus de 10 ans, Ed est désappointé par cette décision et par le fait que sa veuve (Ethel Barrymore) capitule devant l’exigence de ses filles. Il reste néanmoins 15 jours de répit au journal : Ed décide alors de ne pas lâcher le cas Rienzi, souhaitant faire tomber ce caïd de la pègre et son groupe de pression afin que son quotidien disparaisse dignement après un dernier coup d’éclat. Par ‘chance’, un cadavre de jeune femme est découvert et il se pourrait que le coupable soit justement Rienzi. Ed va tout mettre en œuvre pour que son équipe de reporters fasse un efficace travail d’investigation sur cette affaire. Dans le même temps, il va essayer de reconquérir Nora (Kim Hunter), son ex-femme sur le point de se remarier, et tenter de faire changer d’avis les héritières du journal quant à sa vente…


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Réputé pour son progressisme et son goût pour les sujets qui ‘fâchent’, le réalisateur Richard Brooks fut d’abord journaliste sportif avant de se lancer dans l’écriture de scénarios et de romans puis enfin de passer derrière la caméra dès 1950. Libéral rempli de bonnes intentions et de concepts généreux, il va passer une bonne partie de sa carrière à traiter avec talent, force et sincérité de sujets à caractères sociaux ou politiques ainsi qu'à dénoncer les abus et idées qu’il ne tolérait pas. Tout au long des années 50 et 60, il nous aura ainsi gratifié de très belles réussites dans des genres différents comme, pour n’en citer que quelques-unes, Cas de conscience (Crisis), son premier film sur un médecin qui se questionne à savoir s’il doit sauver ou non la vie d’un dictateur, Le Cirque infernal (Battle Circus) contant une romance se déroulant sur le front de la Guerre de Corée, La Dernière chasse (The Last Hunt), virulent pamphlet contre le massacre des bisons et de la nation indienne, Le Carnaval des Dieux (Something of Value) abordant le colonialisme et la ségrégation raciale, ou encore le fulgurant Graine de violence (Blackboard Jungle) en 1955, toujours aujourd’hui l’un des films les plus puissants et tendus sur la difficulté d’enseigner face à la violence d’une certaine jeunesse livrée à elle-même. Sa passionnante et éclectique filmographie comprendra également des adaptations de pièces de Tennessee Williams (La Chatte sur un toit brulant ; Doux oiseaux de jeunesse), de violentes diatribes contre les dérives de la religion (Elmer Gantry), des westerns sévèrement ‘burnés’ (Les Professionnels) ou encore une adaptation glaçante de In Cold Blood de Truman Capote.


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A signaler, ce qui était à l’époque extrêmement rare à Hollywood (et même plus globalement dans le milieu du cinéma), qu’après avoir écrit les audacieux scénarios des Démons de la liberté (Brute Force) pour Jules Dassin, de Storm Warning pour Stuart Heisler ou de Key Largo pour John Huston, Brooks fut également le scénariste de presque tous ses propres films (les plus importants tout du moins). Auteur complet, il fut réhabilité en France grâce surtout à Patrick Brion qui écrivit le premier ouvrage à son sujet, le reste de la critique étant toujours restée assez frileuse envers le cinéaste, l’accusant souvent (parfois -mais pas toujours- à bon escient) de naïveté, de manquer de subtilité et de s'avancer avec des gros sabots. On a d’ailleurs souvent fait la fine bouche dans l’Hexagone envers les réalisateurs ‘engagés’ se mouillant politiquement et socialement parlant. Le cinéma ‘de gauche’ de Richard Brooks n’est certes pas toujours d’une grande finesse mais la force de conviction et l’efficacité qui en découle sont presque toujours de mise. La même année que Bas les masques (qui n’était alors que le troisième film de son jeune réalisateur), Samuel Fuller payait lui aussi son tribut au journalisme avec le fulgurant Violences à Park Row (Park Row) ; 1952, année faste pour la liberté de la presse au cinéma ! Car, en plein maccarthysme, le film de Richard Brooks est avant tout une œuvre courageuse et passionnée en faveur de cette liberté d’expression ainsi que de l’intégrité du journaliste, en même temps qu’une caustique dénonciation de la corruption, du ‘journalisme populiste’ et du capitalisme galopant.


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L’intrigue de ce très bon Deadline USA se développe, au sein d’un scénario parfaitement bien charpenté, sur quatre niveaux imbriqués. Malgré tout (évacuons d'emblée dans ce paragraphe les plus gros griefs que je ferais au film), ces seulement 85 minutes nous aurons semblé un peu trop courtes, chacun de ces ‘points de vue’ n’ayant pas le temps d’être développés comme il l’aurait fallu pour rendre le film encore plus attachant et puissant ; d’où une légère insatisfaction dans le ressenti final, due à ce trop plein de pistes et d’aspects pas menés à bout. Bas les masques, c’est évidemment tout d’abord la peinture de ce monde foisonnant que représente le quotidien d’un grand journal américain ; Richard Brooks connaissait parfaitement bien son sujet pour avoir débuté sa carrière en tant que journaliste, mais ne dispose cependant pas d’assez de temps pour s’y plonger plus avant, nous rendre encore plus vivant ce diligent microcosme ; au vu de la superbe séquence des 'funérailles' du journal, nous ne pouvons que le regretter. C’est principalement le segment ‘enquête’ qui phagocyte un peu cet aspect documentaire qui s’avérait donc pourtant bien plus passionnant que les investigations que mènent les reporters en se substituant en quelque sorte à la police. Ayant parfaitement compris dès le départ de quoi il en retournait, persuadés de connaitre l’identité du criminel de ‘la jeune femme au vison’, les spectateurs que nous sommes en arrivent à la conclusion qu’il n’était peut-être pas nécessaire de s’appesantir autant sur cet aspect ‘policier’ alors que l’on aurait préféré voir plus longuement s’agiter les journalistes au sein de l’immeuble qui concentre leur bouillonnement, milieu bien moins souvent abordé que celui de la pègre ou des forces de l’ordre. Quoiqu’il en soit, cet aspect film noir nous permet quelques puissantes séquences comme l’interrogatoire du frère de la victime ou encore la réjouissante scène de la cadillac entre Bogart et Martin Gabel.


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En plus de cet côté documentaire et de cette incursion dans le film criminel, nous assistons également à une romance, la tentative par le rédacteur en chef de reconquérir son ex-femme. A priori inutile pour de nombreux commentateurs, c’est paradoxalement à ce niveau que Richard Brooks s’avère le plus subtil, le plus moderne. C’est également cet aspect du film qui rend le personnage interprété par Bogart encore plus humain, lors notamment d’une des plus belles séquences du film, celle le voyant arriver éméché chez Kim Hunter pour opérer à une 'N-ième' tentative de séduction alors que cette dernière, à priori habituée, tout en écoutant ses jérémiades et demandes à peine voilées, prépare un couchage sur le canapé sachant très bien qu’elle devra laisser à Ed le lit conjugal sur lequel il finira assez vite par s’écrouler. Le rédacteur en chef veut tellement récupérer celle qu’il estime toujours être sa femme qu’il va ébrécher pour elle son armure d’homme probe et sans reproches. En effet, immensément jaloux de son futur rival ("encore un patron !"), il va demander à son staff de monter un dossier sur l'amant de Nora en espérant trouver une faille pour pouvoir l’attaquer et ainsi le faire baisser dans l'estime de son ex-épouse au point de faire capoter la noce à venir. Apprendre après enquête qu’il s’agit lui aussi d’un homme parfaitement honnête, fera concevoir à Ed un peu de colère et pas mal de frustration ! Très bonne idée de la part de l’auteur à part entière qu’est Richard Brooks de montrer de telles failles à son héros, autrement pur et dur lorsqu’il s’agit de sa profession et d’un point de vue éthique. Avec le mésestimé Battle Circus l’année suivante, Richard Brooks prouvera à nouveau de la plus belle des manières qu’il était un auteur très sensible lorsqu’il s’agissait d’histoires d’amour et de descriptions psychologiques, peut-être même bien plus rigoureux que lorsqu’il s’emploiera à ruer dans les brancards.


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Malgré les quelques défauts et ambigüités de comportements qui ne rendent Ed qu’encore plus humain, c’est grâce à l'honnêteté, la déontologie, l'extrême résolution et la persévérance de son personnage principal que le film trouve son angle d’attaque le plus réputé, la défense de la liberté de la presse et d’opinions. Richard Brooks a très bien connu cette situation car il s’est basé pour écrire son film sur sa propre expérience, ayant vécu dans les mêmes conditions le rachat du journal pour lequel il travaillait. Ici, la vente s'effectue pour une raison purement financière, les héritières du fondateur ayant décidé de se débarrasser du journal pour toucher le gros lot. L’acheteur est le directeur d’un groupe de presse très puissant qui a dans l’idée non d’en faire un de ses quotidiens mais de le couler une fois entre ses mains, éliminant par la même occasion une partie de la concurrence. Pour Richard Brooks qui n’a pas arrêté de le marteler durant ses multiples interviews, la disparition d’un grand journal est dans le même temps une immense perte pour la démocratie ; les différents discours du personnage tenus par Humphrey Bogart dans le courant du film, que ce soit au tribunal ou devant ses employés, iront dans ce sens. Selon cet apôtre un peu naïf du journalisme éthique qu'est Richard Brooks, la toute puissance du quatrième pouvoir sera même capable de faire tomber un homme aussi influent que le gangter Rienzi : "That's the Press Baby, the Press... and there's Nothing you can do about it. Nothing" dira-il au mafieux à la toute dernière séquence alors que les rotatives se mettent en route pour la dernière fois, accomplissant une ultime action d’éclat avant d’être mises définitivement au placard. 'The Day' sera désormais devenu une voix bâillonnée au profit d’un quotidien qui n’aura pas autant de scrupules quant à la véracité des informations, quant aux répercussions que tel ou tel fait raconté, telle ou telle image imprimée pourront avoir sur l’entourage des personnes incriminées dans leurs colonnes ; une presse plus ‘putassière’ que Brooks s’active également ici à violemment critiquer.


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La démonstration de Richard Brooks est certes naïve et pas toujours finaude mais cependant d’une grande efficacité grâce entre autres, comme ce sera souvent le cas tout au long de sa carrière, à la sincère croyance de l'auteur dans le fait qu’une œuvre puisse arriver à faire évoluer les choses et les mentalités. Pour l’aider à convaincre les spectateurs, quelques excellents comédiens dont, à la place de Gregory Peck ou Richard Widmark souhaités au départ par Darryl F. Zanuck, un immense Humphrey Bogart dans un de ses rôles les plus marquants, Kim Hunter dans celui touchant de son ex-épouse, ou encore Ethel Barrymore également parfaite dans celui de la veuve du fondateur du quotidien, n’ayant pas la langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de critiquer ses harpagons de filles : "Stupidity isn't hereditary, you acquire it by yourself." Paul Stewart, Ed Begley et Martin Gabel viennent compléter ce beau casting. Une œuvre salutaire pour sensibiliser le public à l’indispensable intégrité et indépendance journalistique, aux dérives gouvernementales mettant en danger les libertés fondamentales de la démocratie ainsi que la libre concurrence par l’acceptation de la mise en place de monopole et ainsi du contrôle de l’information. La liberté d’opinion doit être défendue sans réserves : un discours qui parcourt le film de Brooks et qui est plus que jamais d’actualité.
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Geoffrey Firmin
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Post by Geoffrey Firmin »

Le cirque infernal:6/10
Film de Richard Brooks avec Bogart:
MASH en plus sérieux mais moins réaliste, le quotidien d'une antenne médicale pendant la guerre de Corée.Le film évite la propagande anti-rouge et le patriotisme gnan gnan, de la part de Brooks on en attendait pas moins.J'ai suivi les péripécies et les amourettes de Bogart et June Allyson sans grande passion.De Brooks et Bogart, je préfère "Bas les masques".
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Geoffrey Firmin wrote:Le cirque infernal:6/10
Film de Richard Brooks avec Bogart:
MASH en plus sérieux mais moins réaliste, le quotidien d'une antenne médicale pendant la guerre de Corée.Le film évite la propagande anti-rouge et le patriotisme gnan gnan, de la part de Brooks on en attendait pas moins.J'ai suivi les péripécies et les amourettes de Bogart et June Allyson sans grande passion.De Brooks et Bogart, je préfère "Bas les masques".
Le couple June Allyson/Bogart fonctionne pour moi à merveille et fait de ce film toujours passionnant mon préféré de Richard Brooks : 9/10 ;-)
bogart
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Richard Brooks (1912-1992)

Post by bogart »

Après avoir écrit plusieurs scénarios, notamment, pour Anthony Mann, Robert Siodmak et John Huston, il réalisa son premier film en 50 avec Cary Grant "Cas de Conscience".


Mon choix :


1 Elmer Gantry, le charlatan
2 Graine de violence
3 Le Carnaval des Dieux
4 Lord Jim
5 Les Professionnels
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

Un réalisateur dont j'adore surtout les films des années 50

1- Le cirque infernal
2- Graine de violence
3- La dernière chasse
4- Bas les masques
5- La chatte sur un toit brulant
Fatalitas
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Post by Fatalitas »

1 Elmer Gantry
2 De sang-froid
3 Bas les masques
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bogart
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Post by bogart »

Jeremy Fox wrote:Un réalisateur dont j'adore surtout les films des années 50

1- Le cirque infernal
2- Graine de violence
3- La dernière chasse
4- Bas les masques
5- La chatte sur un toit brulant


+1 :)
phylute
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Post by phylute »

- Elmer Gantry, le charlatan
- La Dernière chasse
- De sang froid
- Les Professionnels
- Lord Jim
Les films sont à notre civilisation ce que les rêves sont à nos vies individuelles : ils en expriment le mystère et aident à définir la nature de ce que nous sommes et de ce que nous devenons. (Frank Pierson)
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Jeremy Fox
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Post by Jeremy Fox »

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Dans une immense villa du Sud des Etats Unis, une famille se réunit pour fêter l’anniversaire du patriarche malade, ‘Big Daddy’ (Burl Ives). Maggie (Elisabeth Taylor) et Brick (Paul Newman), un couple en pleine crise : Brick est déprimé par le suicide de son meilleur ami Skipper (avec qui il avait probablement une relation sexuelle) et se réfugie dans l’alcool. Maggie, quant à elle, est frustrée car son époux ne veut plus accomplir son devoir conjugal soit disant parce qu’il la considère comme responsable de la mort de son ami. Lorsqu’elle se compare à ‘une chatte sur un toit brûlant’, Brick lui conseille de sauter et de prendre un amant. Cooper, le frère de Brick (Jack Carson), son épouse hystérique et leurs cinq ‘monstres sans tête’, sont en fait venus pour tenter de s’approprier la majeure partie de l’héritage du père dont ils pressentent la fin prochaine. Cooper va avoir fort à faire pour se mettre dans les ‘petits papiers’ de son père puisque Brick reste le fils préféré de ‘Big Daddy’. Alors que la famille s’entredéchire, Brick va effectuer un voyage au bout de lui-même, se remettre en question et annoncer à son père ce qu’il ne sait pas encore, sa mort prochaine. Une catharsis collective a lieu avant le retour au calme et, pour sauver les apparences, à la ‘normalité’.


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La pièce de Tennessee Williams, mise en scène déjà par Elia Kazan, est jouée à Broadway par Ben Gazzara, Barbara Bel Geddes et Burl Ives (déjà). Elle tient l’affiche durant 694 représentations ! Dès qu’il la découvre au théâtre, Pandro S. Berman veut immédiatement la porter à l‘écran mais il est prévu que Joshua Logan en réalise une adaptation avec Grace Kelly. Le départ de celle-ci pour Monaco fait capoter le projet que Pandro S. Berman s’empresse de récupérer. Ava Gardner est d’abord pressentie pour le rôle de Maggie et William ‘Star Trek’ Shatner pour celui de Brick. George Cukor devait en réaliser l’adaptation mais il se retira bien vite du projet avouant "Je l’ai abandonné puisque à l’époque il n’était pas possible de traiter honnêtement de l’homosexualité." Joseph Mankiewicz se met alors sur les rangs mais c’est finalement à Richard Brooks que le film échoit et qui lui fait remonter la pente après le désastre artistique, financier et critique de son oeuvre précédente. Il faut dire qu’il n’avait pas choisi la facilité, et s’en sortira - quoiqu’on en dise - avec les honneurs, puisqu’il s’agissait non moins que de l’adaptation du chef d’œuvre réputé inadaptable de Dostoïevski, Les frères Karamazov. Ancien journaliste et romancier, Richard Brooks est un libéral, rempli de bonnes intentions et de concepts généreux. C’est un peu leur Costa-Gavras ; il va passer une bonne partie de sa carrière à traiter avec talent, conviction et force, des sujets à caractères sociaux ou politiques et à dénoncer les abus et idées qu’il ne tolère pas. La chatte sur un toit brûlant sera son treizième long métrage après qu’il nous ait gratifiés de merveilleuses réussites dans des genres différents comme Bas les masques, Le cirque infernal, Graine de violence, La Dernière chasse ou Le Carnaval des dieux.


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A partir des années 50, on ne compte plus les adaptations du dramaturge sudiste Tennessee Williams qui se succèdent sur les écrans hollywoodiens. Irving Rapper adapte en 1950 La Ménagerie de verre, que Paul Newman lui-même tournera une nouvelle fois avec réussite en 1987 ; Elia Kazan filmera deux pièces qui donneront les célèbres Un tramway nommé désir (1951) et Baby Doll (1956) ; Joseph Mankiewicz, qui devait réaliser La chatte sur un toit brûlant se rabattra l’année suivante sur le sulfureux Soudain l’été dernier (1959) ; John Huston fera sienne son adaptation de La Nuit de l’iguane, le seul véritable chef d’œuvre qu’aura vue naître une adaptation de Williams ; puis suivront encore, parmi les plus connus, Doux oiseaux de jeunesse (1962), à nouveau de Richard Brooks, ou bien Boom (1968) de Joseph Losey. Les pièces de Tennessee Williams auront donc fourni l’occasion à de grands cinéastes de se dégager des contraintes de la censure en abordant des sujets jusque là tabous comme l’homosexualité, la frigidité, la nymphomanie et bien d’autres ‘déviances sexuelles’ (dans l’esprit des censeurs hollywoodiens) ou sujets forts.


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Le thème principal de la pièce originale était le refus d’accomplir le devoir conjugal par le mari et la mise au plein jour de ses tendances homosexuelles latentes. Tennessee Williams n’avait déjà pas apprécié que, pour l’adaptation par Kazan de Un tramway nommé désir, la censure refuse que Vivien Leigh avoue avoir poussé son mari au suicide à cause de son homosexualité. En 1958, Vincente Minnelli aborde pour la première fois de front, mais avec une délicatesse et une sensibilité qui lui sont propres, le thème de l’homosexualité dans le magnifique Thé et sympathie. Bizarrement, Brooks, réalisateur n’ayant pas froid aux yeux, semble lui aussi édulcorer le sujet dans son adaptation de la pièce. Il s’en expliquera d’une manière assez convaincante dans une interview de 1965 : "Je n’avais pas l’impression que l’homosexualité latente ou évidente était indispensable pour l’histoire. Dans un théâtre, vous avez une audience conditionnée mais si, au cinéma, vous voyez un homme à l’écran qui passe son temps à dire qu’il n’a pas envie de coucher avec Elisabeth Taylor, alors le public commencera à siffler. Ils ne peuvent s’identifier avec le héros parce qu’eux ont envie de coucher avec Elisabeth Taylor. Il a fallu que je trouve une dramatisation du refus que Brick oppose à Maggie, non parce qu’il est incapable de l’aimer mais parce qu’il la considère comme responsable de la mort de Skipper."


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Déjà que Brick se sent, par dégoût, obligé de s’essuyer la bouche après chaque baiser donné par son épouse, il nous paraît évident, après avoir vu l’actrice d’une sensualité et d’une beauté rare dans le rôle de Maggie, que le public aurait eu du mal à s’identifier à un homme n’éprouvant aucun désir pour cette femme alors dans toute sa plénitude charnelle. La MGM ne voulant pas que son film soit un échec pour cette raison et le cinéma étant aussi une manne financière en plus d’un art, il a fallu faire des concessions. Richard Brooks s’en est remarquablement accommodé et s’expliquait ci-dessus, sans langue de bois : le film était un film de commande ; pas nécessaire d’en faire un œuvre trop personnelle si le résultat devait se solder par une perte d’argent. Point de déception à l’arrivée pour aucun des participants au film puisqu’il sortira grand triomphateur du box office pour 1958 mais restera aussi l’un des plus gros succès du studio : pas moins de 10 millions de dollars de recettes sur le seul territoire américain.


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En plus du thème de la frustration féminine face à ‘l’impuissance’ masculine, le réalisateur et son scénariste James Poe (qu’il n’a jamais rencontré d’ailleurs, celui-ci n’ayant plus retouché son travail après qu’il l’eut écrit pour George Cukor) se rabattent surtout sur la dénonciation d’un monde (une famille) contrôlé par le mensonge, la duplicité, l’appât du gain et dans lequel tous les protagonistes ont peur de la vérité. D’ailleurs la phrase qui revient le plus souvent dans la bouche du personnage joué par Burl Ives est en gros : "La dissimulation mène nos vies : il n’y a rien de plus puissant que l’odeur du mensonge ". La description que nous donne à voir Richard Brooks de la famille américaine est proprement cauchemardesque, un véritable jeu de massacre. Les grands-parents ne se sont jamais aimés : "L’hypocrisie de ces 40 ans de vie passés avec toi…" ; le grand-père méprise sa bru : "Une pondeuse, un de ces jours elle mettra bas une portée…" ; quant à la famille de Cooper, elle est tout simplement ‘monstrueuse’ : des enfants braillards, insolents et insupportables, une femme méchante, mauvaise langue et hystérique faisant faire chanter à tout bout de champs à sa marmaille des hymnes niaiseux… Ces règlements de comptes familiaux possèdent une efficacité redoutable à défaut de finesse et de subtilité, ce qui n’était pas non plus la qualité primordiale du dramaturge. Le réalisateur s’emploie avant tout à dénuder les âmes, à faire la lumière sur les pans cachés de la personnalité de ses personnages, à méditer sur la vie, sur la mort, le tout dans une atmosphère étouffante et électrisante. Le scénario garde donc, même s’il s’en éloigne un peu, toute l’atmosphère dramatique et pleine de tension sexuelle de la pièce.


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Le film se différencie donc, comme on l’a vu plus avant, par ‘l’édulcoration’ du thème de l’homosexualité mais aussi par le fait d’attribuer une importance bien plus considérable au personnage de ‘Big Daddy’ qu’interprète avec une force peu commune l’imposant Burl Ives. Sa relation ‘amoureuse’ avec Liz Taylor, sa belle fille, est troublante : il lui avoue carrément la trouver attirante et qu’à la place de son fils, il lui aurait déjà donné une tripotée d’enfants. Liz Taylor trouve ici l’un de ses rôles les plus marquants, épouse constamment repoussée mais triomphante. Elle exprime ici une animalité et une sensualité débordantes à travers ce rôle de ‘chatte en chaleur’, foncièrement gentille mais remplie de frustrations sordides et de désirs inavoués. La scène au cours de laquelle elle ôte ses bas mérite de figurer dans toute bonne anthologie de l’érotisme suggéré au cinéma. Liz nous délivre l’une de ses plus mémorables créations et fait une bouleversante irruption dans l’univers du grand dramaturge qu’elle retrouvera pour un rôle aussi fort de folle cette fois dans Soudain l’été dernier de Joseph Mankiewicz. Paul Newman en fait peut-être un peu trop dans l’intériorisation si chère à ‘l’Actor’s Studio’ mais sa prestation d’icône sexy abîmée est vraiment poignante. Son alcoolisme, il l’explique par sa déprime : "Quand je suis ivre, je me tolère". Grâce à son talent, le personnage de Brick fait naître la compassion chez le spectateur en raison de la solitude extrême dans lequel il se trouve et que l’acteur fait ressentir par tous ses pores.


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Même si nous sommes loin des sommets atteints par un John Huston en pleine possession de ses moyens quand il réalise le sublime La Nuit de l’iguane, nous nous trouvons quand même ici en présence d’un saisissant psychodrame assez nihiliste comprenant des aérations de la pièce tout à fait réussies grâce à d’excellentes idées de mise en scène (le saut de haie dans la scène initiale, l’arrivée de ‘Big Daddy’ à l’aéroport, les points d’orgues dramatiques ponctués par les éclairs de l’orage), un envoûtant et magnifique thème jazzy de André Prévin, un scénario très bien écrit et un casting de premier ordre. Un film à la fin duquel presque tous les personnages sortent grandis par l’explosion de ces conflits envenimés. En effet, toutes les vérités qui auront éclaté au grand jour lors de cette soirée éprouvante auront permis aux personnages de se délivrer de tout ce qui leur pesait sur la conscience, les frustrations, dissimulations et désirs délivrés amenant le calme après la tempête. Le spectateur en sort lui aussi apaisé et content ! Richard Brooks n’aura pas la main aussi heureuse quatre ans plus tard avec son autre adaptation de Tennessee Williams qui versera trop dans l’hystérie systématique : Doux oiseaux de jeunesse.
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Geoffrey Firmin
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