Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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NotBillyTheKid
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by NotBillyTheKid »

Le Clan des Godardiens s'élargit ! :D

eh eh !
J'avais fait un top des Godard par "périodes" à une époque, faut que je retrouve ça (et depuis,j'ai vu quelques courts et quelques films des 70's pas vu alors).

Alors, en tant que Godardophile dont la godardophilie ne peut pas trop être mise en doute, je me lance :

Le Mépris ne fait pas partie de mes Godard préférés (même si je l'aime beaucoup, passionnément, tragiquement).
Pierrot le fou va plus loin, à mon avis. Disons ausi que, pour les 60's, Vivre sa vie, Une femme mariée, Alphaville sont aussi de sacrés morceaux trop peu mis en avant...

je dis ça surtout pour pousser Jeremy Fox à corps perdu là-dedans, bien sûr.. :wink:
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O'Malley
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Re: Re:

Post by O'Malley »

Jeremy Fox wrote:
O'Malley wrote:
:shock:
Quelque fois, il vaut mieux ne rien dire! :oops: :?

J'ai connu la même révélation que Jérémy l'été 2008 en revoyant Pierrot le Fou (véritable uppercut esthétique/artistique/cinématographique/philosophique/politique/social...et encore plein d'autres choses...) et A bout de souffle et quand je relis ça, ça fait un peu mal. Participer à un forum, ça laisse des traces même si l'exercice est intéressant d'un certain côté pour appréhender sa propre évolution. :mrgreen:
Combien de fois me suis-je aussi fait sursauter en relisant ce que j'avais pu écrire ici même quelques années auparavant :lol:
pour ma part, c'est aussi loin d'être la première fois. Mais là, il fallait que je réagisse! :lol:

Vivre sa vie et Masculin-Féminin , découverts depuis, sont passionnants aussi.
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Jeremy Fox
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by Jeremy Fox »

NotBillyTheKid wrote:
je dis ça surtout pour pousser Jeremy Fox à corps perdu là-dedans, bien sûr.. :wink:
Pas d'inquiétudes à avoir ; j'ai même tenté Made in USA hier soir et ça ne m'a pas déplu. Plastiquement, c'est superbe. On retrouve son travail sur ses mêmes couleurs fétiches au milieu de décors blancs (le rouge, le bleu et le jaune), d'innombrables références au cinéma américain, des séquences d'une belle cocasserie (celle du bar entre autres avec l'inventaire :lol: ) ; un ensemble plaisant et ludique à défaut d'être aussi réussi que précédemment. Belle dernière scène avec Philippe Labro.

J'en resterais quand même surtout pour le moment à ses 60's car j'ai de trop mauvais souvenirs de certains de ses films récents comme Nouvelle Vague. Qu'en penses tu ?
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by NotBillyTheKid »

Jeremy Fox wrote:
NotBillyTheKid wrote:
je dis ça surtout pour pousser Jeremy Fox à corps perdu là-dedans, bien sûr.. :wink:
Pas d'inquiétudes à avoir ; j'ai même tenté Made in USA hier soir et ça ne m'a pas déplu. Plastiquement, c'est superbe. On retrouve son travail sur ses mêmes couleurs fétiches au milieu de décors blancs (le rouge, le bleu et le jaune), d'innombrables références au cinéma américain, des séquences d'une belle cocasserie (celle du bar entre autres avec l'inventaire :lol: ) ; un ensemble plaisant et ludique à défaut d'être aussi réussi que précédemment. Belle dernière scène avec Philippe Labro.

J'en resterais quand même surtout pour le moment à ses 60's car j'ai de trop mauvais souvenirs de certains de ses films récents comme Nouvelle Vague. Qu'en penses tu ?
Je te conseillerais de ne pas te limiter au 60's pour ça... Je ne suis pas hyper fan non plus du début 90's de JLG (Helas pour moi est dans la même veine que Nouvelle vague).
En dehors des 60's, tu peux essayer "tout va bien" pour les 70's, "soigne ta droite" pour les 80's (j'aime bien Prénom Carmen, aussi. Passion, c'est bien.), et le formidable JLG/JLG vers 1995 annonce une nouvelle ère, avec Les histoire(s) du cinéma. Notre musique est, àmon avis, un très grande réussite aussi.
Si tu peux choper des courts des 80's, 90's, c'est une bonne introduction à ces univers là. Notamment "Lettre à Freddy Buache", "puissance de la parole"...

Made in USA est sympa, oui. C'est juste qu'il ne faut pas "attaquer" avec lui (comme Week-end, très bon, mais rude. Ou plus tard "Je vous salue marie").
J'avais pas mal bossé, pour mon mémoire (tu le retrouves en ligne facilement) sur la scène du bar, justement... "Apellez moi Barman, ou paul... après tout,je ne suis pas bien plus âgé que vous.."
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by villag »

Watkinssien wrote:
villag wrote:N'aimant ni Bardot, ni Piccoli........!reste pour moi la musique de Delerue ; mais là, pas besoin d'images........
Je n'ai pas compris, tu l'as vu et tu ne l'aimes pas ou tu ne veux pas le voir ?


Je l'ai vu, il y a longtemps et n'ai pas aimé....je n'ai, non plus, pas envie de le revoir...;( peut etre à tort d'ailleurs!); pour repondre à Jeremy à propos de la musique, j'ai entendu, sur France Musique, il y a la aussi tres longtemps, Lorin Maazel dirigeant l'orchestre national dans une oeuvre de Delerue, appelée SUITE CINEMATOGRAPHIQUE, qui,pour l'essentiel etait composée d'une serie de variations tirées justement de la musique de ce film....; je n'ai pas reussi à trouver un cd de cette oeuvre, tres belle au demeurant....;
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Jeremy Fox
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by Jeremy Fox »

NotBillyTheKid wrote: Je te conseillerais de ne pas te limiter au 60's pour ça... Je ne suis pas hyper fan non plus du début 90's de JLG (Helas pour moi est dans la même veine que Nouvelle vague).
En dehors des 60's, tu peux essayer "tout va bien" pour les 70's, "soigne ta droite" pour les 80's (j'aime bien Prénom Carmen, aussi. Passion, c'est bien.), et le formidable JLG/JLG vers 1995 annonce une nouvelle ère, avec Les histoire(s) du cinéma. Notre musique est, àmon avis, un très grande réussite aussi.
Si tu peux choper des courts des 80's, 90's, c'est une bonne introduction à ces univers là. Notamment "Lettre à Freddy Buache", "puissance de la parole"...

Made in USA est sympa, oui. C'est juste qu'il ne faut pas "attaquer" avec lui (comme Week-end, très bon, mais rude. Ou plus tard "Je vous salue marie").
J'avais pas mal bossé, pour mon mémoire (tu le retrouves en ligne facilement) sur la scène du bar, justement... "Apellez moi Barman, ou paul... après tout,je ne suis pas bien plus âgé que vous.."
Je te remercie des conseils ; je prends note de tout ça et guetterais les DVD à bas prix :wink:
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by Jeremy Fox »

La musique que Delerue a composé pour la superbe série documentaire Tours du monde, tours du ciel lui ressemble d'ailleurs beaucoup tout en étant encore un peu plus émouvante. Comme s'il avait voulu encore améliorer son thème du mépris.
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by NotBillyTheKid »

Jeremy Fox wrote:
NotBillyTheKid wrote: Je te conseillerais de ne pas te limiter au 60's pour ça... Je ne suis pas hyper fan non plus du début 90's de JLG (Helas pour moi est dans la même veine que Nouvelle vague).
En dehors des 60's, tu peux essayer "tout va bien" pour les 70's, "soigne ta droite" pour les 80's (j'aime bien Prénom Carmen, aussi. Passion, c'est bien.), et le formidable JLG/JLG vers 1995 annonce une nouvelle ère, avec Les histoire(s) du cinéma. Notre musique est, àmon avis, un très grande réussite aussi.
Si tu peux choper des courts des 80's, 90's, c'est une bonne introduction à ces univers là. Notamment "Lettre à Freddy Buache", "puissance de la parole"...

Made in USA est sympa, oui. C'est juste qu'il ne faut pas "attaquer" avec lui (comme Week-end, très bon, mais rude. Ou plus tard "Je vous salue marie").
J'avais pas mal bossé, pour mon mémoire (tu le retrouves en ligne facilement) sur la scène du bar, justement... "Apellez moi Barman, ou paul... après tout,je ne suis pas bien plus âgé que vous.."
Je te remercie des conseils ; je prends note de tout ça et guetterais les DVD à bas prix :wink:
il doit toujours exister pas cher le coffret allemand (cf amazon.de) avec Bande à part, Une femme mariée et JLG/JLG. Il existe de meilleures copies, mais elles restent très correctes et très abordables :wink:
edit : http://www.amazon.de/Jean-Luc-Godard-Co ... 967&sr=8-3
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by Boubakar »

NotBillyTheKid wrote:il doit toujours exister pas cher le coffret allemand (cf amazon.de) avec Bande à part, Une femme mariée et JLG/JLG. Il existe de meilleures copies, mais elles restent très correctes et très abordables :wink:
Mais en fait, Jeremy nous lance un message odé... allez savoir lequel. :fiou:
(j'aurais du prendre ce coffret "Nouvelle vague", quand j'en ai l'occasion)...
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Jeremy Fox
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by Jeremy Fox »

:lol:

Les sous titres sont-ils débrayables sur le coffret allemand ?
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by NotBillyTheKid »

Ja ! 8)
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by Grimmy »

Jeremy Fox wrote:La musique que Delerue a composé pour la superbe série documentaire Tours du monde, tours du ciel lui ressemble d'ailleurs beaucoup tout en étant encore un peu plus émouvante. Comme s'il avait voulu encore améliorer son thème du mépris.
Ah oui, c'était beau, ça !! J'ai le cd que je passais un temps en boucle.
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Zelda Zonk
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by Zelda Zonk »

NotBillyTheKid wrote:Le Clan des Godardiens s'élargit ! :D

eh eh !
J'avais fait un top des Godard par "périodes" à une époque, faut que je retrouve ça (et depuis,j'ai vu quelques courts et quelques films des 70's pas vu alors).

Alors, en tant que Godardophile dont la godardophilie ne peut pas trop être mise en doute, je me lance :

Le Mépris ne fait pas partie de mes Godard préférés (même si je l'aime beaucoup, passionnément, tragiquement).
Pierrot le fou va plus loin, à mon avis. Disons ausi que, pour les 60's, Vivre sa vie, Une femme mariée, Alphaville sont aussi de sacrés morceaux trop peu mis en avant...

je dis ça surtout pour pousser Jeremy Fox à corps perdu là-dedans, bien sûr.. :wink:
Vivre sa vie est dans mon Top 100
Les autres Godard, faudrait que je les découvre ou redécouvre, car c'est finalement un réalisateur que je connais peu ou mal.
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by homerwell »

Un film bourré de fulgurances (les deux premières séquences par exemple, le générique et l'effeuillage de BB) durant lesquelles tous les sens sont mis en alerte et en émoi. C'est le deuxième film de Godard que je découvre après "A bout de souffle". Les fulgurances que j'évoque, si elles sont déjà présentes dans "A bout de souffle", ne m'étaient apparues que comme des promesses à venir, le tout malgré sa fraicheur d'esprit manquait de lien. Mais là, le récit reste fluide, pas de longueurs, pas de maladresses, et en plus une perfection formelle.
Comme tout le monde je commencerai par rendre un hommage à la superbe musique mais aussi à son utilisation. Pas une fois je ne me suis dit que j'avais trop entendu ce petit air, ni qu'il était trop présent, ou utilisé à mauvais escient (comme dans un Lelouch par exemple).
Je continuerai en soulignant la photo et le travail de Raoul Couthard, (admirateur de Schoendoerffer, c'est là que je l'ai découvert), formidable bonhomme, j'ai envie de le comparer au premier violon d'un orchestre dont Godard serait le chef. Les couleurs vives, sans doute une lubie de réalisateur dans le superbe écrin que constitue Capri, ou les affiches de cinéma que l'on croise dans les studios Cinecitta, les lumières dans la salle de projection/montage, tout est magnifié.
Troisième élément immédiatement remarquable, la distribution, formidable elle aussi. Ce mélange des genres est déjà un jalon en écho à la perfection formelle que j'évoquais plus haut. Certains coupent les cheveux en quatre, soulignant des contre performances dans le jeu. A quoi bon, quant ils me sont apparus un peu moins bon, j'étais tellement content de les avoir là sous les yeux que tous les acteurs, je les aimais totalement.
Les dialogues sont énormes, j'ai enfin compris d'où venaient certaines des plus croustillantes citations lues ici et là sur les forums...

[quote]"C'est formidable le cinéma. On voit des filles avec des robes. Le cinéma arrive et on voit leurs culs..." [/quote]


[quote]"Quand j'entends le mot culture, je sors mon carnet de chèque" [/quote]


[quote]"N’oubliez pas, Monsieur, que ce ne sont pas les Dieux qui ont crée les Hommes, mais les Hommes qui ont crée les Dieux. "[/quote]


Pour revenir sur l'histoire de ce couple formé par Bardot et Piccoli, le sujet principal de cette histoire d'ailleurs, et à cette interrogation sur le mépris affiché par Camille, je ne cherche peut-être pas suffisamment loin mais la raison me semble évidente. Camille ne pardonne pas à Paul de l'avoir utilisé auprès du producteur. Quant il la laisse seule avec Palance, il lui dit implicitement qu'il veut l'utiliser comme une fille facile au service du puissant qui peut lui faire décrocher un contrat. Il n'y a là aucune psychologie de bazars ou déductions hasardeuses à faire, Paul est un salopard.

Conclusion : pour toutes les raisons que j'ai tenté de développer, le film est bien plus que les fulgurances dont j'ai parlé en introduction, c'est une œuvre magistrale.
Alligator
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Re: Le Mépris (Jean-Luc Godard - 1963)

Post by Alligator »

http://alligatographe.blogspot.com/2010 ... epris.html

Image

Bigre, que de temps il m'a fallu pour me replonger dans le bain godardien! Entre l'adulation sans borne et le rejet pur et simpliste, il existe un petit espace où le cinéphile peut trouver refuge. Car le chercheur, l'expérimentateur Godard me broute parfois alors que le littérateur, le provocateur peut me ravir... ou l'inverse. Et puis il y a l'amoureux de l'image, du cinéma, de l'art en général, personnage plus subtil qu'il en a l'air.

Dans ce film, les trois Godards sont là. Je ne sais pas si "Le mépris" est le premier film tourné en cinémascope par le cinéaste, mais les jeux auxquels il s'adonne m'y font songer. De même pour la couleur. Les nombreux travellings dans les ruelles de Cinecitta, les allées et venues de la caméra, gauche-droite dans la salle de projection, et ne serait-ce que le premier plan filmant la caméra cinémascope, de nombreuses scènes rendent hommage à ce format si singulier, ces deux bandes noires qui emprisonnent la perception du spectateur.
Dès les deuxièmes séquences du film, les couleurs entrent en jeu, cherchant à se distinguer, insistent un peu lourdement sur leur présence. En montrant le cul de Bardot en rouge, jaune et bleu, Godard affirme un peu trop ostensiblement que la forme n'est qu'artifice, qu'elle se fabrique comme un objet, que Bardot et l'image sur-réelle que le monde du cinéma projette n'est qu'une illusion, une association de couleurs, des jeux de lumières, que l'image de cinéma n'est que fictive. Oh je suppute! Mais face à un film qui s'octroie de si vastes marges de liberté esthétique et narrative, on est bien obligé de supputer comme un sagouin.

D'autre part, en situant son film dans le bleu et le rouge méditerranéen de Rome à Capri, le réalisateur convoque lumières et couleurs afin d'offrir à l'histoire son écrin de passion. Car ce qui importe le plus, c'est cette admirable idée de juxtaposer l'Odyssée d'Homère à l'histoire amoureuse du couple Bardot-Piccoli. Qu'est-ce qui peut expliquer la fin de l'amour, le mépris? Comment un homme peut perdre l'amour d'une femme? Qui n'aime plus en premier? Celui qui provoque le mépris ou celui qui l'éprouve? Qui est responsable? Ulysse ou Pénélope? Est-ce irrémédiable? Etc.
Cet astucieux procédé a l'avantage d'être bien lisible, compréhensible. Le discours porte sans difficulté. Je ne sais pas bien pourquoi Godard inclut des scènes explicatives inutiles. On y voit par exemple, Piccoli raconter à Fritz Lang ce qu'on a déjà compris, à savoir qu'il est Ulysse quand Bardot est Pénélope. L'attention et l'intelligence du spectateur (mais si, mais si) sont sollicitées.

C'est une balade presque parfaite. Presque. Les scènes dans l'appartement sont très longues et lassantes, en grande partie à cause de dialogues redondants. Le dialogue de sourds auquel nous assistons se révèle vite pénible.

Heureusement, le voyage à Capri relance la roue de ce couple à la dérive. Le lien Odyssée / histoire présente se fait encore plus resserrée face à l'étendue bleue. Capri est Ithaque. Et ici, ce qui n'était que royaume de l'artifice prend le pas sur la vraie vie, quand la littérature se confond avec le réel, dans une sorte de théâtre de la vie, ce que le toit de la villa de Capri nous rappelle constamment.

Film amoureux du cinéma, ode au spectacle, les couleurs, le format scope, Cinecitta et ce jusque dans la distribution où viennent trôner les trophées humains de Godard : Fritz Lang, Ze grandissime Fritz, l'un des meilleurs cinéastes de l'histoire du cinéma, qui a sû y entrer dès le muet, traverser les océans, les langues, les techniques pour bâtir une oeuvre immense, intelligente, riche, belle, spectaculaire autant que profonde, de l'émotion au divertissement. Et puis Jack Palance, le roi du cinéma bis, le cowboy d'Hollywood. Mais y a-t-il plus phénoménal que BB à l'époque, l'image sexuelle par excellence, la beauté incarnée des années 60 et dont le reflet des flammes continue encore aujourd'hui de danser et modeler les tendances érotiques? Godard fait joujou avec ces icônes.

Il est habile, fait preuve d'espièglerie, mais peut-être (voyez comme je suis prudent) également d'un manque de maitrise ou de retenue quelque fois. Dans son goût immodéré du mot, le cinéaste est par moments un peu lourd, en rajoute.

Bon film mais je ne parviens pas à lui trouver la force ni l'acuité que beaucoup décèlent. Difficile pour moi en ce moment de trouver les mots et d'avoir même les idées justes et claires. Mon expression est limitée sur ce film qui mérite sûrement des commentaires beaucoup plus pertinents. Je fatigue.