Budd Boetticher (1916-2001)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Brody
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Brody »

Au moins avec ce 1er contact plutôt aride en sensations, me voila prévenu pour la suite, j'aurai sans doute une meilleure réceptivité pour les prochains... (sans être certain que cela fonctionnera).
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Loup Solitaire
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Loup Solitaire »

Vu A feu et à sang (The Cimarron Kid) et j'ai été assez déçu, l'ayant trouvé très quelconque.
Non pas à cause de la réalisation, avec plusieurs séquences très réussies
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(la première séquence où Audie Murphy se retrouve avec le gang dans la grotte, les rapports de pouvoir entre le chef des Dalton et le personnage de Red, sur lequel les membres du gang s'acharnent verbalement, le hold-up, la séquence avec la plate forme pivotante, le dernier quart d'heure dans le train notamment).
Mais le scénario n'est pas une franche réussite, un ensemble de péripéties sans véritables liens entre elles. Les hors les lois sont également un peu trop "proprets" à mon goût.
Beau personnage féminin que celui de Rose,
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qui joue un rôle actif dans les activités d'une bande de hors la loi
, ce qui n'est pas si souvent le cas dans un western.

J'ai détesté la fin du film, où (ne lisez pas le spoiler si vous n'avez pas vu le film)
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Audie Murphy est trahi par Carrie Roberts qui lui promet de l'épouser une fois qu'il aura expié ses crimes.
Mais c'est bien sur, il n'a pas fait que voler trois bombons à confiserie, holdup + attaque de train + meurtres divers, ça ne doit pas aller chercher bien loin...)
Ca, plus d'autres éléments vraiment paresseux
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au début du film, le marshall persuade Murphy d'aller discuter avec le détective du rail - qu'il soupçonne déjà d'avoir une dent contre Murphy. Ce dernier lui demande s'il l'accompagne et l'autre lui dit en gros "je voudrais bien, mais j'ai un train à prendre". Evidemment la rencontre se passe mal, quelle surprise.
font que j'ai trouvé le film à peine moyen, sauvé par quelques bons moments et une caractérisation des personnages plutôt réussie. On est très loin des films faits avec Scott.

Le bonus du DVD Sidonis sur Aruzza et sur le tournage du film du même nom m'a beaucoup plus intéressé.
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Alexandre Angel
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Alexandre Angel »

Hors Randolph Scott, de toutes manières, les meilleurs westerns de Budd Boetticher seraient pour moi L'Expédition du Fort King pour son ambiance visuelle bariolée et surtout Le Traître du Texas, à l'excellent scénario.

Mais j'ai un bon souvenir de The Cimarron Kid .

Finalement, celui que j'aime le moins de tous les westerns que j'ai vu doit être Le Courrier de l'Or, avec Randolph Scott, qui était un western sans surprise et sans lien formel et thématique avec ceux produits à la Columbia (celui-là venait de la Warner).
Bon, on me dira que l'impeccable 7 Hommes à abattre était un film Warner. Et on aura raison.
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Jeremy Fox
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote: 16 Apr 21, 14:01 surtout Le Traître du Texas, à l'excellent scénario.
Oui, gros coup de cœur aussi pour celui-là : il faut dire que Julia Adams...
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Alexandre Angel
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Alexandre Angel »

Jeremy Fox wrote: 16 Apr 21, 14:09 il faut dire que Julia Adams...
Je suis très pour aussi et j'aimerais être très contre.
Ma mère trouve qu'elle a de la moustache.
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Jeremy Fox
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote: 16 Apr 21, 14:17
Jeremy Fox wrote: 16 Apr 21, 14:09 il faut dire que Julia Adams...
Je suis très pour aussi et j'aimerais être très contre.
Ma mère trouve qu'elle a de la moustache.
Ah ouais ?

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Alexandre Angel
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Alexandre Angel »

Ah tu sais ma mère, quand elle a décidé quelque chose..
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Loup Solitaire
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Loup Solitaire »

Le Traître du Texas, vu il y a longtemps, je l'avais trouvé pas mal du tout.
Dans mon souvenir, je n'avais pas trouvé Westbound si mauvais que cela. En dessous des six autres oui, mais un western très correct quand même.

Peut être que j'attendais trop du Cimarron Kid ?
J'ai vu il n'y a pas longtemps le Doolins of Oklahoma de Gordon Douglas - avec justement Randolph Scott qui interprétait le même personnage que Murphy - pour un résultat bien meilleur (mais le ton des deux films est de toute façon très différent).
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Jeremy Fox
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Jeremy Fox »

Loup Solitaire wrote: 16 Apr 21, 14:34
Dans mon souvenir, je n'avais pas trouvé Westbound si mauvais que cela. En dessous des six autres oui, mais un western très correct quand même.

Perso je l'aime beaucoup.
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Profondo Rosso
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Profondo Rosso »

La Dame et le Toréador (1951)

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Chuck Regan, jeune producteur américain de film, voyage à Mexico où il se met à la tauromachie pour impressionner une beauté locale, Anita de la Vega. Manolo Estrada, un matador vieillissant, accepte à contre-cœur d'enseigner à l'impertinent et égocentrique Regan.

Installé à Hollywood depuis la fin des années 30, Budd Boetticher y gravit lentement les échelons jusqu’à obtenir la possibilité de passer à la réalisation en 1944 au sein du studio Columbia. Il végète plusieurs années en signant des série B à petits budgets dans le film noir, le western ou le film d’aventure. Il rêve de signer un projet plus personnel, inspiré de sa jeunesse tumultueuse où, lors d’un voyage au Mexique, il fut émerveillé par le spectacle d’une corrida au point d’entamer une brève carrière de torero. Boetticher en parle à son ami Andrew McLaglen, réalisateur et fils de l’acteur Victor McLaglen qui remonter le script à John Wayne. Ce dernier emballé décide de produire le film et Budd Boetticher est lancé pour son premier film d’envergure. La fascination pour le spectacle de la corrida pousse Chuck Regan (Robert Stack), américain de passage au Mexique, à prendre contact avec le toréador Manolo Estrada (Gilbert Roland) avec lequel il va se lier d’amitié. Etonné par la fougue du jeune homme, il commence à lui enseigner les premiers rudiments du métier. Quelque chose est cependant biaisé dans l’attrait de Chuck pour la discipline. Lors du premier numéro auquel il assiste, Chuck est autant frappé par la danse de la mort qui se déroule dans l’arène que des réactions d’un public extatique. Gonfler son égo et susciter l’admiration pour ses performances semble être la principale motivation du néanmoins talentueux Chuck, notamment dans le but de s’attirer les faveurs de la belle Anita de la Vega (Joy Page). En adoptant le regard de ce « gringo » américain, Budd Boetticher se montre didactique pour le spectateur qui découvre tous les rudiments de la tauromachie. C’est le cas entre autres pour capturer l’impalpable mélange de témérité, d’égo et de quête d’adrénaline qui habite ces toréadors risque-tout. Un échange avec un expert révèle ainsi l’insaisissable motivation des toréadors les plus chevronnés, près à défier la mort au-delà des notions de célébrités ou d’argent que certains ont déjà atteint sans pour autant abandonner le costume.

L’un des premiers jobs de Budd Boetticher à Hollywood fut d’être conseiller sur le film Arènes Sanglantes de Rouben Mamoulian (1941), formant notamment Tyrone Power pour ses séquences de tauromachie à l’écran. Le réalisateur a donc déjà en tête quelques idées fortes afin de se montrer le plus réaliste possible, mettre en valeur et rendre palpitant la corrida. Il y a une vraie notion documentaire dans la répétitivité des scènes d’entraînements, le filmage des gestuelles et postures adéquates. Par un savant travail sur un montage heurté et fluide, le mélange avec des séquences de véritables corridas et une tension psychologique palpable, Boetticher rend chacune de ces séquences incroyablement haletantes. Le moindre relâchement se paie par un contact rugueux avec le bovin massif et menaçant, où ses cornes acérées menacent de vous empaler à chaque instant. Distrait par ses amours tumultueuses et sa soif de lumière, Chuck va en faire cruellement l’expérience. Robert Stack livre une belle prestation, mélange d’innocence et de narcissisme qui captive de bout en bout. Gilbert Roland en mentor est tout aussi charismatique (incroyable scène où il rabat le caquet de spectateurs avinés en domptant un taureau de la main gauche) et on sera d’ailleurs gré à Boetticher d’avoir eu recours à un casting totalement hispanique, et qui s’exprime dans sa langue (sans la facilité du tout anglais du Hollywood de l’époque). La confusion de Chuck, les incompréhensions et les détails qui lui échappent n’en sont que plus crédibles. Pourquoi et pour qui toréer, dans quel but ? Notre héros n’aura la réponse à cette question que dans une dernière scène magistrale. Il ne peut plus guetter les hourras d’un public désormais hostile, il est seul avec lui-même dans cette arène pour honorer la mémoire d’un ami et son montrer digne de ses enseignements. Il va alors véritablement danser avec la bête jusqu’à l’épuiser et mériter de l’achever.

Budd Boetticher va malheureusement subir quelques déconvenues à l’issue du tournage. Conseillé par John Ford lui suggérant de rendre le film plus commercial, John Wayne use de son autorité de producteur pour effectuer de larges coupes qui réduisent le film à 87 minutes, délestés des scènes les plus personnelles de Boetticher. Depuis, un montage complet de 124 minutes est désormais disponible en dvd et le film vaudra néanmoins une certaine avancée de carrière au réalisateur qui recevra l’Oscar de la meilleure histoire originale. Il aura par ailleurs l’occasion de se réconcilier plus tard avec John Wayne qui produira le légendaire Sept hommes à abattre (1956), un de ses plus grands films. 5/6
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Jeremy Fox
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Jeremy Fox »

:D

Un des plus beaux films de Boetticher. Ce qui n'est pas rien.
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Alexandre Angel
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Alexandre Angel »

Je l'ai enfin vu il y a peu de temps dans sa version longue et j'ai trouvé ça très bien! (la connaissance "hemingwayenne" du sujet, le respect par BB de l'esprit latin, la précision documentaire..).