Raoul Walsh (1887-1980)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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kiemavel
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by kiemavel »

bruce randylan wrote:
kiemavel wrote:[Sinon, le film a été édité en DVD en Espagne et en Italie mais dans les deux cas il n'y pas de français.
Faut surtout savoir si ces éditions sont 16/9 ou toujours 4/3
Je ne connais rien à ces questions de format. Le DVD italien qui propose en plus de l'italien une vo avec sous titrage anglais a été ausculté ici. C'est pas bien terrible : http://www.dvdbeaver.com/film3/dvd_revi ... e_dead.htm

Pour le DVD espagnol, je n'ai rien trouvé mais de toute façon je viens de voir que le film n'est qu'en version espagnole…alors qu'il a déjà été diffusé à la tv espagnole en voste. Je précise que de mon coté je l'ai toujours vu en scope (avec bandes noires en haut et en bas) ce qui veut dire que les captures incluses dans mon texte de la page précédente, c'était de la récup :wink:
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Jeremy Fox
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Jeremy Fox »

poet77
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by poet77 »

Jeremy Fox wrote:Le western du WE ; Les aventures du Capitaine Wyatt sorti en Bluray sans sous titres chez Olive
Je suis un ardent admirateur de ce film et j'attends impatiemment une édition avec stf...
kiemavel
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by kiemavel »

poet77 wrote:
Jeremy Fox wrote:Le western du WE ; Les aventures du Capitaine Wyatt sorti en Bluray sans sous titres chez Olive
Je suis un ardent admirateur de ce film et j'attends impatiemment une édition avec stf...
Et moi encore davantage La vallée de la peur (Pursued) qui aurait besoin d'un bon décrassage.
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Frances
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Frances »

SABOTAGE A BERLIN de Raoul Walsh (1942) avec : Errol Flynn, Ronald Reagan, Nancy Coleman, Raymond Massey, Alan Hale, Arthur Kennedy, Ronald Sinclair.

L’histoire : Lors de la Deuxième Guerre mondiale, l'équipage d'un bombardier de la RAF est abattu au-dessus de l'Allemagne, les cinq rescapés tombent aux mains des allemands avant de s’évader et de se lancer dans une série d’aventures riches en rebondissements.

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Visiblement Walsh ne s’est pas soucié de la crédibilité des exploits de ses héros. Sans être invincibles ils font preuve de formidables et quasi inépuisables ressources pour échapper à l’ennemi bête et méchant, croqué à coups de serpe et caricatural au possible. N’empêche que le film est jubilatoire dès lors que l’on en accepte les règles et les contours. La guerre, un jeu grandeur nature pour têtes brulées et sourire de charme !
Les plus :
:arrow: La géniale vitalité de la mise en scène et le sens du rythme de Walsh.
:arrow: Errol Flynn en héros kamikaze et charmeur.
:arrow: La force du groupe et de la camaraderie.
:arrow: La superbe photographie nocturne de Bert Glennon.
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Jeremy Fox
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Jeremy Fox »

Le western du WE est Cheyenne, western mésestimé et méconnu de Walsh qui mériterait bien un petit DVD français.
Désormais, comme c'est le cas aujourd'hui, il nous arrivera de temps à autre de mettre en ligne des chroniques de films n'ayant pas eu l'honneur d'une sortie sur galette numérique ou, comme ici par exemple, sorti en DVD mais sans aucun sous titre (Warner Archives en l'occurrence).
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John Holden
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by John Holden »

Jeremy Fox wrote:Le western du WE est Cheyenne, western mésestimé et méconnu de Walsh qui mériterait bien un petit DVD français.
Désormais, comme c'est le cas aujourd'hui, il nous arrivera de temps à autre de mettre en ligne des chroniques de films n'ayant pas eu l'honneur d'une sortie sur galette numérique ou, comme ici par exemple, sorti en DVD mais sans aucun sous titre (Warner Archives en l'occurrence).
Redecouvert également le mois dernier, je le préfère même à pursued, car plus cohérent, plus sain, moins fabriqué et la photographie, comme tu dis, y est aussi remarquable. :)
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Jeremy Fox
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Jeremy Fox »

John Holden wrote:
Jeremy Fox wrote:Le western du WE est Cheyenne, western mésestimé et méconnu de Walsh qui mériterait bien un petit DVD français.
Désormais, comme c'est le cas aujourd'hui, il nous arrivera de temps à autre de mettre en ligne des chroniques de films n'ayant pas eu l'honneur d'une sortie sur galette numérique ou, comme ici par exemple, sorti en DVD mais sans aucun sous titre (Warner Archives en l'occurrence).
Redecouvert également le mois dernier, je le préfère même à pursued, car plus cohérent, plus sain, moins fabriqué et la photographie, comme tu dis, y est aussi remarquable. :)

Oui j'avais vu ta note et ça m'avait fait un peu jubiler :wink:
Profondo Rosso
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Profondo Rosso »

The Strawberry Blonde (1941)

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Dans le New York des années 1890, au sein d'une atmosphère de musique barbershop et de Biergarten aux pistes de danse bondées, Biff Grimes (James Cagney ) tombe follement amoureux de Virginia Bush (Rita Hayworth, dans le rôle qui la confirma dans son nouveau statut de star). Mais son ami Hugo (Jack Carson ), plus entreprenant, le devance et parvient à séduire cette aristocrate aux cheveux blond vénitien. Par dépit, Biff finit par épouser Amy (Olivia de Havilland ), qui vit dans l’ombre de sa meilleure amie Virginia.

Même si ces œuvres les plus fameuses donnent plutôt dans un registre plus musclé, Raoul Walsh su également faire montre d'une belle veine sentimentale à l'image de ce charmant The Strawberry Blonde. Le film est la seconde et plus célèbre adaptation de la pièce One Sunday Afternoon de James Hagan après celle de 1933 avec Gary Cooper et Fay Wray et avant la dernière à nouveau signé Raoul Walsh en 1948 et réunissant Dennis Morgan, Janis Paige et Dorothy Malone. Walsh se retrouve sur le projet à la demande de James Cagney avec lequel il s'était bien entendu sur Les Fantastiques années 20 (1939) mais doit composer avec la défection d'Anne Sheridan en conflit avec Jack Warner alors que le film était conçu autour d'elle. Walsh va alors se souvenir d'une starlette aperçue dans des séries B de la Columbia et surtout dans un fameux numéro de danse auquel il assista à l’Agua Calienta où elle officiait sous le nom des Cansinos mais qui se nomme désormais Rita Hayworth. Un atout charme qui contribuera au succès du film et lancera définitivement la carrière de la belle.

Modeste dentiste frustré par son quotidien, Biff Grimes (James Cagney) voit recroise par hasard la route de Hugo (Jack Carson) l'homme qui lui spolia sa situation et la femme qu'il aimait dix ans plus tôt. Tout en méditant sa vengeance, il se souvient des évènements et de sa vie insouciante d'alors. Walsh offre une charmante reconstitution de ce New York populaire de la fin du XIXe et bercée une imagerie bucolique et virile dans la veine de son Gentleman Jim avec le personnage haut en couleur du père de Biff (Alan Hale) et les bagarres épique dont ce dernier doit le sortir. Les apparitions de la "strawberry blonde" Virginia Burns (Rita Hayworth) illuminent ainsi les ruelles du quartier, les regards languissants et les sifflets de satisfaction saluant ses passages pour le plus grand plaisir de la belle. Biff la désire plus que tous mais se voit constamment supplanté par son rival Hugo à qui tous réussi. Walsh illustre tous les atours du jeu de la séduction d'une fausseté à double tranchant. Elle se berce toujours d'un charme maladroit chez les figures les plus populaires quand ce ne sera qu'une coquille vide chez les nantis. Biff est ainsi très attachant dans ses rodomontades pour épater Virginia durant leur rendez-vous, tout comme la douce Amy (Olivia de Havilland) craquante lorsqu'elle joue les femmes indépendantes. Lorsque les masques tombent ce sera toujours pour témoigner d'une touchante vulnérabilité tandis que sous l'élégance, la beauté et les richesses Hugo et Virginia ne dégagent aucune personnalité.

Le film constitue ainsi le long cheminement de Biff qui après bien des déconvenues comprendra que sa situation est plus heureuse et que la femme à ces côtés n'est pas un choix par défaut mais la compagne idéale. James Cagney est épatant en homme enfant colérique et insatisfait (géniale scène de dîner où il ne se démonte pas en répondant vainement à la réussite matérielle d'Hugo), tempéré par une espiègle (un clin d'œil sacrément craquant !) et compréhensive Olivia de Havilland qui dégage toujours autant de bienveillance. L'illusion comme la compréhension du bonheur sont astucieusement amené par deux gimmick musicaux reflets des deux figures féminines, illuminant la séduction factice de Virginia comme l'amour complice d'Amy lors du beau final. 5/6
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Jeremy Fox
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Jeremy Fox »

Ressortie mercredi en salles par le distributeur Swashbuckler Films de La Vallée de la peur de Raoul Walsh.

La News.
La chronique.
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Thaddeus
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Thaddeus »

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Le voleur de Bagdad
L’un des contes des 1001 Nuits à l’américaine, ou une coloration complète de l’esprit original, un travestissement bondissant, une altération exotique et pailletée à la gloire du spectacle hollywoodien. Il est amusant de constater que la même année Fritz Lang réalisait Les Nibelungen, qui partage bien des points communs avec cette fantaisie orientale. On y traverse des aventures périlleuses, on doit y triompher de dangers et d’épreuves aux quatre coins du monde, affronter des monstres énormes, conquérir des trésors, parcourir les sommets des cieux et les tréfonds des océans. Walsh orchestre tout cela avec inventivité et dynamisme, en s’appuyant sur des décors impressionnants (Bagdad est son architecture gigantesque) et en parvenant à créer quelques scènes d’un fructueux délire plastique. 4/6

La piste des géants
Dans le vaste matériau romanesque brassé par l’œuvre de Walsh, un enjeu décisif ne cesse de se présenter : l’individu peut-il s’inventer lui-même ? La réponse donnée par ce film, qui fut le premier western épique du cinéma parlant, est affirmative. La caravane traversant la plaine, franchissant les flots déchaînés d’une rivière, descendant à pic de canyon au moyen de cordes et de treuils ou installée en cercle pour résister aux attaques indiennes, fait revivre les étapes et embûches spectaculaires de la conquête de l’Ouest. La boue, la pluie, la neige, les montagnes, les bisons forment une chaîne de dangers auxquels résiste le convoi d’émigrants. Mais s’il parvient à transmettre l’âpreté du combat engagé contre une nature hostile, le cinéaste est moins à l’aise dans pour gérer les incidents de la narration dramatique. 4/6

Les fantastiques années vingt
Des tranchées de la Grande Guerre à la levée de la Prohibition, trois trajectoires se tressent à la faveur de sauts et d’enchaînements effrénés, de procédés figuratifs aussi limpides que fulgurants, qui associent les individualités aux évolutions frénétiques de l’Histoire. Walsh privilégie la clarté d’un récit brassant un matériau hyperconsistant qui traverse quinze ans de réformisme (celui de la dépression), dépasse les enjeux rooseveltiens de ses idées pour s’inscrire pleinement au sein du processus inéluctable défini par la plupart des films suivants. Écartelé entre les valeurs sociales et un rêve impossible, fuyant le compromis pour mieux accepter finalement, tel le Doniphon de Liberty Valance, son retrait d’un monde auquel il n’appartient plus, Cagney offre à ce film époustouflant une complexité, une intensité rares. 5/6

Une femme dangereuse
Chez Walsh, les jugements moraux ne sauraient être définitifs, la réalité ne cessant de les démentir. Sa comédie humaine ne se divise pas en bons et en méchants, quand bien même la ligne de démarcation semble a priori toute tracée. La preuve en est faite avec cette chronique sociale qui, en dépeignant le quotidien nocturne des routiers et des transporteurs, transplante au sein de la province américaine un certain naturalisme noir à la française. Centre névralgique et véritable catalyseur du drame, le personnage complexe et ambigu d’Ida Lupino, lady Macbeth des faubourgs que l’actrice incarne avec un charme toxique et une détresse fébrile : une femme dangereuse en effet, rongée par sa passion et ses tourments, mais dont les desseins criminels n’étouffent pas le caractère pathétique. 4/6

La grande évasion
Bogart trouve son premier grand rôle en truand vieilli, préfigurant la figure du looser, au moment même où il triomphe en privé dans Le Faucon Maltais. John Huston signe d’ailleurs le scénario de ce remarquable film noir, compact et haletant, dont la dimension tragique s’inscrit dans l’immensité à la fois ouverte et écrasante des cieux étoilés, d’une nature inviolée qui trouve son point d’orgue dans l’imposante masse montagneuse du final. Généreux inventeur de gestes, Walsh conçoit l’itinéraire fatal de son héros comme une marche vers la libération, et impose à son récit les éclats ultra-nerveux de sa mise en scène – la course-poursuite automobile, filmée en panoramiques heurtés et montée avec un dynamisme baroque, demeure à cet égard un sommet de virtuosité. Walsh est le McTiernan de son époque. 5/6

The strawberry blonde
Pour qui se fait de Walsh l’image d’un baroudeur impénitent, pour qui son cinéma est celui d’une soumission exclusive à l’action, le film a de quoi décontenancer. C’est la vie cocasse de jeunes gens plutôt tranquilles, entre flirts et petits boulots, qui est ici donnée à voir dans le cadre d’un début de siècle nostalgique, et selon une logique de tableaux, de cadres établis, de regards arrêtés qui pratique la désamorce permanente. Il y a bien quelques entourloupes mais aucune situation n’est jamais dramatisée, comme si le prisme de la mémoire agissait à la manière d’un réducteur de tension, comme si le cinéaste avait voulu réaliser une comédie musicale sans numéros musicaux : même arbitraire du mouvement suspendu, même légèreté s’immisçant au cœur du drame, même ostentation de l’artifice. 4/6

La charge fantastique
De son apprentissage indiscipliné à West Point à sa mort héroïque sur le champ de bataille de Little Big Horn, la vie romancée mais haute en couleur du brave George Armstrong Custer, fringant cadet devenu général respecté. On peut violer l’Histoire pourvu qu’on lui fasse de beaux enfants disait Dumas : la preuve avec cette exaltante épopée qui, telle Mercure aux talons ailés, file tambour battant sur les étapes fondatrices de la légende. La moustache nerveuse, le cheveu long et frisant de bogosse fougueux, Errol Flynn nourrit la biographie de son impétuosité ; l’hagiographie et le progressisme s’allient avec bonheur (Custer et Crazy Horse, amis, y sont victimes de la machination politique) ; le clairon sonne la chevauchée du 7è régiment de cavalerie vers l’enfer ou la gloire. Quel panache ! 5/6

Sabotage à Berlin
Destiné à soutenir l’effort de guerre, le film raconte une histoire totalement invraisemblable, mais en pointer son manque de crédibilité reviendrait à critiquer l’extravagance des exploits de frère Jean chez Rabelais ou de d’Artagnan chez Dumas. Traversé par un sens assez formidable du récit épique, il crée, maintient, prolonge une tension dramatique en concentrant toutes les ressources possibles d’une technique maîtrisée jusqu’à son efficacité maximale : travellings avants ou latéraux démultipliant les déplacements, fondus enchaînés qui annihilent les temps morts, plans courts ne laissant jamais la monotonie s’installer. La complémentarité des acteurs vedettes parachève cette course-poursuit menée tambour battant, qui semble avoir intégré toutes les vertus du cinéma d’action le plus moderne. 4/6

Gentleman Jim
Comment un petit employé de banque devint l’un des plus grands boxeurs de son époque : Walsh dépeint l’itinéraire de ce héros hâbleur et insolent en épousant avec une énergie intarissable les accélérations du récit, en guettant le dynamisme des forces qui s’affrontent, en faisant du théâtre de la vie celui de la passion, et du rêve américain une guirlande d’aveux enthousiastes et de manifestations enflammées. La frénésie du rythme-mitraillette, le montage rapide qui nous emporte au cœur de la naissance du champion, la préférence accordée à l’agilité du corps et de l’esprit sur la puissance, à l’esquive sur la force de frappe, font de cet éloge du mouvement et de la vitesse une œuvre truculente, généreuse, qui offre à Errol Flynn, vantard irrésistible, électron libre bousculant l’aristocratie guindée de San Francisco, un autre rôle en or. 5/6

Aventures en Birmanie
L’enfer est aux G.I. À partir d’une simple anecdote sur une opération de commando dans la jungle birmane, Walsh tire la quintessence d’une vision tragique de l’homme en état de guerre. Ici plus que jamais, l’opposition de l’évidence et de la confusion, du surgissement et de l’enfoncement, ont une fonction capitale dans la manière dont il aménage le visible – ainsi de l’exemplaire affrontement final, filmé à ras-de-terre dans une obscurité juste entrecoupée par les fusées d’éclairage. Malgré l’outrancier portrait des Japs (tous barbares et sanguinaires), à replacer dans le contexte de l’époque, cette œuvre haletante restitue avec une prodigieuse expressivité l’usure physique, l’enlisement inexorable dans la nuit, la proximité du danger, de la peur, de la mort. Un modèle et sans doute un précurseur du genre. 5/6

La vallée de la peur
Un ranch désert perdu au sommet des montagnes, ayant abrité une sombre tragédie ; des souvenirs douloureux qui remontent en même temps que les éclairs zèbrent le ciel ; un drame originel enfoui qui ne cesse d’affleurer. Walsh s’inscrit dans la vulgarisation hollywoodienne de la psychanalyse, mais ce western freudien évite tout symbolisme réducteur en ne reculant jamais devant l’image qui obsède, la complexité des relations faites d’amour trompé et de désir de vengeance, la démesure de l’homme prêt à tout pour assumer sa quête et découvrir le mystère de ses origines. Histoire d’un cheminement intérieur, patient mais tourmenté, d’une recherche de libération qui passe par la découverte du passé, et dont la structure remémorée donne forme à l’amnésie et au poids du traumatisme à exorciser. 5/6

La fille du désert
Remake westernien de La Grande Évasion. Au jeu du comparatif, on dira que Joel McCrea ne surpasse pas Bogart mais que Virginia Mayo, en métisse sauvage et sensuelle, offre un joli contre-point à la frêle Ida Lupino. Walsh accentue le rôle symbolique attribué à l’argent volé et épure également une ligne tragique qui associe la mort des héros à la renaissance d’une ville fantôme, sanctuaire indien perdu au milieu du désert. Mené sans fioritures, dispensant sa dose de péripéties incontournables (de l’attaque de la diligence à celle du train), le film doit sa relative rapidité à un art consommé de l’ellipse, inscrit la fatalité propre au film noir dans un cadre qui lui est généralement étranger, et en tire des effets d’oxymore assez originaux – à cet égard, le final a un petit goût de Bonnie et Clyde avant l’heure. 4/6

L’enfer est à lui
Ravagé par une violence irrépressible et teigneuse, tourmenté par des migraines épileptiques, lié à sa mère par un amour maladif : voici la figure définitive du gangster psychopathe, à laquelle James Cagney confère une présence fébrile et convulsive. Plus que jamais, Walsh se fait un cinéaste de l’action, se soumettant d’un bout à l’autre à un enchaînement dramaturgique implacable, chauffé à la folie d’un climat paroxystique qui puise dans la fureur meurtrière de son personnage des accents d’hécatombe collective. On y suit le périple d’un monstre pitoyable, catalyseur de tous nos instincts de mort, Œdipe-roi de la délinquance contemporaine, dont la volonté de puissance et le déchaînement des pulsions donne une certaine idée de l’enfer – soif aveugle de destruction, flammes immolant le fauve arrivé au "top of the world". 5/6

La femme à abattre
Non crédité au générique, Walsh fut appelé peu après le début du tournage à la demande de Bogart, celui-ci estimant Bretaigne Windust incompétent. L’intrigue de série noire se voit ainsi transcendée par l’inspiration d’un réalisateur qui n’a pas son pareil pour filmer l’emprise des ténèbres et la faire peser sur les articulations de flash-backs imbriqués à la manière de poupées russes, tout au long d’un récit aussi implacable que l’organisation du crime contre laquelle se bat le protagoniste. Une fois de plus, c’est une logique d’efficacité pure qui dicte l’économie de cette mise en scène constamment inventive, dont les ombres portées, les éclairages contrastés, les ellipses fluides, les transitions sèches fouettent l’intensité d’un climat constant d’angoisse et de brutalité. Un modèle de narration et de tension sourde. 5/6

Capitaine sans peur
Le grand film d’aventures dans toute sa splendeur, ce genre cascadeur entre tous offrant à voyager dans le temps et dans l’espace, donnant à voir, à penser et à rêver. Il faut admirer le doigté du capitaine Walsh, qui fait manœuvrer son cap-hornier avec l’élégance d’une goélette, qui conjugue l’ampleur de l’épopée à la délicatesse du portrait, qui alterne les traits de pinceaux psychologiques et les morceaux de bravoure parfaitement exécutés (engagements maritimes, abordages, canonnades), qui sature le dialogue de ce vocabulaire technique participant à l’effet du réel, gréement, sextant, balistique, doubles rations de rhum ou de tafia. Loin du cliché exotique et du simplisme abêtissant, l’œuvre impose une fougue et une noblesse que Gregory Peck, la classe incarnée, exprime avec superbe. Un bonheur. 5/6

Les aventures du capitaine Wyatt
On a dit de ce western dans les Everglades qu’il était le remake d’Aventures en Birmanie mais, si les deux films ont comme motif commun celui de l’itinéraire dédoublé ou scindé, leur ressemblance structurelle est, sinon vidée de sens, du moins fortement décalée, dans la mesure où le candide officier se lie ici avec le commandant d’une amitié réelle. La pérégrination en est le vrai sujet : expédition compliquée à travers marais et cyprières, dénuée de surcharges baroques comme de toute idéologie (la notion de "frontière" est absente), et n’offrant que de rares péripéties. En résulte une curieuse aventure picaresque, à la narration nette mais sans sécheresse, dont les teintes presque pastel semblent provenir d’un monde ancien devenu hors d’âge et dont le relâchement frise parfois une certaine fadeur. 4/6

L’esclave libre
Le climat impétueux et sanguin de La Nouvelle Orléans, la folle éloquence d’un esclavagiste progressiste, l’ombre de la Guerre de Sécession qui recouvre le domaine rythmé par les gospels comme le souvenir d’un passé sanguinaire tourmente sa conscience… Tous les ingrédients d’un fougueux film d’aventures sont là, et le cinéaste n’a pas son pareil pour faire fructifier les questions de l’honneur, de l’amour et du danger le long d’une intrigue chargée en péripéties virevoltantes et en personnages colorés. On peut trouver la facture démodée mais la richesse des caractères et l’aisance presque aristocratique avec laquelle Wash fait souffler le vent du rêve et du romanesque emportent largement le morceau. En bonus, le film clignera de l’œil aux inconditionnels de La Classe Américaine (Julien Lepers…). 5/6

Les nus et les morts
La rencontre entre le cinéaste et Norman Mailer, intellectuel libéral devenu la conscience de l’Amérique, aurait pu accoucher d’un brûlot ravageur. Le résultat n’atteint pas vraiment ces cimes, même si Walsh sait raconter le quotidien du soldat au front, montrer le geste qui résume un caractère, illustrer l’ambigüité d’un comportement irréductible à quelque définition que ce soit. Dessinant à travers l’Iliade de ces fantassins du Pacifique un parcours à la fois physique et moral qui s’en réfère plus d’une fois à la majesté de la nature, il fustige l’institution bornée voire fossilisée qu’est l’armée, et exalte sans emphase excessive les forces de la camaraderie sur celles de la terreur et de la soumission. À défaut d’un film de guerre définitif, il s’agit d’une belle et intelligente méditation antimilitariste. 4/6


Mon top :

1. L’enfer est à lui (1949)
2. Les fantastiques années vingt (1939)
3. Gentleman Jim (1942)
4. La charge fantastique (1941)
5. Aventures en Birmanie (1945)

Cinéaste du mouvement, de l’intensité, de l’aventure, du théâtre de la vie et de la passion, serviteur fiévreux d’une grande tradition américaine du récit et du genre, qui nourrit le cinéma de son sens universel du spectacle, Walsh est un artiste passionnant, dont la filmographie compte notoirement beaucoup de titres mineurs, mais dont les quelques sommets que j’ai vu méritent tout mon enthousiasme.
Last edited by Thaddeus on 14 Aug 19, 18:30, edited 9 times in total.
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Alexandre Angel
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Alexandre Angel »

L''Alexandre Dumas du cinéma, c'est lui..
A cette liste prestigieuse (et en respectant l'exigence du haut du panier), j'ajouterais LES AVENTURES DU CAPITAINE WYATT, la sous-estimée RIVIERE D'ARGENT, le néo-réaliste THE MAN I LOVE et le splendide CAPITAINE SANS PEUR ( je ne connais quasiment pas les muets).
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Jeremy Fox
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Jeremy Fox »

Stéphane Beauchet a testé le Blu-ray de L'Enfer est à lui.
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Alexandre Angel
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Alexandre Angel »

La séquence où James Cagney apprend la mort de sa mère, dans White Heat est une des plus prodigieuses de tout le cinéma américain. Ce travelling latéral qui accompagne le bouche à oreilles de la mauvaise nouvelle, les gémissements de Cagney, le raccord nerveux sur le regard d'Edmond O'Brien, la plongée en mouvement sur le réfectoire qui voit le gangster, en pleine crise, distribuer des bourres-pifs à tous les gardiens qui essaient de l'arrêter : tout cela contribue à l'allure anthologique de la séquence avec la puissance et l'évidence de ce qui s'impose sans la ramener, sans s'auto-claironner, avec un naturel dont le secret, cela dit sans pleurnicheries, s'est quelque peu perdu. Mais il faut dire aussi que des séquences comme cela (même si celle-ci constitue un sommet), Raoul Walsh en était coutumier lorsqu'il était artistiquement en pleine forme, autrement dit lorsqu'il était à son meilleur, à la Warner. Des scènes comme ça, il ne pouvait en naître que de la rencontre au sommet ("Top of the world, Raoul!") du sens du tempo du réalisateur, de sa souplesse rythmique, de son énergie, de celles d'une firme aux qualités idoines et de scripts à la démesure de l'inspiration d'un américain qui pourrait être la réincarnation cinématographique de Dumas (je me rends compte que j'ai déjà dit ça plus haut). Lorsque de telles conditions de conjonction sont réunies, cela donne la séquence ici décrite, mais aussi celle de la tempête de L'Esclave libre, le Little Big Horn de La Charge fantastique ou, dans le même film, ce moment où Errol Flynn soule la gueule à Arthur Kennedy. Je pense également aux batailles navales de Capitaine sans peur ou, dans un registre intimiste, mais discrètement grandiose, la déchirante séquence où Ward Bond, en boxeur déchu, se regarde dans la glace, dans Gentleman Jim, insufflant à l'esprit enjoué de l'ensemble une rupture de ton dont seuls des mecs de l'étoffe de Walsh ou de Ford étaient capables.
De nos jours, de telles séquences feraient office de morceaux de bravoure. Chez Walsh, quoiqu'anthologiques, elles sont les soubresauts, les embardées , les éruptions cutanées géniales d'un classicisme au meilleur de son expressivité.
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Kevin95
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

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WHITE HEAT (Raoul Walsh, 1949) découverte

Après avoir joué les G Men, James Cagney retourne du mauvais coté de la loi et retrouve pour l'occasion son réalisateur de The Roaring Twenties. Mais les années ont passé, la guerre aussi, et les deux hommes se sentent trop nerveux, trop indisciplinés pour retrouver le même ton qu'hier. Fini les martyrs d'une époque virevoltante et les pietàs en guise scène finale, place à de la violence plus sèche, plus humaine donc plus glaçante. Cagney est dingue, il EST Cody Jarrett, il n'a pas d'ambition, aucune richesse si ce n'est sa mère, sa Ma Baker perso. Il est si attaché à elle qu'il ne voit pas les fils qui lui poussent sur le corps ni même la main de sa génitrice les manipuler. Le reste ? Des voyous de bas étage, une grue aussi perverse que la mère, beau portrait. White Heat est le film de Jarrett, faudrait pas chercher à lui piquer la vedette pas même ce flic infiltré dans la bande. Essayer de l’arrêter ? Mais il est trop tout ma bonne dame, trop taré, trop violent, trop imprévisible, trop insensible (regardez-le tirer à travers un coffre de bagnole en bectant son poulet !). Si fin il y a, il faudrait qu'elle soit comme lui, explosive. Le calme ne viendra pas de la mise en scène de Walsh, lui si ample, si épique, se fait ici sanguin. Pas de gras, pas de pause, le film n’arrête pas une seconde pas même pour faire plaisir à son réalisateur. Tenez, la mort d'un personnage clé, un plan, un seul : un travelling latérale sur un téléphone arabe jusqu'aux oreilles de l’endeuillé. Tout le reste est à cette image, sur la corde. Un film noir, un film énervé, un film génial.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)