Le Cinéma muet

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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cinephage
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Re: Le Cinéma muet

Post by cinephage »

D'une façon générale, je préfère un acccompagnement musical, mais ça n'a rien d'obligatoire. Certains films sont projetés sans musique, notamment à la Cinémathèque. Ca ne m'a aucunement empêché de m'extasier devant les Rapaces, de Stroheim, ou la passion de Jeanne d'Arc, de Dreyer... En réalité, le film peut nous emporter à ce point où l'on ne fait plus attention, où l'on ne saurait dire, à la fin de la séance, s'il y avait de la musique ou non. En tout cas, ça m'est arrivé plusieurs fois. Encore faut-il, comme vous l'avez dit, que le film soit bon.

Après, un accompagnement bien dosé peut donner de l'intensité à un film muet, du lyrisme ou de l'humour... Mais de même, il faut que l'accompagnement soit bon.
Obviously the world is not a wish-granting factory (The fault in our stars, Josh Boone, 2014)
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bruce randylan
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Re: Le Cinéma muet

Post by bruce randylan »

A la fondation Pathé :

L'invincible Spaventa / Der Unüberwindliche (Max Obal - 1928)

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réputé pour son agilité à venir à bout de chaînes et cadenas lors de numéro où il est défie la mort, un acrobate est manipulé par des gangsters lors d'un vol de bijoux. Il est bientôt considéré comme un suspect et traqué par la police.

J'y suis allé un peu en traînant les pieds et j'en suis sorti conquis. Derrière Spaventa se cache l'artiste italien Luciano Albertini dans un l'un de ses derniers rôles (sa carrière cinématographique n'allait pas survivre au parlant). Issu du cirque, son style est clairement sous influence de Houdini et Douglas Fairbanks. On y retrouve des numéros où il doit s'échapper d'un piège fatal en étant menotté, doublé de nombreuses séquences où il fait preuve d'agilité et de souplesse.
Le scénario n'est clairement qu'un prétexte à démontrer ses talents et il n'y a pas grand chose à chercher dans ce script improbable. Personne n'y croit vraiment à commencer par l'acteur et le réalisateur qui privilégient le rythme, l'esprit sérial et les nombreux morceaux de bravoures. Et c'est la très bonne surprise de cet invincible Spaventa : une parfaite compréhension mutuelle en les deux hommes. Les différentes séquences acrobatiques sont diablement bien réalisées et spectaculaires avec un sens du cadre et des extérieurs qui donnent même le vertige à plus d'une reprise : numéro de cirque avec caméra fixée sur les trapèzes, suspens autour d'une fuite le long d'une falaise suivi d'un saisissant combat au bord du vide ou encore une évasion depuis une grue de chantier. Malgré les risques pris et la perfidie des méchants, le ton est vraiment décontracté, chaleureux et pas franchement loin du pastiche comme les sidekicks constitués d'un fidèle serviteur et surtout d'une douzaine d'assistantes qui sont toujours là où il faut quand il faut et qui n'hésitent pas à servir d'échelle humaine par exemple. Il y a presque quelque chose de surréaliste dans leur apparition et déploiement. On peut même dire qu'elles sont pour beaucoup dans l'originalité du film et sa fraîcheur.
Une petite réserve tout de même : que le film utilise reproduisent 2 situations périlleuses : le numéro dans la boule explosive et la grue. C'est peut-être une astuce pour contourner le budget mais ça atténue la force des images en sur-exploitant les plongées du héros surplombant les abîmes.
A part ça, je suis très enthousiaste d'autant que la copie restaurée offre une belle profondeur de champ lors des plans larges donnant sur des précipices. Et accessoirement, je suis désireux de découvrir davantage d'aventures du comédien.


Le cirque maudit / The sideshow (Erle C. Kenton - 1928)

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Mené avec une poigne de fer par son manager nain, un cirque itinérant s'attire les foudres de concurrents alors que deux nouvelles recrues viennent s'ajouter à la troupe : un fakir et une jeune femme, désormais orpheline mais qui avait connu un certain succès avec ses parents.

Une modeste production Columbia signé par un de ses artisans maisons qui s'acquitte de sa tâche avec sérieux mais sans le moindre génie ni style. On sent régulièrement un manque de budget (peu de plans larges, la foule souvent hors-champ, un cliffhanger à bord d'un train) conduisant à un manque de vie malgré le cadre du cirque. Les "freaks" notamment n'interviennent que rarement et on ne sent pas ainsi ce sentiment de "troupe".
Les bons points viennent essentiellement de l’interprétation assez sobre, peut-être parce que les acteurs manquent de charisme (ce qui n'est pas une tare ici), et du scénario qui humanise ses personnages et offre un joli rôle à 'Little Billy' Rhodes (le nain) qui peut se montrer autoritaire, fragile, sans scrupule et sensible. Il possède de très belles scènes comme lorsqu'il vient s'assoir à côté d'une petite fille qui ne sait pas encore que son papa est décédé lors d'un numéro. Ce genre de passages amènent à l'autre dimension surprenantes du Cirque maudit : sa relative cruauté. Même si on est pas chez Browing ou Sjostrom, l'univers est tout de même sadique entre des anciens amis qu'on hésite pas à faire jeter d'un train en marche, le sabotage pour tuer des artistes en pleine représentation et l'élimination du méchant durant un numéro avec public. A croire que même le directeur se soucie peu de la mauvaise publicité faîte à son cirque. :mrgreen:
Ca donne suffisamment de caractère à ce petit film pour lui donner sa chance à l'occasion. Il reste rare celà dit, le CNC possédant l'une des 2 copies encore existantes.
"celui qui n'est pas occupé à naître est occupé à mourir"