Don Siegel (1912-1991)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Léo Pard
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by Léo Pard »

Frank 'Spig' Wead wrote:On ne dira jamais assez à quel point les coupes de cheveux étaient anachroniques dans les westerns :arrow: Elvis, Ricky Nelson, Chris Christopherson...
Et encore, au moins Elvis a fait un effort sur les rouflaquettes pour ce film. Dans le même genre, on peut aussi certains films des années 1970 censés se dérouler quelques décennies en arrière.
Frank 'Spig' Wead
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by Frank 'Spig' Wead »

Je ne pense pas qu'Elvis portait des "rouflaquettes" en 1960. Cela dit je n'étais qu'à moitié ironique, tout est anachronique dans les westerns, à commencer par la taille des chevaux, les tenues - qui en disent plus long sur la date de tournage qu'autre chose - les armes... mais qui s'en soucie, les codes du genre suffisent à la vraisemblance. Même les coupes de cheveux d'un Robert Taylor ne sont pas "historiques".
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shubby
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Re:

Post by shubby »

Jeremy Fox wrote:
Roy Neary wrote:Je te trouve bien dur avec Sierra Torride, monsieur Fox.
Bien que ma dernière vision remonte aux calendes grecques, je m'en souviens comme d'un monument de décontraction avec une Shirley MacLaine espiègle comme je l'aime et un Eastwood jouant un pauvre mâle ayant maille à partir avec son tempérament. Le film était un peu un mélange entre western américain classique et western spaghetti (enfin, d'après mes souvenirs) et se laissait agréablement suivre.
Mais oui mais justement Roy, ma vision remontait aussi loin que toi et j'en avais gardé ce même souvenir. La revision a été fatale :wink:
Revu ce jour. Un 06 juillet, ce qui est marrant parce que le film commence un... 06 juillet. Dingue.
Je rejoins Roy : je l'aime toujours autant, ce 2 mules for sister sara - j'adore le titre us. Il a un petit côté Cable Hogue dans sa façon de montrer les relations entre hommes et femmes. Trop bavard, un peu longuet au milieu mais la grande finale étonne encore par sa violence et, surtout, l'alchimie Eastwood/MacLaine fonctionne du feu de Dieu. Jubilatoire. Faussement léger à mon sens que ce western en cela qu'il nous montre deux personnes qui survivent à leur façon dans un monde sauvage qui rejoindrait presque le post-apo à la Mad Max - qui rejoignait un peu le western de son côté, oui, je sais. Et quelle BO de Morricone ! Reprise dans le Django de Tarantino.
On sent que Siegel veut en découdre avec Leone mais aussi Peckinpah. Il se plante un peu rayon lyrisme et violence mais y gagne à donf avec ses personnages et une très belle écriture des dialogues. Pimenté.

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Commissaire Juve
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by Commissaire Juve »

Je fais également partie des défenseurs de ce film (Shirley en force ! :mrgreen: ). Mais, avec cette chaleur, je préfère penser à autre chose.

Il y a un passage qui me fait toujours poiler : quand Sister Sarah revient du camp franco-mexicain, après l'extrême onction du colonel, et qu'elle file sur son petit âne tel Speedy Gonzales ! :lol:

J'ajoute que les mecs qui se sont occupés du jaquetage du BLU sont de grosses buses, aussi stupides que ceux qui ont spoilé le "Planet of the apes" de 1968 ! Des claques, des claques et des coups de pompe dans le train ! Ils ne méritent rien d'autre.
La vie de l'Homme oscille comme un pendule entre la douleur et l'ennui...
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shubby
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by shubby »

Commissaire Juve wrote:J'ajoute que les mecs qui se sont occupés du jaquetage du BLU sont de grosses buses, aussi stupides que ceux qui ont spoilé le "Planet of the apes" de 1968 ! Des claques, des claques et des coups de pompe dans le train ! Ils ne méritent rien d'autre.
Carrément. Et sur la jaquette et dans le résumé c'est balancé salement.
braddock2
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by braddock2 »

Revu aussi il y a peu avec un grand plaisir.

Il me semble plutôt que le film commence deux jours avant la fête nationale américaine soit le 2 juillet si ma mémoire est bonne !
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shubby
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by shubby »

braddock2 wrote:Revu aussi il y a peu avec un grand plaisir.

Il me semble plutôt que le film commence deux jours avant la fête nationale américaine soit le 2 juillet si ma mémoire est bonne !
Non, c'est bien le 06. Les vilains sont français ; le compte à rebours va jusqu'au 14 juillet.
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Jeremy Fox
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by Jeremy Fox »

Contre une poignée de diamants (The Black Windmill) 1974

John Vernon et Michael Caine impeccables -sans que ce dernier ne la joue pince-sans-rire pour une fois mais au contraire très sérieux- mais scénario qui a vraiment eu du mal à me captiver. Cette histoire d'enlèvement d'enfant, de demande de rançon et d'espionnage m'a paru un peu tarabiscotée et je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages pas plus qu'à la mise en scène de Siegel. Moyennement convaincu.
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Alexandre Angel
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by Alexandre Angel »

Jeremy Fox wrote:Contre une poignée de diamants (The Black Windmill) 1974
John Vernon et Michael Caine impeccables -sans que ce dernier ne la joue pince-sans-rire pour une fois mais au contraire très sérieux- mais scénario qui a vraiment eu du mal à me captiver. Cette histoire d'enlèvement d'enfant, de demande de rançon et d'espionnage m'a paru un peu tarabiscotée et je n'ai pas réussi à m'attacher aux personnages pas plus qu'à la mise en scène de Siegel. Moyennement convaincu.
Pareil. C'est pro, on ne s'ennuie pas mais il n'y a rien de trop.
De Don Siegel, je serais curieux de revoir Telefon. Et The Line up m'attend sur son étagère.
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Kevin95
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by Kevin95 »

COOGAN'S BLUFF - Don Siegel (1968) révision

Aimable petit polar à la cool, qui serait passé entre les mailles du filet si le film ne marquait pas la première rentre entre Don Siegel et Clint Eastwood et si le postulat comme la caractérisation du personnage principal ne devançaient pas de quelques années leur carton commun, Dirty Harry (1971). Même cynisme, même décalage entre un personnage brutal et une société aseptisée, même combat entre un flic droit dans ses bottes et une loi incohérente. Mais si Dirty Harry est un film séminal, ambigu et profondément mélancolique, Coogan's Bluff en revanche, pose les questions sans attendre la réponse, rigole un bon coup et se soucie peu du message à délivrer. C'est un film de série ultra plaisant, plombé par moment par le manque de moyen ou par les décors très télévisés de la Universal, mais doux à l’œil car porté par un comédien au charisme destructeur et un metteur en scène qui ne joue jamais au plus malin. Au fond, on serait plus proche des polars en tongs de la fin des 60's comme Tony Rome de Gordon Douglas (1967) que de Harry le dégueulasse.
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Kevin95
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by Kevin95 »

TELEFON - Don Siegel (1977) révision

Le tristoune The Shootist (1976) l'ayant bien fatigué (because John Wayne), Don Siegel revient à du ciné costaud, parano, brutal. Film d'espionnage avec Charles Bronson et là on comprend tout de suite qu'on va, ni être chez James Bond, ni chez l'antiquaire John le Carré mais dans une des dernières traces du cinéma tordu et énervé des seventies. L'intrigue est classique même si Telefon change la donne en prenant un soviétique comme personnage principal et en multipliant les séquences étranges comme cette mère de famille qui, dictée par un lavage de cerveau, va allumer des bombes en peignoir et chaussons. C'est un peu The Manchurian Candidate de John Frankenheimer (1962) repassé à la machine du petit polar violent, où Bronson ne lâche rien et où Donald Pleasence ricane diaboliquement. Efficace, Telefon est à ranger dans les petits merveilles du cinéastes pas assez (re)connues.
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Thaddeus
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by Thaddeus »

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L’invasion des profanateurs de sépultures
De la créature polymorphe de The Thing au méchant protéique de Terminator 2, le principe du corps "body-snatché" a toujours constitué l’un des ressorts les plus efficaces du cinéma de SF. Parce que l’invasion extraterrestre n’a pas de visage et s’en prend directement aux êtres humains, la paranoïa n’est pas suscitée par la crainte de ce qui est étranger mais par ce qui paraît le plus familier. L’emprise psychologique, la contamination souterraine du mal, la propagation invisible de la menace parmi une population d’abord incrédule puis déshumanisée, altérée par le fléau, incitent bien évidemment à la lecture politique. Mais c’est d’abord par les contrastes en noir et blanc, le motif du sommeil, le sentiment d’insécurité sociale, hérités du film noir, que ce classique du genre tient le choc du temps qui passe. 4/6

À bout portant
Deuxième adaptation, après celle de Siodmak, de la nouvelle d’Hemingway, souvent mutilé, édulcoré, européanisé à plaisir. Ici les tueurs se découvrent et font découvrir les autres pions du puzzle par la trame d’une enquête à la logique implacable. Parce qu’ils ne se définissent qu’au fur et à mesure de leurs actions, le film rejoint une grande tradition éthique de la culture américaine : celui du courant behavioriste. Revolvers silencieux, violence froide et fonctionnelle des passages à tabac, couleurs posées à plat, par touches de dominantes métallisées (bleu électrique, rouge publicitaire, jaune mat), découpage sec, court, brutal : avec ce polar coupant comme une lame, Siegel décuple une angoisse qui prend racine dans la banalité du quotidien et exprime la fatalité qui pèse sur une réalité menaçante. 4/6

Les proies
Le cinéaste a voulu réaliser un western sombre, claustrophobique, chargé de symbolisme, dans la tradition d’un Edgar Poe ou d’un Ambrose Bierce. Il y est parvenu, et rien n’interdit de penser que cette tranche de Southern gothic soit le film le plus effrayant depuis que Rosemary a mis au monde son bébé satanique. S’inspirant vaguement d’une tragédie d’Eschyle, il concentre au sein d’un huis-clos féminin, psychologique, oppressant, clairement démarqué du monde extérieur où la guerre de Sécession fait rage, un bouquet de haines et de désirs, de rivalités et de convoitises, qui s’exacerbent dans des relations où l’affectif s’imbrique perversement au sexuel, où chacun ment et se ment à lui-même. Un bijou de cruauté et de noirceur, dont l’atmosphère délétère et vénéneuse hante durablement. 5/6

L’inspecteur Harry
Film-matrice par excellence, celui du polar urbain moderne, dont le propos véritable est resté longtemps incompris, la première apparition du flic le plus ambigu de l’histoire du cinéma américain apparaît avec le recul comme une exploration particulièrement stimulante du tissu urbain : San Francisco, filmée sous toutes les coutures en ce début des années 70, comme jamais depuis Vertigo. Centre, périphérie, immeubles, terrains vagues, toits, boîtes, métro, stade, tunnel, jour, nuit sont scannés le long d’une haletante déambulation, tandis que son personnage-titre, capteur des déchets de la ville, moins nettoyeur que celui qui les prend à son compte, s’affirme en une sorte de saint laïque, brutal mais aussi tragiquement seul et désespéré, dont la violence même s’exerce telle un exorcisme cathartique. 4/6

Tuez Charley Varrick !
Argument de série noire ultra-classique : un ex-pilote acrobate se livre à des braquages sans risque sur des banques provinciales aux confins du Nouveau-Mexique, jusqu’au jour où il subtilise sans s’en rendre compte un énorme magot déposé par la Mafia. Les ennuis commencent. Véritable phénix pour qui "se dépouiller du vieil homme" passe du sens biblique au sens littéral, le héros apporte au film, par son sang-froid, sa ruse, le profit qu’il tire des contradictions de l’adversaire, une forme de désinvolture tranquille en accord avec l’art de Siegel : création de seconds rôles fortement dessinés, humour noir radical, refus de toute approche psychologique au profit d’une attention constante aux détails, déroulement ingénieusement morcelé de l’action, qui achève de prêter vraisemblance et intérêt à l’anecdote. 4/6


Mon top :

1. Les proies (1971)
2. À bout portant (1964)
3. L’inspecteur Harry (1971)
4. Tuez Charley Varrick ! (1973)
5. L’invasion des profanateurs de sépultures (1956)

Technicien remarquable, chef d’orchestre de quelques films de genre parmi les plus accomplis, nouveaux et imités de leur époque, Don Siegel a su imposer son empreinte sèche et implacable au sein de l’industrie hollywoodienne. Son héritage ne doit pas être mésestimé.
Last edited by Thaddeus on 18 Jun 17, 22:38, edited 1 time in total.
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Alexandre Angel
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by Alexandre Angel »

@Thaddeus
Il te faut découvrir l'excellent Tuez Charley Varrick!, un de ses meilleurs films..avec un Joe Don Baker stratosphérique.
kiemavel
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by kiemavel »

Alexandre Angel wrote:@Thaddeus
Il te faut découvrir l'excellent Tuez Charley Varrick!, un de ses meilleurs films..avec un Joe Don Baker stratosphérique.
Le dernier des géants ; L'évadé d'Alcatraz ; L'enfer est pour les héros ce n'est pas honteux non plus.
Après ; aucun de ses nombreux films criminels pré Harry ; rien que 10 films de The Verdict, 1946 à Edge of Eternity, 1959 ne se détachent vraiment. Mais si je ne vois aucun chef d'oeuvre, un seul est largement évitable (Edge of Eternity) et un grand méconnu vaut largement la peine au contraire, c'est The Gun Runners / trafiquants d'armes à Cuba, 3ème version de To have and Have not.
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Alexandre Angel
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Re: Don Siegel (1912-1991)

Post by Alexandre Angel »

kiemavel wrote: et un grand méconnu vaut largement la peine au contraire, c'est The Gun Runners / trafiquants d'armes à Cuba, 3ème version de To have and Have not.
Effectivement, merci! :wink: