Dino Risi (1916-2008)

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Alligator
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Re: Dino Risi (1916-2008)

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Il Sorpasso (Le fanfaron) (Dino Risi, 1962) :

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caps à gogo
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Risi invite souvent son spectateur à un voyage. Le fanfaron est par essence d'abord un road-movie, une invitation à découvrir la banlieue et la campagne romaine, les bords de mer investis par les romains sous le soleil de la mi-août. L'Italie se découvre une folle envie de vivre ardemment après la guerre, surtout la jeune génération. Les scénaristes Scola, Maccari et Risi vont utiliser une sorte de couple aux allures clownesques, l'un servant de miroir à l'autre, en contraste physique autant que philosophique, sorte d'anti paire clown blanc et auguste (ici c'est l'auguste qui décide).

Gassman est un faux adulte, celui qui n'a jamais cessé d'être un adolescent. Son exubérance et son inconséquence le font passer à toute vitesse dans la vie des autres, ses compagnes, sa fille et son dernier ami en date, un Trintignant, jeune mais emprunté, sévère étudiant en droit, à l'avenir tout tracé, en gris terne et morne. La rencontre est explosive. Progressivement l'influence du fanfaron va libérer Trintignant de ses inhibitions bourgeoises, l'agaillardir jusqu'au climax qui relativise violemment les choses.

Reste que le film est donc le portrait étonnament touchant du monsieur Sans-Gêne. Gassman se déguise en un sorte de personnage très italien, très proche de la Commedia dell'Arte, proche d'Arlequin, bouffon libre et joyeux, gouailleur, nous montrant qu'au fond des attaches matérialistes les plus ordinaires jusqu'aux aspirations existentialistes les plus profondes, l'être humain est infiniment seul, qu'il soit entouré des siens ou d'inconnus d'un soir.

Le ton résolument frais et souriant du film, volontiers moqueur, plutôt snobinard cache mal une intense tendresse de la part des scénaristes pour cette Italie estivale. Comme toujours Risi place encore ses personnages dans des cadres, des plans où l'environnement est respectueusement dépeint, mis en valeur. C'est presque une mise en scène théâtral. Il est manifeste qu'il accorde une importance première aux paysages dans lesquels se meuvent ses personnages. C'est alors un magnifique voyage auquel il nous invite. Il imprègne presque ses personnages des lieux, des espaces dans lesquels ils se trouvent. C'est une drôle de sensation... oui, voilà, la relation entre personnages et paysages est d'une sensualité étonnante, tout en contribuant au réalisme de l'histoire. Les paysages jouent un rôle à part entière finalement. On a la même personnification du décor dans Parfum de femme. Dieu que j'aime Risi! Diable que j'aime Gassman!
manuma
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by manuma »

Alligator wrote: Comme toujours Risi place encore ses personnages dans des cadres, des plans où l'environnement est respectueusement dépeint, mis en valeur. C'est presque une mise en scène théâtral. Il est manifeste qu'il accorde une importance première aux paysages dans lesquels se meuvent ses personnages. C'est alors un magnifique voyage auquel il nous invite. Il imprègne presque ses personnages des lieux, des espaces dans lesquels ils se trouvent. C'est une drôle de sensation... oui, voilà, la relation entre personnages et paysages est d'une sensualité étonnante, tout en contribuant au réalisme de l'histoire. Les paysages jouent un rôle à part entière finalement.
Tout à fait ce que j'ai ressenti sur certaines séquences du très bon Il Giovedi (la scène à la plage, celle où Chiari et le môme tombent en panne dans ce quartier de banlieue en pleine construction), que j'ai vu il y a 2 jours ... Découvert vers 12 ou 13 ans à la télévision, Le Fanfaron est peut-être bien le film qui m'a fait aimer le cinéma italien. A l'époque, la fin m'avait bien secoué.
Last edited by manuma on 22 May 09, 21:20, edited 2 times in total.
Alligator
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Alligator »

manuma wrote:Le Fanfaron est peut-être bien le film qui m'a fait aimer le cinéma italien.
C'est exactement ce que je me suis dit en le découvrant. C'est le film parfait pour la découverte de Risi, du cinéma italien. Si j'avais à en conseiller un, ce serait celui-là dorénavant.
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Boubakar
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Boubakar »

Alligator wrote:
manuma wrote:Le Fanfaron est peut-être bien le film qui m'a fait aimer le cinéma italien.
C'est exactement ce que je me suis dit en le découvrant. C'est le film parfait pour la découverte de Risi, du cinéma italien. Si j'avais à en conseiller un, ce serait celui-là dorénavant.
Tiens, j'en prends note (je l'ai acheté la semaine dernière) :)
Best
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Best »

Boubakar wrote:
Alligator wrote: C'est exactement ce que je me suis dit en le découvrant. C'est le film parfait pour la découverte de Risi, du cinéma italien. Si j'avais à en conseiller un, ce serait celui-là dorénavant.
Tiens, j'en prends note (je l'ai acheté la semaine dernière) :)
Tu peux te fier sans réserve au très bon texte d'Alligator sur ce magnifique film. Bon visionnage :D
manuma
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by manuma »

AU NOM DU PEUPLE ITALIEN (1971)

Encore un grand Risi que cette comédie politique monstrueusement intelligente sur le thème de la corruption en Italie, avec un Vittorio Gassman abject à souhait en bonimenteur magouilleur prêt à toutes les bassesses pour sauver sa peau. Un film clairement accusateur, engagé, qui ne sombre toutefois pas dans la facilité et le schématisme comme le démontre sa conclusion acerbe semblant finalement dénoncer davantage la société dans son fonctionnement global que les hommes qui s'en accommodent. Et puis j'ai bien aimé ce petit clin d'oeil ironique de Risi au cinéma de genre italien, à travers cette séquence où une starlette anglaise un peu nunuche reçoit une moule d'or pour son rôle dans La Chouette aux yeux d'argent.
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Cosmo Vitelli »

manuma wrote: AU NOM DU PEUPLE ITALIEN (1971)

Encore un grand Risi que cette comédie politique monstrueusement intelligente sur le thème de la corruption en Italie, avec un Vittorio Gassman abject à souhait en bonimenteur magouilleur prêt à toutes les bassesses pour sauver sa peau. Un film clairement accusateur, engagé, qui ne sombre toutefois pas dans la facilité et le schématisme comme le démontre sa conclusion acerbe semblant finalement dénoncer davantage la société dans son fonctionnement global que les hommes qui s'en accommodent. Et puis j'ai bien aimé ce petit clin d'oeil ironique de Risi au cinéma de genre italien, à travers cette séquence où une starlette anglaise un peu nunuche reçoit une moule d'or pour son rôle dans La Chouette aux yeux d'argent.
Tognazzi aussi est sublime dans le film. Dire qu'en France on n'associe ce comédien formidable qu'à La Cages aux folles et à...Yiddish Connexion :o
"De toutes les sciences humaines, la pipeaulogie - à ne pas confondre avec la pipe au logis - ou art de faire croire qu'on sait de quoi on parle, est sans conteste celle qui compte le plus de diplômés !" Cosmo (diplômé en pipeaulogie)
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Kevin95
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Kevin95 »

Cosmo Vitelli wrote:Tognazzi aussi est sublime dans le film. Dire qu'en France on n'associe ce comédien formidable qu'à La Cages aux folles et à...Yiddish Connexion :o
Plus La Grande Bouffe. :wink:
Les deux fléaux qui menacent l'humanité sont le désordre et l'ordre. La corruption me dégoûte, la vertu me donne le frisson. (Michel Audiard)
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by manuma »

RAPT A L'ITALIENNE (1973)

L’industriel Giulio Borsi et sa maitresse, la jeune Danda, sont pris en otage par un trio d’anarchistes venant juste de commettre un sanglant hold-up. Risi persiste dans le registre de la tragi-comédie acide à forte résonance politique avec ce Rapt à l’italienne marquant la rencontre entre 2 très grands du cinéma : Marcello Mastroianni et Oliver Reed. Un récit sans temps mort, dialogué aux petits oignons, derrière lequel se dessine à nouveau un portrait désabusé et cruellement lucide de l’Italie des années 70, avec ses dirigeants cyniques, ses médias manipulateurs courant après le scoop et transformant en carnaval ambulant une prise d’otage, ses reliques d’un passé peu glorieux (le général gâteux interprété par Lionel Stander) et sa masse populaire qui suit bêtement le mouvement. Seule petite faiblesse : il manque à l’enfoiré risien de service, campé ici par Mastroianni, ce petit brin d’humanité qu’accorde généralement le cinéaste à ce type de personnage et qui vient nuancer son propos.

Présenté récemment sur TCM dans sa version anglaise, intitulée Dirty week-end. Et ça va que je tenais vraiment à le revoir parce qu'entre la copie plein cadre, les couleurs totalement délavées et le doublage anglais, ça ne donne franchement pas envie.
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Cosmo Vitelli »

Kevin95 wrote:
Cosmo Vitelli wrote:Tognazzi aussi est sublime dans le film. Dire qu'en France on n'associe ce comédien formidable qu'à La Cages aux folles et à...Yiddish Connexion :o
Plus La Grande Bouffe. :wink:
Oui, c'est vrai.
C'est pas beaucoup, quand on connait sa filmo
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Cosmo Vitelli »

Ressortie de Les Monstres en salles, le 24 juin.

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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by cracoucas »

Dans la catégorie "je connais par coeur, mais je trouverais bien quelqu'un à qui le faire découvrir".
Je suis toujours soufflé par le numéro d'équilibriste de Risi, ses scénaristes et de ses deux comédiens.
Un poil trop loin, et la caricature ne fonctionne plus, un poil trop court et le film perd son sens du grotesque qui fait "Des Monstres" un film véritablement baroque.
L'art est dans le rapport à la caricature, au masque: jouer le masque (rhaaaaaa Gasmann) plutôt que l'homme et c'est l'homme qui apparait. Traquer le lamentable, l'ignoble, ne pas hésiter à en rajouter, sinon le film serait insoutenable et l'on détournerait le regard.
Et puis à la fin, se dire que non, quand même, nous n'aurions pas pu être un de ces monstres là, peut-être un peu celui-ci ou celui-là, mais rien de grave hein...Pas à ce point là quand même.
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Kevin95
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Kevin95 »

Pareil, j'ai dû le voir une dizaine de fois mais je vais bien trouver un terrible irréductible pour lui faire découvrir le film.

Une ressortie avec sa suite et j'aurai invité tout mon carnet d'adresse !
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Re: Notez les films de juin 2009

Post by bronski »

Le bon roi Dagobert (Dino Risi - 1984)

Vilipendé lors de sa sortie, un film qui ne jouit pas d'une bonne réputation, et pourtant... Dino Risi n'a rien perdu de son talent. On pourrait dire que le film souffre d'une mauvaise production mais au final, et exceptée la musique qui tape un peu sur les nerfs et le sentiment qu'il est daté, c'est un beau film bien fait et les comédiens font feu de tout bois. Coluche "miscast"? je ne crois pas, un duel au sommet entre Ugo Tognazi et Michel Serrault (ça ne vous rappelle rien?), une vision acérée, à la fois drolatique et amère, sur l'absurdité de la vie et du pouvoir. 8/10 malgré son look 80 parce ce qui se dit est intemporel.
Nestor Almendros
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Re: Dino Risi (1916-2008)

Post by Nestor Almendros »

AU NOM DU PEUPLE ITALIEN

J'ai encore un peu de mal à adhérer systématiquement à toutes ces comédies italiennes vers lesquelles je suis malgré tout très attiré en ce moment. Cela fonctionne parfaitement de temps en temps (CES MESSIEURS DAMES) mais c'est encore trop rare. J'ai bien aimé AU NOM DU PEUPLE ITALIEN mais je lui trouve aussi certaines faiblesses. On ne retrouve pas, par exemple, un rythme effréné où les répliques fusent, où le rire est provoqué en cascade. Ici, le ton est différent, il s'agit surtout d'une confrontation entre deux personnages où l'humour peut arriver par des apparitions secondaires (l'actrice qui reçoit la Moule d'Or, le majordome homosexuel, etc.) mais où le propos principal s'installe sur la durée. Dans AU NOM DU PEUPLE ITALIEN, c'est un humour à froid qui évite ouvertement l'efficacité immédiate pour poser essentiellement une ambiance. Et quelle ambiance. Car le regard que portent les auteurs est clairement désabusé: il est frappant de voir que personne dans le film, mais alors absolument personne, n'est épargné dans ses défauts, ses tics, ses bassesses... Il y a un vrai pessimisme qui est porté sur la société italienne de l'époque et pas seulement sur les cibles faciles comme l'industriel véreux (Gassman). Bizarrement, il n'y a peut-être que le religieux qui échappe au phénomène de loupe (il n'a droit qu'à une petite réplique).
Ainsi on a l'impression d'une société où tout s'écroule: d'abord par ses fondations, son socle tant symbolique, avec le palais de justice, que de progrès, les routes qui tombent en ruine. Ici on fait d'une pierre deux coups puisqu'en plus de la métaphore, on inclut dans le tableau les constructeurs véreux qui négligent la qualité du travail pour se faire un peu plus de marge. Il y a évidemment cette vision acerbe du nanti, l'indutriel bourgeois (Gassman) qui roule tout le monde à tous les niveaux (pollue les rivières avec ses usines, paye un faux témoignage, envoie son propre père à l'asile, facilite des signatures de contrat en utilisant des call-girls, etc.). Là où se crée la surprise, c'est notamment dans le final où le héros, le juge d'instruction droit dans ses bottes et à l'honnêteté revendiquée, va finalement franchir la barrière morale et accuser injustement un coupable récidiviste qui était pourtant innocent du crime qui l'accusait. En voulant nettoyer un peu le linge sale de la société, le héros ne peut suivre sa route immaculée de façon systématique: il est obligé de se corrompre, de se salir lui-même, de renier ses engagements.
Et là où le film gagne encore en intérêt, c'est quand il nous montre qu'il n'y a rien à sauver, finalement: si les instances du pays sont gangrénées, le peuple lui-même ne vaut visiblement pas tous ces efforts. Que ce soit pendant ce fameux final où l'explosion de joie (pour un match de football gagné) déclenche une liesse hystérique, ou à d'autres moments où le petit peuple montre des signes d'immoralité certaine (les parents de la prostituée qui profitaient de son argent), on se rend compte finalement que tout le monde prêche pour sa propre paroisse, que l'individualisme ote toute morale et tout jugement de valeur aux personnes. Priorité à soi-même dans une société où cet équilibre immoral convient presque à tous.

Amusant, je me suis fait la même réflexion que certains d'entre vous concernant Ugo Tognazzi: un très bon acteur (la preuve avec ce film) qui est uniquement connu en France pour LA CAGE AUX FOLLES. Je m'inclue dans le lot, mais ai déjà commencé à revoir mon jugement...

Très beau master du dvd Studiocanal: copie immaculée, très belles couleurs, bonne définition.