Budd Boetticher (1916-2001)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Jeremy Fox
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote:
Blue wrote:Décision A Sundown pour moi aussi, il y a quelques jours.
Il faudrait que je le revoie (puisque c'était une boutade) mais je me souviens l'avoir mieux aimé que ce qu'en disait Bertrand Tavernier dans sa présentation, qui émettait des réserves. J'avais adoré l'amertume de Randolph Scott, à la fin, qui détonnait avec ses comportements habituels.

Aucune réserve pour ma part ; carrément dans mon top 20 toutes catégories confondues.
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Alexandre Angel
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Alexandre Angel »

Jeremy Fox wrote:carrément dans mon top 10 cinéma
Ah oui, carrément! Je ne me souvenais plus que ta chronique était aussi enthousiaste. Je vais le revoir très vite.
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Rick Blaine
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Rick Blaine »

Le plus grand western urbain de tous les temps.
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Jeremy Fox
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Jeremy Fox »

Rick Blaine wrote:Le plus grand western urbain de tous les temps.

Nous sommes bien d'accord 8)
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John Holden
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by John Holden »

Rick Blaine wrote:Le plus grand western urbain de tous les temps.
Avec Silver lode et A man alone, on est d'accord. :mrgreen:
kiemavel
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A Time For Dying

Post by kiemavel »

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Qui tire le premier ? / A Time for Dying - 1969

Scénario et réalisation : Budd Boetticher / Produit par Audie Murphy / Directeur de la photographie : Lucien Ballard / Musique : Harry Betts

Avec Richard Lapp (Cass Bunning), Anne Randall (Nellie Winters), Victor Jory (le juge Roy Bean), Audie Murphy (Jesse James), Robert Random (Billy Pimple), Beatrice kay (Mamie, la mère maquerelle)

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Le très jeune Cass Bunning vient de quitter pour la première fois la ferme familiale pour se rendre à Silver City. Il croise quelques bandits mais parvient sans encombre jusqu'à la ville, un refuge de hors-la-loi, très animée ce soir là car on attend l'arrivée de la diligence qui doit amener en ville la dernière trouvaille de Mamie, la propriétaire de la maison close. Effectivement, elle n'avait pas menti : la plus jolie fille vue dans le coin depuis un bon moment fait son apparition sous les collibets des autres prostituées ricanant au balcon du bordel. Une jeune fille apeurée se terre au fond de la diligence sous les regards des hommes surexcités qui attendent de lui faire escorte jusqu'à son lieu de travail. L'attraction du soir est perturbée par l'intervention de Cass qui enlève la jeune fille sous les yeux des habitants. Lui ayant permis d'échapper au bordel, Cass s'interroge sur les intentions de la jeune femme. Les deux jeunes gens apprennent à se connaitre et décident de tenter leur chance ensemble. Ils passent la nuit à Vinegaroon mais au matin ils sont arrêtés par les hommes du Juge Roy Bean qui accepte de fermer les yeux sur la situation illégale du couple en fuite à condition de les marier. Le jeune couple reprend la route et prenant confiance en lui, le jeune Cass révèle à sa jeune épouse, ses véritables intentions…

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Boetticher commence par nous montrer un pied tendre, un jeune homme naïf -croit-on- que l'on découvre en train de sauver un jeune lapereau prêt à être tué par une vipère qu'il abat d'un tir rapide et précis. Un indice peut-être ? Et avec les hommes ? Justement trois mines patibulaires apparaissent, se moquent de Cass, et le provoquent. Fait inhabituel, c'est Billy Timple, le très jeune homme au centre du groupe qui prend la parole. Ses compagnons ironisent d'ailleurs sur sa jeunesse mais c'est bien le Kid qui semble avoir l'ascendant sur ses compagnons. Ce n'est que le premier des Kid que l'on va croiser … L'arrivée dans la ville de Silver City à l'atmosphère assez survoltée et dans laquelle la violence semble pouvoir éclater à tout moment ne perturbe pas la quiétude apparente du jeune homme, pas plus que la première rencontre avec ses premiers bandits quelques instants auparavant. Le sauvetage de la jeune Nellie n'est d'ailleurs qu'une brève accélération du récit mais la tension retombe aussitôt après. Les deux jeunes gens font connaissance et s'interrogent sur leur avenir : Que faire dans ce monde là ? On improvise…mais plus le film avance, plus ils seront confrontés à un monde de violence dont ils essaieront de se tenir éloigné. C'est en tout cas ce que l'on croit. Entre deux mauvaises rencontres, entre Cass et la jeune fille, il va y avoir quelques moments idylliques, des parenthèses sublimes magnifiquement filmées par Boetticher (et Lucien Ballard, son directeur de la photographie). Durant ces séquences simplement mais joliment écrites, j’ai fréquemment pensé au jeune couple de Promenade avec l'amour et la mort pris eux aussi dans une époque peu propice aux amours "courtois". A chaque fois, l'harmonie est bien vite brisée par les adultes. Le soir même de l'enlèvement, Cass et Nellie dorment à l'hôtel de Vinegaroon et sont sortis de la chambre au petit matin par les hommes de Roy Bean, le juge de la petite ville où ils avaient trouvé refuge. Bien que Cass affirme avoir respecté Nellie, il est condamné alors que les hommes de Bean l'avaient surpris assoupi sur une chaise, une carabine entre les mains, gardant la porte de la chambre dans laquelle Nellie s'était endormie. Malgré tout, Bean qui venait de prononcer une sentence de mort à l'encontre d'un tout jeune homme incapable de prouver qu'il était le propriétaire du cheval qu'il montait la veille et qui est pendu sur la colline entourant la ville immédiatement après le jugement expéditif, il se montre plus clément pour Cass et Nellie mais ils sont néanmoins mariés de force.

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L'image du jeune homme vacille quand on apprend de sa bouche même que ce fils de fermier a été formé au tir par un père très habile un pistolet en main et qu’il avait fait rêver son jeune fils avec ses récits contant les exploits des légendes de l'ouest…et aujourd'hui le jeune Cass rêve de pouvoir enfin se mesurer à eux. Pourtant, s'il est habile pour tirer sur une cible immobile comme il l'avait déjà démontré dans le saloon de Silver City provoquant l'admiration des piliers de bar et s'il impressionne aussi Nellie un peu plus tard en lui faisant une démonstration de tir sur un cactus provoquant là aussi des exclamations enthousiastes, dès qu'il lui fait part de ses rêves, se mesurer aux légendes de l'ouest, elle prend peur et se fâche. Cette dispute est interrompue par 3 hommes. L'un d'eux, menaçant, prend la parole et on comprend immédiatement qu'il prend de haut le jeune homme. En raison des scènes précédentes, l'entrainement au tir très probant, la vantardise de Cass et les propos qu'il tient sur ses intentions, on s'attend la encore à un duel mais il n'en est rien. Boetticher joue avec nos nerfs et remet à plus tard les explications car Cass a, pour l'instant, encore besoin de recevoir une dernière leçon. L'homme qui prend la parole lui demande de jeter ses armes et de baisser son pantalon pour gêner ses mouvements et être ainsi en position de force. L’inconnu entend sans doute humilier Cass sous les yeux de sa jeune femme, mais une humiliation en douceur sans agressivité aucune, et il emploie surtout un ton professoral, le félicite pour son habilité au tir mais le sermonne pour s'être laisser surprendre puis finit par décliner son identité et celles de ses compagnons : Frank, Jesse James et Bob Ford. Quand James apprend que les deux jeunes gens ont l'intention de retourner à Silver City, il les dissuade, les prévenant que sa bande a l'intention d'attaquer la banque de la ville et Ils prennent enfin congés. Pour le jeune Cass, ce sera la dernière leçon, une sorte de « Masterclass » … mais il ne saura pas en tenir compte.

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On croise donc de nombreuses célébrités du western. Soit on en entend parler : les légendes de Lilly Langtree, Wes Harding et James Cantrill sont évoqués par Cass car son père les avaient croisé. Lily Langtree est à nouveau évoquée par Roy Bean puis on croise Jesse James et sa bande mais c'est la figure de Billy The Kid qui semble avoir le plus intéressé Boetticher. Si son nom est d’abord évoqué à plusieurs reprises, on en croise plusieurs de ces gamins tueurs, d'abord un premier Kid, le jeune Billy Pimple, mais le principal est bien sûr le jeune Cass qui n'est donc pas qu'une victime de l'époque puisque ce qui lui arrive, et par conséquent ce qui arrive au couple, il en est le principal responsable. Constatant l'accumulation de célébrités que l'on croise ou dont on entend parler, je ne comprenais pas pourquoi Boetticher avait ouvert son film par la confrontation potentiellement explosive -mais avortée- entre deux Kid "non historiques". Comme il se doit, l'explication et la raison d'être de ce choix curieux vient à la fin … C’est cette variation sur la culture de la violence en Amérique qui rend le film si passionnant. Le jeune Cass semble bien jeune, bien seul et bien peu armé (jeu de mot) pour survivre dans un monde comme celui qui est décrit mais finalement s'il fait de mauvaises rencontres, ce n'est pas ce qui le tue. Il rencontre même les moins recommandables qui soient, et pour finir l'un de ceux qui fout le plus les miquettes (Jesse James) mais si ce dernier l'humilie, c’est surtout pour dissuader Cass de jouer les durs. Il lui donne des conseils ; il le prévient pour le raid qui se prépare et il est donc absolument bienveillant avec les jeunes gens, ce qui était quand même un angle singulier pour montrer la "terreur" de l'ouest.

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Et finalement, ce ne sont pas les mauvaises rencontres avec ces "terreurs historiques" qui le faisaient fantasmer - tout comme ils faisaient fantasmer son père - qui cause la perte de Cass puisque c'est à un autre gamin que Cass doit sa perte. C'est sans doute qu'il aura été éduqué tout comme lui dans une culture de la violence (le père de Cass l'a nourri au mythe des grands flingueurs et l'a initié au tir rapide). Cette éducation lui aura été certes utile en une occasion puisque Cass se montre au moins une fois héroïque " à l'ancienne " (quand il enlève la jeune fille du bordel qui lui est promis) mais il y a un moment de rupture lorsque - en confiance - Cass confit à la jeune fille ses rêves de gloire et qu'il lui fait cette démonstration de tir qui soulève son enthousiasme. La fascination des armes ; la puissance qu'elles confèrent … Rideau. Irrécupérables. Si les petits garçons ont semble t'il le choix entre fermier et gunfighter, le sort des jeunes filles n'est pas beaucoup plus enviable. Ayant donc échappé de peu au bordel, Nellie déclare à Cass qu'il est difficile pour une fille de trouver un travail décent et que même si l'on croit parfois l'avoir trouvé, on tombe souvent sur des patrons qui ne le sont pas toujours … Alors la prostitution finalement…ou bien tiens, le mariage ! Boetticher montre donc certaines réalités de l'ouest qui furent longtemps occultées ou édulcorées dans le genre, par exemple la prostitution, et qu'il soit aussi explicite sur les perpectives d'avenir d'une jeune et jolie fille dans l'ouest américain à cette époque là n’était pas encore si courant.

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Il fait même preuve d’un brin de complaisance pour montrer la vulgarité des filles du bordel … Et plus tard, le bal qui suit le mariage forcé de Cass et Nellie tourne lui aussi à la boufonade : on y force Cass à danser avec la chaise vide dans laquelle est réputée s'être assise jadis Lilly Langtree. Ce dernier western de Boetticher - et même le dernier film de fiction tout court du metteur en scène - tranche donc singulièrement avec ses westerns de la décennie précédente mais c'est un film que devraient aimer les admirateurs des autres grandes oeuvres iconoclastes qui vont suivre (Juge et hors-la-loi, ceux de Altman …). On regrette quand même parfois un peu les épures du grand Boetticher. Le très grand classicisme et l'économie de moyen prodigieux que l'on pouvait voir notamment dans la série de chefs d'oeuvre tournés avec Randolph Scott sont remplacés ici un style affecté dont on perçoit un peu trop les intentions : jouer avec les codes du genre, avec certains stéréotypes que Boetticher s'amuse à traiter de manière décalée et en convoquant au passage une bonne partie des célébrités de l'ouest dans un récit pourtant très court, en partie pour s'en moquer ou pour tenter une démystification. Il maltraite surtout le juge Roy Bean, un alcoolique édentée qui la nuit laisse tremper son dentier dans un verre rempli de whisky ; dentier qu'il ôte et remet en place aussi souvent qu'il émet les sentences de mort à la chaine. Le rôle est joué de manière énoooorme par le vétéran Victor Jory. On ne retrouve pas tout à fait non plus la maitrise formelle du réalisateur, en terme de mise en scène, de montage, de construction du scénario. Mais d’une part, le film a été charcuté et - en amont- le manque de moyens semble évident. C’est d’ailleurs ce qui explique ce casting de jeunes inconnus qui tiennent les premiers rôles ... et surtout une bévue navrante car elle montre bien l'état de la carrière du metteur en scène au moment de ce tournage : L'arrivée de Cass à Silver City se fait de jour mais dans le prolongement de cette séquence, après avoir déposé son cheval chez le maréchal ferrant, on se retrouve…de nuit. Encore une fois, ce raté s'explique par le minuscule budget affecté à la réalisation de ce film produit d'ailleurs par Audie Murphy (remarquable en Jesse James) à une époque où Boetticher était ruiné.
Ce western dont la morale pourrait être : "Ne laissez pas vos gosses jouer aux cow-boys" est parfois maladroit mais encore passionnant et à voir ; et pas seulement par les complétistes. Final désespérant. Plus pessimiste, y'a pas. DVD gravé (vost)

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Epilogue (attention : spoiler visuel)
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Rick Deckard
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Rick Deckard »

Je ne sais pas si ça a déjà été remarqué sur ce long sujet, mais on se souvient forcément de l’arbre mort à la fin de Ride Lonesome:
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Cet arbre très particulier apparaît aussi furtivement dans Comanche Station:
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Il ne faut pas confondre des mecs qui s’excusent et dégât des eaux
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Jeremy Fox
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Jeremy Fox »

Rick Deckard wrote:Je ne sais pas si ça a déjà été remarqué sur ce long sujet, mais on se souvient forcément de l’arbre mort à la fin de Ride Lonesome:
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Cet arbre très particulier apparaît déjà furtivement dans Commanche Station:
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Oui, oui, le fait est connu et j'en avais d'ailleurs parlé dans mes chroniques :wink:
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Profondo Rosso »

Le courrier de l'or (1959)

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Aux États-Unis, en 1864, lors de la Guerre de Sécession, un capitaine nordiste est chargé de convoyer un chargement d'or depuis la Californie vers les banques de l'Union. Il va se heurter aux opposants des États du Sud et devoir notamment se mesurer à un officier particulièrement agressif de la Confédération.

Sixième collaboration entre Randolph Scott et Budd Boetticher, Westbound ne s'inscrit cependant pas dans le légendaire cycle Ranown (Sept hommes à abattre (1956), L'Homme de l'Arizona (1957), Le vengeur agit au crépuscule (1957), L'Aventurier du Texas (1958), La Chevauchée de la vengeance (1959), Comanche Station (1960)) notamment par l'absence de Burt Kennedy au scénario. Du coup le postulat, son déroulement et les interactions du script de Berne Giler sont nettement plus conventionnels que ceux des films Ranown. Randolph Scott incarne une figure plus avenante, moins taiseuse et tourmentée que dans les autres films (le motif récurrent de la vengeance étant plus ténu). L'argument assez original parvient cependant à entremêler habilement conflits personnels, cynisme du profit et Guerre de Sécession. Ce sont les trois écueils auxquels se heurte le capitaine nordiste John Hayes, de retour au pays alors qu'il est chargé de convoyer l'or de l'Union. Les embûches semblent au départ politiques avec les agents des Etats du Sud attaquant les relais et convois mais l'antagonisme est plus intime avec l'ancien rival amoureux Putnam (Andrew Duggan) plus animé de lui nuire personnellement qu'animé par la cause.

Boetticher noue tous ces fils narratifs et thèmes avec une limpidité exemplaire, les maux de la guerre et la difficile réinsertion des soldats blessés s'incarnant à travers le jeune Rod (Michael Dante) mutilé d'un bras et doutant de lui-même alors qu'il retrouve son épouse. Si l'on ne retrouve pas la profondeur du cycle Ranown, la mise en scène de Boetticher est au diapason en alternant grands espaces pour incarner la menace (les silhouettes sinistres de la bande de Mace dominant toujours le décor en amorce ou en arrière-plan avant de frapper) et filmage et montage plus heurté dans les explosions de violence brutales. Michael Pate est pour beaucoup dans ce climat oppressant en incarnant un méchant particulièrement retors, symbole de ce cynisme brutal et sans attache. Tous les personnages sont guidés par une cause dans leurs agissement, y compris Putnam jaloux de l'amour encore vivace de son épouse Norma (Virginia Mayo) pour Hayes, mais pas l'infâme Mace dont même l'appât du gain semble accessoire et semble simplement excité par le chaos. La durée réduite du film (66 minutes à peine) est un atout pour une narration alerte mais l'on aurait aimé avoir des éléments intéressants plus creusés, notamment le miroir que constitue le jeune couple Michael Dante/Karen Steel résistant dans l'adversité avec celui impossible Randolph Scott/Virginia Mayo qui semble ne pas y avoir résisté. Le parallèle aurait rendu moins incongru le sous-entendu final appuyé d'une nouvelle romance possible dans la dernière scène. Un western efficace donc même sans atteindre les hauteurs des grands films du duo. 4/6
The Eye Of Doom
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by The Eye Of Doom »

Je cherchais hier un film à voir en famille et je me suis opportunément rappeler que le coffret DVD zone1 avait non seulement les STF mais aussi un VF.
Donc revu pour la troisième ou quatrième fois,

Comanche Station
Quel chef d'œuvre !
On recherchera en vain ce qui pourrais etre ajouté, enlevé ou modifié dans ce film en vue de l'améliorer.
Des la première scène, muette, magistrale, on est happé dans cette histoire.
Sorte de huis-clos de théâtre à ciel ouvert en cinq actes: la délivrance, le relais, la fuite, l'embuscade, la famille.
Dialogues parcimonieux mais simples et intenses,
interprétation sans fard et émouvante,
Scènes d'action rares et crédibles.
Paysages bruts mais magnifiés
Mise en scène au cordeau, limpide.

Au delà de toutes ces immenses qualités, le supplément de richesse du film repose sur la peinture du personnage de Lane.
Salaupard charmeur, il mérite soit disant la potence. On en doutera tout le long du film.
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Il se révélera plus impulsif que méchant.
Il ne peut se résoudre à voir Cody abattu à découvert par les indiens et pars le secourir sur un coup de tête alors même qu'il a déjà planifié de le tuer lui meme. C'est la meme impulsivité qui lui fait abattre d'un balle dans dos le jeune homme reconverti au "bien", plus par surprise et contrariété que par reelle vengeance. Il mourra de fait de ne pas avoir cru à sa possible redemption, victime de ses choix bêtes et irréfléchis. Il le dit d'ailleurs en toute fin en parlant des bêtises que l'on fait pour l'argent.
Fin du film magnifique
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avec l'apparition de l'enfant et du maris. Pas une fois, on a pu pensé que cette femme était mère.
C'est vraiment le genre de film qui faut voir et revoir quand on désespère du cinéma hollywoodien d'aujourd'hui.
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Brody
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Brody »

Comanche Station : 4/10
Mon 1er Boetticher/Scott... et je n'aurais sans doute pas dû commencer par celui-ci, qui clôt leur cycle commun. Mais en l'état, et malgré une durée très courte, je m'y suis plutôt ennuyé. Car sur cette petite heure et quart, on se tape quand même 20 bonnes minutes de chevauchées au pas, dans des paysages pas foufous (pas mal de sous bois et de clairières, je n'y vois pas de quoi s'extasier par rapport au sens du cadre des films de Ford), et dans une ambiance plutôt calme (ou manquant de tension ? Sachant que l'enjeu du film est aussi de savoir comment ils arriveront au bout). Ajoutons-y une troupe d'indiens guère menaçante (une dizaine de types tout au plus), bref ce que certains appelleront sans doute de l'épure, je n'y ai vu qu'un côté cheap. Pourquoi apas après tout, il serait malvenu de critiquer le fait que le budget est réduit au départ. Mais pas de quoi s'extasier non plus.
Comme en plus j'avoue ne pas être du tout sensible au charisme d'un Randolph Scott fatigué et mutique (alors que son compagnon de route / meilleur ennemi est plus intéressant et finalement le seul intérêt du film par ses contradictions), je ne retiens au final du film que l'attaque indienne dans la bicoque dui donne son titre au film (et dans lequel on ne reste que 10 mn), quelques dialogues intéressants sur la condition de hors-la-loi et une jolie idée de fin. Mais pas de quoi le considérer comme un grand western en tous cas. J'ai même regardé les interventions de Brion et Tavernier sur le DVD Sidonis (de bonne facture), qui n'ont pas réussi à me convaincre que j'étais passé à côté de quelque chose, tant ils semblent s'extasier sur ce qui ne sont que des détails bien peu révolutionnaires.

J'attends le lynchage de Jeremy (et sans doute quelques autres) :mrgreen: mais si j'en sors vivant je verrai quand même le reste du coffret, dans le bon ordre.
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Rick Blaine
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Rick Blaine »

Brody wrote:Comanche Station : 4/10


J'attends le lynchage de Jeremy (et sans doute quelques autres) :mrgreen: mais si j'en sors vivant je verrai quand même le reste du coffret, dans le bon ordre.
:o
Tu vas souffrir !!!! :twisted:

Plus sérieusement, ce film reste assez représentatif de la collaboration Scott/Boetticher, j'espère quand même que tu aimeras les autres, mais du coup il y a un risque.
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Alexandre Angel
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Alexandre Angel »

Je raffole personnellement des westerns de Budd Boetticher, celui-là compris, et il y en a même que je place plus haut que certains autres fans ( Decision at Sundown, plus que Tavernier ou Révolte au Mexique, plus que Jeremy Fox et Rick Blaine, je crois, ce dernier ne faisant pas partie du corpus Scott).
Mais je peux comprendre et ne suis pas étonné que l’on en soit pas fou. Ce sont des westerns économiques au sens financier, et économe au sens de l’écriture.
On y trouve pas de morceaux de bravoure, les paysages se ressemblent tous (j’aime beaucoup ces rochers arrondis mais on sent que c’est un bout de terrain que Scott et le producteur Harry Joe Brown se sont appropriés) et on ne ressent pas de souffle.
La démarche de Boetticher avec Randolph Scott est autre : c’est un peu comme si l’esprit de Robert Bresson venait visiter clandestinement, et même à l’insu des intéressés, le western hollywoodien. C’est minimaliste, elliptique et au cordeau.
Pour moi, c’est à la fois du précipité de western, et en même temps un peu à part.

Mon préféré reste le génial Homme de l'Arizona.
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Jeremy Fox »

Alexandre Angel wrote:, les paysages se ressemblent tous (j’aime beaucoup ces rochers arrondis mais on sent que c’est un bout de terrain que Scott et le producteur Harry Joe Brown se sont appropriés).
Lone Pine utilisé par bien d'autres réalisateurs y compris dans les séries TV
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Re: Budd Boetticher (1916-2001)

Post by Rashomon »

Brody wrote: Comme en plus j'avoue ne pas être du tout sensible au charisme d'un Randolph Scott fatigué et mutique (alors que son compagnon de route / meilleur ennemi est plus intéressant et finalement le seul intérêt du film par ses contradictions)
Je pense que Rick Blaine a raison de te conseiller la prudence car ce que tu reproches à ce film se retrouve peu ou prou dans tous les autres du cycle, qui n'est plus ou moins que la déclinaison de plus en plus radicale d'un thème unique (Buchanan Rides Alone faisant figure d'exception, presque d'aberration) Et le relief et la complexité plus grands donnés au méchant/compagnon de route est un parti-pris qui trouve sa source dans le premier film de la série, Sept hommes à abattre où Lee Marvin pose comme qui dirait les bases du concept. Randolph Scott est de plus en plus fatigué et mutique au fur et à mesure que le cycle avance, et Comanche Station le trouve en fin de course, et ce n'est donc pas le meilleur choix pour faire connaissance.