Le Cinéma muet

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Music Man
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Re: Le cinéma muet

Post by Music Man »

Comme j'ai un lecteur dézonné, j'arrive parfaitement à le lire. Du coup, impossible de te dire de quelle zone il est, car ce n'est pas marqué sur la pochette et que mon lecteur ne fait pas la différence.
En tout état de cause, tous les lecteurs de DVD sont dézonnables avec un code qu'il suffit de se procurer en surfant sur le net, ou que tu demandes lors de l'achat du lecteur à ton magasin.
Le DVD contient aussi un extrait de Peter le vagabond.
Abdul Alhazred
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Re: Le cinéma muet

Post by Abdul Alhazred »

feb wrote:Allez hop j'en remets une couche sur la Divine :mrgreen:
Est-ce qu'un des spécialistes muet du forum sait si le DVD Kino de Gosta Berling est en zone 0 ou 1 ?
Ma platine DVD est dézonnée également, mais pas le lecteur DVD de mon PC, qui est zone 2.

Test effectué :
  • - Si je mets un truc zone 1 de façon sûre, par exemple un Criterion comme The Fallen Idol de Carol Reed, le PC me jette en signalant un problème de zone.
    - Si je mets le DVD Kino de The Saga of Gosta Berling, pas de problème.
Je suppose donc que c'est un zone 0. Pas encore eu le temps de voir le film par contre, qui dure quand même 3h04.
feb
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Re: Le cinéma muet

Post by feb »

Abdul Alhazred wrote:Je suppose donc que c'est un zone 0.
Nickel merci pour l'info :wink:
Pas encore eu le temps de voir le film par contre, qui dure quand même 3h04.
Ca c'est un autre problème :mrgreen:
allen john
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Re: Le cinéma muet

Post by allen john »

feb wrote:
Abdul Alhazred wrote:Je suppose donc que c'est un zone 0.
Nickel merci pour l'info :wink:
Pas encore eu le temps de voir le film par contre, qui dure quand même 3h04.
Ca c'est un autre problème :mrgreen:
Oui, c'est du 0... et ces 3h filent toutes seules!!
feb
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Re: Le cinéma muet

Post by feb »

Messieurs je vous remercie ! :wink:
allen john
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Re: Le cinéma muet

Post by allen john »

Garvin & Byron (1928, 1929)

Chez Hal Roach, dans les années 20, on aime bien créer des équipes. Bien sur, Lloyd a montré le chemin dès 1915, en associant systématiquement Lonesome Luke avec Snub Pollard, puis en rconduisant l'équipe pour ses presiers courts métrages avec lunettes, les deux étant toujours complété par bebe dabiels, jusqu'au remplacement de cette dernière par Mildred Davis. Ensuite, le studio a été crucial pour le succès de deux autres équipes, Our gand, et bien sur Laurel & Hardy. On va le dire tout de suite: on pense à ces derniers quand on contemple cet échec sublime qu'est la tentative de créer une équipe féminine avec Marion Byron et Anita Garvin. La tentative ne serait toutefois pas la dernière, puisque deux autres duos allaient être tentés, tous deux autour de la belle Thelma Todd, avec Zasu Pitts, puis Patsy Kelly. C'est à ces "équipes de comédie féminines" (Female comedy teams ) qu'un beau DVD Edition Filmmuseum se consacre aujourd'hui. Concentrons nous toutefois sur la première de ces "équipes", parce qu'elle est peu connue, circonscrite au muet, soit l'age d'or, et qu'en plus elle nous dévoile un peu plus de la personnalité de la sculpturale Anita Garvin, qui jouait avec génie les grandes bourgeoises pour Laurel & Hardy, et de Marion Byron, l'héroïne de Steamboat Bill Jr...

Feed 'em and weep
(1928, Fred Guiol, supervisé par leo McCarey)
Dans ce qui reste un film incomplet aujourd'hui, on voit que dans un premier temps Anita et Marion était non seulement opposées par la taille, mais aussi par un enlaidissment systématique de Marion Byron. Elle est mal fagottée, et on sent chez ele une sorte de pendant à Laurel, en plus maladroite que franchement lunaire. Les deux filles ont été envoyées à un employeur, un restaurateur (Max Davidson) qui sert les clients d'un train pendant qu'il est en gare. C'es donc du slapstick de bonne tenue, et les filles, surtout Marion, n'ont pas peur de jouer de leur personne... On verra aussi avec bonheur Edgar Kennedy.

Going Ga-ga (1929, James Horne):
Très incomplet, le film fait actuellement l'objet d'un processus de restauration complet, le DVD n'en propose que des extraits. on confirme l'impression du précédent film, Marion est officiellement le cas déssespéré du duo, et ressemble à nouveau à Harry Langdon. Max Davidson est à nouveau là, et est un policier à la recherche d'un enfant, qui soupçonne (D'ailleurs à raison) les filles de l'avoir accueilli. Un film qu'on pourra juger quand on en verra plus!

A pair of tights (1929, Hal Yates)
Celui-ci est entier, et franchement on en redemande: Marion est cette-fois autorisée à être jolie, et les deux filles reçoivent deux homme: l'un, le fiancé de Marion, est venu avec son patron, un avare qui dégoute manifestement Anita. Marion suggère de manger des glaces, la patron pai: elle va les chercher pendant que la voiture attend en double file, ce qui ne plait pas à un policier, et lorsque elle sort de chez le glacier, Marion rencontre un obstacle: toutes les quinze dernières minutes du film sont une variation en forme de montée du chaos sur ces quelques données. A ne pas manquer!

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Re: Le cinéma muet

Post by allen john »

The thief of Bagdad (Raoul Walsh, 1924)

Au moment d'entamer la réalisation de ce film, Douglas Fairbanks triomphe: ses trois premiers films spectaculaires (The Mark of zorro, The three musketeers, Robin Hood) ont confirmé la validité de son intuition, et c'est en héros qu'il a été accueilli en Europe. Reçu en embassadeur partout, il a aussi pu vérifier la solidité de l'industrie Allemande du cinéma, et s'est porté volontaire pour faire distribuer un certain nombre de films par le biais de la United Artists... avec une idée derrière la tête. Il envisage de réaliser un film merveilleux, et va s'inspirer de ce qu'il a vu. C'est une sage décision, le film fantastique Américain étant à cette époque en l'état de voeu pieux, il fallait s'inspirer de ceux qui savaient y faire: en 1924, la révolution de Caligari est passée par là, et on a pu voir sur les écrans Allemands Der müde Tod (Les trois lumières) et Die Nibelungen, de Fritz Lang, ou Le cabinet des figures de cire, de Paul Leni: ces trois films en particulier fourniront l'inspiration visuelle du nouveau Doug... Et puis il peut se vanter de bien remplir les salles avec ses films, et comme la United artists a été créée en premier lieu dans la but de satisfaire aux désirs des artistes (Chaplin, fairbanks, Pickford et Griffith) qui l'ont imaginée, c'est en toute confiance qu'il se lance dans le tournage d'un film unique pour les années 20: un film fantastique, extravagant, mais tellement bien pensé et tellement soigné qu'il est encore irrésistible 9 décennies plus tard... Pour accomplir cet exploit, Fairbanks s'attache les services d'un jeune réalisateur qui monte, Raoul Walsh, avec lequel la complicité sera des plus efficaces.

Ahmed, le voleur de Bagdad interprété par fairbanks, rejoint la liste des héros typiques de l'acteur: valeureux, c'est dans l'action qu'ils se définissent; ils ne négligent pas le déguisement (Zorro), et seront le plus souvent aidés dans leur volonté de sauver autrui par l'amour. Une fois motivés, ils peuvent déplacer les montagnes, et l'énergie athlétique dont ils font preuve peut éventuellement s'accompagner d'une aide, venue au bon moment, des hommes et des femmes qu'ils ont fédéré: voir bien sur Robin Hood, et plus tard The gaucho, ou The black Pirate. Mais surtout, les films sont un peu des parcours initiatiques dans lesquels le personnage principal va définir sa vraie nature: A Don Diego, l'inutile nobliau ridicule, Fairbanks oppose la flamboyance de Zorro; le "pirate noir" n'est pas en réalité le chef dur qu'il semble être, c'est un prince, et le Gaucho sera sauvé par l'amour... Comme le voleur de Bagdad. Mais celui-ci sera aussi sauvé par un certain nombre d'accessoires magiques, importés d'Allemagne: objets venus de l'orient dont un tapis volant (Les trois lumières) bestiaire imaginaire fantastique dans lequel brille un dragon (Die Nibelungen); le tout sera situé dans un orient constamment stylisé, assumé comme faux (Inspiré du Cabinet des figures de cire), et dont le rendu va bénéficier d'une idée toute simple: c'est une immersion complète, on ne verra aucune couture, ainsi on pourra assumer que le décor de Bagdad est fait d'un sol ciré, y compris dans la rue, ainsi, il sera possible d'assumer cette fausse mer faite de toile... Le résultat est proche d'un décor d'opéra.

A l'expressionisme de ses sources, Fairbanks va opposer une autre forme d'exagération, en accentuant le coté ballet de sa propre prestation, d'autant que les figurants sont tellement nombreux qu'il faut bien faire un effort pour que l'acteur s'en détache. Un bon exemple de cette gestuelle exagérée se trouve au début du film, lorsque Fairbanks est encore un simple voleur, et parcourt de balcon en toit les rues de Bagdad, en grapillant son déjeuner, et les bourses tentantes des passants. Voyant la démonstration d'une corde magique, il la convoite, et fait un geste de la main, qui fait d'ailleurs penser à un enfant. Ce geste répété n'a rien de naturel, mais est parfaitement clair. Autre avantage pour l'acteur, il peut, pour une fois, échapper au maquillage qui le blanchit considérablement habituellement, puisque Fairbanks est un adepte des activités sportives sous le ciel de Californie et sa peau constamment exposée a le plus souvent besoin qu'on l'assagisse un peu s'il veut jouer un D'artagnan ou un Robin Hood... Ici, c'est un Fairbanks au naturel, habillé de peu d'étoffe du reste, qui va exposer son corps d'athlète dans des gestes plus emphatiques encore que d'habitude. Enfin, l'exagération et l'exacerbation des mouvements sont étendues à l'ensemble du casting, dans lequel on reconnait Julanne Johnston en princesse, So-Jin en prince Mongol, Anna May Wong en traitresse, et Snitz Edwards en copain du héros; Ahmed est donc un voleur militant, qui ne vit que par une seule philosophie: quand il a envie de quelque chose, il le prend. Lorsque c'est une belle princesse qu'il convoite, il va mettre au point un stratagème pour être l'un des princes qui s'alignent pour venir lui faire officiellement la cour. Et va du même coup êrte transformé par la révélation de l'amour... Mais parmi ses rivaux, il y a ura aussi le fourbe prince des Mongols, cruel et plein de ressources pour faire le mal et assumer son but: la domination...

On le voit, ça se gâte vers la fin du résumé, puisque cette sale manie de donner le mauvais rôle aux Asiatiques est ici présentée de façon spectaculaire, avec deux des stars Orientales les plus populaires. Mais dans le cadre du film, situé dans un imaginaire de carton-pâte (Avec les beaux décors en somptueux vrai-faux de William Cameron Menzies), cette odieuse convention s'accepte finalement assez bien... Et avec ses treize bobines, et 152 minutes de projection, le film s'offre le luxe d'être l'un des plus longs films Américains des années 20, je parle ici des durées de films en exploitation, non lors de premières, souvent plus longues. Cette longueur inhabituelle est sans doute l'une des raisons qui vont pousser le public à bouder le film, hélas... Dommage parce que non seulement c'est une fête visuelle, mais en prime les effets spéciaux sont très réussis, la cohérence des séquences merveilleuses un rare succès dans un pays qui, répétons-le, ne savait pas encore faire du cinéma fantastique... Et Walsh dans tout ça? Disons que d'une part, il peut s'enorgueillir d'avoir réalisé non seulement le plus long, le plus cher, mais aussi le meilleur des films de Fairbanks. Et sa réputation n'est aujourd'hui plus à faire, mais l'image du conteur génial est née de ce genre de films, dans lesquels le metteur en scène s'efface derrière l'efficacité de ses dispositifs. Et il fallait du talent pour réussir à rendre cohérent un mélange entre personnages bien définis, décors délirant et envahissant, et histoire de longue haleine; réussite, selon moi, sur toute la ligne: on ne perd jamais de vue les héros, et les allers-retours entre Ahmed et ses concurrents lors de la recherche d'un objet magique pour permettre de départager les "princes" afin de déterminer qui emportera la main de la princesse sont un conte qui se boit comme du petit lait. Quant aux imports (Dragons, tapis volant, boule de cristal, cape d'invisibilité), ils sont parfaitement rendus, et ne se content pas d'apparaitre, le metteur en scène les a dotés de vie... Donc c'est un grand film de Raoul Walsh, autant qu'un grand Fairbanks... celui-ci va avoir du mal, d'ailleurs, à suivre ce film, c'est le moins que l'on puisse dire. En attendant, replongeons-nous dans l'un des plus beaux films des années 20, si possible avec la musique inspirée de Rimsky-Korsakov qui était déja le principal choix en 1924...

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Ann Harding
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Re: Le cinéma muet

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The Red Lantern (La lanterne rouge, 1919) de Albert Capellani avec Alla Nazimova, Noah Beery et Frank Currier

Vers 1900, à Pékin, Mahlee (A. Nazimova) une eurasienne se retrouve seule suite à la mort de sa grand-mère. Etant rejetée par sa communauté, elle trouve refuge au sein d'une mission américaine où elle se convertie au christianisme. Elle réalise bientôt qu'elle ne sera jamais membre de leur communauté à part entière...

En 1919, le réalisateur français Albert Capellani est déjà aux Etats-Unis depuis 4 ans. Il travaille avec la grande actrice russe Alla Nazimova sur plusieurs films qu'elle produit elle-même. Nazimova est une super du théâtre qui se fait un nom à l'écran dans des rôles très divers. Le film est une adaptation d'un roman de Edith Wherry (voir photo ci-dessus). Nazimova joue un double-rôle : elle est à la fois Mahlee, l'eurasienne qui n'arrive pas à trouver sa place dans la société raciste de l'époque et Blanche, la fille du riche Sir Philip Sackville (F. Currier). Le film offre une débauche de décors incroyablement somptueux qui recréent un Pékin de studio plus vrai que nature. Et Nazimova porte des costumes qui ne dépareraient pas dans un film de Cecil B. DeMille. Elle revêt un costume constellé de brillants, de perles et de plumes de paon pour figurer la déesse de la Lanterne Rouge et inciter le peuple de Pékin à se révolter contre les missions étrangères. Nous sommes en pleine révolte des Boxers et Mahlee choisit finalement leur camp en réalisant qu'elle n'aura jamais sa place chez les chrétiens. Le fourbe Dr. Sam Wang (Noah Beery encore une fois dans un rôle de méchant) la pousse à le suivre dans sa croisade contre les chrétiens qui lui ont permis d'être éduqué, mais ne lui permettent pas de faire partie de leur monde. Mahlee est perdue dans un dilemne épouvantable : elle n'est pas considérée comme suffisamment chinoise avec ses longs pieds (qui n'ont jamais été bandés) et elle restera toujours une femme d'une autre race pour les européens. Amoureuse d'un jeune homme blanc, elle comprend que cet amour est sans espoir. Si le film reflète les préjugés racistes coloniaux de l'époque, il offre malgré tout un personnage plus complexe qu'il n'y paraît à Nazimova. Elle subit les préjugés des chinois et des européens qui rejettent les métis. Et on comprend facilement pourquoi elle décide d'aider les Boxers plutôt que de se résigner à son sort. Le film cite cette célèbre phrase de Kipling: "L'Orient est l'Orient, l'Occident est l'Occident et jamais ils ne se rencontreront." qui résume le crédo des occidentaux de l'époque. Nazimova endosse son personnage avec un immense talent. Elle utilise son corps de danseuse brillamment et son visage expressif a une réelle magie à l'écran. Le film montre aussi l'évolution d'Albert Capellani, du brillant pionnier du début des années 10 chez Pathé à cette fin des années 10 qui inaugurent le star-système. J'espère pouvoir un jour voir d'autres films américains de Capellani. Cette Red Lantern montre qu'il n'avait rien perdu de son talent.
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Re: Le cinéma muet

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Filmens Helte (Les héros du cinéma) (Lau Lauritzen, 1928)

Les deux acteurs Carl Schenström et Harald Madsen, respectivement un grand longiligne et un très petit râblé, étaient des stars au Danemark, de 1921 à 1942, soit jusqu'à la mort de Schenström. Mais cette célébrité ne s'arrêtait pas aux frontières, comme le prouve la liste de leurs surnoms: Fy en By en Scandinavie, Pat und Patachon en Allemagne, Long and short en Grande-Bretagne, et Doublepatte et Patachon en France; si le format de la plupart de leurs films, le plus souvent réalisés par Lau Lauritzen, reste le long métrage, ils ont souvent été considéré comme l'inspiration pour Laurel et Hardy, ce qui ne tient pas complètement debout, pour un certain nombre de raisons: leurs films n'ont jamais réellement percé aux etats-unis, même si certains y ont été projetés; Laurel et Hardy ont été "couplés" dans des films avant d'être un duo, et leur dynamique s'est créée toute seule, poussant le studio à répéter l'expérience; et enfin Roach a toujours mis ses acteurs en équipe, dès 1915: Lonesome Luke était aussi un équipe, avec Snub Pollard et Bebe Daniels autour de Harold Lloyd. Mais la présence physique inversée des deux acteurs, leur complémentarité, et le fait que de film en film, bien qu'il ne s'agisse jamais vraiment des mêmes personnages, ils aient peu ou prou maintenu le même rapport, pouse évidemment à la comparaison. Par contre, autour, le film leur échappait; ils étaient constamment une sorte de cerise dur le gateau, au milieu d'une intrigue qui ne les concernait que peu, et vagabondaient de boulot en boulot, le grand menant le petit, et assistaient aux amours malheureuses de jeunes bellâtres pour des filles de bourgeois. Quelque fois, ils les aidaient. Dans certains films, Lauritzen a été ambitieux: Son Don Quichotte (1926) en particulier dépassait le cadre de la comédie, et imposait un jeu bien différent aux deux acteurs; la durée de 180 minutes en faisait un film autrement plus important que les aimables comédies de 90 minutes qui composaient l'essentiel du duo. Parfois, enfin, ils s'exportaient, et sous la direction d'un autre (Monty Banks, par exemple), jouaient pour d'autres filmographies: Suède, Norvège, Allemagne, Grande-Bretagne, comme Asta Nielsen avant eux, le Danemark étant décidément un petit pays. Pour terminer ce tour d'horizon, il convient d'ajouter que leurs films possédaient un air de famille, parfois obéissant à une formule, et qu'il y avait des passages obligés: il devaient se situer dans un environnement qui permette des belles prises de vue de la nature Danoise, il y avait des jolies filles, baigneuses en maillot, voire sans en certaines occasions. La vie des gens était celle du Danemark des années 20, un pays en apparence tranquille, sous les influences Scandinaves au nord, germaniques au sud, et empreint de ces deux cultures...

Schenström, contorsionniste, et Madsen, artiste de cirque aux multiples talents, sont d'abord une présence physique, enfantine. Quoi qu'ils fassent, ils ne peuvent qu'être visuellement ridicules, une exagération qui n'est pas forcément soulignée par les autres protagonistes. Ils vont ensemble, ce qui n'exclut pas qu'un scénario les fasse se rencontrer dans un film. Madsen est le plus lunaire des deux, avec sa cambrure exagérée à la Chaplin, et sa petite taille, sans oublier son air volontiers ahuri. Mais c'est aussi le plus bouillonnnant des deux, souvent celui par lequel le malheur arrive... Schentröm a beau jouer plus facilement l'adulte, il a des éléments enfantins lui aussi, une immaturité notamment sexuelle, qui passe par une timidité manifestée physiquement. Et l'un comme l'autre est amené parfois à s'impliquer corporellement, comme dans l'un des films ou ils se baignent effectivement dans une eau gelée...

Filmens Helte est l'un des meilleurs longs métrages du duo, d'ailleurs le plus vu ou revu, qui a fait l'objet d'une reprise en salle sous forme d'une compilation en 1979, et dix ans plus tard en France. Le film est amusant, montrant comment les deux héros sont amenés en catastrophe (le mot est très bien choisi) à remplacer au pied levé les deux jeunes premiers d'un film, tourné par un artiste autoritaire à la Stroheim. On assiste par ailleurs aux tribulations des jeunes premiers, qui ont quitté le plateau en raison d'un conflit avec le producteur, père de leurs fiancées. Tout finira bien: le film désastreux sera un succès, les jeunes acteurs seront réintégrés, et le producteur consentira aux mariages.

Voilà, c'est tout... sauf que tout ceci serait excellent, s'il n'y avait un détail embarrassant: les films conservés du duo ont été achetés par la chaine Allemande ZDF, et remontés en épisodes de 25 minutes, narrés en Allemand. Y compris les films parlants, dont on a tout sîmplement fait sauter la bande-son originale. dans une opération digne de la boucherie effectuée par Chaplin sur The gold rush, certains des films sont à peu près cohérents et posèdent encore l'essentiel de leur métrage. Mais que penser du Don Quichotte réduit à deux épisodes de 25 minutes, à la place de 180 minutes? Ou de ce film-ci, justement, dont on sait qu'il existe une copie complète, et qui est réduit ici à deux fois 25 minutes, alors qu'il est répertorié sur le site du DFi comme un film de 110 minutes? Libérez Doublepatte et Patachon!

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Ann Harding
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Re: Le cinéma muet

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Un film Triangle produit par T.H. Ince qui est maintenant disponible en version numérisée à la médiathèque de la Cinémathèque.

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The Despoiler (Châtiment, 1915) de Reginald Barker avec Frank Keenan, Enid Markey et Charles K. French

Sur la frontière turco-arménienne, le colonel von Werfel (C. K. French) opère avec un groupe de Kurdes dirigé par le dangereux Khan Ouâdaliah (F. Keenan). La ville de Kéraoussi est encerclée par les Kurdes. Les femmes seront livrées aux hommes du Khan à moins que la ville ne se rende. La fille de Werfel, Beatrice (E. Markey) se trouve parmi les malheureuses...

Ce film de Reginald Barker produit par Thomas H. Ince (qui s'approprie le crédit de la réalisation au générique) est absolument passionnant. Lorsqu'on lit le résumé de ce film dans le catalogue de l'American Film Institute, on réalise que la version française détenue par la Cinémathèque française (qui est la seule copie existante de ce film) est totalement différente. Dans l'original produit en 1915 -donc avant l'entrée en guerre de l'Amérique- le film n'était pas situé géographiquement mais suggérait vaguement la zone des Balkans avec un officier français nommé Damien. Lorsque le film est distribué en France en 1917, le colonel devient allemand sous le nom de von Werfel. Et on déplace le conflit vers la Turquie à l'époque du génocide arménien. Alors que l'original se terminait sur un plaidoyer pour la paix (le colonel se réveillait d'un cauchemar), la version française de 1917 devient un instrument de propagande anti-allemande. Le contenu du film est un brûlot de première catégorie. Les troupes Kurdes qui assistent le colonel allemand sont des soudards sans foi ni loi qui ne songent qu'a violer et à tuer. Quant à leur chef, il est prêt à tout pour obtenir des faveurs sexuelles de la part de la fille du colonel. La malheureuse est placée devant un choix effroyable: accepter de se donner à lui ou voir toutes les femmes du village être livrées aux soudards. La mort dans l'âme, elle accepte le marché sordide. Mais, après avoir été violentée, elle tue son bourreau. Sur ce, le colonel arrive et demande qu'on lui livre la meurtrière. Elle se rend voilée. Il fait fusiller sa propre fille et découvre ensuite effondré son identité. Le paroxysme du film est atteint lors du meurtre de l'ignoble Khan. Enid Markey, au bord de la folie, s'empare de son révolver et se dirige vers son violeur qui ronfle complètement saoul. Il n'y a aucun doute que la violence du film a dû profondément affecté les spectateurs de l'époque. Et il semble impensable que les français l'aient diffusé en utilisant le nom français du colonel. Avec ce changement de nationalité et ce déplacement géographique, le film reste profondément perturbant. Décidément, Reginald Barker mériterait d'être redécouvert car il fait partie des grands du début des années 10.
allen john
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Re: Le cinéma muet

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C'est amusant de voir comme un film venu de nulle part peut parfois déclencher une envie de passer du temps à lui rendre hommage... Ann Harding (Who else?) en a déja parlé, fort succinctment et fort bien, et on peut trouver ce compte-rendu bref et direct, ainsi que des photos sur son blog ici:
http://annhardingstreasures.blogspot.fr ... -1928.html

The mating call (James Cruze, 1928) The Mating Call est clairement un cas à part dans la fresque du cinéma Américain... Cruze, Hughes, ce film doit son existence à deux fortes têtes l'un déterminé à continuer à jouer un rôle de premier plan, après avoir commis plusieurs films important, l'autre décidé à devenir un nom important parmi les producteurs de Hollywood: James Cruze a en effet réalisé The covered wagon(http://allenjohn.over-blog.com/article- ... 06542.html) , Hollywood, et Old ironsides; Howard Hughes tente avec insistance un assaut du box-office depuis quelques années: avec Lewis Milestone, on lui doit aussi Two Arabian knights (http://allenjohn.over-blog.com/article- ... 91965.html) qui obtint le rarissime Oscar pour la meilleure comédie. The mating call n'est pas un film fréquemment traité par les hitsoriens, en raison d'abord de sa rareté. Il a disparu sans laisser de traces peu de temps après son exploitation, et bien que distribué par Paramount, il appartenait à Caddo pictures, la société de Hughes, et n'a pas pu bénéficier des conditions optimales de préservation d'un grand studio... Et sa position de production indépendante tend à l'éloigner des radars, également... Il a heureusement été redécouvert, puis restauré, dans le cadre d'une collaboration bienvenue entre TCM et Flicker alley, en même temps que deux autres films muets de Caddo: Two Arabian Knights (Lewis Milestone, 1927) et The racket (Film remarquable de Lewis Milestone, 1928). Des trois films, celui-ci est le plus étonnant... il combine de façon assez extravagante plusieurs genres, aborde des sujets particulièrement tabous, et le fait en multipliant les provocations. On sait que Hughes s'est attiré les foudres de la censure en 1943 avec son film The outlaw, un western d'une rare médiocrité, mais qui dévoilait une proprtion inédite des arguments de Jane Russell, mais The outlaw n'est rien à coté de ce film.

Edicté en 1922, le Code hays est en théorie une liste de recommandations à suivre pour les studios, afin d'éviter tout débordement. Le but est non pas de censurer les films, mais d'éviter qu'ils soient censurés par les localités de tous les états ou ils sont distribués. Y sont inscrits des conseils à suivre par les sudios, qui doivent veiller à ne pas faire de vagues en matière de représentation de la sexualité, de la perversion, de l'adultère, de nudité évidemment, d'homosexualité, mais aussi en matière de criminalité, de violence et d'agitation politique. La peinture du racisme ordinaire, par exemple, y est peu recommandée, en raison des troubles à l'ordre public que cela peut engendrer. Ainsi un film qui pronerait l'égalité entre les différentes races (Le terme a un sens pour certains états en 1928, ne l'oublions pas, même s'il n'a absolument aucun sens pour un être humain sensé de 2012) serait-il forcément refusé par un studio, sachant qu'il serait automatiquement banni par les Etats du Sud. Ainsi, les studios produisent-ils en 1928 des films standardisés qui ne dépassent pas du cadre imposé, ou apparemment pas puisque certains d'entre eux réussissent à passer entre les lignes, certains metteurs en scène passant maitres en matière de suggestion et de contournement. Pas The mating Call. Non que le film soit prude ou consensuel, loin de là; mais ce que je veux dire c'est qu'il ne cherche pas à passer entre les lignes en insistant sur la suggestion. Il est au contraire d'une frontalité assez rare pour un film de cette époque...

Leslie Hatten (Thomas Meighan), un vétéran de la première guerre mondiale, revient chez lui après trois ans passés en France. Il a particulièrement hâte de retrouver Rose (Evelyn Brent), son épouse: il s'est marié juste avant de partir au front, littéralement, il n'a pour tout souvenir que la cérémonie de mariage et un baiser: pas le temps pour la nuit de noces... C'est donc un peu fébrile qu'il arrive dans sa petite ville, persuadé qu'elle sera là pour l'accueillir à la gare... Mais il apprendra vite qu'elle n'est en fait pas son épouse: elle n'avait pas la majorité requise au moment du mariage, et ses parents ont pu sans problème faire annuler le mariage... Elle est donc mariée, cette fois entièrement légalement, au brutal Lon Henderson (Alan Roscoe). A partir de ces prémisses, on s'attend un peu à ce que le film prenne soit la forme d'une comédie de la reconquête par Leslie de son épouse, soit d'un mélodrame dans lequel les vrais amants ne seraient réunis qu'après que Leslie aurait tiré la vertueuse Rose des griffes de son mari brutal et adultère... Et c'est là qu'on a tout faux. Bien sur, ce type de mélodrame ne se fait plus guère en 1928, et bien sur de fait, Lon est en effet brutal et adultère. Mais il n'est pas le seul dans ce dernier cas...

Rose, en effet, voit le retour de Les avec un certain intérêt. Elle n'a semble-t-il pas trop changé d'avis à son égard: il l'intéresse beaucoup. Et ele lui fait très vite comprendre qu'elle passerait bien du temps avec lui. Elle va même jusqu'à impliquer Les dans une machination visant à reconquérir sa liberté: elle s'introduit chez lui officiellement pour demander sa protection contre son mari, le vampe avec insistance (Brent sort le grand jeu, se frottant sans aucune équivoque contre Thomas Meighan, qui n'a pas si souvent eu à subir de tels assauts), et de fait lorsque son mari intervient, elle offre l'image d'une femme qui a suffisamment fauté pour qu'un divorce soit inéluctable. Mais Leslie ne veut pas d'elle, et prétend alors qu'il est lui aussi marié... Coup de théâtre imprévu pour le spectateur également, ce stratagème qui vise bien sur à faire taire toutes les rumeurs, mais également à empêcher Rose de lui porter préjudice oblige Leslie, qui prétend donc s'être marié en France, à trouver dare-dare une prétendante pas trop regardante: il se rend donc à Ellis Island, la station d'immigration principale de la Côte Est, comme on se rend au marché au mariage.

C'est donc à ce moment qu'arrive la deuxième femme du film: Renée Adorée, alors en contrat à la MGM (The Big Parade, The Black Bird, La Bohême, The show, Mr Wu)... Française et préposée à jouer les Européennes, petite et mutine, elle est ici Catharine, une jeune immigrée Russe qui va accepter le marché proposé par Les: Avec ses parents, elle intègre la ferme, ils aident tous les trois en travaillant, mais elle devient l'épouse de Leslie. Ils sont mariés sur place, et vont ensuite s'installer. Et très vite, la jalousie de Rose (Et son mépris évident à l'égard de celle qu'elle considère évidemment comme une domestique) va se manifester; de son côté, Catharine va vite manifester une certaine frustration face à ce mari qui maintient ses distances, et la considère effectivement plus comme une employée que comme une épouse. Elle va donc devoir s'imposer à lui, et le rappeler à ses devoirs conjugaux.

Deux derniers points s'imposent dans ce qui reste une intrigue bien compliquée: tout ce qui précède relève plutôt de la comédie, et on y voit d'ailleurs beaucoup de bases de ce que sera plus tard la screwball comedy. Mais en plus de ce jeu risqué autour du mariage, il y a une autre intrigue entre Rose te son mari Lon: celui-ci a fricoté avec Jenny, une jeune femme du village... Celle-ci, surveillée par son père, se suicide lorsqu'elle comprend que Lon ne l'épousera jamais. et d'autre part, le village est régi par une société secrète, "the order", l'ordre: avec leurs masques et leurs rencontres nocturnes autour d'une croix, et leur sale manie de se mêler de ce qui ne les regarde pas, difficile de ne pas penser au Ku-Klux-Klan. mais ils ne s'intéressent absolument pas à des hypothétiques rapports raciaux: ils sont juste là pour faire en sorte que tout un chacun dans le village se conduise en acord avec les principes de la Bible, versant Sudiste. donc adultère, jeu et alcool sont proscrits... C'est en partie pour éviter de trop exciter ces lyncheurs invétérés que Les a préféré se trouver une épouse, et aussi parce que le petit jeu de Rose a attiré l'attention de ces Klansmen de pacotille.

Voilà donc un cahier des charges particulièrement important: comédie conjugale, vie rurale, description d'une société régie par le KKK, Ellis Island et l'exploitation de fait des immigrants devenus presque des esclaves, sexualité exacerbée, adultère, tricheries diverses, sensualité exposée... Commençons par la peu banale présence des gens de l'"ordre". Bien sur, ce n'est pas la première fois que le KKK est représenté à l'écran, voir à ce sujet le film controversé Birth of a nation (http://allenjohn.over-blog.com/article- ... 96699.html) de David Wark Griffith. Mais dans les années 20, évoquer le KKK, c'est parler d'un sujet compliqué, une organisation considérée comme un simple groupe de pensée par les uns, comme un groupe terroriste par les autres, dont les activités criminelles (Lynchage, intimidiation, meurtre, incendies...) sont vécues au quotidien et niées par une importante partie de la population Américaine, et le tout revient à mettre sur le tapis un sujet de fâcherie qu'il n'était pas souhaitable d'aborder (Tout comme la référence au lynchage d'un blanc en 1936 dans Fury de Lang renvoie dans l'inconscient collectif à la notion de lynchage, et donc forcément aux meurtres racistes aussi). Bien sur, on pourra objecter qu'il n'est absolument pas question de la population noire ici (Contrairement à Birth of a nation, bien sur, mais aussi à Stars in my crown, de Jacques Tourneur, 1949), mais la simple présence dans le film d'un groupe assimilable au Ku-Klux-Klan reste particulièrement notable... D'autre part, un aspect du film tend à minimiser cette représentation en la plaçant sur le plan folklorique: Les, soupçonné de meurtre va être "jugé" par le groupe, mais une fois qu'il est innocenté, les hommes masqués lui rendent sa liberté, et s'excuseraient presque... On est loin de la terreur fasciste effectivement érigée en système de gouvernement dans la sud profond par le vrai KKK. On le voit, l'audace du film a donc des limites.

En situant un épisode du film à Ellis Island, Hughes et Cruze abordent un aspect quasi-documentaire de l'époque, assez rare en ces termes: bien sur, il y a des immigrés dans le cinéma muet, quelques fois, certains films dénoncent certains aspects. Mais dans un film "commercial" de cet accabit, il est rare d'évoquer quelque aspect que ce soit d'Ellis Island, la station principale d'immigration de l'époque, surnommée The isle of tears (L'île des larmes) en raison de la tension particulière qui y rêgnait pour des immigrants fatigués d'un voyage pénible, et dont la vie pouvait basculer dans un sens ou dans l'autre (Même si à l'époque, la plupart des immigrants étaient acceptés). On ressent ce dernier aspect dans le "quitte ou double" joué par Renée Adorée lorsque Thomas Meighan vient chercher une femme à la station d'immigration, et la remarque cruelle de Evelyn Brent, certes motivée par la jalousie, atteint bien son but: elle rencontre Catharina, lui fait nettoyer ses chaussures, et dit à Les qu'elle aimerait bien rencontrer son épouse, après avoir fait connaissance de la domestique. Immigrant, une position on le voit pas facile, une fois arrivé au pays de la liberté.

Enfin, en terme de sexualité, le film fait peu dans la dentelle si j'ose dire, et James Cruze et Howard Hughes ont poussé le bouchon assez loin: il est pour commencer beaucoup question d'adultère, grâce à deux personnages: Lon et Rose, d'ailleurs mariés - au début du film du moins. Lon a donc une relation extra-conjugale (qui se finira tragiquement) avec une fille du village, jenny, et on lesait par un intertitre, ce n'est pas la première. Derrière la finalité affichée de redresser les bonnes moeurs de l'"ordre", dont fait justement partie Lon, combien d'époux adultères? Mais une fois n'est pas coutume, il y a auusi Rose, dont les vélléités adultères sont affichées, et qui est dans le film au pire une garce. Elle a du en baver avec Lon, et peut-être aime-t-elle Les, à sa façon, d'un amour sincère? Peu importe: j'ai déja parlé de la scène de séduction de Les par Rose, remarquable par la tension imposée par Cruze qui utilise des gros plans des mains d'Evelyn Brent, qui invitent les caresses de thomas Meighan, de son visage alors qu'elle embrasse sensuellement le dos, etc... mais il y a une autre scène. Leur première rencontre après que Les ait appris au début du film l'amère vérité est une tentative remarquable pour Rose de coucher avec lui, sans aucune ambiguité. Elle est séduisante, élégante, et de noir vêtue. Elle l'enlace et le met au défi, si'elle l'embrasse, dit-elle, il ne voudra plus la lâcher. Mais Les la prend dans ses bras... pour la jeter dans sa voiture et lui enjoindre de repartir d'ou elle vient. Pourtant, l'arrivée du vétéran à son village, située peu avant, laisse peu d'ambiguité: persuadé de revoir enfin son épouse après trois ans, il a trois ans de frustration après n'avoir pas même pu consommer le mariage ne serait-ce qu'une fois, à rattraper, et ce fait est rappelé via un intertitre par un personnage secondaire. C'est donc un Leslie gonflé à bloc et au bord de l'implosion que Rose qui sait parfaitement ce qu'elle fait tente de séduire sans prendre de gants, et qui a le courage admirable de refuser ses avances: un type bien, donc... Mais ce type bien finira quand même par revenir à des sentiments plus tendres, vis-à-vis de Catharina, au terme d'une nuit agitée: l'Ordre cherche à emporter Les pour le juger, et Catharina de son côté, qui commence à attendrir son mari, est partie se baigner à la rivière; Alors qu'il la cherche pour la mettre en sécurité, il la surprend en plein bain, nue comme au premier jour (Et on ne peut pas dire que Renée Adorée ait fait la timide dans cette scène, loin de là); elle proteste (you are a pig!!) mais c'est pour la forme, et lui lui explique qu'il craint pour sa vie. Après cet épisode, une fois qu'il a enfin identifié Catharina qui n'a pas attendu trop longtemps pour aimer son mari, et une fois celui-ci rendu à sa vie tranquille après l'épisode du "jugement", ils vont enfin pouvoir s'aimer comme mari et femme. Et dans ce film de 1928, on sait enfin ce que ça veut vraiment dire...

Voilà donc, je pense avoir fait le tour de ce qu'on peut voir dans ce film peu banal, qui expose la sexualité sous un jour plus franc que bien des films, en particulier dans le portrait d'une femme qui fait de façon caire et nettes des avances peu banales. Il convient d'ajouter que ce que j'ai vu, une restauration de l'unique version connue du film, est certainement une version destinée à l'Europe nettement moins prude que les Etats-Unis en matière de sexualité et de nudité, mais le film reste certainement un sommet de sensualité rendu possible par l'indépendance de son producteur, et celle de son metteur en scène pionnier: Freelance à l'époque, Cruze mettait généralement toute sa personnalité dans des projets qu'il menait le plus souvent à sa guise. il est d'ailleurs remarquable qu'il ait pu travailler avec un producteur aussi égocentrique qu'il pouvait l'être lui-même... The mating call n'était pour finir sans doute pas un film aussi important pour Hughes qu'allait l'être Hell's angels, son épopée sur les aviateurs de la première guerre mondiale. Sa brièveté qui prive certains personnages de plus de complexité (la première sacrifiée est Renée Adorée), son mélange sans vergogne de comédie, de mélodrame et de drame, tendent à faire penser qu'il s'agissait d'abord et avant tout d'un film vite fait destiné à balancer un bon coup de pied dans la fourmilière. Mais c'est un film joliment remarquable par ses audaces et sa franchise, à ajouter à la liste des films notables de cette glorieuse année 1928, dernière année du cinéma muet.

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Re: Le cinéma muet

Post by CC Baxter »

Ann, Allen, arretez d'attiser mon envie de cinéma et de dvd! :D
You... bastard!
Yes, sir... In my case it was an accident of birth.... But you are a self-made man.


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someone1600
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Re: Le cinéma muet

Post by someone1600 »

c est clair ! a chaque fois c est la même chose. ;)
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Re: Le cinéma muet

Post by joe-ernst »

Mes petites critiques des coffrets consacrés aux soeurs Talmadge, parus chez Kino :

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Her Night of Romance (1924), de Sidney Franklin

Le premier visionné. Si l’histoire est très prévisible, elle permet à Constance Talmadge de nous faire voir son talent de comédienne. Sans être belle, elle a ce quelque chose de piquant et de pétillant qui aurait fait merveille dans les comédies sophistiquées de la Paramount des années 30. Ronald Colman semble être très à l’aise dans son rôle. Les autres acteurs font bien leur travail, avec une mention pour Sidney Bracey, au rôle bref mais irrésistible.

La mise en scène est remplie de moments plaisants (la scène de la photo, celle de l’ivresse par exemple) voire touchants (la scène de l’auscultation est pleine de délicatesse plutôt qu’hilarante et est certainement une des plus originales déclarations d’amour) et cela ajoute à notre plaisir. Un film d’une grande fraîcheur, dénué de tout cynisme, et au parfum subtil mais plus entêtant qu’il n’y paraît.


Her Sister from Paris (1925), de Sidney Franklin

Deux Constance Talmadge pour le prix d’une, ou plus exactement Constance Talmadge dans le rôle de sœurs jumelles, l’une mariée et qui connaît des difficultés dans son couple, et l’autre, une star du music-hall. La seconde va aider la première à regagner son mari en lui proposant de prendre sa place de vedette.

Délicieuse comédie, où les situations risquées et les symboles érotiques abondent (jusqu’au numéro de la porte de la chambre d’hôtel qui, si on l’inverse…), elle permet à Miss Talmadge de développer tout un éventail d’émotions, pour notre plus grand plaisir, le tout dans une mise en scène assez alerte. Elle est fort bien entourée par Ronald Colman et par un acteur que j’ai eu grand plaisir à découvrir, George K. Arthur (qui tient également un rôle dans Kiki).



Within the Law (1923), de Frank Lloyd

Aïe… Difficile de trouver des qualités à ce film. La faute à une mise en scène statique et donc soporifique et à un scénario obscur et mal construit (la réputation de grande scénariste de Frances Marion en prend un coup même s’il s’agit d’une adaptation). Les intertitres sont soit redondants par rapport à l’action soit au contraire sont manquants pour la clarifier. Que sauver de ce film ? Pas grand-chose. Norma Talmadge a le visage souffrant de l’héroïne injustement condamnée, à moins que ce ne soit celui d’une Mater dolorosa face à ses garnements de camarades. Ses robes peuvent en revanche être admirées, contrairement à celles de sa collègue Eileen Percy, véritables repoussoirs. Pour le reste…


Kiki (1926), de Clarence Brown

Norma Talmadge dans une comédie, pourquoi pas. J’avoue avoir de la peine à la trouver crédible. Non pas qu’elle soit mauvaise, mais elle n’irradie jamais, comme si cela était contraire à sa nature. Du coup, on peine à la suivre, d’autant plus que le film n’est pas exempt de longueurs. Le scénario est cependant assez intéressant de par le fait que l’héroïne a peu de scrupules et qu’elle n’en paie pas le prix. Les autres acteurs sont des faire-valoir et peinent à faire exister leur personnage. Les décors et la mise en scène sont très bons, mais cela ne suffit pas pour faire un bon film…
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Ann Harding
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Re: Le cinéma muet

Post by Ann Harding »

Pour Within The Law, je suis entièrement d'accord. C'est typique du cinéma de Frank Lloyd à l'époque; du 'théâtre filmé' muet et sans vie. Pour avoir vu Ashes of Vengeance (1923) du même F. Lloyd avec N. Talmadge, c'est tout aussi mortel... Par contre Norma est déchirante dans The Lady (1925) de Frank Borzage.
Kiki provoque généralement des réactions contrastées. On adore ou on accroche pas du tout, un peu comme Stage Struck avec Gloria Swanson.