René Clément (1913-1996)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Strum
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by Strum »

Les maudits c'est du cinéma de Papa
Je dois dire que je suis en désaccord avec cette remarque. Ou alors, ledit Papa avait drôlement plus de choses à dire que la plupart de ses enfants.

Le principal problème des Maudits du point de vue cinématographique, c'est sa voix off. Elle ralentit l'action, plombe l'atmosphère par un ton assez détaché qui ne correspond pas toujours à la force des images et à la noirceur du récit. Je suppose que Clément voulait par ce biais fournir aux spectateurs un maximum d'information pour contextualiser le récit, mais sans doute aurait-il pu le faire via les dialogues, quitte à se démarquer de cette approche qui se veut semi-documentaire qu'il fait sienne dans La Bataille du Rail et dans Les Maudits (où il n'y a donc pas de héros unique; le personnage principal des Maudits est à cet égard un peu trop délaissé par Clément). Cette voix off m'avait d'ailleurs déjà gêné dans La Bataille du Rail, dans une moindre mesure.

Enfin, cela reste assez cocasse que Truffaut ait tellement critiqué Clément lui qui a tant utilisé la voix off par la suite dans ses films (bien mieux que Clément, il est vrai).

Mais pour le reste, Les Maudits est un film très intéressant, tout à fait "engagé" par ce qu'il met en scène et par ce qu'il raconte (la fuite de de nazis et de collabos en sous-marin pour l'Amérique du Sud). Certains furent collabos par opportunisme, d'autres par idéalisme, un autre à cause d'un amour éperdu et à sens unique, etc... ces motivations se défaisant, et l'Allemagne perdant la guerre, tous font défaut peu à peu au nazisme au nom du principe de réalité. Les personnages sont je trouve bien croqués, et cette diversité de motivations dans la faune des collabos est quelque chose que Clément illustre très bien. Certaines séquences sont superbes, toutes celles avec Dalio notamment, et le faux général homosexuel qui devient à moitié fou compose une impressionnante figure de nazi. C'est lorsque que Clément quitte son approche documentaire pour tenter d'instaurer une atmosphère de film noir qu'il réussit le mieux à créer de la tension.

Comparer ce cinéma sec et documentaire au cinéma davantage tourné vers le divertissement et anti-documentaire d'un Walsh où les choses sont plus chorégraphiées (y compris les bagarres que je trouve personnellement plutôt réalistes par leur aspect brouillon dans Les Maudits) pour dire que Clément fait un cinéma moins "engagé" me parait faire un injuste procès. Il ne possède certes pas la maitrise technique (ni les moyens hollywoodiens; Clément tourne le film en 47 dans un pays encore très marqué par la guerre) d'un Walsh, qui avait débuté dans le cinéma muet et qui avait donc déjà une sacré bouteille ( :mrgreen: ) quand il tournait ses chefs-d'oeuvre des années 40, mais surtout, il n'essaie pas à mon avis dans Les Maudits de faire le même type de cinéma. Il essaie de faire un film inscrit dans l'Histoire, qui comme La Bataille du Rail, d'une certaine façon a valeur de film témoin. Cette approche documentaire nuit parfois aux personnages et à l'atmosphère du film (car c'est essentiellement par le recours à l'artifice, en se détachant de la réalité que les films noirs classique parviennent à créer une atmosphère toute de tension et d'angoisse), mais elle fait du Clément des Maudits un cinéaste "engagé" dans son époque. Voilà, je voulais simplement donner un point de vue un peu différent de celui de la chronique. :wink:
George Kaplan
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by George Kaplan »

Et ça fait toujours plaisir d'avoir d'autres avis ! Plus j'y pense et plus je suis convaincu que Clément ne s'est pas engagé dans sa mise en scène. Dans son scénario peut être, car il raconte une histoire originale et en phase avec son époque (et encore, ça ne suffit pas à mes yeux à définir un engagement). Mais sa mise en scène est creuse. J'ai l'impression qu'il a été absorbé par le défi technique constitué par le décor mais qu'en dehors de ça, il n'a fait qu'effleurer son sujet. Ma comparaison avec le cinéma américain (Walsh, Curtiz ou Daves) vise à démontrer le manque d'efficacité de Clément. Il dirige ici un film riche en action mais ça manque cruellement de relief, de corps. S'il est parfois inspiré (ce que je souligne et qui prouve son talent), il se laisse porter le reste du temps.

Et je ne critique pas le principe de la voix off en général (elle fonctionne si bien dans le cadre des films noirs américains ou dans Psychose par exemple où elle est utilisée avec virtuosité). Non, je la critique dans le contexte de ce film où elle n'a strictement aucun intérêt. Bref, je considère ce cinéma trop lisse, trop policé. Et je persiste, c'est du divertissement sans vision d'auteur, du Cinéma de Papa.
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by Lord Henry »

Pourtant, le divertissement sans vision d'auteur, cela reste d'actualité et à mon avis c'est même promis à un bel avenir. Par ailleurs, il faudra sans doute un jour en finir avec la sacralisation de l'auteur. Les films réussis n'ont pas nécessairement eu besoin d'auteur, mais les mauvais films leur sont parfois redevables.
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Lord Henry
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by Lord Henry »

Cela dit, je n'ai pas vu Les Maudits, mais comme j'ai essayé de le faire passer au début de cette discussion, Clément est loin d'être un cinéaste impersonnel ou dénué de "vision".
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George Kaplan
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by George Kaplan »

Pourtant, le divertissement sans vision d'auteur, cela reste d'actualité et à mon avis c'est même promis à un bel avenir.
Malheureusement, je suis d'accord avec ça...
Par ailleurs, il faudra sans doute un jour en finir avec la sacralisation de l'auteur. Les films réussis n'ont pas nécessairement eu besoin d'auteur
Je ne suis pas d'accord là. Il ne s'agissait pas forcément du metteur en scène mais il y avait un producteur ou un scénariste avec une vision. Après, c'est très subjectif la réussite d'un film !

, mais les mauvais films leur sont parfois redevables.
Quand on impose un style, il faut en effet en assumer la réussite ou l'échec. C'est le lot de chaque artiste.
Cela dit, je n'ai pas vu Les Maudits, mais comme j'ai essayé de le faire passer au début de cette discussion, Clément est loin d'être un cinéaste impersonnel ou dénué de "vision".
Je suis d'accord avec toi. Mais dans les Maudits, il ne montre quasiment rien
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Phnom&Penh
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by Phnom&Penh »

George Kaplan wrote:Je suis d'accord avec toi. Mais dans les Maudits, il ne montre quasiment rien
Je ne suis pas un très grand amateur de Clément, d'abord parce que la plupart des sujets de ses films m'indiffère un peu (notamment celui-ci que je n'ai pas vu).
En revanche, même s'il y a peu d'ouvrages sur lui (quand même quelques uns édités dans les années 60), d'interviews et d'articles, tous soulignent que la principale caractéristique de ce cinéaste était d'être très au fait des progrès techniques, et d'une méticulosité touchant à la maniaquerie en ce qui concerne la mise en scène.
N'ayant pas vu Les maudits, je ne peux donner mon avis, mais il me semble que si la mise en scène du film paraît relâchée, c'est peut-être qu'il ne s'est pas vraiment intéressé au film? Ou alors que le décor finalement peu inspirant (un sous-marin, c'est mieux qu'une chambre de bonne, mais quand même) a plus été un défi technique qu'une source d'inspiration?

En tous cas, ces qualités qu'on reconnaît à René Clément me paraissent évidentes dans La course du lièvre à travers les champs. Ce film est vraiment original avec une utilisation de la couleur très audacieuse (film découvert grâce au Top 100 de Lord Henry qui malheureusement, le laisse traîner dans les oubliettes du forum :wink: ).

J'édite: ta chronique va en fait dans ce sens puisque tu soulignes les difficultés techniques et les innovations de Clément. En fait, c'est la mise en scène qui semble plutôt sans modernité? Là, il faut voir le film pour en juger, j'avais mal compris.
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Strum
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by Strum »

George Kaplan wrote:Plus j'y pense et plus je suis convaincu que Clément ne s'est pas engagé dans sa mise en scène.... Ma comparaison avec le cinéma américain (Walsh, Curtiz ou Daves) vise à démontrer le manque d'efficacité de Clément. Il dirige ici un film riche en action mais ça manque cruellement de relief, de corps. S'il est parfois inspiré (ce que je souligne et qui prouve son talent), il se laisse porter le reste du temps.... Bref, je considère ce cinéma trop lisse, trop policé. Et je persiste, c'est du divertissement sans vision d'auteur, du Cinéma de Papa.
Que le cinéma de Clément manque d'efficacité par rapport aux grands noms du cinéma d'aventure américain, c'est certain. Mais c'est l'idée que Clément ne se serait pas "engagé" dans sa mise en scène qui me chiffonne. Qu'est-ce que cela veut dire un cinéaste "engagé" ? Le talent ce n'est pas la même chose que l'engagement. Je préfère que l'on dise que Clément filmant Les Maudits avec un petit budget a un moins grand talent de metteur en scène que Walsh ou Curtiz filmant à hollywood leurs films avec un gros budget plutôt que l'on dise qu'il n'est pas "engagé", car encore une fois, Clément est engagé au sens où il montre dans ses premiers films son époque, dont il se fait un témoin par le biais de la fiction. Il n'y a pas beaucoup de films français de cette période montrant une fuite de collabos. Peut-être parce qu'à l'époque, sans la longue-vue rétrospective dont nous bénéficions, ce n'était pas si facile de distinguer le bon grain de l'ivraie entre vrais collabos et passifs participants de la société civile. De même, je n'aime pas le terme "cinéma de papa", que je trouve méprisant ; et qu'il nous vienne de Truffaut, qui n'était pas le moins excessif des critiques, ne change pour moi rien à l'affaire.

Par ailleurs, il y a dans les maudits, si l'on oublie cette... maudite voix off :mrgreen: , que comme toi je n'ai pas du tout aimé, une espèce de matière grise permanente dans les images. Dans mes souvenirs, c'est un film où tout est bas, gris et triste. Tout est lent, comme plombé justement par tout ce que ces collabos portent de maudit avec eux. Dans cette perspective, l'absence d'aspérité du film, y compris du point de vue de la photographie, qui est peu contrastée, à l'exception de la scène du hangar, son ton qui relève parfois plus du documentaire que de la fiction, rendent compte de cette grisaille (je préfère le dire ainsi plutôt que de dire que c'est "policé").
George Kaplan
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by George Kaplan »

Clément est engagé au sens où il montre dans ses premiers films son époque, dont il se fait un témoin par le biais de la fiction. Il n'y a pas beaucoup de films français de cette période montrant une fuite de collabos.
Je n'entends pas l'engagement d'un artiste de cette oreille. Il ne suffit pas à mes yeux d'apporter une idée originale et en phase avec son époque pour être engagé. Je pense qu'un artiste engagé insuffle un style, une vision dans chaque image de son film. Qu'il s'investit de bout en bout ou du moins tente de le faire et coûte que coûte. Dans les Maudits, mis à part cette façon de filmer les machines et le challenge technique du décor je n'ai vu aucune volonté de la part de René Clément de marquer le film de son empreinte. Chez Walsh, il y a cette sécheresse des mouvements, ce mouvement permanent vers l'avant, cette dynamique des comédiens que l'on retrouve dans presque tous ses films. Voilà sa marque de fabrique ! Et dans ce cadre, oui son cinéma fait preuve d'efficacité. Alors, je me trompe peut-être, mais je n'ai quasiment rien trouvé du cinéma de René Clément dans ces Maudits. J'ai l'impression qu'il l'a réalisé en restant fasciné par son décor mais sans aucun autre 'engagement' !

De même, je n'aime pas le terme "cinéma de papa", que je trouve méprisant ; et qu'il nous vienne de Truffaut, qui n'était pas le moins excessif des critiques, ne change pour moi rien à l'affaire.
L'approche excessive et agacée du jeune critique me convient bien pour ce film. Toutefois, il faut rappeler que Truffaut reviendra sur ce jugement trop hâtif porté à l'encontre de René Clément. Il essaiera de renouer le dialogue avec Clément mais il me semble qu'il n'y est pas arrivé... Pour ma part, je n'associe pas le terme de Cinéma de Papa à l'oeuvre de René Clément (dont j'admire certains films) mais aux Maudits !
Strum
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Re: René Clément (1913-1996)

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George Kaplan wrote:Je n'entends pas l'engagement d'un artiste de cette oreille. Il ne suffit pas à mes yeux d'apporter une idée originale et en phase avec son époque pour être engagé. Je pense qu'un artiste engagé insuffle un style, une vision dans chaque image de son film. Qu'il s'investit de bout en bout ou du moins tente de le faire et coûte que coûte. Dans les Maudits, mis à part cette façon de filmer les machines et le challenge technique du décor je n'ai vu aucune volonté de la part de René Clément de marquer le film de son empreinte. Chez Walsh, il y a cette sécheresse des mouvements, ce mouvement permanent vers l'avant, cette dynamique des comédiens que l'on retrouve dans presque tous ses films. Voilà sa marque de fabrique ! Et dans ce cadre, oui son cinéma fait preuve d'efficacité. Alors, je me trompe peut-être, mais je n'ai quasiment rien trouvé du cinéma de René Clément dans ces Maudits. J'ai l'impression qu'il l'a réalisé en restant fasciné par son décor mais sans aucun autre 'engagement' !
Mais nous n'étions pas à l'intérieur de l'esprit de Clément, nous ne savons pas s'il a voulu marquer le film de son empreinte. Peut-être qu'il a essayé sans y parvenir faute d'une maitrise suffisante de l'art cinémtographique. Ou peut-être qu'il cherchait à dessein une approche documentaire et neutre, afin de ne condamner par lui-même aucun de ses personnages, dans un style qu'il voulait proche du néo-réalisme en vogue à l'époque mais sans retrouver sa force expressive. Ta définition de l'"artiste engagé", pour moi, c'est simplement la définition d'un grand artiste. Un grand artiste possède un style distinctif qui est l'écho de son univers et l'insuffle dans l'oeuvre d'art à laquelle il communique sa personnalité. A cette aune, le cinéaste des Maudits n'est effectivement pas un grand artiste.
George Kaplan
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by George Kaplan »

Strum wrote:Ta définition de l'"artiste engagé", pour moi, c'est simplement la définition d'un grand artiste.
Presque, car on peut être engagé sans maîtriser l'outil, ni le mouvement artistique. Je pense que les 'grands artistes' insufflent une vision, maîtrisent parfaitement les techniques en place et font avancer leur art vers de nouveaux horizons. Dans Les Maudits, Clément se contente de maîtriser la technique.
Federico
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by Federico »

Je suis d'accord sur le sens un peu péjoratif de "cinéma de papa" (qu'il m'arrive d'employer) mais il est assez parlant pour désigner des films qui ont plu à des générations antérieures et risquent de moins en moins passionner les nouvelles. Mais il y a pire : les réalisateurs qui réalisent des films à la papa en temps réel ressemblant à des téléfilms du samedi soir en pantoufles ressemblant à une pub Herta ou de banque/assurances étirée sur 90mn.
Bref... Pour revenir à Clément, je crois aussi que c'était avant tout un excellent technicien et un bon directeur d'acteurs. Il lui a souvent manqué la petite étincelle qui transforme un film agréable en excellent film. Si il fallait lui trouver une petite marque de fabrique, c'est dans sa tonalité souvent mélancolique voire cafardeuse. En ce sens, en dehors de La bataille du rail (qui est presque un documentaire), sa meilleure réussite est pour moi Mr Ripois. J'avais aussi beaucoup aimé Quelle joie de vivre qui commençait comme une comédie à l'italienne avant de devenir plus sombre.
The difference between life and the movies is that a script has to make sense, and life doesn't.
Joseph L. Mankiewicz
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by Strum »

George Kaplan wrote:Presque, car on peut être engagé sans maîtriser l'outil, ni le mouvement artistique.
Le problème justement, c'est que comment toi spectateur peux-tu savoir si un cinéaste est "engagé", s'il ne dispose pas d'une maitrise technique suffisante pour te le prouver par ses images ? Le réalisateur le plus voué au cinéma, capable de passer des nuits à réfléchir à son art, ou des mois à monter son film, ne restera qu'un piètre artiste, et tu le verras comme tel, s'il lui manque le talent. Voilà pourquoi c'est ce talent qui pour moi doit être le juge de paix en dernier ressort et non pas un quelconque "engagement" du cinéaste, que je continue à avoir du mal à définir. Par ailleurs, si un réalisateur pouvait être "engagé" sans être un artiste, sans "maitriser l'outil", quel serait le sens d'un critère aussi flou que l'engagement pour juger de la qualité d'un film ?
Federico wrote:Je suis d'accord sur le sens un peu péjoratif de "cinéma de papa" (qu'il m'arrive d'employer) mais il est assez parlant pour désigner des films qui ont plu à des générations antérieures et risquent de moins en moins passionner les nouvelles. Mais il y a pire : les réalisateurs qui réalisent des films à la papa en temps réel ressemblant à des téléfilms du samedi soir en pantoufles ressemblant à une pub Herta ou de banque/assurances étirée sur 90mn.
Bref... Pour revenir à Clément, je crois aussi que c'était avant tout un excellent technicien et un bon directeur d'acteurs. Il lui a souvent manqué la petite étincelle qui transforme un film agréable en excellent film. Si il fallait lui trouver une petite marque de fabrique, c'est dans sa tonalité souvent mélancolique voire cafardeuse.
S'agissant du terme "cinéma de papa"; je peux comprendre qu'il ait été pertinent pour quelqu'un comme Truffaut qui suivait la génération de Clément et qui avait qui plus est un compte à régler avec les pères. Mais pour nous, des décennies plus tard, petits-petits enfants de ces cinéastes, a-t-elle encore un intérêt à part le fait de marquer historiquement certains films en les mettant dans une boite ? Je n'en suis pas sûr.

Tout à fait d'accord sur l'aspect souvent cafardeux de certains films de Clément. C'est avec cela en tête que j'essayais de décrire l'atmosphère des Maudits plus haut.
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by EddieBartlett »

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« La course du lièvre à travers les champs » (1972) de René Clément.
Polar (très) librement inspiré de « Black Friday » de David Goodis (le roman n’est même pas cité au générique, c’est dire).

Le film se laisse regarder avec plaisir, mais c’est une déception dans l’ensemble, car le ton est très curieux et l’histoire ne fonctionne quasiment jamais.
Le scénario recèle pourtant quelques belles idées de cinéma comme souvent chez le scénariste Sébastien Japrisot : le rapport à l’enfance de tous ces gangsters, la scène d’introduction et de fin, un casse assez original…
Mais René Clément ne trouve jamais le bon ton. Le film oscille sans cesse entre différents genres : polar, parodie de polar, hommage au western spaghetti… Un cocktail hétéroclite qui ne fait qu’on ne rentre jamais tout-à-fait dans le film. Dommage.

Reste la distribution avec les deux grandes « gueules » du cinéma américain Robert Ryan et Aldo Ray, plutôt bien tous les deux dans le film, Jean-Louis Trintignant (qui est un peu en dessous face à ces deux monstres), la sublimissime Léa Massari dont je ferais bien mon avatar « si-seulement-ça-voulait-bien-marcher » (petit clin d’œil à Cinéphage :fiou: )…

Bref, pas un des meilleurs Clément, mais loin d’être honteux quand même.
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julien
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by julien »

Il n'y a qu'une seule personne au monde qui le trouve bon ce film, c'est Lord Henry.
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"Toutes les raisons évoquées qui t'ont paru peu convaincantes sont, pour ma part, les parties d'une remarquable richesse." Watki.
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Re: René Clément (1913-1996)

Post by EddieBartlett »

A noter pour la petite histoire deux "curiosités" dans la distribution :

Tisa Farrow, une des soeurs de Mia, Une splendide brune au regard très bleu qui n'a pas connu la même carrière que son illustre soeur. Tisa a finalement abandonné le métier de comédienne au début des années 80 pour devenir... infirmière.

Et une autre splendide plante que l'on voit dans un gros plan au début du film : Emmanuelle Béart âgée à l'époque de ... huit ans.
C'est sa première apparition au cinéma :wink:
That's my steak, Valance...

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