Raoul Walsh (1887-1980)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Julien Léonard
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Julien Léonard »

Excellente chronique du film Le monde lui appartient Phnom&Penh ! Ah, ça me donne envie de le revoir dès ce soir... On verra, si on a le temps ! :D Avec moi, ce film marche toujours... Je trouve que c'est un Walsh dense et robuste, à la magie intacte. J'adore.



Et pendant que j'y pense : Un bon réveillon et un joyeux Noël à toute l'équipe de DVDClassik et aux membres du forum ! :wink:
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homerwell
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by homerwell »

Victime du destin (The lawless Breed) - 1952 - Raoul Walsh

Quelques mots sur ce western de Raoul Walsh, pour apporter un contre point aux multiples réticences dont il fait l'objet sur le forum.

Il faut tout d'abord faire les habituelles réserves sur la traduction du titre, qui n'en est d'ailleurs pas une mais plutôt une interprétation. Elle a pour résultat de nous emmener sur une mauvaise piste... Non, John Wesley Hardin, n'est pas une victime de quoi que ce soit qui ait à voir avec le destin. Cela me fait penser que je préfère voir une charge se faire qualifier d'un quelconque superlatif dans lequel on ne cherchera pas autre chose qu'une imagerie mythique.
Je lis donc dans mon dictionnaire français, anglais en face de Lawless : sans loi ; et pour Breed : race. Bref, retournez voir le portrait de Rock Hudson en couverture du dvd opening avec cette transcription et vous verrez qu'il n'a pas le même air qu'avant.

Ma deuxième mise au point concerne John Wesley Hardin lui même, le héros hors la loi de cette aventure. Je n'en avais jamais entendu parler, pourtant Bob Dylan lui a emprunté son nom pour le titre de son album de 1967, et Johnny Cash lui a consacré une chanson. Après une petite recherche sur le web, on s'aperçoit qu'aux États-Unis, la musique, la littérature et le cinéma se sont emparé du personnage pour en faire une figure mythique de l'ouest américain, en tout cas bien plus qu'un horrible tueur.
Il est aussi exact que ses proches aient eu à pâtir des vengeances que ses meurtres engendraient (son frère dans la réalité), que son père qui était un prêcheur l'a chassé de la maison familiale ou que des crimes lui furent imputés sans la moindre preuve, sa notoriété faisant le nécessaire. La rencontre avec le célèbre shérif Wild Bill Hickok est elle aussi véridique.

Fort de ces constatations, une nouvelle grille de lecture est possible quant au scénario de Bernard Gorden et à la réalisation de Raoul Walsh. Malgré le happy-end un peu convenu, la démonstration du crime ne paie pas est faite ; sans faiblesse puisque c'est lorsque Hardin a réalisé son rêve de ferme immaculée, d'élevage de pure-sang, et de fonder une famille qu'il paye de 16 ans de prisons des meurtres que l'on a la faiblesse d'imaginer sous le coup de la légitime défense.
En y ajoutant la touche de Raoul pour les scènes d'action et le charme certain de Julie Adams, on se retrouve avec un très bon western.
nam
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by nam »

J'ai vu aujourd'hui Gentleman Jim (1942), il m'a vraiment beaucoup plus.
J'avais vu Errol Flynn dans différents genre (The Adventures of Robin Hood, Dodge City...) mais ici, il excelle vraiment. Le film est vraiment bien tourné, l'histoire prenante (sur la boxe, j'adore et je conseille aussi le magnifique City for Conquest). Bref, une vrai réussite et un très bon Raoul Walsh.
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Boubakar
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Boubakar »

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Le roi et quatre reines (1956)

Deuxième des trois films que Walsh va réaliser en compagnie de Clark Gable (les excellents Implacables et L'esclave libre), le film démarre un peu comme Les proies, laissant son personnage principal être soigné par une vieille femme qui surveille à la fois ses quatre filles et son butin d'or qu'elle garde jalousement. Tout le début est un peu lent, mais dès l'arrivée de la partie "féminine", le film devient très intéressant, surtout grâce à la relation qui va se nouer entre Kehoe et une des quatre jeunes filles, où l'on aboutit à un excellent twist final, bien que l'on dirait qu'il manque quelque chose.
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Dès que Kehoe et Sabina s'enfuient de la maison, personne ne cherche vraiment à leur voler leur or. Et la fin est un peu trop convenue, je me serais attendu à une dernière traitrise d'un des deux personnages.
Et niveau réalisation, Walsh montre qu'il en a encore sous la pédale, avec une superbe scène de poursuite au début, et une superbe idée de scénario (pour utiliser un après-rasage, Kehoe va utiliser du whisky), et filme comme rarement ses actrices (avec une Eleanor Parker superbe, peut-être le meilleur rôle du film, en tout cas, le plus ambigu). Ça n'est pas le meilleur film de la "trilogie" Walsh/Gable, mais c'est pas mal du tout, plus intelligent qu'on peut le croire, avec quand même un petit bémol pour la fin.

Et le dvd édité par Sidonis est très bon techniquement, avec une présentation de Tavernier très sympa, même si on n'évite pas les redites (certaines anecdotes étaient déjà citées dans le dvd de Le monde lui appartient).
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Jeremy Fox
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Jeremy Fox »

Boubakar wrote:Image

Le roi et quatre reines (1956)


Et le dvd édité par Sidonis est très bon techniquement.
Ah oui, excellent DVD. Merci à Sidonis. je reviendrais sur ce très bon western plus tard
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Jeremy Fox
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Jeremy Fox »

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Un roi et quatre reines (A King and Four Queens - 1956) de Raoul Walsh
UNITED ARTISTS


Avec Clark Gable, Eleanor Parker, Joan Van Fleet, Jean Willes, Barbara Nichols
Scénario : Margaret Fitts & Richard Alan Simmons
Musique : Alex North
Photographie : Lucien Ballard (Technicolor 2.35)
Un film produit par David Hempstead pour la United Artists


Sortie USA : 21 décembre 1956


En cette fin d’année 1956, le dernier western d’importance à sortir sur les écrans américains est ce King and Four Queens, truculent marivaudage en milieu westernien réalisé par Raoul Walsh. L’immense cinéaste dirigeait déjà Clark Gable l’année précédente dans le très bon Les Implacables (The Tall Men), western épique dans lequel le comédien avait pour partenaire féminine la pulpeuse Jane Russell. Dans Un roi et quatre reines, ce n’est plus une seule femme que le célèbre moustachu courtise, mais pas moins de quatre à la fois. Sa réputation de plus grand séducteur du cinéma hollywoodien a encore de ce fait de beaux jours devant elle. Après le succès de The Tall Men à la 20th Century Fox, Clark Gable décide de produire lui-même ses films suivants afin d’augmenter sa propre part de bénéfices. Pour se faire, il fonde la compagnie Gabco et coproduit le film avec la boîte de production dirigée par Jane Russell et son époux d’alors, Robert Waterfield. Malheureusement King and Four Queens est un échec ; ce qui refroidit grandement les velléités du comédien de vouloir continuer à participer au financement d’un film ; il ne se lancera d’ailleurs à nouveau dans ce genre d’opérations qu’à de très rares reprises. Immédiatement après ce bide tout relatif, il signe à nouveau à la Warner pour son troisième film mis en scène par Raoul Walsh, L’Esclave libre (Band of Angels) avec Yvonne de Carlo. Si le cinéaste et l’acteur s’entendaient à merveille pour cause de fortes ressemblances de caractère et de tempérament, ils ne tournèrent pas plus de trois films ensemble en fin de carrière, par le simple fait de n’avoir jamais vraiment été rattachés auparavant aux mêmes ‘Majors’, Clark Gable ayant été fidèle durant presque toute sa carrière à la toute puissante Metro Goldwin Mayer alors que Walsh était allé butiner à droite à gauche. Alors qu’aux USA, les trois films de la collaboration entre Walsh et Gable ont été reçus avec circonspection, il n’en a pas été de même en France, les ‘Macmahoniens’ les ayant immédiatement portés aux nues. La critique française continue aujourd’hui à être très élogieuse pour ce trio de westerns même si Jacques Lourcelles avoue néanmoins (à juste titre à mon avis) que celui qui nous concerne ici fait partie de ses films mineurs.


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L’aventurier Dan Kehoe (Clark Gable) vient d’échapper à des hommes de loi à ses trousses. Ayant besoin de repos, il fait une halte dans la petite ville de Touchstone. Au saloon, il apprend qu’une certaine Ma McDade (Jo Van Fleet) empêche quiconque de mettre les pieds dans sa propriété de Wagon Moud, accueillant à coups de fusil les visiteurs inopportuns. D’après les dires du barman, elle protègerait un magot de 100 000 dollars que ses quatre fils auraient ramené au ranch familial après avoir dévalisé une banque. Après que le shérif et ses hommes les aient retrouvés, trois d’entre eux sont morts carbonisés dans l’incendie de la grange où ils s’étaient réfugiés. Le quatrième aurait pris la fuite et depuis, sa mère attend son retour, persuadée qu’un jour ou l’autre, il viendra récupérer l’or ainsi que son épouse. Les cadavres n’ayant pût être identifiés, on ne sait pas qui des quatre ‘belles-filles’ a encore son mari en vie. La vénéneuse Ruby (Jean Willes), l’écervelée Birdie (Barbara Nichols), l’innocente Oralie (Sara Shane) et l’ambitieuse Sabina (Eleanor Parker) patientent donc depuis deux ans auprès de leur belle-mère, acceptant de ployer sous sa poigne de fer dans l'espoir qu'avec le retour du survivant, un pactole leur tombe entre les mains pour pallier à cette longue et pénible attente. Ayant compris ce qu’il pouvait tirer de cette situation, voici notre aventurier roublard qui se rend dans le domaine des McDade afin d’essayer de s’approprier le magot. Il passe simultanément dans les bras des unes et des autres pour arriver à ses fins ; les jeunes femmes se laissent d’autant plus facilement séduire qu’elles sont en manque d’hommes et qu’elles ont également dans l’idée de fuir avec le bel et viril étranger tout en emportant l’or…


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Un homme, cinq femmes, un trésor… le tout confiné en un seul lieu ! On se doute bien d’emblée qu’il ne s’agira pas d’un western traditionnel et d’ailleurs les aficionados n’y trouveront probablement que peu leur compte : un western sans morts ni violence, sans chevauchées ni règlements de compte, sans coups de poing ni coups de feu si ce n'est pour trouer une pièce de monnaie. Alors pour ne pas que l’on puisse penser qu’il a perdu la main en terme d’actions, le réalisateur fait débuter son film par une formidable séquence mouvementée, une trépidante course-poursuite au cours de laquelle un cavalier se fait pourchasser par le shérif et ses hommes. En deux minutes, sur un fabuleux thème musical syncopé signé Alex North (décidément un génie de la musique de film, avec Bernard Herrmann et André Prévin, l’autre parfait chainon des années 50 entre classicisme et modernisme), Raoul Walsh nous démontre sa virtuosité et sa maestria le temps d’une énergique chevauchée filmée à la perfection : limpidité du montage, précision des cadrages, merveilleux sens de l’espace, saisissantes entrées dans le champs, etc., une véritable leçon de mise en scène pleine de panache qui se termine sur cette spectaculaire image du cavalier et son cheval dévalant une colline très pentue. Devant tant de courage et de folie, les poursuivants préfèrent abandonner et tourner bride plutôt que de risquer leur vie à leur tour. Une entrée en matière ébouriffante mais qui ne donne cependant pas le ton du film ; les amateurs d’action devront néanmoins s’en contenter, n’ayant plus d’autres occasions par la suite de pouvoir se trémousser dans leur fauteuil !


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La séquence suivante voit arriver le personnage interprété par Clark Gable dans une petite ville très paisible ; le voilà qui entre dans le saloon dans lequel seuls se trouvent en ce début de matinée le barman et un vieil habitant édenté, le premier étant interprété par un acteur de second rôle très connu et apprécié des cinéphiles, le talentueux Jay C. Flippen (inoubliable, entre autres, dans Les Affameurs d’Anthony Mann). Une scène qui annonce la nonchalance qui perdurera tout le long du film et qui démontre surtout les talents de conteur du cinéaste et de la scénariste Margaret Fitts dont ce sera le dernier travail pour le cinéma (elle fut avant ça l’auteur de très peu de scénarios mais parmi ceux-ci, non des moindres, Stars in my Crown de Jacques Tourneur ainsi que Les Contrebandiers de Moonfleet de Fritz Lang). Il s’agit d’une séquence au cours de laquelle on apprend en même temps que l’aventurier Dan Kehoe, l’histoire de la propriété de Wagon Moud, du magot qui y serait encore caché, gardé jalousement par une femme acariâtre veillant également avec férocité sur la vertu de ses belles-filles au point de chasser à coups de fusil tous les étrangers s’aventurant à l’approche de son ranch ; on nous instruit aussi de l’histoire de ces quatre belles créatures dont une seule ne serait pas veuve mais dont personne ne sait (pas même elles) de laquelle il s’agit, le fils survivant au drame qui s’est déroulé deux ans auparavant n’ayant toujours pas fait sa réapparition, les trois autres ayant été trop défigurés dans l’incendie qui leur a couté la vie pour être reconnaissables… On sent alors les idées se mettre en place dans le cerveau de Kehoe, bien décidé à aller profiter de l’opportunité qui s’offre à lui en se faisant passer pour un ami du fils disparu, et ainsi tenter de s’approprier le ‘trésor’ tout en profitant des charmes des habitantes de Wagon Moud. Et la scène de se terminer par une idée anodine mais néanmoins géniale, ‘walshienne’ en diable : où l’on voit Clark Gable, après avoir fini de se raser à côté d’un tableau représentant une femme nue (qui l’a probablement influencée dans le plan qu’il vient d’échafauder), prendre une bouteille de whisky et se servir de l’alcool comme aftershave. Un geste qui dit bien des choses sur l’astuce et la virilité du personnage.


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Dès la séquence suivante (qui ne sera alors que la troisième), on arrive sur la propriété où vivent ces cinq femmes, et nous ne la quitterons plus si ce n’est dans les cinq dernières minutes pour un final assez jubilatoire avec son retournement de situation in-extremis, où l’on apprend l’identité réelle d’un des principaux protagonistes (vous aurez beau me soudoyer, vous n’en saurez pas plus). C’est alors une sorte de huis-clos qui s’engage, un vaudeville assez bien maîtrisé au point de ne jamais nous ennuyer et sans cabotinage excessif de la part de ses comédiens, mais néanmoins plutôt négligeable dramatiquement parlant et un peu trop léger niveau écriture pour pouvoir faire de ce film une œuvre majeure du cinéaste et même du genre. Car les personnages sont croqués à traits épais, et par cette caractérisation grossière, manquent singulièrement d’épaisseur (il aurait peut-être fallu plus de temps à la scénariste que ces courtes 80 minutes). C’est surtout vrai pour les ‘quatre reines’ qui ne bénéficient d’ailleurs pas d’interprétations mémorables à l’exception d’Eleanor Parker dont nous ne dirons jamais assez à quelle point elle fut l’une des meilleurs actrices hollywoodiennes. A ce propos, Bertrand Tavernier fait son Mea Culpa dans les bonus du DVD du film, disant à quel point les cinéphiles de son époque (dont lui) avaient sous estimé cette immense comédienne, aussi talentueuse que belle ! Elle nous le prouve encore ici dans le rôle de la femme volontaire, indépendante et calculatrice qu’est Sabina. Elle fait jeu égal avec son partenaire masculin et donc, tout logiquement, les séquences qui les réunissent s’avèrent les plus irrésistibles. Sara Shane, l’innocente et douce Oralie, aura néanmoins droit elle aussi à une très jolie séquence, celle touchante au cours de laquelle elle raconte son mauvais choix quant à son époux. Quant à Barbara Nichols, elle sera de cette amusante scène inversant les schémas habituels de la séquence de bain. Alors qu’en principe, c’est l’homme qui surprend la femme en train de se baigner, la titillant avec concupiscence afin qu’elle sorte nue récupérer ses vêtements, c’est ici Clark Gable qui se retrouve dans cette position, surpris par Birdie, l’aguicheuse écervelée. Enfin, Jean Willes, dans le rôle de la vénéneuse croqueuse d’hommes, n’est franchement pas très convaincante.


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Toutes ces femmes évoluent dans une ambiance de joyeuse amoralité puisque, restées cloitrées dans cet endroit, sous la tutelle tyrannique de leur belle-mère, dans le seul but de voir revenir le survivant des quatre maris et ainsi pouvoir enfin partager le butin, elles sont dans le même temps clairement en manque de sexe puisque la ‘patronne’ a accepté de les garder avec elle tout en protégeant leur vertu au nom du souvenir de ses fils adorés. Il est clair que l’arrivée de ce coq au milieu de cette basse-cour va attiser les désirs enfouis au cours de ces deux années d’isolement. Le Roi et quatre reines n’est ainsi pas dénué d’un érotisme sous-jacent ; il faut avoir vu cette séquence au cours de laquelle, la nuit tombée, le mâle vient faire le tour du ‘poulailler’, passant et s’arrêtant devant chacune des portes des chambres des jeunes filles, ces dernières toutes émoustillées dans leur lit, trépignant de désir, chacune attendant qu’il entre les voir. Non seulement sensibles au charme viril du bel étranger, elles tomberont toutes chacune leur tour dans ses bras y compris la plus douce en apparence. Il faut dire que Kehoe représente non seulement un moyen d’assouvir leurs désirs les plus refoulés mais également la méthode la plus sûre de pouvoir enfin quitter cet enfer féminin dominé par le personnage interprété par Jo Van Fleet, une comédienne qui se sera spécialisée dans les protagonistes d’une vingtaine d’années plus âgés qu’elle. C’était la mère de James Dean dans A l’Est d’Eden de Kazan et elle continuera par la suite sur cette lancée. Ici, elle se révèle assez juste et même touchante lors de la scène où elle se confie à Clark Gable quant à l’amour qu’elle voue à ses fils mais aussi à la tristesse de les avoir vus prendre un mauvais chemin.


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Si le postulat de départ est très ludique (qui est le mari disparu ? où se trouve le magot ? qui sera le ou la plus rusé de tous…), les enjeux dramatiques s’avèrent trop faibles, le suspense ne repose finalement pas sur grand-chose et l’ensemble manque singulièrement de profondeur. Mais voir Clark Gable louvoyer entre cinq femmes pour essayer de découvrir la cachette d'un trésor est sacrément jouissif d'autant que son personnage d’aventurier cynique ne détient ici pas le monopole de la roublardise. Au final, pas mal d'humour, une ironie constante, un érotisme sous-jacent constamment présent, un casting correct et charmant avec en tête la sculpturale Eleanor Parker, une superbe photographie de Lucien Ballard, une très belle utilisation du scope ainsi qu’une musique réussie d’Alex North pour un western/comédie détendu. Pas cependant de quoi s’en relever la nuit mais, à défaut de faire partie des plus grands, un des films les plus sympathiques et décontractés de Raoul Walsh dont l’opportuniste Dan Kehoe annonce gentiment les antihéros plus cyniques et sans honneurs des années 60, ceux de Leone entre autres : "I never put a dime on anybody but myself. I haven't lost yet."


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Julien Léonard
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Julien Léonard »

Vos avis me confortent dans mes attentes, je vais donc l'acheter dès demain. C'est juste dommage qu'il soit un peu cher... Mais enfin, un Walsh, je n'hésite pas longtemps. :wink:

Pour ceux qui l'ont vu, j'ai une question : Que vaut L'esclave libre ?
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Watkinssien »

Julien Léonard wrote:Vos avis me confortent dans mes attentes, je vais donc l'acheter dès demain. C'est juste dommage qu'il soit un peu cher... Mais enfin, un Walsh, je n'hésite pas longtemps. :wink:

Pour ceux qui l'ont vu, j'ai une question : Que vaut L'esclave libre ?

Une des oeuvres majeures de Walsh, à la mise en scène majestueuse, portée par une interprétation de qualité et des séquences fortes.
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Phnom&Penh »

Julien Léonard wrote:Pour ceux qui l'ont vu, j'ai une question : Que vaut L'esclave libre ?
Je ne l'ai jamais vu mais je le cherchais. Comme Pursued, tu peux le trouver sur amazon.de (je ne l'ai pas encore reçu, je ne peux garantir la qualité de la copie, mais le DVD a l'air bien fait, donc je suis confiant)...Par contre, comme Pursued, uniquement en anglais avec st allemands...Si tu es plus à l'aise avec l'espagnol, il existe aussi en DVD en anglais avec st espagnols (mais là, je ne serais pas surpris que la copie soit pourrie, ça n'a pas l'air d'être une belle édition).
Le film a très bonne réputation.
Watkinssien wrote:Une des oeuvres majeures de Walsh, à la mise en scène majestueuse, portée par une interprétation de qualité et des séquences fortes.
Et Watkinssien a toujours raison :wink:
"pour cet enfant devenu grand, le cinéma et la femme sont restés deux notions absolument inséparables", Chris Marker

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julien
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by julien »

Phnom&Penh wrote:Et Watkinssien a toujours raison :wink:
Watkinssien est comme l'androïde Bishop dans Aliens. Il ne peut pas dire du mal d'un film ou d'un réalisateur. Ça lui bloquerait automatiquement son cycle de reproduction cellulaire et il succomberait à une dégénérescence de son organisme dans des circonstances particulièrement atroces et douloureuses.
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by cinephage »

julien wrote:
Phnom&Penh wrote:Et Watkinssien a toujours raison :wink:
Watkinssien est comme l'androïde Bishop dans Aliens. Il ne peut pas dire du mal d'un film ou d'un réalisateur. Ça lui bloquerait automatiquement son cycle de reproduction cellulaire et il succomberait à une dégénérescence de son organisme dans des circonstances particulièrement atroces et douloureuses.
Une alternative à cette savoureuse hypothèse serait que, comme Bertrand Tavernier, il considère plus intéressant de défendre les films qu'il aime que de descendre ceux qu'il n'aime pas. Ses arguments positifs sont peut-être plus construits, il préfèrerait alors réfléchir aux films qui lui parlent plutôt qu'à ceux qui ne l'intéressent pas.

Peut-être, par un dépit tout aristocratique, laisse-t-il tout simplement la basse besogne à d'autres qui s'en régalent...
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Nestor Almendros »

Phnom&Penh wrote:
Julien Léonard wrote:Pour ceux qui l'ont vu, j'ai une question : Que vaut L'esclave libre ?
Je ne l'ai jamais vu mais je le cherchais. Comme Pursued, tu peux le trouver sur amazon.de (je ne l'ai pas encore reçu, je ne peux garantir la qualité de la copie, mais le DVD a l'air bien fait, donc je suis confiant)...
Pas besoin de traverser le Rhin, le film est sorti dans la collection Fnac, il est à 13€
http://video.fnac.com/a2690190/L-Esclav ... n=-1&Ra=-3
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Phnom&Penh
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Phnom&Penh »

Nestor Almendros wrote:Pas besoin de traverser le Rhin, le film est sorti dans la collection Fnac, il est à 13€
Moi qui me suis donné tant de mal pour pouvoir le trouver :mrgreen:
Comme je vais seulement sur amazon, c'est vrai que je ne risque pas d'y trouver la collection Fnac :oops:
"pour cet enfant devenu grand, le cinéma et la femme sont restés deux notions absolument inséparables", Chris Marker

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Julien Léonard
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Julien Léonard »

Phnom&Penh wrote:
Nestor Almendros wrote:Pas besoin de traverser le Rhin, le film est sorti dans la collection Fnac, il est à 13€
Moi qui me suis donné tant de mal pour pouvoir le trouver :mrgreen:
Comme je vais seulement sur amazon, c'est vrai que je ne risque pas d'y trouver la collection Fnac :oops:
Je viens de l'acheter aussi. Comme ça, je pourrais enfin le voir. Et dire que j'hésitais... Mais du Walsh, notamment avec cette réputation, il me le fallait. :D
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Julien Léonard
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Re: Raoul Walsh (1887-1980)

Post by Julien Léonard »

La rivière d'argent (Silver river) - 1948 :

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Le dernier film de la collaboration Walsh-Flynn, peut-être le dernier grand film de la filmographie de Flynn... La suite sera composée de jolies réussites, mais sans envergure "classique". Autant le dire tout de suite, Michael Curtiz et Raoul Walsh auront été les deux seuls cinéastes (à fortiori les plus grands, et de loin) à savoir gérer à la perfection le potentiel quasiment infini d'Errol Flynn. Dans leurs mains expertes, ce grand acteur fut tout simplement l'un des plus éblouissants de son époque. Chez les autres, parfois bons, tels que Ray Enright, Vincent Sherman et surtout William Keighley, il aura été juste très bien, privé de la vision et du savoir-faire d'un vrai grand cinéaste.

Alors, cette Silver river ? Un grand western, mais pas seulement. Car le film débute comme un western, continue comme un film sur le "business à l'américaine", et enfin termine sur une note politique. Une fois de plus, Raoul Walsh parvient à tout orchestrer avec un talent de conteur hallucinant : cascades magnifiques (la première séquence), dialogues savoureux, répliques qui claquent comme des coups de poings, rebondissements à la vitesse d'une mitrailleuse... Rien ne manque. Le personnage de Flynn est cette fois-ci plus jusqu'au-boutiste encore, dépassant l'insolence et la désinvolture de presque tous ses personnages précédents. Mais ici, au contraire, tout cela le mènera à sa ruine, et non à la réussite ou vers la gloire, comme par le passé. La rivière d'argent est ainsi une sorte de révélateur à posteriori, car Flynn y brille encore de tous ses feux, mais plus pour longtemps, la chute étant à l'évidence pour bientôt. Mais pour le moment, qu'importe, l'humour reste présent, et bien que la deuxième partie du film soit indéniablement plus sombre et plus dramatique, l'ensemble est bientôt revigoré par un happy-end aussi intéressant que factice. En effet, c'est peut-être ici le seul échec de Walsh, dans les dix dernières minutes... Après avoir offert un film tout entier dédié à l'excès et au rythme, comme il sait si bien le faire, il échoue en partie sur une fin trop rapide et même un peu gênante. Si, dans ce film, le capitalisme américain y est énoncé de l'une des plus efficaces et terribles manières (fil conducteur diablement novateur et inattendu), il reste que le dénouement n'offre qu'une résolution infantile et presque indigne des promesses antérieures du scénario. Intéressant, certes, notamment dans l'impressionnante masse populaire encerclant bientôt les quelques cavaliers tentant désespérément de fuir la ville, mais expédié ensuite avec quelques dialogues dispersés et sans mesure.

Certes, cela ne suffit pas à gâcher un film qui, dans l'ensemble, se révèle être du "grand Walsh", mais que l'on est loin tout de même de la perfection incarnée par le duo They died with their boots on / Gentleman Jim. Le sujet, centré sur une Amérique économiquement agressive alors naissante, méritait une autre ouverture finale... Disons qu'il manque peut-être un bon quart-d'heure pour que la sensation de trop grande rapidité soit évacuée. Au vu de l'impressionnante qualité artistique des 90 précédentes minutes, cela était pourtant possible. Pour revenir et finir sur Errol Flynn, et bien précisons à nouveau à quel point il impressionne de toute son allure. A 39 ans et déjà marqué par l'alcool (c'est très visible depuis le superbe Aventures en Birmanie en 1945), il continue pourtant d'être beau comme un dieu et de se déplacer comme un gentleman, aussi à l'aise dans l'action que dans les dialogues cocasses. Il ne manque que Olivia De Havilland, que décidément aucune actrice n'a su égaler à son bras, pour que le bonheur soit sans tâche. En tout cas, le dytique réalisateur-acteur nous gratifie encore d'un film marquant et sincère, à défaut de valoir leurs plus grande réussites.
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