Dino Risi (1916-2008)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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feb
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Re: Dino Risi (1916-2008)

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Profondo Rosso wrote:L'Homme à la Ferrari de Dino Risi (1967)
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Francesco Vincenzini est grand-père pour la première fois mais le couple que forment son fils et sa belle-fille, Carolina, bat de l'aile. Quand la charmante femme décide de quitter son fils, Francesco n'a qu'une idée en tête : essayer de leur faire entendre raison et de les rabibocher. Mais voilà, lorsqu'il débarque chez Carolina, il oublie presque tout et se laisse séduire par les charmes de la belle, le réconfortant dans sa peur grandissante de devenir vieux.

Ce qui n'aurait pu être qu'une énième histoire de démon de midi et d'adultère devient une réjouissante comédie à l'écran grâce au talent de Risi et à l'abattage d'un Vittorio Gassman en grande forme. Le début est des plus amusant avec un Vittorio Gassman en chef d'entreprise omnipotent, mari parfait et très rigoureux et traditionaliste sur les bords. Tellement droit d'ailleurs qu'il faudra plusieurs tentatives à Ann Margret pour enfin lui mettre le grappin dessus. La trame est bien connue mais Dino Risi apporte une foule d'idée ludiques et inventives à sa narration, sa réalisation, qui rendent le film des plus agréables à suivre.
Des petits apartés en noir et blanc illustrant les rêves ou les souvenirs fantasmés de Gassman entrecoupent ainsi certains moment clés du film.

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Parmis les plus amusant un où Gassman se bat avec son fils pour lui raccourcir sa coiffure de hippie, qui tire dans le dos de Ann Margret quand il pense qu'elle le trompe ou quelques flashback audacieux. La forme est soignée avec un technicolor éclatant magnifiant une Rome touristique, quelques belles astuces de montages comme cette scène où sa femme lui propose des vacances pour se ressourcer, la séquence suivante enchainant sur les dites vacances, mais avec sa maîtresse... Risi inscrit le film dans la tonalité pop 60's du moment pour montrer le décalage entre Gassman et la jeune génération avec un festival de couleurs, de coupes à frange et de mini jupes, un zeste d'érotisme et interludes musicaux bien placés (dont un avec Gassman déguisés en simili Beatles).

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On retrouve également l'irrévérence habituelle de Risi envers la religion lors de ce moment où Gassman va se confesser chez un prêtre, le tout montré comme une vulgaire consultation chez un psy (prescription de ave maria comprise) avec une salle d'attente bondée.

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Toutes ces idées transcendent bien les scènes de vaudeville plus classique et attendue qu'on s'attend à trouver dans ce type de récit.
Vittorio Gassman livre un grand numéro, incarnant la lâcheté masculine dans toute sa splendeur, perdant la tête et incapable de faire son choix jusque dans les derniers instants (d'où un astucieux The End ? pour conclure) et la charmante Ann Margret lui offre une répartie parfaite entre manipulation et amour sincère. Très bonne Eleonor Parker (qui vieillissait très bien) en femme anxieuse et compréhensive. 4,5/6

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Le film sera diffusé en mai sur Orange Ciné Géants...à priori Profondo était moins sensible au charme de la miss Parker il y a 3 ans, pas une seule capture de la dame :mrgreen:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Profondo Rosso »

Pour ma défense on ne la voit tout de même pas énormément dans le film Eleanor Parker, en plus d'être doublée en italien :mrgreen: Par contre Ann-Margret :oops: Pas un grand Risi mais très sympa et Gassman s'y échauffe un peu pour son rôle de pourriture magnifique et Berlusconienne dans Au nom du peuple italien.
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by feb »

Profondo Rosso wrote:Pour ma défense on ne la voit tout de même pas énormément dans le film Eleanor Parker, en plus d'être doublée en italien :mrgreen: Par contre Ann-Margret :oops:
Ouch j'avais oublié ce point...j'y jetterai néanmoins un petit coup d'oeil :fiou:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by feb »

Profondo Rosso wrote:Pour ma défense on ne la voit tout de même pas énormément dans le film Eleanor Parker, en plus d'être doublée en italien :mrgreen:
Allez pour le plaisir :fiou: :mrgreen:
Par contre Ann-Margret :oops:
OUI :oops:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Profondo Rosso »

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Il est fatal ce combo de capture :mrgreen:

Alala qu'est ce qu'elle vieillissait bien Eleanor Parker :oops: . Et si tu es amateur de Ann-Margret je recommande vivement Ce plaisir qu'on dit charnel de Mike Nichols où elle est charmante et (accessoirement ) c'est un très bon film :mrgreen: .

Elle chante même divinement bien quelle femme !

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Jeremy Fox
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Jeremy Fox »

Les fans d'Ann-Margret (dont je fais partie) doivent surtout la voir dans Cincinatti Kid dans lequel elle rivalise de beauté et de sensualité avec la non moins sublime Tuesday Weld
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by feb »

Profondo Rosso wrote:Il est fatal ce combo de capture :mrgreen:
Je savais que ça te conviendrait :mrgreen:
C'est vrai qu'elle n'est pas présente tout du long mais son rôle ne semble pas trop mineur, par contre le doublage italien alors qu'on la voit clairement parler en anglais, cela a toujours tendance à me faire un peu sortir du film. Bon sinon je préfère quand même la voir dans The Naked Jungle avec un Technicolor qui la rend si flamboyante....:fiou: :mrgreen:
ed wrote:Portrait de la jeune fille en feu
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Profondo Rosso »

Le Sexe Fou de Dino Risi (1973)

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La sexualité débridée et libérée des 70's donnait l'occasion à Dino Risi de s'en donner à cœur joie dans la provocation avec ce savoureux film à sketches. Il avait déjà exploité ce filon sexuel dans le film un précédent film à sketches Une poule, un train... et quelques monstres avec un Nino Manfredi endossant tous les personnages principaux. Cette fois Risi ouvre la voie à la génération montante des stars comiques italiennes avec une Laura Antonelli popularisée par les comédies sexy (Malicia, Ma femme est un violon) et Giancarlo Giannini célèbre grâce à ses collaboration avec Lina Wertmüller. Tous deux seront des huit sketches où Risi par son regard féroce analyse toutes les pratiques, perversions et mœurs sexuelles étranges de ses congénères tapant sans distinction sur tous les milieux et classes sociales. Si Giancarlo Giannini représente toute la faiblesse et les instincts animaux de l'homme, Laura Antonelli sera elle l'objet et/ou le jouet de ses travers par son charme dévastateur.

Comme souvent dans le genre c'est inégal mais vraiment de bonne tenue dans l'ensemble.

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Madame, il est huit heures !

Démarrage sur les chapeaux de roue avec ce sketch où Giancarlo Giannini majordome est malmené par l'aussi tyrannique que sexy patronne campée par Laura Antonelli. Celle-ci absolument glaciale et hautaine multiplie involontairement (?) les situations équivoques qui mettent la libido de son subalterne à rude épreuve : sortie de piscine à moitié nue, endormie au petit matin en pleine posture provocante... Giancarlo Giannini est hilarant et débordant de désir, excellente entrée en matière.

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Deux cœurs et une bicoque

Deux époux vivant dans une misérable bicoque à l'orée de la ville avec une marmaille fort nombreuses ne cessent de se soupçonner tromperie et se battre avant de se réconcilier fort peu discrètement la nuit venue sous les oreilles de leurs enfants. Pas le plus intéressant du film, une sorte de pré Affreux, sales et méchants en moins intéressant Antonelli et Giannini n'étant pas très crédible dans ce registre populaire dégénéré et excessif.

Il n'est jamais trop tard

Giancarlo Giannini est marié à une épouse sculpturale mais souffre d'une terrible perversion : les femmes ne l'excite que passé le troisième âge... Sketch très drôle où notre obsédé va harceler une malheureuse grand-mère de ses avances. Elle finira par céder mais on va découvrir que son objectifs est encore plus fou...

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Lune de miel

Un couple de jeunes mariés ne parvient pas à conclure, l'homme perdant tous ses moyens face à la libido affolante de son épouse. Le mâle italien en prend pour son grade dans ce segment tordant, Giancarlo Gianni multipliant les attitudes et postures machistes envers son épouse avant de se retrouver totalement démuni dans l'intimité du lit conjugal. Laura Antonelli fausse oie blanche va donc prendre les choses en main pour découvrir le mal dont souffre son mari dans une conclusion mouvementée, dira t on...

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Travailleurs italiens à l'étranger

Le sketch le plus absurde du film. Installé en Allemagne un italien travaille à l'hôpital de la ville. Pas comme médecin comme on le penserai au départ mais comme... donneur de sperme ! Cette matinée de travail va s'avérer particulièrement prolifique puisqu'il va fournir son tribut en pensant à la plantureuse infirmière/sœur jouée par Laura Antonelli. Allemagne peuplée de blond platine aryen jusqu'au bout des ongles, une langue allemande plus proche du charabia qu'autre chose (avec quelques fous rires garantis dans l'exagération des intonations) et le summum avec une scène de fantasme extravagante où Laura Antonelli tombe la soutane de la plus affolante des manières, grandioses. La virilité du mâle italien est autant vantée (la quantité de la contribution est impressionnante :lol: ) que raillée, comme si elle était leur seule qualité nationale exportable.

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La Vendetta

Une veuve se venge de du richissime assassin de son mari en l'épousant et l'épuisant au lit jusqu'à ce que mort s'ensuive. Prévisible et pas très intéressant si ce n'est Laura Antonelli qui porte fort bien l'habit de veuve.

Un amour difficile

Un jeune homme originaire des pouilles décide de s'installer à Milan pour y faire son chemin, comptant sur l'aide de son frère qui y séjourne déjà. Celui-ci ayant disparu, il trouve l'amour avec un transsexuel pour une passion surprenante. Le sketch le plus original du film qui rappelle beaucoup le très joli Ornella dans Une poule, un train... et quelques monstres. Giancarlo Giannini amuse et émeut dans son ignorance de campagnard à la recherche de l'amour et Alberto Lionello évite la caricature avec une prestation étonnamment touchante en transsexuel. On attendait une grosse farce et le ton s'avère réellement sensible dans le traitement de cette relation. La chute logique, scabreuse et touchante fait son petit effet.

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L'invité

Gros vaudeville pour ce dernier sketch où la femme d'un industriel séduit l'invité de son époux qui ne se rend compte de rien. Laura Antonelli est déchaînée dans un grand numéro provocant sous la distinction Giancarlo Giannini (au look de binoclard pervers hilarant) malgré ses efforts virant à la cocotte-minute prête à exploser lors du final.

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Un bon cru donc avec au moins deux sketches d'anthologie (Travailleur italien à l'tranger et Un amour difficile).4,5/6
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by paul_mtl »

oui une bonne comédie a sketch avec un génial GG

Félicitation pour ces belles photos dont celle de Antonelli dans le bain. Argh..... :mrgreen:
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Profondo Rosso
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Profondo Rosso »

Il Giovedi (1963)

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Dino, la quarantaine, qui vit séparé de son épouse depuis de longues années, profite d’un jeudi passé en compagnie de son jeune fils de 8 ans, Robertino, pour tenter de gagner son affection et retrouver son estime…

Coincé entre des titres majeur de la filmographie d'un Dino Risi au sommet de son art (Une vie difficile, Les Monstres, Le Fanfaron sortent un peu avant ou après) Il Giovedi est considéré à tort comme un opus mineur du réalisateur. Son échec commercial aura amoindri sa portée face au succès en cours de Risi et surtout son ton intimiste et tendre, loin de la férocité et du cynisme habituel de l'auteur en fait un film assez différent et déroutant. Risi ne s'y trompait d'ailleurs pas, plaçant Il Giovedi parmi ses réalisations favorites.

On suit ici la rencontre d'une journée entre Dino (Walter Chiari), quarantenaire raté et sans le sous avec Robertino son jeune fils de 8 ans dont il ne s'est jamais occupé. Un fossé semble séparer le père gouailleur, exubérant et affabulateur et le fils réservé, bien élevé et au tempérament déjà très mature. Le récit va tâcher de les rapprocher en faisant tomber progressivement les masques au fil de cette journée et faire naître l'affection entre eux. Dino Risi (sur un scénario de Castellano et Pipolo) signe un récit tout en retenue, sans vrai pic dramatique ni rebondissement où l'émotion naîtra d'évènements mineurs qui permettent au père et fils de se découvrir au fil de cette journée. L'acuité du regard de Risi fait merveille pour saisir le caractère de chacun en quelques poignées de scène. L'introduction où l'on découvre un Dino endetté, entretenu et mythomane suffisent à nous expliquer sa situation et la distance avec Robertino élevé dans un milieu guindé et nanti se dévoile dès la première rencontre où les manières froide du garçonnet s'opposent à l'affection forcée de son père.

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Les premiers pas communs sont donc forts parlant avec un Dino cherchant à épater Robertino par ses mensonges où il se voit trop beau (héros de guerre, chef d'entreprise) tandis que le gamin acquiesce froidement et griffonne ses observations dans le petit journal intime qu'il tient déjà. L'ironie légendaire de Risi est bien présente mais perd de sa pure méchanceté pour se faire attachante dans le regard moqueur et tendre de ce père maladroit magnifiquement interprété par Walter Chiari. De même son côté scrutateur cruel des travers de ces concitoyens adopte cette fois le regard amusé et pas dupe du petit garçon qui de circonspect face à son géniteur bavard s'en amuse puis s'y attache peu à peu. Le naturel du jeune Roberto Ciccolini (pour son seul rôle cinéma) à la bouille craquante y est pour beaucoup, Risi capturant par une alternance de plan alterné ses sourires en coin, ses airs renfrognés et regards aimant ses réactions face aux les gesticulations de son géniteur. Le principe est posé dès le début lors des séquences en voiture où les deux se jaugent, plus tard ce sera pour montrer leur complicité naissante et plus le film avance pour ce motif tendra à disparaitre, Dino et Robertino enfin binôme se partageant la présence dans le plan le temps de jeu, course poursuite et blague diverse. La séquence dans le champ où ils ferment les yeux en imaginant leurs précédentes incarnations et les montrant en plan large dans ce grand espace expriment bien cela quand on contraire à la fin ils seront à nouveau séparés dans le cadre quand Robertino assistera du haut des escaliers à l'humiliation de son père par un créancier.

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Les micros drames ne sont pas absents de cette journée qui va confronter Dino à ses contradictions par son refus d'un emploi stable, l'échec de toutes ses combines et le dépit de sa compagne (charmante Michelle Mercier) exaspérée de cette immaturité. Sans forcer le trait et au fil de pérégrinations dans la langueur de cette Rome estivale, on assiste par des faits anodins à la prise de conscience de Dino qui de désinvolte et faux se transforme en vrai père sincère et joueur. Le regard quasi chirurgical de Risi présent dans ses plus grosses farces rend un tour plus retenu, la caricature dans la description des travers humain devenant ici une peinture ordinaire d'un homme maladroit, bardés de défauts mais très touchant. L'outrance laisse place à un déroulement et des situations inscrites dans le quotidien où l'humour plus léger et chaleureux que méchant naît des interactions entre le père et le fils. Pas de message (même si l'épanouissement de Robertino face à la décontraction populaire de son père opposée aux règles diverses de son cadre aristocrate est plusieurs fois soulignée) mais seulement un joli moment passé avec deux être qui se découvrent. La fin est très belle avec une nouvelle fois Risi échappant à l'écueil mélodramatique pour nous cueillir magnifiquement à travers la réaction simple et spontanée de Robertino au moment de quitter son père, celui-ci qui s'attarde pour l'observer à distance et leur lien s'exprimant par un simple sifflement de connivence. En forçant moins le trait, Dino Risi réalise sans doute son film le plus ouvertement chaleureux, plus même que Le Fanfaron. 5/6

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paul_mtl
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by paul_mtl »

A propos de Il giovedi

Les sites italiens le classent comme une comedie et les sites français comme un drame. Comédie-dramatique me semble être le meilleur classement. Selon IMDb, le film ne serait sortie en salle en France qu’en octobre 2011 soit presque un demi-siècle après sa sortie en Italie!

sinon j'ai ajoute un extrait vidéo a la critique de PR
http://comedieitalienne.com/2012/09/25/il-giovedi/
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Profondo Rosso
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Profondo Rosso »

Le Veuf (1959)

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Homme d'affaires médiocre et dépensier, Alberto Nardi est marié à Elvira, issue d'une riche famille à la tête d'une fortune conséquente. Alors que les créanciers le harcèlent, son banquier accepte de lui prêter de l'argent uniquement si son épouse le garantit. Lassée d'éponger les dettes de son mari, Elvira refuse et Alberto se prend à espérer un prompt veuvage...

Il Vedovo est la première collaboration importante entre Dino Risi et Alberto Sordi dont les précédents films en commun n'avait pas été marquant pour le réalisateur dans le mineur Venise, la lune et toi (1958) ou l'acteur dans Le Signe de Venus (1953) où il tenait un rôle secondaire. S'il faudrait attendre le suivant Une Vie difficile (1961) pour que les deux signent un chef d'œuvre de la comédie italienne, Le Veuf est déjà une belle et fort amusante réussite. Le film annonce en moins féroce le génial Il Boom de Vittorio De Sica (1963) qui y fustigeait la génération de jeunes viveurs dépensier et oisifs qu'avait créé l'embellie économique que rencontrait l'Italie.

Héros de Il Boom, Alberto Sordi répète en quelque sorte son rôle à venir en campant ici déjà un industriel médiocre et imbu de lui-même. Alberto est un homme tout en paraître et belle paroles qui ne séduisent que les plus sots (ses subalternes ou sa jeune maîtresse écervelée jouée par la charmante Leonora Ruffo) quand les plus clairvoyants ne sont pas dupes et devinent le perdant qu'il est. Le début du film le cerne en quelques scènes où on le voit poursuivit par les créanciers, feindre la réussite sociale (c'est plus simple en empruntant la voiture neuve de Madame) et céder à toutes les bassesses pour s'en sortir tel que revendre les luxueux cadeaux fait à sa maîtresse pour régler ses dettes. Dans son malheur, Alberto subit l'humiliation du miroir déformant renvoyé par son épouse Elvira (Franca Valeri) qui elle est richissime, habile en affaire et réussit dans tout ce qu'elle entreprend. Elvira lasse de ses mensonges et de ses échecs le méprise désormais et ne lui est plus d'aucun secours financier, ce qui le place dans une impasse pour le prêt qu'il souhaite obtenir et où la signature d'Elvira est nécessaire. Risi pose ici un regard féroce sur la bêtise de ces parvenus bons à rien, se montre d'un progressisme étonnant avec ce personnage de femme entrepreneuse (d'autant que Franca Valeri est charmante et pleine d'esprit, jamais présentée comme une épouse castratrice et monstrueuse) mais fustige aussi dans le même temps les grands hommes d'affaires dont la réussite confère une arrogance détestable (l'industriel cynique Carlo Fenoglio joué avec délectation par Ruggero Marchi). Les "petites gens" ne valent guère mieux tel la maîtresse Gioia (Leonora Ruffo) et sa famille s'accrochant aux premiers nouveaux bienfaiteurs venus tant qu'il a le portefeuille bien rempli.

Ce constat éclate avec plus de force encore lorsque l'intrigue rend soudainement Alberto veuf après que le train de son épouse ait déraillé et coulé dans un lac. C'est du pain béni pour un Alberto Sordi aux larmes de crocodile et au sourire en coin lorsqu'il apprend la nouvelle et l'acteur déploie avec un plaisir jubilatoire son registre le plus odieux, bombant le torse et fanfaronnant en vue de son futur héritage. Son entourage ne vaut pas mieux avec une tordante scène de veillée funèbre où ancien créanciers, amis gentiment méprisants et autres vautours divers deviennent soudain des êtres compatissants ne désespérant pas d'avoir leur part du gâteau. Une drôle de surprise attend pourtant Alberto qui s'est sans doute vu veuf richissime un peu trop vite. Le film plane très haut dans la drôlerie et le cynisme jusque-là et on rit aux éclats devant cette avalanche de comportement irrécupérables. La dernière partie lorgnant sur la comédie policière et un stratagème alambiqué pour se débarrasser définitivement de l'épouse gênant n'est pas désagréable mais nettement moins original et prenant. Et puis dans la comédie italienne, en matière de plan millimétré qui tourne à la catastrophe comme chacun sait Le Pigeon de Mario Monicelli reste intouchable. Un très bon moment néanmoins même si pour voir le thème plus brillamment exploité il faudra voir Il Boom de De Sica, d'un tout autre niveau. 4/6
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Commissaire Juve
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Commissaire Juve »

Up !

Je vais faire plaisir à Amarcord ! :mrgreen: Ce soir, j'ai découvert "Le fanfaron"... J'ai trouvé ça très sympa : le mouvement, la balade, le 15 août en 1962... même -- parfois -- la volubilité du "fanfaron" (qui est d'un sans-gêne incroyable, mais qui ne file jamais des envies de meurtre comme un Michel Blanc dans "Viens chez moi..."). Au bout de 59 minutes, je me demandais ce qu'il y avait encore à dire (Gassman en fait tellement qu'on est déjà à satiété), mais le réal est quand même parvenu à rebondir (j'ai bien aimé la partie "plage"... surtout pour son charme rétro). Quant à la fin... on la devine assez vite (une fin à la Clouzot), mais... c'est une bonne idée !

Le transfert vidéo n'est pas terrible ; c'est bien dommage. S'il sortait en HD (dans une édition de qualité, bien sûr), je repasserais certainement à la caisse.

PS : Catherine Spaak était vachement bien fichue ! (ça, c'est de l'analyse :mrgreen: )

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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Helena »

Primo Amore
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Dino Risi est un bon faiseur, Sessomatto et Mordi e Fuggi sont deux des films que je recommanderai, je les adore et il représente parfaitement le cinéma du réalisateur. Ici cette oeuvre fort sympathique n'a rien perdue de son charme et on continue d'avoir le sourire en la voyant. Ici le réalisateur nous propose une comédie assez glauque en soit au vu du récit. Ici les personnages ne sont pas aussi sympathiques que leurs acteur et actrice respectives. Les personnages qu'ils interprètent ne sont en rien des clichés au contraire, mais justement ils caractérisent parfaitement les problèmes de la société de l'époque via leur façon d'être et surtout les problèmes qu'ils ont. L'Italie de l'époque est perturbée par de nombreux problèmes, économiques, sociétales (je crois qu'on dit ainsi en français) mais aussi politique avec le début des actes terroristes. On sent une grande tension dans le pays et cela se ressent dans les productions de l'époque. Via les personnages, on caractérise parfaitement la société et bien que monsieur Risi use de stratagème pour nous donner le sourire, on en oublie pas le propos du film au contraire.
Ici il y a un choque des générations dont Risi est habitué, en effet lui qui est âgé nous présente un homme mature fort sympathique manipulé par une jeune femme manipulatrice et pouvant être froide alors qu'on sait que le portrait est en soit non réel, partial et qu'il ne représente pas obligatoirement les jeunes de l'époque, du moins pas tous et heureusement. Ici le réalisateur s'amuse à crée son duo en nous proposant des scènes fort marrantes, notamment dans la rencontre car en total décalage avec ce que l'on pouvait attendre, mais qui par la suite gardera un goût amer car les aventures qu'ils vivront ne seront pas forcément glorieuse j'ai envie de dire même si aura droit à des pures moments de poésies (les lits c'est bien ^^) et des scènes oniriques avec une Ornella Muti en danseuse envoûtante. Le film est impeccable dans ce qui concerne la caractérisation des personnages et surtout les liens qui les unie. Le film peut sembler répétitif par moment certes ou avec certaines lenteurs et pourtant on ne s'ennuie pas une seconde au contraire. Tout cela fonctionne grâce aux dialogues, aux jeux de notre casting et surtout à cette manière de filmer que nous propose Risi. L'alternance des plans en fonction des situations est toujours adéquate, distante quand il le faut, donnant un portrait de la société justement et intimiste quand il le faut, les cadrages sur les regards sont remarquables d'ailleurs.

Ici il y a une forte ironie en tout cas qui se dégage de l'oeuvre, sincèrement de nombreuses scènes prêtent à confusion car partant du basique pour devenir assez strange ou marrante, je ne dirai pas que l'atmosphère du film est particulière, au contraire elle est très proche de nombreuses oeuvres de l'époque et du cinéma du réalisateur, mais il y a quand même certaine particularités qui s'en dégagent, je ne sais pas il y a un sentiment ambigu, confus voir assez décalé par rapport au ton du film, mais qui fonctionne bien justement. L'oeuvre ne reste pas sur le même ton du début à la fin, au contraire l'oeuvre évolue fortement au fur et à mesure que les personnages évoluent et le réalisateur arrive à nous surprendre à de nombreuses reprises bien que le film soit proche quand même de nombreuses productions de l'époque, Italienne ou non. C'est une oeuvre sympathique en tout cas, avec des qualités et des défauts, mais ceux-ci ne gênent pas uniquement au contraire.
Après il y a par moment un manque qui je pense vient de la relation qui stagne, on ne sait pas si le réalisateur a une idée précise de tout ce qu'il veut raconter ou s'il improvise par moment, mais ce n'est pas réellement gênant!

J'adore d'ailleurs les plans de fin, l'oeuvre prend tout son sens en quelque sorte et culmine d'une manière fort agréable. Ce n'est pas le meilleur film de son réalisateur mais c'est une oeuvre vraiment intéressante, symbole de son époque avec un casting et une réalisation impeccable à laquelle je donne la note de 7/10. Le dvd est de qualité aussi, l'image et le son sont très bons et bien meilleurs que la version VHS assez moyenne en soit car parasité à plusieurs moments. L'image a vraiment était travaillé, notamment les contrastes magnifiques, la remasterisation est vraiment de qualité en tout cas! Les bonus sont très intéressants aussi et permettent d'avoir une vision différente de l'oeuvre et de remettre en perspective le travail du réalisateur dans le panthéon du cinéma venant d'Italie. Je vous recommande le film car certes il est imparfait, mais très bien même si je recommanderai plus particulièrement les deux films que je cite au début de mon message et qui existent aussi dans d'excellentes éditions dvds.
"Esotika, Erotika, Psicotika."
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Mes monstres

Post by lecoinducinéphage »

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"Mes monstres" de Dino Risi enfin édités en France aux éditions de Fallois, de singulières mémoires : http://www.lefigaro.fr/livres/2014/01/0 ... nfaron.php et http://www.franceculture.fr/emission-ma ... 2014-01-04
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